Oshima, vivant !

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Re: Oshima, vivant !

Message par casseur » Ven 2 Mar 2018 17:13

Le rapprochement avec "Good Time" est amusant. Il me semble qu'on peut surtout rapprocher le film de Kawase du dernier film de Cantet, "L'Atelier". C'est un peu la même idée que ce que tu décris en terme de "croyance" dans les institutions sociales, et la relation entre l'écrivaine et l'ado à la dérive est finalement assez comparable à celle de la femme dont le travail est de décrire les films pour les aveugles avec l'ancien photographe devenu aveugle !

Re: Oshima, vivant !

Message par soren » Ven 2 Mar 2018 07:12

Je copie-colle ici un mail envoyé à une amie à propos du dernier film de Kawase ("Vers la lumière") :

Je n'ai pas été très emballé, je trouve les derniers films de la cinéaste quand même beaucoup moins intéressants que ceux qu'elle faisait avant. Je les trouve très poseurs, elle a basculé du côté d'un cinéma d'auteur japonais formaté qui doit faire une certaine durée (longue) et avoir un certain rythme (lent) pour faire couleur locale et "authentique" dans les festivals internationaux. Le problème c'est que, derrière cet étirement, il n'y a pas grand chose d'intéressant sinon un gros chantage à l'émotion et les deux ou trois petites lubies de l'auteure qui reviennent inlassablement de film en film. Kawase a beau faire mine de s'intéresser à certaines catégories de personnes plus ou moins en marge de la société japonaise (ici les aveugles), elle en revient toujours à ses problèmes à elle de pertes familiales qui étaient beaucoup plus intéressants lorsque son cinéma était plus à vif et moins lourdement illustratif.

D'une certaine manière "Vers la lumière" est un peu l'anti-"Good Time" (qui est selon moi l'un des meilleurs films de l'an dernier). A la fin du film des frères Safdie, on voit l'un des frères qui a des problèmes mentaux retrouver un centre de soins après avoir vécu une courte échappée belle avec son frère. Ce retour dans le "care" institutionnel de la société est vécu par les spectateurs comme un retour à l'ordre dramatique, qui tranche brutalement avec la puissance émancipatrice de la vie qui a présidée à l'échappée chaotique précédente. Je trouve le film de Kawase beaucoup trop sage, à travers l'association qui vient en aide aux aveugles en "décrivant les films" (et ses marottes psychologiques personnelles) elle ne libère pas son cinéma et ses personnages mais les emprisonne plutôt dans un cadre qui empêche toute véritable libération, hors des conventions de la société.

Le film m'a rappelé un entretien entre Serge Daney et une spectatrice de cinéma aveugle. Je serais curieux de savoir ce que cette spectatrice penserait du film de Kawase et de cette histoire de "décrire les films" aux aveugles pendant la projection... Je vous envoie le lien de l'émission, c'est à écouter : https://www.franceculture.fr/emissions/ ... -quon-voit

Le film rappelle quand même que décrire un film (pour des aveugles ou pour n'importe qui) est un exercice totalement subjectif, ce qui est important à signaler à l'heure où une certaine critique prétend se rapprocher de l'objectivité en décrivant "bien" (?!) les films plutôt qu'en donnant son avis argumenté sur ceux-ci !

Re: Oshima, vivant !

Message par casseur » Dim 22 Mai 2016 10:38

soren a écrit:Salut,

Bon ben c'est bien ce que je craignais, "An" (ou "Les délices de Tokyo" en français ; sic !) est tout à fait affligeant. On n'est pas totalement dans la veine des films qui passent 1h30 à faire l'apologie du made in japan et de la douceur de vivre du pays à coup de visuel publicitaire, car il y a toujours une composante un peu noire et déprimante dans les films de Kawase (ici un excès de commisération écoeurant), mais bon l'idée de fond c'est quand même celle-là. Il n'y a visiblement rien de plus important ou urgent pour Kawase que de savoir si la pâte de pois rouges de la boutique est industrielle ou bien faite avec amour et patience. Bien sûr, tout cela est symbolique, traduisant l'écart d'état d'esprit des uns et des autres et des générations, mais la recette et la morale récitées avec un sérieux de plomb sont franchement lourdes à digérer !

Les personnages passent leur temps à s'excuser pour leurs fautes commises, mais il est sûr que Kawase, elle, ne s'excuse pas de se regarder filmer (pourtant hyper platement comme un téléfilm, avec des cadres dégueulasses) pendant 2h durant.


Oui, je l'ai vu aussi, et on peut dire que là notre amitié pour Kawase en prend un sacré coup, parce qu'elle cumule avec complaisance dans son dernier film tout ce que nous n'aimons pas d'habitude ici !! :o

Re: Oshima, vivant !

Message par soren » Sam 21 Mai 2016 22:50

Salut,

Bon ben c'est bien ce que je craignais, "An" (ou "Les délices de Tokyo" en français ; sic !) est tout à fait affligeant. On n'est pas totalement dans la veine des films qui passent 1h30 à faire l'apologie du made in japan et de la douceur de vivre du pays à coup de visuel publicitaire, car il y a toujours une composante un peu noire et déprimante dans les films de Kawase (ici un excès de commisération écoeurant), mais bon l'idée de fond c'est quand même celle-là. Il n'y a visiblement rien de plus important ou urgent pour Kawase que de savoir si la pâte de pois rouges de la boutique est industrielle ou bien faite avec amour et patience. Bien sûr, tout cela est symbolique, traduisant l'écart d'état d'esprit des uns et des autres et des générations, mais la recette et la morale récitées avec un sérieux de plomb sont franchement lourdes à digérer !

