L'imaginaire dans les pinces du réel

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Re: L'imaginaire dans les pinces du réel

Message par JM » Lun 2 Sep 2013 18:15

Ahah, le discours type de l'intellectuel qui fait mine de s'ignorer, c'est ridicule.

Re: L'imaginaire dans les pinces du réel

Message par _ » Dim 1 Sep 2013 18:41

Il faut voir le film mais effectivement les propos du réalisateur peuvent refroidir. Cette espèce de morgue méprisante et hautaine (ça m'intéresse beaucoup de discuter avec les spectateurs pour pouvoir me foutre de leur gueule en interview...), ce refrain anti-intellectuel (...plutôt que d'expliquer sincèrement mes choix et mes idées de mise en scène), sont trop appuyés pour être pris au sérieux, à mon avis.

Re: L'imaginaire dans les pinces du réel

Message par casseur » Sam 31 Aoû 2013 18:32

_ a écrit:Regardé un film d'une grande mélancolie cette semaine, qui m'a bouleversé, j'en parle ici (rapidement, car peu de temps actuellement) car il s'agit d'animaux...

Il s'agit de "Bestiaire" de Denis Côté. Il y a beaucoup de choses qui me viennent à l'esprit, qui s'y entrechoquent, en voulant parler du film. Je vais essayer de procéder dans l'ordre pour ne rien oublier.

DC filme les animaux d'un safari canadien en hiver, parqués dans leurs cages. Il travaille essentiellement son cadre pour créer une impression d'étrangeté, pour déstabiliser les spectateurs, leur donner à voir que les choses qui se passent dans cet endroit sont tout sauf naturelles. Nous y voyons des animaux tels qu'on ne les avait jamais vus, et tels qu'on aimerait bien ne jamais les voir. Le cadre offre parfois un regard partiel sur ceux-ci, il ne prend pas ceux-ci pour centre. D'un dromadaire nous ne verrons que les pattes tremblantes, tournant maladroitement autour d'un saut noir (de nourriture probablement) qui occupe le centre du cadre. D'un lion nous ne verrons que les yeux et la crinière dépasser furtivement mais à répétition en bas du cadre, sortir comme un pathétique pantin hors de sa boîte. Il se dégage un fort malaise de ces choix esthétiques voulus, une forme de démence, de spleen semblent traverser tous ces animaux en captivité. De même, nombre d'animaux sont filmés regardant stoïquement, fixement la caméra. Le spectateur se sent regardé, comme muettement interpellé par les regards des animaux en détresse.

Plutôt que de montrer du doigt les responsables d'un tel endroit très explicitement, DC choisit plutôt de filmer chacun à sa place, sans prendre directement parti sinon via un montage bien pensé. Et nous réalisons que son regard égalitaire met en apparence de lui-même les hiérarchies du lieu. Au plus bas, les animaux, bien sûr. Personne dans ce lieu ne semble vraiment se rendre compte de ce que nous, nous ressentons pour eux, cette vie affreuse qui leur est réservée jusqu'à l'empaillage qui les attend et va les immortaliser en les vidant mécaniquement de leurs organes (totalement réifiés, ils vont "vivre" après leur mort uniquement pour leur apparence extérieure, celle-là même qui leur a causé la vie qu'ils ont eu dans le safari). Mais lorsqu'il filme la réouverture du safari, DC montre les employés du parc eux-aussi ignorés par les touristes qui viennent en visite. Au mépris des employés pour les animaux, répond le mépris des clients pour les employés. DC décrit le safari comme un cercle absurde, à la manière des mouvements circulaire des animaux coincés dans leurs cages. Mais il peut arriver qu'un petit lama stoïque et la gueule toute blanche "regarde" des enfants un peu vulgaires, et les hiérarchies se trouvent alors complètement bouleversées, et la boucle est bouclée.

Autre chose. Ces animaux ne manquent pas d'évoquer quelques stars du grand écran, le film charrie avec lui, volontairement ou pas, tout un imaginaire de cinéma (dès le début les quelques bisons rappellent les troupeaux des westerns, la biche évoque Bambi...). Le film fait d'ailleurs un peu penser à ce court métrage en pâte à modeler (avant un Wallace et Gromit) qui se passe dans un zoo et où un personnage interviewe des animaux malheureux (mais là il y avait encore sans doute un recours trop marqué à l'anthropomorphisme).


Une interview de Côté sur independencia à propos du film : http://independencia.fr/revue/spip.php?article742

Je sais pas si le film est bien mais le mec est assez puant.

