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"Certes nous avons besoin de l’histoire, mais nous en avons besoin autrement que le flâneur raffiné du jardin du savoir même si celui-ci regarde de haut nos misères et nos manques prosaïques et sans grâce. Nous en avons besoin pour vivre et pour agir, non pas pour nous détourner commodément de la vie et de l’action, encore moins pour embellir une vie égoïste et des actions lâches et mauvaises. Nous ne voulons servir l’histoire que dans la mesure où elle sert la vie. Dès qu’on abuse de l’histoire ou qu’on lui accorde trop de prix, la vie s’étiole et dégénère; c’est là un phénomène dont il est désormais nécessaire, si douloureux que cela puisse être, de prendre conscience à l’examen de certains symptômes remarquables de notre époque."

F. Nietzsche


Déménageurs au bord de la rivière Suzhou (Shanghai)

Jia Zhang Ke dit à qui veut l'entendre que I Wish I Knew est fréquemment mal reçu en Chine, que des spectateurs lui reprochent de filmer le mauvais côté (comprendre "arriéré") de la Chine, ici de la ville de Shanghai. Cette critique n'est pas nouvelle, le cinéaste a fréquemment rappelé aux occidentaux qu'il était coutumier de ce genre de retour sur ses films dans son pays. Ce type de réaction, de spectateurs dans le déni, repose essentiellement sur le support idéologique qui a valu au cinéaste d'être censuré durement par l'Etat chinois durant de nombreuses années (1). Il n'est qu'adoubement de la classe montante aux mots d'ordre du régime : politique de l'autruche. Jia Zhang Ke semble tenu, toujours et encore, d'évoquer cela en marge de ses films, plus encore actuellement afin de se détacher de soupçons de complaisance envers le régime qui pèsent sur lui. En particulier lorsque le film dont il est question n'est autre qu'une commande de l'exposition universelle et après que Jia Zhang Ke lui-même se soit, hors de Chine, livré ces derniers temps à quelques actions radicales en faveur de la censure (2) !

Dans les faits, le cinéaste, au lieu de se contenter de filmer pour ses interludes shanghaiens les lieux rutilants de la ville, privilégie plutôt des endroits qui ne peuvent se targuer de représenter la vitrine luxueuse de la Chine. Il ne cherche pas non plus à se focaliser sur les quartiers les plus pauvres.

Par ailleurs, l'approche historique de Shanghai par Jia Zhang Ke semble davantage s'adresser aux initiés de l'histoire du pays, mais surtout aux chinois eux-mêmes qui l'ont vécue, ou à leurs descendants. Difficile, pour cette raison, de faire basculer le film dans un exercice de séduction didactique en direction des spectateurs occidentaux qui s'y perdront forcément pour beaucoup dans ce dédale d'évènements, de personnalités et de dates qui ont marqué le pays. Cette prise "brut" et hasardeuse avec l'histoire déstabilise, au moins un peu, au contraire du plus faible volet (refrain ?) contemporain du film sur la Chine, poussif et rebattu.

Résumons, I Wish I Knew ne mérite ni l'étiquette grossière de film foncièrement complaisant à l'égard du régime chinois, ni celle tout aussi caricaturale de film foncièrement complaisant à l'égard du public occidental. Tentons maintenant d'aller vers la nuance.

A y regarder de plus près, et même si Jia Zhang Ke se défend de vouloir prendre parti dans son film (3), un constat global semble sous-tendre les multiples éléments éparses constituant le film. En effet, ce qui revient régulièrement dans la bouche des personnes interviewées, c'est la grande violence de cette histoire chinoise du milieu du XXème siècle. Récits d'assassinats, d'exécutions, de règlements de compte, de déchirements… En revanche, lors des derniers plans dans le Shanghai d'aujourd'hui, la léthargie semble s'être emparée du peuple chinois : employés dans le coltard qui attendent l'ascenseur pour se rendre de bon matin à leur bureau un gobelet de café à la main, individus ensommeillés entassés dans le métro, ouvriers croulants sous les sacs de ciment ou qui s'offrent une pause en musique. Si la majorité du film semble assumer un rôle de travail de deuil faisant suite à cette brutalité révolue - comme toutes ces séries TV qui, de manières différentes, mettent les chinois devant les turpitudes de leur propre histoire passée -, on peut légitimement rechercher les éléments qui suggèreraient une transition dans le sens d'un basculement vers une société contemporaine "où la corruption gagne du terrain", ainsi que Nietzsche décrit ses symptômes dans Le gai savoir (Livre premier, 23, pp. 71-74).