Les personnages passent leur temps à s'excuser pour leurs fautes commises, mais il est sûr que Kawase, elle, ne s'excuse pas de se regarder filmer (pourtant hyper platement comme un téléfilm, avec des cadres dégueulasses) pendant 2h durant.

Re: Oshima, vivant !

Message par soren » Lun 17 Aoû 2015 11:44

soren a écrit:Avec ce film, on mesure bien l'écart qui sépare certaines réalisations japonaises récentes du lot de productions promotionnelles du Japon dont il est question dans les notes du site. Qu'est-ce qui creuse l'écart ? Une certaine opacité poétique, justement, qui passe par le refus d'un optimisme béat et toc plus adapté au marketing publicitaire. Le film a une part très sombre qui sape le côté carte postale : ''vivons heureux dans la campagne japonaise en mangeant des produits frais et entourés de beaux objets faits main''. Cette part sombre apparaît dès le début, avec l'excavation de la terre argileuse, les tranchées des fouilles dans le sol qui entrent en contraste avec la nature régnant à la surface, et le poème lu qui annonce un drame amoureux (on pense à Hölderlin, mais je ne connais pas l'origine du poème). Ce sont les blessures de l'Histoire, la mort, et le sang du présent qui hantent la campagne.

Mais dans le même temps, tous les clichés sont là aussi, et c'est ici que Kawase s'en sort très bien (et que ceux qui ont fait semblant de regarder le film peuvent s'en donner à coeur joie pour le démonter). Elle les intègre dans sa fiction tout en les attaquant de l'intérieur en leur injectant de l'humain (le mari adepte de nourriture bio est falot et délaisse sa femme, la femme reproche au menuisier son attentisme, elle-même qui s'occupe en faisant des teintures de châles est mélancolique, etc), les personnages perdent ainsi tout côté folklo pour devenir de vrais personnages de cinéma, complexes, dramatiques, et se déchire ainsi l'étiquette ''Made in Japan''. Ce qui ne veut pas dire que le film parle d'autre chose que du Japon rural...


Pour le coup, le scénario de son nouveau film, "An", laisse vraiment craindre le pire car on est là dans le schéma absolument typique du pire cinéma japonais actuel :

Les dorayakis sont des pâtisseries traditionnelles japonaise qui se composent de deux pancakes fourrés de pâte de haricots rouges confits, « AN ».
Tokue, une femme de 70 ans, va tenter de convaincre Sentaro, le vendeur de dorayakis, de l’embaucher.
Tokue a le secret d’une pâte exquise et la petite échoppe devient un endroit incontournable...


On verra...

Re: Oshima, vivant !

Message par Chantal » Lun 18 Aoû 2014 19:58

Et ce soir tard, toujours sur Arte, "Trace" (2012) de la même Kawase !!

Re: Oshima, vivant !

Message par Chantal » Mer 30 Juil 2014 01:04

Hello,

Hier soir est passé sur Arte "Tarachime", documentaire signé Naomi Kawase. Vous l'avez vu ?

Plus d'infos ici : http://www.kawasenaomi.com/en/works/documentary_film/tarachime_1/

Re: Oshima, vivant !

Message par Chantal » Sam 22 Juin 2013 16:32

Pas de doute, je dois voir ce film ! ;)

Re: Oshima, vivant !

Message par soren » Ven 21 Juin 2013 18:46

Image

C'est l'un des objets que le menuisier grave dans le bois (du cèdre ancien qui devient noir une fois gravé nous dit le responsable des fouilles). Ce petit objet qu'il garde toujours avec lui est très intéressant, il y aurait beaucoup à en dire, il dessine aussi la poétique du film à mon avis... construit dans un bloc de bois monolithique, il est au contraire fin et surtout il est doué de mouvement à l'intérieur de lui-même (la roue tourne dans l'anneau). Il offre un aspect mystérieux et absurde, il met presque mal à l'aise car il interroge, au premier abord on se demande en effet comment la roue a pu être introduite dans l'anneau qui la retient. C'est peut-être la petite histoire qui tourne dans la grande. J'ai bien envie aussi de rapprocher cet objet du cauchemar récurrent, au bord du caveau, que l'on voit dans le film, la vie et la mort qui tournent sans fin l'une autour de l'autre. Sans compter que le menuisier le fabrique après que son amante lui ait annoncé qu'elle était enceinte de lui, je crois...

Re: Oshima, vivant !

Message par soren » Ven 21 Juin 2013 11:40

Merci Chantal pour ta traduction ! Apparemment il s'agit d'un poème ancien japonais, datant de l'époque de la cité exhumée du début. Si bien que la voix qui le récite le fait sortir du temps à la manière des fouilles que l'on voit à l'image. Mais plus encore. La première partie avec les montagnes est ancienne mais j'ai l'impression que la seconde, sur le feu, l'esprit a été ajoutée après coup. Comme si le poème connaissait une actualisation lors de sa sortie des cendres du temps.

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