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SURVOL 2



I'm still here somewhere [in] the social network



I'm Still Here (2010) trouve parfaitement sa place parmi les quelques portraits d'assholes millionnaires américains de ces dernières années. Même si son genre (le mockumentary) est différent des deux autres, le film de Casey Affleck est en effet un cousin proche de Somewhere de Sofia Coppola, ou encore de The Social Network de David Fincher sortis la même année. Nous suivons là trois types déplaisants à bien des égards, superficiels et qui surfent sur leurs millions en donnant libre cours à leurs caprices de gosses riches. Des trois films, celui qui s'en tire le mieux d'un point de vue cinématographique est certainement celui de Sofia Coppola. La cinéaste parvient à rendre compte, par ses choix de mise en scène, de l'inertie de son personnage avec tendresse mais non sans une certaine cruauté.

substances substitution au dégoût éternel retour - musique comme drogue (ou alcool et cachets ingurgités par le personnage) - shoot ses plans avec titres de son juke-box - souvenir délires papa Francis Ford sur tournage Apocalypse Now – drogue – caprices extrêmement coûteux - tout fait retour - tourne en boucle dans le film - lien aussi avec Green Lantern - ''responsable veut sans doute dire assole sur cette planète'' - cercle sans sortie=aliénation totale - contre voiture qui tourne en rond au début, voiture roule en ligne droite à la fin - fille arrive à sortir un peu de ça car elle écrit - deux scènes complémentaires : lent zoom optique (sans musique) sur visage bandé acteur lors préparation du masque (penser masque mortuaire des romains) - lent dézoomage (avec musique) lorsqu'il est avachi avec sa fille au bord de la piscine - engluement

Pour en revenir à I'm Still Here, en plus d'être un film d'une laideur totale, principalement filmé en caméra embarquée et monté n'importe comment, c'est une dure expérience pour Joaquin Phoenix. Non, comme il est dit partout, parce que l'acteur s'humilie et est humilié devant la caméra de Casey Affleck, mais parce qu'il est de tous les plans. En résumé, l'acteur célèbre (qui a monté la plaisanterie avec Affleck) est incapable de vivre dans le hors champ des caméras. Celles-ci, même si celui qui est derrière est fort peu inspiré, ''révèlent'' (c'est un bien grand mot) ce qu'est Phoenix : un type très égocentrique qui ne sait pas quoi faire de tous ses "millions qu'il a dans un compte en banque", comme il le crie de manière obscène à un type dans le public, lors du dernier concert. Cette répartie n'est même pas une provocation, elle n'est autre que la plate ''légende'' de ce que nous avons vu durant tout le film et que le corps déformé de l'acteur ainsi que ses dreads, sa grosse barbe mal taillée et ses lunettes noires s'efforçaient vainement et puérilement de maquiller.

De Johnny le visage masqué dans sa prothèse faciale, à l'inventeur du réseau social stockant et gérant les images de visages comme des boîtes de conserve, en passant par un Phoenix au visage dissimulé, la dissolution du visage dans la haine de soi semble bien être la moderne condition des modèles nantis de la société capitaliste occidentale.

Il n'y a, dans le film d'Affleck, nulle mise en scène de la disparition, de l'absence ou d'un hypothétique basculement dans l'ordinaire, mais un point de vue grossier du tout exhiber pour se donner encore et toujours en spectacle dans le pseudo-retrait (on pourrait ici opposer I'm Still Here à un autre mockumentary de la même année et beaucoup plus réussi : Exit Throught The Gift Shop de Banksy). La farce accouche d'une souris. Avant même la tentative (avortée) de bond d'une scène (cinéma) à l'autre (musique), c'est la mise en scène d'Affleck qui n'est jamais mise en question dans le film, qui place d'emblée Phoenix au centre d'un nouvel espace de représentation permanente. Show must go on... De ce point de vue, I'm Still Here est également proche de The Bling Ring, le dernier film de Sofia Coppola. Comme Joaquin Phoenix qui, malgré sa crise passagère, ne saurait sortir du petit univers dont il est le centre, les people hollywoodiens de Coppola forment un monde-scène, un cercle brillant dans lequel les ados chapardeurs se meuvent comme dans un studio et des décors de cinéma. On sent bien que Coppola, comme Phoenix, veut, voudrait, ou a voulu sortir de ce cercle de pauvre petite fille riche dans lequel elle est elle-même enfermée (et se complaît par ailleurs) depuis toujours ; sa filmographie ne parle que de cela. Comme lui, elle a évidemment échoué, et son dernier film qui n'offre même plus d'échappatoire sinon, au final, un vague moralisme hypocrite à la Oliver Stone, est comme un aveux terminal et un peu piteux (surtout franchement bâclé sur le plan cinématographique) de cet échec.




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