Le gros lion-gardien femelle rugissant du début du film - figure que l'on retrouve régulièrement à l'entrée des banques chinoises -, dont le souffle roque mais apaisé habite un autre plan du film dans lequel s'entremêle maisons anciennes délabrées au premier plan et World Financial Center au loin, tient fermement son petit sous sa patte tendue. Cette sculpture, visiblement pas là par hasard, est équivoque. On ne sait pas vraiment si la lionne plaque son lionceau (aperçu lors d'un gros plan inséré) au sol pour jouer avec lui ou pour lui faire du mal, de même qu'il est impossible de savoir si Jia Zhang Ke utilise cette image (sonore filée) comme simple métaphore de la puissance économique naissante de la Chine, ou plus largement comme critique de cette puissance qui détruit et maintient la population dans un état léthargique et assommant. Au contraire du célèbre montage de plans agressifs du Cuirassé Potemkine, où les sculptures de lions étaient censées représenter selon son auteur la puissance de la réplique du Potemkine au massacre d'Odessa par l'armée, le lion qui ouvre I Wish I Knew reste auréolé d'un flou symbolique. Il n'est certainement pas là par hasard, mais on peut lui faire dire tout et son contraire. C'est précisément ce qui peut agacer - à l'extrême opposé d'un Eisenstein cherchant à guider abusivement les spectateurs -, ce flou persistant, sous le signe du blanc, tout le long du film. Jia Zhang Ke s'épargne de prendre parti, quant à savoir s'il prend position ?! Son montage, ses plans, semblent résulter, dans un sens politique, de la tâche aveugle. Avec asketoner*, disons que ce lion est bien, en quelque sorte, à l'image du réalisateur mais moins dans sa force rugissante que dans sa figure d'ambivalence, de compromis (devenu nécessité).


Nietzsche affirme qu'"aux époques de la corruption les blessures et les tortures par la parole et le regard parviennent à leur suprême élaboration - que c'est à présent que la méchanceté se crée, ainsi que le plaisir à la méchanceté. Les hommes de la corruption se montrent pétillants d'esprit et calomnieux ; ils savent qu'il existe encore d'autres genres de meurtres que ceux opérés par le poignard et le coup de main ; - ils savent aussi que tout ce qui est bien dit est accrédité." C'est sur ce point précis que Jia Zhang Ke passe à côté, que rien de saillant ne dépasse de son film (4) quand justement beaucoup d'individus dans la réalité savent, eux, faire preuve d'une savante méchanceté, d'une grinçante ironie. Les gens parlent (et agissent) ; il est proprement aberrant de faire passer la Chine pour un pays sur lequel règne une chape de plomb, où la parole ne circule pas, où la population attend un film comme I Wish I Knew pour ouvrir les vannes du souvenir, éveiller le regard critique. Mais de ce peuple dans les tornades de l'histoire, peu touché par les grands discours sur l'horizon harmonisé du pays (que l'on retrouve plus volontiers dans la bouche des intellectuels chinois de tous poils se laissant porter par le courant) nous ne verrons que quelques clichés muets perpétuant le discours sur la servilité du travailleur chinois. Le choix totalement discutable de Jia Zhang Ke est de se contenter de filmer en les esthétisant les ouvriers d'aujourd'hui, ils n'ont le droit qu'à l'image (certes léchée), pas à la parole. Le plus souvent, ce sont "stars" ou parents de "stars" (j'englobe ici le showbiz et le monde des gangsters de rue) qui, comme dans les émissions de télévision ou dans les bonus de DVD portent pour l'occasion leurs plus beaux costumes, ont droit de parole face à la caméra, ont le privilège de raconter une bribe de témoignage, une anecdote.