Re: L'imaginaire dans les pinces du réel

Message par JM » Jeu 11 Juil 2013 16:40

Revenons un peu à notre histoire de signe :

_ a écrit:
La coupe est pleine pour le journaliste lorsqu'un singe encagé de l'ancien zoo du dictateur centrafricain se met à fumer comme on le lui a appris. Il est le symbole d'une frontière entre humains et animaux scandaleusement franchie, signe que pour Bokassa et ses sbires, l'homme peut se substituer à l'animal, et l'animal à l'homme (thème que l'on retrouve dans d'autres films d'Herzog). Il est tout naturel alors que Goldsmith, caché derrière son apparente décontraction tout au long de son enquête (visible notamment à sa manière de rire systématiquement un peu nerveusement des pire exactions de Bokassa son ex-tortionnaire et séquestreur), se montre usé, qu'il demande à Herzog d'en finir et d'arrêter de tourner. Goldsmith est définitivement las de ce sombre monde façonné par Bokassa, de cette mise en scène du réel qui s'accorde trop bien aux désirs les plus saugrenus et malsains du dictateur.


http://www.scienezma.com/LMDLT/echos_aus_einem_dusteren_reich

Bonjour JM,

Il faudrait peut-être aussi parler du fait qu'avant cela, Goldsmith enquête sur la supposée anthropophagie de Bokassa. C'est pour le coup un trait qui crée un rapprochement de l'humain vers l'animal (soit l'opposé du singe qui fume). Pourquoi c'est cette image du singe qui fume, somme toute assez anodine, et non les histoires d'anthropophagie de Bokassa qui dégoûtent à ce point Goldsmith ? C'est une question valable. Après tout, chacun s'accorde à dire que les primates et les humains ont plus d'une caractéristique commune, et pour cause, donc rien de très dérangeant dans les images du singe...

Dans "Grizzly Man", on voyait et entendait Treadwell écoeuré par la dépouille d'un ourson mangé par d'autres ours obligés de se livrer au cannibalisme lors d'une période de sécheresse. Il plaignait et pleurait cet ourson dévoré par ses semblables, pris dans sa logique d'une nature "gentille", amicale et sans violence. Il ne comprenait pas. Là, à l'opposé de Goldsmith relativement équilibré qui lui se retrouvait face au spectacle des facéties orchestrée par Bokassa et ses gardes pliant la nature à leurs désirs), Treadwell entrait en présence d'une nature brute qui ne s'accordait pas à ses désirs. Etant donné ses commentaires, on peut dire qu'Herzog dans "Grizzly Man" est dans la même position que Goldsmith à la fin du film, il rejette sans l'ombre d'un doute le point de vue naïf de Treadwell qui tout au long du film essaye de faire entrer la nature dans un cadre désiré mais en définitive totalement artificiel.


Chez Rousseau :

L’homme est imitateur, l’animal même l’est ; le goût de l’imitation est de la nature bien ordonnée ; mais il dégénère en vice dans la société. Le singe imite l’homme qu’il craint, et n’imite pas les animaux qu’il méprise ; il juge bon ce que fait un être meilleur que lui. Parmi nous, au contraire, nos arlequins de toute espèce imitent le beau pour le dégrader, pour le rendre ridicule ; ils cherchent dans le sentiment de leur bassesse à s’égaler ce qui vaut mieux qu’eux ; ou, s’ils s’efforcent d’imiter ce qu’ils admirent, on voit dans le choix des objets le faux goût des imitateurs : ils veulent bien plus en imposer aux autres ou faire applaudir leur talent, que se rendre meilleurs ou plus sages.

Re: L'imaginaire dans les pinces du réel

Message par Sword7 » Sam 29 Juin 2013 16:03

scienezma a écrit:
Sword7 a écrit:
JM a écrit:En gros, pendant qu'on attend tous ton texte sur HK, toi tu regardes peinard les films récents !! Pas cool !


Ca viendra, vous inquiétez pas ! ;)


Ca y est, j'ai réceptionné le texte de Sword7 ! Il est moyen mais je crois que c'est un texte qui compte beaucoup pour lui, donc soyez indulgents ! Je vais le publier avant la fin de la semaine sur le site.. :)



Salaud, c'est quoi ce teasing de merde ! :lol:

Re: L'imaginaire dans les pinces du réel

Message par scienezma » Ven 28 Juin 2013 17:00

Sword7 a écrit:
JM a écrit:En gros, pendant qu'on attend tous ton texte sur HK, toi tu regardes peinard les films récents !! Pas cool !


