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I'M STILL HERE SOMEWHERE [IN] THE SOCIAL NETWORK


LA PORTE SOUS LA CLÉ DE L'ART


SURVOL



Survol 2



Comme un avion, massif, qui s'incline légèrement, modifie sa trajectoire en amorçant un virage gracieux dans les airs. Ou comme la voix de Rihana, lorsqu'elle lâche son "..that you'll ever love" au refrain : inattendu, désaccordé. Pour ceux qui ont suivi, il y avait un peu de tout cela à l'aller, avec The Other Guys. Au retour : RAS. Hollywood n'a pas volé haut. Et les révolutions ? Déjà des "clients" *.

The Social Network (David Fincher)

C'était couru d'avance, la soif de pouvoir (via les cercles d'influence estudiantins) et l'obsession pour la gloire qui peut en découler sont au cœur du film de Fincher. Invariablement le même thème revient dans ses films, et ce depuis les débuts. C'est pourquoi sa filmo regroupe une telle galerie de sadiques et de masochistes (Même l'intérêt de Fincher pour Benjamin Button résidait dans la possibilité d'évoquer la vie d'un homme fait esclave du temps dès sa naissance ; il se contentait de dramatiser à outrance la pourtant intéressante distance forcée du personnage à rebours avec la notion linéaire classique de l'écoulement du temps). Ce qui a changé, par rapport aux premières années, c'est l'esthétique : elle s'est plus ou moins "adoucie", "assagie", comme on dit pour laisser les autres réfléchir à sa place : le Fincher nouveau est devenu "adulte". L'esthétisation virile de la violence des années 90 a fait place, à partir de Zodiac, à un académisme mou - pourtant salué par une grande majorité de la critique - qui devrait déjà renvoyer toute intention de comparaison avec le Citizen Kane de Welles aux oubliettes. Il parait loin le temps où Fincher était attaqué pour fascisme. Et même si la fascination esthétisante du cinéaste pour la violence à cette époque n'est pas récupérable, certains à gauche (comme Zizek) ont pu tenter, avec des pincettes, de sauver le masochisme assumé et disciplinaire du personnage principal de Fight Club comme tentative salutaire de sortie de l'idéologie. Pourtant, The Social Network, sous son aspect plutôt sage, est certainement pire encore qu'un film comme Fight Club. Rien, dans le film, ne vient plus se mettre en travers des rouages bien huilés d'une société en hautes sphères où règne la relation maître-esclave, rien ne résiste plus. Même la justice semble totalement patiner, celle-ci n'étant qu'un ultime et pathétique levier pour que les perdants puissent tenter de faire valoir un quelconque pouvoir sur les vainqueurs. Là où un Banksy (autres murs), grand créateur, joue à construire son propre "singe" (Mr Brain Wash) qui le déconstruit en le précipitant dans l'abyme de la création, le Mark Zuckerberg de Fincher (en cela, je crois, fidèle à la réalité), petit maître aigriard et possédant, n'a que propriété intellectuelle et droits d'auteur à la bouche pour lui assurer sa renommée comme une forteresse.

Interlude :

CAC : Que pensez-vous du fait que vos œuvres aient une valeur marchande ? Est-ce que cela vous pose problème qu’elles soient vendues comme des articles de luxe ?

Banksy : Mon avocat estime que les flics ne pourront plus vraiment m’accuser de vandalisme puisque, en théorie, mes graffiti contribuent à augmenter la valeur d’une propriété, plutôt qu’à la dégrader. C’est sa théorie, mais il faut dire que mon avocat pense aussi que c’est élégant de porter des cravates représentant des héros de BD ! *

