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DEUX SERVANTES CORÉENNES, DEUX CORÉES


OSHIMA, VIVANT !



Neiges



Dans La Femme est l’avenir de l’homme (2004), un étudiant en cinéma (Hunjoon) qui pratique la réalisation de films raconte à son copain (Munho), entre deux canons, que son prof lui a dit qu’il trouvait que ses films étaient des "gems". Une courte discussion s'en suit entre les deux hommes, sans que ni l’un ni l’autre ne semblent vraiment donner un sens particulier à cette remarque.

La neige enveloppe le film de Hong Sang-soo. Du début à la fin, elle s’immisce dans le temps du film. Pas une intrusion artificielle et impromptue comme dans une boule secouée à la fin du film d'Alain Resnais, Coeurs. Plutôt un recouvrement progressif.

Une courte mélodie tombe sur les images du film, de manière périodique, pas forcément agréable, pas forcément désagréable.

C’est d’abord le cadeau de retrouvailles qu’offre Munho à Hunjoon : pouvoir marcher sur le tapis de neige fraîche et vierge qui recouvre son jardin. Hunjoon accepte avec plaisir mais ses pas prennent un curieux chemin. Il part à reculons et revient dans les traces de ses propres pas au bout de quelques instants. Par la plaisanterie qu’il fait, Hunjoon imprime en arrière dans la neige le temps présent, coïncidant très exactement avec celui d’un retour instantané en avant qui actualise le passé de son geste.

Plus tard, lorsque les deux hommes sortent du bar dans lequel ils buvaient, dehors la neige se met à tomber par petits flocons épars. Les deux décident alors de rendre visite à leur ancienne amie (Sunhaw), introduite aux spectateurs par quelques flashbacks sans effet, qui s’immiscent au cœur des images du présent, qui évoquent ses relations passées avec les deux hommes. Munho dira intimement à Sunhaw, lorsqu’ils se seront retrouvés, que la neige qui s’est mise à tomber l’a soudainement rendu mélancolique. Ce sont ces flocons de neige qui lui ont donné envie de revoir Sunhaw.

Une courte mélodie tombe sur les images du film, de manière périodique, pas forcément agréable, pas forcément désagréable.

Toujours dans l’appartement de la femme, l’un des hommes s’empare d’une photo encadrée et la regarde : c’est une photographie de Sunhaw petite fille, emmitouflée dans un gros anorak au milieu d’un paysage enneigé.

Enfin, dernière scène, Hunjoon quitte une de ses étudiantes qui vient de lui tailler une pipe dans un hôtel miteux. Au bord de la route, il reste seul, et la neige continue de tomber, imperturbable. Sommes-nous dans le passé, du temps où Hunjoon, étudiant, courait les minettes ? Sommes-nous dans le présent où Hunjoon attend un taxi pour rejoindre sa femme qui l’attend à la maison ? Sommes-nous sous la neige, ou bien dans un cristal réfractant : de neige ?

Une courte mélodie tombe sur les images du film, de manière périodique, pas forcément agréable, pas forcément désagréable.


Illustrations : La Femme est l'avenir de l'homme, Woman on the Beach (Hong Sang-soo), À propos des chansons paillardes au Japon (Nagisa Oshima), Berlin sous la neige (anonyme).

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