"Mais il y a, d'après mes observations, une génération qui n'est pas satisfaite, ce sont les jeunes gaillards d'entre dix-sept et vingt ans environ, donc de tout jeunes gens, et par suite très loin de se douter des risques qu'entraîne la pensée la plus insignifiante, et à fortiori une pensée révolutionnaire. Et c'est parmi eux que se glisse le mécontentement."

F. Kafka (La muraille de Chine)

Accréditant toujours la thèse du philosophe, les passions amoureuses d'antan contées par les différents témoins paraissent fades, manquent totalement d'intensité à côté des guerres et des luttes du XXème siècle. Quant aux passions contemporaines, "le grand amour et la grande haine", qui font la force d'un film comme Nuits d'ivresse printanière de Lou Ye (à Nanjing et non Shanghai), le cinéaste s'en désintéresse tout simplement.

Sur la méthode, le geste de Jia Zhang Ke consiste à retrousser la robe de la fiction pour en exhiber les traces de réel. En témoigne, par exemple, l'extrait du film Les kakis rouges qui fait écho au récit de l'exil vécu par son réalisateur Wang Tung. De même en ce qui concerne la reprise du film Suzhou River de Lou Ye. Loin s'en faut que je tienne particulièrement à défendre ce film (5), mais les fameuses séquences que Jia Zhang Ke retourne aujourd'hui sont justement celles du film que Lou Ye, louvoyant, voulait documentaires sous couvert de fiction. Elles étaient d'ailleurs, sans doute, prises à l'arrachée, le cinéaste n'ayant pas l'autorisation de filmer (c'est l'impression que cela donne, en tout cas). Là encore, Jia Zhang Ke extirpe de la fiction sa part documentaire, paradant même avec ses propres images d'un Shanghai d'aujourd'hui ravalé, filmé avec l'aval du gouvernement chinois (6). Bien sûr, l'idée de faire dialoguer passé et présent est intéressante, mais cette façon d'engendrer un partage, que le cinéaste a, par ailleurs, régulièrement cherché à gommer dans ses propres films, est gênante. De cette manière, non seulement Jia Zhang Ke démêle maladroitement les fils constitutifs de l'œuvre de ses compatriotes, mais fait de son propre film un banal documentaire-documentaire, contrairement à d'autres de ses travaux récents comme 24 City (qui s'articulait également autour de différents témoignages).


Chang An Lu, Shanghai (E-store-y)
(cliquer sur la photographie)
JZK/JLG

Afin d'affiner le rapprochement avec Godard effectué par Tony Rays (voir (4)), et en évitant le coup des ressemblances abusives à la mode (du genre Bill Krohn qui, dans sa critique d'Au-delà pour les Cahiers, croit déceler dans le dernier Eastwood du "Godard tardif" !!??) on peut partir de la séquence de I Wish I Knew à la célèbre Maison du Thé dans le vieux Shanghai. Jia Zhang Ke revient filmer cet endroit où Antonioni avait déjà posé sa caméra pour son film sur la Chine (Chung Kuo). Il nous montre d'abord le bâtiment en plongée, nous voyons ainsi de nombreux visiteurs, puis il filme devant la maison, à hauteur de touristes, des gens qui photographient le lieu. Il y a même une vieille dame qui fait un signe, sans qu'on sache s'il est en direction de la caméra du cinéaste ou de quelqu'un qui la prend en photo derrière l'objectif. Puis on passe à l'intérieur avec des gens qui attendent leur thé, enfin arrive l'extrait souvenir du film d'Antonioni. Ce passage peut directement être mis en relation avec la première partie de Film Socialisme, car en réalité ce quartier est devenu un lieu totalement touristique où nous sommes invités à venir admirer les dernières maisons à l'ancienne de la ville, et surtout dépenser notre argent dans les centaines de boutiques de souvenirs, les restaurants qui envahissent les lieux.