Seule, Erica qui dit "non !", îlot de résistance qui ouvre et clôt le film, portion congrue des laissés pour compte. C'est le traumatisme, la petite fêlure de Mark Zuckerberg (qui produit les grands effets). Qu'on ne s'y trompe pas, sa présence autorise surtout à verser quelques larmichettes sur le compte du programmeur martyr, et son attitude relève en définitive nettement, elle aussi, du ressentiment face aux stupidités en ligne de Mark Zuckerberg. Nous aurions détesté, n'est-ce pas, voir Mark Zuckerberg pris dans les griffes d'une de ces femmes fatales, machines à fantasmes au cinéma, mais pas seulement (voir le feuilleton Leila Ben Ali). Si les effets sont moins écoeurants que par le passé, l'objectif de Fincher n'en reste pas moins de prendre de court (rythme), de fasciner les spectateurs avec les jeux de pouvoir qu'il nous décrit, ceux-ci ayant quand même pour but d'assujettir les masses (loi du nombre) en mettant un copyright sur leurs conversations de tous les jours. L'ironie veut que dans le moment où j'écris cela, certaines figures des pays en révolution actuellement affirment haut et fort devoir leur action à facebook et Mark Zuckerberg qui semble se trouver là pour récolter les lauriers du médium internet tout entier. Étrange et peut-être même nouveau qu'une marque se voit reconnue à se point-là avoir contribué à un mouvement de contestation révolutionnaire. Jamais encore, à ma connaissance, marque de fusil, maison d'édition, n'avait réussi pareil coup marketing. A messagerie instantanée, gratitude instantanée ?

Red (Robert Schwentke)

Encore une histoire (rocambolesque) de retraite. Contrairement à The Other Guys, les vieux loups de mer experts en dézingage (Bruce Willis, Morgan Freeman, Helen Mirren, John Malkovich, Brian Cox) ne sont pas mis sur le banc de touche mais d'ex-retraités dangereux (les fameux "reds", qui ne sont plus ce qu'ils étaient..) qui reprennent du service pour en foutre plein la vue aux petits nouveaux. On se trouve dans le cas de figure un peu réactionnaire du film d'action qui joue la carte de la passation d'armes, de l'héritage, et empêche son assomption vers d'autres cimes. Deux ou trois scènes (en particulier l'image amusante de Malkovich en tueur parano trimbalant avec lui un petit éléphant rose en peluche qui sort son calibre pour un rien, tiré par l'oreille par ses acolytes sur le tarmac d'un aéroport) ne suffisent pas à faire se tenir debout le long métrage tout entier. Peu de trouvailles (de mise en scène, de dialogues, d'écriture…) dans ce film qui ne se donne pas plus que le roman de gare (et donc la série B ?) comme louable horizon, mais oubliant au passage que seules celles-ci auraient éventuellement pu lui permettre d'échapper à l'ennui.

Morning Glory (Roger Michell)

Cette fois, c'est Harrison Ford qui est en fin de carrière. Décidément Hollywood ressemble de plus en plus à une maison de retraite où les acteurs doivent travailler plus et plus vieux pour gagner plus. A se demander s'il existe un système de retraite pour les acteurs dans ce pays-là ? Par le scénariste de Le Diable s'habille en Prada et le réalisateur de Coup de foudre à Notting Hill, dit l'affiche. On devrait plus souvent, lorsque l'on peut, consulter les affiches des films avant de les voir, elles en savent et disent généralement beaucoup plus que nous au sujet des films. Il y a un mois à peu près, je suis tombé par hasard sur la matinale de France 2. Les matins sont révélateurs : heures où l'individu est plus apte au relâchement. En quelques minutes, trois remarques, deux regards, j'ai ressenti un malaise profond entre Leymergie et certains journalistes du plateau. Le caméraman a soigneusement tout enregistré, en quelques plans bien montés, rien n'a échappé aux téléspectateurs de la tension palpable qui doit régner dans ce studio chaque matin autour du présentateur tyran. Même si la sensation qui subsiste est qu'on préfère être ailleurs à ce moment-là, il en reste toujours quelque chose. Un bref instant de TV vaut parfois plus qu'un long métrage.

Illustration : The Only Girl (in the world) (Rihana).

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