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Image conditionnelle



Il faut tenter de se clarifier les idées sur les images d'actualité montrées (ou pas) par les médias. Quitte à être décevant. A partir d'un texte : ce sera celui de VS sur le forum des Spectres du cinéma *. Il y a une sphère d'images médiatiques qui, précisément parce qu'elle est très commentée, expertisée, entoure le réel et voile celui-ci. Le problème ? Non que ces images soient de trop ou fassent défaut, mais plutôt qu'elles importent bien peu en regard de l'information qu'elles couvrent.

Débattre à n'en plus finir du bien-fondé de la décision de montrer ou pas certaines images est une manière de court-circuiter la réalité. Dans le cas du texte de VS, il s'agit très simplement de l'opération assassine et vengeresse menée par les soldats d'Obama dont la critique sans ambages, pourtant évidente et essentielle, est remise à plus tard. Les contorsions du débat sur les images (le pluriel est sans doute ici de trop) médiatiques masquent la simplicité élémentaire de l'acte et monopolisent approbation ou désapprobation. Il y a, aujourd'hui, recrudescence d'un moralisme de l'image plein de ressentiment qui, quels que soit les choix effectués en hauts lieux (médias, état..) trouvera à redire à ceux-ci. Exemplairement, dans le cas de l'exécution de Ben Laden, être courroucé de ne pas avoir eu le droit aux images est, en effet, l'envers d'une médaille dont la deuxième face serait la contestation devant l'abjection des images de son exécution livrées à tous en pâture.

Mais, notre critique moraliste, sous prétexte que "nous" perdons à tous les coups, gagne, lui, en fin analyste dernier des décrypteurs maudit, a tous coups ! Un "nous" qui, pour la démonstration, sera plus proche d'un DSK (?) que des révolutionnaires des pays arabes. Qui, en tout cas, est chancelant, menotté conscient et inconscient aux images. Naturellement coupable de voir plus ou autre chose que ce qui lui est montré ou pas. L'ironie veut que ce soit en premier les thuriféraires du discours critique sur la "prolifération des images" qui, à l'occasion, se mordent la queue en en demandant tout simplement une petite louche supplémentaire. Où l'on apprend qu'il y aurait pire qu'une "guerre des images", une "guerre sans images" !

C'est aussi ce moralisme apolitique qu'exploitent ceux qui sont derrière les images (vues ou non montrées). D'un côté, un peu désemparés, ils ne savent plus comment faire pour ne pas être critiqués, de l'autre, ils reprennent du poil de la bête et cyniquement, ils peuvent s'en ficher puisqu'ils savent qu'ils le seront toujours. Ils ont donc un coup d'avance sur la leçon de morale qui les attend, qu'ils doublent en sachant pertinemment qu'il n'y a au bout du compte rien de mieux que ces débats sur les images pour occulter l'objet scandaleux qui fait qu'elles existent. Dans de telles circonstances, la manipulation mal intentionnée n'a quasiment pas lieu d'être. Il sera donc la règle de gloser sur la comm' d'Obama, et l'exception de contester fermement les actions illégitimes de son département militaire. La réception de l'information se transforme ainsi en une autre information, ce qui n'est pas nouveau. Ce qui l'est, c'est que cette dernière devient plus essentielle que le contenu de l'information première.

Sans arrêt, dans le texte de VS, le réel aura été pris en otage ou mis entre parenthèses ("pas le sujet de l'article", "à prendre avec des pincettes", complexité annoncée mais jamais approfondie, renvoi sur "certains" de soupçons). La confusion du zappeur pris dans le piège qu'il croyait dénoncer l'amène à confondre une exécution après que la peine de mort ait été prononcée par un tribunal local (celle de Saddam Hussein), voire l'antisémitisme d'un couturier, avec une exécution sommaire perpétrée par un commando militaire étatsunien agissant sous les ordres de son président sur le sol pakistanais. Notre critique de l'image, baignant dans son propre jus, englué dans le gant qu'il jette à la face des images, qu'il peut tourner et retourner à l'envie pour toujours retomber sur sa leçon pleine de pathos, met tout bonnement de côté l'essentiel, ce qui ne relève pas de l'image.

Est-on en droit de s'en ficher totalement, d'ignorer même ce débat sur des images (montre/montre pas) qui n'apportent rigoureusement rien (quitte à se faire taxer de "français méprisant") ? Quant aux images et l'actualité (et non de l'actualité), de se repolariser sur la liberté d'impression plutôt que la liberté d'expression (suivant le mot récent de Godard) ? Retour donc au cinéma, plutôt qu'à l'audiovisuel. Cela tombe bien, le cinéma et ses fantômes c'est précisément ce qui nous occupe par ici, et ailleurs aussi, heureusement. En témoigne ce récent texte particulièrement intéressant de Lorin Louis à propos d'Autobiografia lui Nicolae Ceausescu *.


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