Cet endroit paraît même une sorte d'envers absolu de l'exposition universelle, dans le sens où ici l'authenticité du passé est conservée à ciel ouvert pour consacrer le règne de la marchandise (industrie du tourisme), quand l'expo, au contraire mais avec les mêmes objectifs, fait table rase du passé (c'est le cas de le dire, on connaît les histoires d'expropriation et de destructions massives d'anciens quartiers que ce genre d'évènement provoque) en construisant du tout neuf.

De ce point de vue, le lieu est finalement assez proche du bateau croisière du film de Godard, manège qui prend comme prétexte à la consommation de masse quelques lieux mythiques et chargés d'Histoire autour de la Méditerranée.

Si Godard faisait des choix très risqués de cinéaste (ou de peindre), pourquoi pas rebutants voir contestables parce que tranchants (et pourtant en utilisant le matériel du commun des mortels), Jia Zhang Ke, lui, se contente de filmer pénard les deux trois séquences évoquées précédemment et d'en faire un montage mollasson avec les images d'archive d'Antonioni. L'idée c'est simplement d'aller à la Maison du Thé et filmer quelques plans rappelant Antonioni qui y avait déjà pensé avant lui (ce qui semble donner au lieu une sorte de néfaste double caution d'authenticité), il faudra juste faire avec les touristes sur place, c'est tout.

[Et du côté des peintres, comment ça se passe ? Oui, les peintres contemporains "traditionnels" chinois, comment font-ils lorsqu'ils souhaitent encore peindre un de ces magnifiques endroits, autrefois hanté par quelque silhouette en costume, aujourd'hui envahi par les touristes avec sacs à dos, casquettes, et appareils photos braqués sur les lieux ? Eh bien certains, à l'instar de Jia Zhang Ke, n'hésitent pas non plus à remplacer, ici ou là, les présences d'antan par de petits personnages colorés qui ne sont autres que des touristes ayant payé leur billet d'entrée et animant le lieu par leur passage. D'autres vont jusqu'à faire des nuées de touristes le sujet même de leurs peintures. En grand format, mais dans un noir et blanc épuré, une queue de touristes qui n'en finit pas, un paysage avec, en premier plan, une casquette qui dépasse par en bas, et un touriste qui photographie sur la gauche.. Ces toiles vues dans un musée d'Etat, du reste fort belles, sont-elles ou non œuvres de propagande pour le développement du tourisme, difficile à dire.]

En fait, le dernier Godard serait assez proche de ce buddha bedonnant qui rit, qui a absorbé le monde (le positif et le négatif) et le digère tout entier dans un grand rire (on pense également au dernier état du lion nietzschéen). Reste aux oreilles après la projection du film cette espèce de rire sec et narquois qui frappe de temps à autre, en off, dans Film Socialisme.. Chez Jia Zhang Ke, qui se veut ici comme Godard navigateur contemporain remontant l'histoire, ce n'est pas du tout ça, on en est au stade de l'absorption, du "stockage" mémorial de celui qui a les yeux plus gros que le ventre.











NOTES :

(1) Il est d'ailleurs cocasse d'écouter Zhu Qiansheng, qui a participé au tournage de Chung Kuo d'Antonioni en 72, rappeler dans I Wish I Knew qu'il formulait à cette autre époque le même type de reproche à l'égard des choix de lieux de filmage du réalisateur italien, avant que le parti ne rejette violemment le film une fois tourné pour des raisons analogues. Ses propos relèvent également, invariablement, de cette "bullshit logic of patriotism" (*) dont Jia Zhang Ke est toujours la victime. Attitude qu'il tente aujourd'hui de canaliser en s'adaptant lorsqu'il s'agit de l'Etat, qu'il dénonce sévèrement lorsqu'il s'agit des spectateurs.

