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AmeriCCa



''Invasion est la légende d'une ville, imaginaire ou réelle, assiégée par de puissants ennemis et défendue par une poignée d'hommes, qui peut-être ne sont pas des héros. Ils luttent jusqu'à la fin, sans soupçonner que leur bataille est infinie.''

Synopsis de Jorge Luis Borges


Quatre étapes de la carrière d'Ice Cube montées en parallèle avec des séquences du film de John Carpenter Ghosts Of Mars (2001), dans lequel le rappeur-acteur tient un des rôles principaux. Un rappeur et un réalisateur talentueux, qui savent mieux que personne nous raconter le fameux "melting-pot" américain, en laissant apparaître ce que celui-ci évoque à chacun d'eux (craintes et espoirs).


1. 1989




Sortie de l'album Straight Outta Compton du groupe NWA (Niggers With Attitude) composé d'Ice Cube et de ses acolytes MC Ren, Yella, Arabian Prince, Eazy E et Dr. Dre. Dans cet album, le morceau mondialement connu : Fuck Tha Police. Sur les trois photogrammes, le premier vrai dialogue du film entre Ice Cube (James "Desolation" Williams) et la flic Melanie Ballard (jouée par Natasha Henstridge).

Scène cruciale du film qui, plutôt que de renvoyer la flic et le voyou dos à dos, cimente une amitié durable entre les deux. Chose rare dans le cinéma d'aujourd'hui et qui fait en partie la richesse de celui de Carpenter (revoir le final de The Thing ou, bien sûr, celui de Ghosts Of Mars) : les clivages subsistent entre personnages mais il n'est pas interdit de faire un bout de route ensemble. S'accumulent dans cette scène forte, toute en magnifiques champs/contrechamps, la voix calme d'Ice Cube posée sur une musique pleine de tension, l'absence de "rictus de méchant" sur son visage (son début de prestation dans le film laissant craindre le pire à ce sujet !) et enfin le jeu de regard des acteurs. Par exemple, la façon explosive (qui en dit très long !) qu'a Henstridge de détourner ses beaux yeux bleus azurés à la fin de l'échange lorsque Cube marque le point décisif. Unique "réponse" envisageable à qui vous dit votre vérité les yeux dans les yeux.



2. 1991



Ice Cube (qui vient de se convertir à la radicale Nation Of Islam) commence sa carrière en solo. Il sort cette année-là l'album Death Certificate. L'Oncle Sam va mal, l'apocalypse raciale couverait au sein des Etats-Unis. On peut, en écoutant ses textes, véritablement parler d'anticipation des émeutes de Los Angeles qui auront lieu l'année suivante suite au verdict du procès Rodney King. Ci-contre, deux photogrammes de la première scène où le spectateur et les personnages du film rencontrent Ice Cube. Paradoxe : il est enfermé derrière des barreaux, emprisonné, et pourtant Melanie Ballard lui demande s'il sait ce qu'il se passe.

Cette fois, il semble ne pas savoir. C'est qu'il est prisonnier mais aussi sans doute que les raisons du soulèvement sur Mars sont plus enfouies encore que celles du soulèvement des ghettos de Compton, LA.



3. 1991



La même année Ice Cube tient son tout premier rôle au cinéma dans BoyZ N The Hood de John Singleton. A la fin du film, son personnage, qui a vu mourir son frère sous les balles d'un gang de rue, s'interroge sur la violence du quartier, du pays et du monde dans lequel il vit. Sur la violence aussi ressentie devant le mépris généralisé (des média) dans son propre pays. Juste avant le générique, on nous dit que le personnage joué par Ice Cube meurt, hors champ, par violence une semaine plus tard.

A "Desolation" Williams que Melanie essaye de mieux connaître

MB : Don't you believe in anything.
JW : I believe of staying alive.
MB : Yeah, but for what ?
JW : Stick around, and I'ma tell you one day.
MB : When ?

Aujourd'hui, demain, il suffira d'écouter ses albums.


4. 1998



Sortie de l'album War, premier disque d'un projet intitulé War & Peace. Ice Cube, comme l'avait déjà fait plus tôt son collègue Ice T, y mélange le rap et le heavy metal. Dans Ghosts Of Mars, le metal est le genre musical associé à la musique des scènes avec les fantômes de l'insurrection. En cours de film, en sécurité dans leur train blindé, les personnages doivent faire un choix : partir et laisser derrière eux l'esprit maudit proliférer sur la planète entière ou retourner en arrière pour tenter d'y mettre un terme en détruisant totalement la ville en état de siège.

MB : It's about one thing : dominion. It's not there planet anymore.
JW : I don't give a damn about saving this planet. It seems she's been after me since the day I was born. For my die, I'ma die fighting...

Ils y retournent tous. Les uns font la guerre pour la terre, les autres par honneur personnel. Le film, comme bien souvent chez Carpenter, est sans fin, de même que la guerre qui y est menée. Et les différentes actions violente contre la puissance impalpable qui se soulève, sans grandes conséquences. La paix est là, état provisoire idéalisé qui ne peut opérer, pour Carpenter, qu'entre quatre yeux. Ce qui n'est déjà pas si mal s'il on constate à qui appartiennent ces yeux. Pour Cube, elle sera prétexte à un dernier album à vite oublier.


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