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RETRAITE ?!



Version : Tsui Hark (Vista #151, Novembre 2010)



Note d'intention : Parce que l'exercice de traduction semble essentiel pour tenter de cerner au plus près un "auteur", parce qu'il est en particulier absolument complémentaire du déchiffrement de ses images en ce qui concerne l'auteur de cinéma, vous trouverez épisodiquement par ici des traductions d'entretiens de cinéastes chinois trouvés ici où là, au hasard des lectures. L'occasion d'infirmer ou de confirmer, par le biais d'entretiens réalisés par d'autres - donc de façon toujours plus ou moins frustrante et insatisfaisante pour le traducteur, en attendant de pouvoir peut-être soi-même s'y coller un jour - certaines idées critiques exprimées à l'encontre des films. Toutefois, le traducteur qui s'en va fricoter sur les sentiers de l'entretien "post-film" part moins à la recherche (impossible) d'une pure origine de l'œuvre qu'en quête de cette espèce de mélange d'intention d'origine et d'inattendus de tournage qui la composent au final.

Les traductions se dérouleront ici à mesure de leur avancée : lentement, sans crier gare. Elles seront toujours accompagnées de leurs versions originales. Autant dire, une bonne fois pour toutes, que seules celles-ci ont valeur absolue de référence.

Nous - et cet envoi du "nous" englobe non seulement les lecteurs éventuels, mais aussi la personne sinophone qui m'aide grandement à réaliser ces traductions, que je ne saurais trop remercier du temps passé à relire, corriger et compléter - commençons par un entretien récent de Tsui Hark pour l'hebdomadaire d'information chinois Vista (Regard sur le monde), à l'occasion de la sortie Detective Dee. Figuraient en couverture de ce numéro de Novembre, à la manière des Godfellas sur l'affiche du film de Scorsese, Zhang Yimou, John Woo et Tsui Hark.



Vista : La dynastie Tang est la dynastie que vous appréciez le plus ?

Tsui Hark : Je trouve que la dynastie Tang est une époque qui mérite vraiment d'être représentée au cinéma, j'ai toujours voulu faire un film sur cette dynastie. J'ai déjà filmé les dynasties Song, Ming et Qing, mais jamais la dynastie Tang qui a pourtant un vrai caractère dramatique. Li Bai qui se saoûlait, écrivait de la poésie, jouait de l'épée… je puise mon inspiration dans la dynastie Tang, un romantisme chevaleresque accompagné d'un mélange de genres poétique. Il n'y a pas non plus de meilleure période que la dynastie Tang concernant le style vestimentaire féminin. Cette dynastie est également une période fertile pour la pensée, à cette période il y avait beaucoup d'étrangers qui rendaient les grandes métropoles internationales, de manière un peu similaire au phénomène de nos grandes métropoles actuelles.

V : Ce film marque-t-il véritablement votre grand retour ?

TH : Je pense qu'il n'est pas facile de définir ce film. Par exemple parler de grand retour, alors que j'ai toujours fait ce genre de choses...

V : Le film est-il une continuation du genre wu xia ?

TH : En réalité, le wu xia se divise déjà en plusieurs genres, différents écrivains de wu xia ont différentes histoires et différents styles, ils utilisent différentes techniques artistiques afin de présenter leurs idées. Gu Long et Jin Yong ont des styles complètement différents. Maintenant si vous voulez faire une oeuvre contemporaine, alors le style se doit d'être différent. Notre tradition du wu xia est très ancienne ; nous n’avons utilisé qu’une petite partie des fondamentaux du style wu xia au sein de notre film, les orientations de l'équipe de production peuvent être nombreuses.

V : Pour le film, vous avez visité le tombeau de l'impératrice Wu Zetian, cela vous a apporté quel genre de connaissances ?

TH : J'ai parcouru son histoire, j'avais beaucoup de questions.

V : Quel genre de questions ?

TH : Wu Zetian a connu les intrigues de palais, elle a vécu des promotions et des rétrogradations, fait face à des crises successives, et puis son sacrement - quelles preuves en avons-nous ? Au début elle n'a pas réellement de pouvoir économique, militaire et politique, les vétérans de la troisième dynastie s'opposent immédiatement à elle. Tout comme dans une grande entreprise d'aujourd'hui, le mari qui rencontre des difficultés et la femme qui succède au chef de groupe (de son mari) ; c’est assez difficile. Mais Wu Zetian a accompli tout ça, et d'ailleurs avec beaucoup de succès. Et puis, quel a été en définitive l'impact négatif du personnage de Wu Zetian dans l'histoire ?

V : Dans le film, Di Renjie porte secours à Wu Zetian, et finalement il s'éloigne encore une fois d'elle. Di Renjie était-il héroïque ?

TH : Dans la réalité, Di Renjie était le premier ministre du royaume. Où se trouve la plus grande distinction entre l'héroïsme et le fait d'être premier ministre ? Etre héroïque c'est, comme dans le film, partir une fois la mission terminée ; mais le fait d'être premier ministre impliquait qu'il continue d'assumer la sécurité du pays. Alors, Di Renjie poursuit ses affaires au côté de Wu Zetian en tant que premier ministre, ou s'en va ? C'est un choix à faire. Avant de monter sur le trône, Wu Zetian a fait beaucoup de choses dans l'intérêt du pays, est-ce juste de chercher à détruire tout ce qu'elle avait fait ? Pour la sécurité immédiate du pays il ne pouvait pas partir, la situation d'urgence exigeait un empereur, c'est pourquoi Di Renjie a choisi de faire part à Wu Zetian du fait qu'il était indispensable qu'elle construire une nouvelle tendance politique équivalente à une ouverture des possibilités - ensuite Di Renjie n'a plus eu qu'a accepter la responsabilité du poste de premier ministre.

V : Jin Yong dit : "le grand héros est pour le pays et pour le peuple", Di Renjie était-il ce genre d'individu ?

TH : L'héroïsme pour le pays et pour le peuple est d'une importance limitée. Parlons du "Voyage en Occident" par exemple, comment définit-on Sun Wukong ? Peut-on le regarder comme un héros, ou pas ? Il est instinctif et fondamentalement incapable de se contrôler ; Le premier ministre s'occupe de planifier ce qu'il faut faire après, ce qu'il a planifié ce ne sont pas seulement des combats mais le développement de la dynastie des Tang qui a connu un avenir brillant.

V : Avec ce film, vous vouliez transmettre quel type de valeurs ?

TH : Les relations entre la vérité et le pouvoir. Je pense que Di Renjie avait beaucoup d'intelligence, dans un monde de luttes pour le pouvoir, ce personnage fait preuve de beaucoup de lucidité, il est fermement optimiste et clairvoyant quant à l'avenir. Dans ce monde, il y a beaucoup de choses qui pourraient devenir incontrôlables, comme les désastres naturels, les conflits inutiles, en particulier dans un monde de prospérité et de grand pouvoir un personnage comme lui est très précieux. Ainsi que quelqu'un comme Huang Feihong qui se sent perdu face aux nouvelles technologies, je trouve que dans cette société matérialiste porter sa conscience est très nécessaire.

(à suivre...)

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