(2) En 2009, Jia Zhang Ke (en tant que producteur de Perfect Life et réalisateur-producteur du vraiment médiocre court-métrage Cry Me A River), avec d'autres de ses compatriotes chinois, retire ses films du festival de Melbourne pour protester contre la présence dans ce même festival d'un documentaire sur Rebiya Kadeer (*). Il apparaît donc à travers ce coup d'éclat ridicule et pour le coup totalement idéologique, que, dans certaines circonstances, le cinéaste sait faire preuve d'une prise de position beaucoup plus tranchée que cela n'apparaît dans ses films.

(3) Dans les Cahiers du cinéma, le cinéaste affirme proposer à ses spectateurs un film objectif, qui ouvre au dialogue. Il est toujours étonnant de découvrir de tels propos d'une "naïveté" confondante, d'autant plus venant d'un cinéaste qui n'en est pas à son coup d'essai. Le jour où un cinéaste fera un documentaire "objectif", les critiques pourront peut-être se contenter d'émettre des jugements d'opinion.

(4) Le traducteur à l'origine des sous-titres anglais du film, Tony Rayns, défend dans un texte en ligne (*) le film face à sa mauvaise réception critique à Cannes, mais, semble-t-il, et c'est regrettable, à partir d'une version qui n'est pas tout à fait celle diffusée en Chine et en France. Il y est notamment question d'une scène avec Zhao Tao que je ne crois pas avoir vu, ni en Chine, ni en France. De même, dans la bande-annonce chinoise de I Wish I Knew, figurait une séquence de Goodbye South Goodbye de Hou Hsiao Hsien qui n'est pas dans la version finale du film (en revanche, l'extrait d'entretien datant de 1997 avec Hou Hsia Hsien tiré de HHH, Portrait de Hou Hsiao Hsien réalisé par Olivier Assayas est régulièrement crédité de Jia Zhang Ke dans les critiques). Quant aux précisions sur le contenu "sardonique" de la littérature de Han Han, elles sont précieuses, mais bien difficiles à deviner à la vision du film. Ses manières de self made man bankable et décomplexé devant la caméra sont-elles un masque ironique ? Celles-ci sont en tout cas tout ce qui ressort, maigrement, du passage en question.

(5) Suzhou River souffre des mêmes travers de jeunesse que d'autres réalisations du cinéaste, romantisme poseur et écriture brouillonne sous prétexte de modernité. Son dernier film, Nuits d'ivresse printanière, est en revanche passionnant à bien des égards et mes rapports de sympathie vis-à-vis de ces deux cinéastes que sont Jia Zhang Ke et Lou Ye semblent s'être, au moins provisoirement, inversés. Signalons, au passage, que Lou Ye a également évoqué violemment cette période de conflits sino-japonais dans son film Purple Butterfly (2003). Je reprendrai prochainement par ici quelques notes liées à certains films de ce cinéaste, lui, toujours touché de plein fouet par la censure dans son pays…

(6) Il y a, en creux, dans I Wish I Knew, une petite histoire de la censure chinoise plutôt dérangeante, qui élude en fait son sujet et pose de façon trop évidente images-engagement d'hier et images-résignation d'aujourd'hui sur un plan d'égalité. Cette indistinction est propre aux grandes commémorations contemporaines de certains actes de résistance qui travaillent à effacer l'héroïsme exemplaire dont leurs auteurs (qui sont, éventuellement, les seuls à pouvoir témoigner d'une certaine "banalité" dans la révolte) ont fait preuve en leur temps pour ne garder qu'une espèce de reste terne. Prises avec celles de Jia Zhang Ke, les images de Lou Ye deviennent simple argument progressiste (quant à l'évolution de Shanghai, mais également de la censure), hors de danger.

Illustrations : I Wish I Knew (JZK), Film Socialisme (JLG), Le Cuirassé Potemkine (SE),
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