les divisions mortes et rancies

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Étendre la vue Revue du sujet: les divisions mortes et rancies

Re: les divisions mortes et rancies

Message par _ » Dim 9 Nov 2014 09:50

Le plus déplaisant, c'est que le point de vue réactionnaire (et/car hautain) de Jarmush joue ici sur deux plans, qui évidemment se rejoignent dans la conjonction de l'art et de la vie. Il se loge aussi bien dans son impression que "l'art c'était mieux avant" (les vampires comme reliquats exsangues de ce qui a été d'un âge d'or de l'art), que dans celle qu'"avant on savait vivre sa vie au lieu de la vivre par procuration" (les vampires comme entités séparées de l'existence de leurs contemporains devenus "zombis"). C'est d'autant plus déplaisant et paradoxal que Jarmush a toujours été un cinéaste maniériste, qui offre donc à l'écran une vision caricaturale, du moins largement déformée, de la réalité, et des personnages qui, à proprement parler, n'existent pas.

Re: les divisions mortes et rancies

Message par JM » Sam 1 Nov 2014 19:55

_ a écrit:
_ a écrit:Il n'y a sans doute rien de pire que ce verni esthétisant (lorgnant parfois du côté du clip) pour un film punk. On pense pas mal au dernier Jarmush dans la même veine...


A l'époque, je parlais de The Limits of Control, mais comme Jarmush s'enfonce toujours plus avant dans cette voie, il en est de même, et même plus encore, pour Only Lovers Left Alive. L'image dialectique que devrait appeler l'interpénétration du passé et du présent, de l'archaïque et du moderne, est remplacée par une image cireuse ("c'est beau !", lit-on partout...), d'où suinte et dégouline un édifiant romantisme bourgeois très XIXème, où les derniers amoureux sur la terre sont des vampires (= vieux refrain fatigué de l'artiste en "Immortel" avec un grand "I") qui consomment leur amour grâce aux médiums du Capital de leur temps : youtube, Iphone, etc. Il y avait vraisemblablement quelque chose à faire avec tout cela, mais pas le film de Jarmush qui vient directement se loger dans les étagères pleines d'objets culturels embaumés et rétros, poussiéreux, des vampires.


J'ai aussi vu le film il y a quelques temps et je te rejoins. C'est un détail sans grande importance, mais l'utilisation de Youtube par les vampires est peut-être à préciser davantage. D'abord c'est le musicien qui dit à son associé qu'il a vu un ancien concert sur Youtube, mais c'est vraisemblablement un mensonge pour cacher le fait qu'il est un vampire, donc lui-même ne l'utilise sans doute pas et semble dire en filigrane que c'est quand même autre chose d'assister vraiment à un bon concert plutôt que de le mater sur internet. Youtube revient avec un personnage absolument nullissime, qui pourrait apporter du trouble mais qui est d'emblée purement négatif et évacué de la maison puis du scénario par le couple bourgeois installé dans son petit confort, celui de la soeur de la femme vampire. Elle regarde une vidéo qu'elle dit avoir tiré de Youtube, et là le musicien coupe la vidéo. Le site internet semble donc plutôt s'attirer les foudres du personnage principal, et par ailleurs la forme pâteuse du film de Jarmush est en elle-même une sorte de pied de nez à la relative "anarchie" vidéo du site de partage.

Il aurait sans doute fallu un Gondry pour réaliser un film de ce genre. Gondry qui semble être un des seuls cinéastes en mesure de saisir dans son esthétique, sans être réactionnaire, les enjeux véritables portés par les nouvelles sources d'images d'hier.

Re: les divisions mortes et rancies

Message par _ » Sam 1 Nov 2014 08:40

_ a écrit:Il n'y a sans doute rien de pire que ce verni esthétisant (lorgnant parfois du côté du clip) pour un film punk. On pense pas mal au dernier Jarmush dans la même veine...


A l'époque, je parlais de The Limits of Control, mais comme Jarmush s'enfonce toujours plus avant dans cette voie, il en est de même, et même plus encore, pour Only Lovers Left Alive. L'image dialectique que devrait appeler l'interpénétration du passé et du présent, de l'archaïque et du moderne, est remplacée par une image cireuse ("c'est beau !", lit-on partout...), d'où suinte et dégouline un édifiant romantisme bourgeois très XIXème, où les derniers amoureux sur la terre sont des vampires (= vieux refrain fatigué de l'artiste en "Immortel" avec un grand "I") qui consomment leur amour grâce aux médiums du Capital de leur temps : youtube, Iphone, etc. Il y avait vraisemblablement quelque chose à faire avec tout cela, mais pas le film de Jarmush qui vient directement se loger dans les étagères pleines d'objets culturels embaumés et rétros, poussiéreux, des vampires.

Re: les divisions mortes et rancies

Message par _ » Jeu 3 Oct 2013 09:45

Ca va mieux, merci.