Ca viendra, vous inquiétez pas ! ;)


Ca y est, j'ai réceptionné le texte de Sword7 ! Il est moyen mais je crois que c'est un texte qui compte beaucoup pour lui, donc soyez indulgents ! Je vais le publier avant la fin de la semaine sur le site.. :)

Re: L'imaginaire dans les pinces du réel

Message par Sword7 » Sam 15 Juin 2013 16:42

JM a écrit:En gros, pendant qu'on attend tous ton texte sur HK, toi tu regardes peinard les films récents !! Pas cool !


Ca viendra, vous inquiétez pas ! ;)

Re: L'imaginaire dans les pinces du réel

Message par JM » Sam 15 Juin 2013 10:57

Sword7 a écrit:
JM a écrit:C'est plutôt un conte de résistance collective à travers le parcours individuel de la petite fille, ca raconte comment naissent les héros charismatiques de la résistance, tandis que le film de Lee fait la promotion de l'individu qui lutte pour sa propre survie. Au delà du clivage esthétique entre les deux films, il y a cet écart essentiel entre l'individuel et le collectif.


Du coup, pour cette raison, dans les films récents je l'aurais plutôt rapproché de ''5 broken cameras'', je sais pas si tu l'as vu ?


Salut Sword7,

En gros, pendant qu'on attend tous ton texte sur HK, toi tu regardes peinard les films récents !! Pas cool !

Oui, j'ai vu ''5 Broken Caméras'' aussi, et tu as raison de faire un lien avec le film de Zeitlin je trouve. Dans les deux il est bien question de transmission, de filiation de la lutte, de l'autre côté du mur. Encore une discussion qui a bien sa place dans ce topic (même si on parle pas directement du film d'Herzog dont il était question au début) parce que ''Beast of the Southern Wild'' pourrait être une version imaginaire et fantastique du film documentaire impeccable de Burnat. Et nous revient ainsi encore une fois révisée l'histoire de Godard tant débattue ailleurs sur le partage réel/fiction.

Les beaux plans sur le visage buté de Hushpuppy m'ont rappelé des portraits vus chez les avant-gardistes russes : Eisenstein, Rodtchenko..

Image

Re: L'imaginaire dans les pinces du réel

Message par Sword7 » Ven 14 Juin 2013 22:12

JM a écrit:C'est plutôt un conte de résistance collective à travers le parcours individuel de la petite fille, ca raconte comment naissent les héros charismatiques de la résistance, tandis que le film de Lee fait la promotion de l'individu qui lutte pour sa propre survie. Au delà du clivage esthétique entre les deux films, il y a cet écart essentiel entre l'individuel et le collectif.


Du coup, pour cette raison, dans les films récents je l'aurais plutôt rapproché de ''5 broken cameras'', je sais pas si tu l'as vu ?

Re: L'imaginaire dans les pinces du réel

Message par JM » Ven 14 Juin 2013 17:14

weightwatcher a écrit:tu es trop rationnel tu peux pas comprendre


Peut-être. Ce que j'aime pas trop en fait, c'est que sous couvert de louer l'imagination le film fait passer quelques idées pas très fute-fute...


Bon, et ''Beasts of the southern wild'' dans tout ca ? C'est plutôt un conte de résistance collective à travers le parcours individuel de la petite fille, ca raconte comment naissent les héros charismatiques de la résistance, tandis que le film de Lee fait la promotion de l'individu qui lutte pour sa propre survie. Au delà du clivage esthétique entre les deux films, il y a cet écart essentiel entre l'individuel et le collectif. Le film de Zeitlin part un peu dans tous les sens (la caméra, le montage), je pense que c'est un parti pris, c'est ce qui lui donne de la vie, comme un cri sorti du bayou marécageux et croupi contre l'oubli des personnages du film qui y gravitent. Plutôt que de rendre justice à ces personnages en les figeant dans une noblesse esthétisante, Zeitlin joue la carte du mouvement suivant le principe que tant qu'il y a du mouvement, il y a de la vie. Ca marche plutôt bien, je trouve, au moins dans l'ensemble (c'est parfois un peu trop caricatural et appuyé, comme le passage dans le camp de réfugiés aseptisé) c'est beaucoup plus fort et puissant que ''Life of Pi''.. il y a des plans absolument magnifiques sur le visage déterminé de la petite Hushpuppy. Le film parvient à proposer une relation entre la fille et son père duale, plus complexe que ''mon père ce héros''.

Il est beaucoup question de survie, et donc aussi de nourriture dans le film...

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