Le problème de Carax (sur son dernier film, car j'ai pas vu les autres), c'est qu'il filme, met en scène, des opinions, les siennes en l'occurrence (mais qui pourraient être et sont celles de beaucoup d'autres). D'où les lourdeurs, et l'impression incessante d'être au petit café du commerce (l'enchainement des deux premiers rôles de Monsieur Oscar est d'une rare bêtise, on se demande comment Carax n'a pas pensé une seule seconde que le lien type riche/clochard pouvait résonner avec les opinions débiles qu'on entend fréquemment sur les clochards "professionnels"). C'est la grande différence avec son maître Godard, qui lui, filme des idées, et garde ses opinions pour les entretiens autour des films (ou les exprime directement dans certains dialogues à l'intérieur de ses films).

Ceci dit, c'est à ce point continu dans le film (jusqu'aux voitures qui échangent quelques banalités à la fin), qu'on se demande quand même s'il n'y a pas une volonté tout à fait cynique (on sait que Carax ne manque pas une occasion de critiquer notre époque où chacun peut donner son avis et son opinion sur internet, il le signale d'ailleurs dans le passage au cimetière où toutes les tombes sont recouvertes d'une adresse de site web avec la mention "retrouvez moi sur :") de nous arroser d'opinions, du haut de son Génie d'Auteur. Le film n'en est que plus insupportable.

Re: les divisions mortes et rancies

Message par casseur » Sam 21 Sep 2013 11:53

En 91, Daney écrivait ça :

Les rares démiurges encore debout du cinéma mondial, de Kubrick à Fellini (en attendant Carax ?), savent que passé un certain budget, il n'y a plus de "sujet" de film qui ne soit pas l'aveu d'une disproportion certaine entre les moyens et les fins. A moins, le cinéma est un truc de parvenu.


pas mal, non ?

Re: les divisions mortes et rancies

Message par soren » Ven 20 Sep 2013 10:11

J'ai vu le film, comme tout le monde...

Il m'a semblé y voir une longue (et souvent insupportable et complaisante) litanie sur la mort du réel et de l'expérience, l'adieu au regard et donc à la beauté du monde, à l'empathie... chaque rendez-vous traite de ça grosso-modo, au point qu'on peut quasiment parler d'un film-dossier. Carax n'est pas très honnête, il aurait dû mettre dans le dossier d'Oscar, dont nous voyons parfois le contenu, les intentions surlignées de l'auteur plutôt que des feuillets descriptifs de la situation où il va se retrouver pour son prochain rendez-vous.

Le film me laisse pas un grand souvenir, un peu la même impression qu'après avoir feuilleté un hebdo d'actualité et d'opinions (type Le Point ou Le Nouvel Obs)... un film à passer en boucle dans la salle d'attente des docteurs et des dentistes ?!

Re: les divisions mortes et rancies

Message par _ » Jeu 19 Sep 2013 16:29

Enfin vu le dernier film de Carax qui a fait couler tant d'encre. Je le classerais bien dans la même catégorie que le film d'Ossang même si c'est moins tendance de descendre ce dernier puisqu'il fait un cinéma plus confidentiel, et moins bourgeois en terme de production. Du reste, c'est un peu le même imaginaire extrêmement confiné, soi-disant avant-gardiste et expérimental mais en fait plutôt rance, voire franchement réactionnaire, essentiellement tourné vers l'entre-soi... Je suis malade, donc j'en parle pas plus maintenant.

Qui l'a vu ? Je suis étonné que personne n'en ait déjà parlé par ici ?!

Re: les divisions mortes et rancies

Message par JM » Sam 11 Mai 2013 15:34

Le film voudrait perdre ses spectateurs, à la manière du personnage principal jet-lag. JFO utilise plusieurs procédés pour cela. Quelques procédés et montages visuels déstabilisants, des inter-lieux, et un scénario mystérieux et effiloché. Mais malheureusement ça ne marche qu'à de trop rares moments, le reste du temps on regarde le film de loin, défiler sans nous. C'est même pas une question d'hermétisme à la poétique de l'auteur, c'est juste qu'on en calcule trop les rares effets téléphonés et souvent lourdingues. Même si j'aime pas du tout le film d'PT Anderson, les dix premières minutes de "The Master" sont, je trouve, plus mystérieuses et déstabilisantes que tout le film de JFO.

les divisions mortes et rancies

Message par _ » Mer 8 Mai 2013 19:45

Salut,

Regardé Dharma Guns d'Ossang, ça faisait longtemps que j'attendais de pouvoir le voir et je suis finalement tombé dessus sur le web. Très bien. Mais le film ne m'as pas vraiment emballé.Trop peu d'idées de mise en scène et des choix qui reposent souvent sur des effets trop léchés, illustratifs. O semble sans arrêt essayer de cacher le côté fauché de la production par une esthétique qui joue comme un verni (à commencer par le noir et blanc de papier glacé), un cache, plutôt que d'assumer pleinement son mode de prod risqué. Comme si un Toubiana (qui a filé du fric pour la réalisation du film lors de l'appel aux dons, comme signalé dans le générique) avait dit au réalisateur : "bon, je te donne de l'argent, tu fais ce que tu veux mais il faudrait que le truc reste présentable". Il n'y a sans doute rien de pire que ce verni esthétisant (lorgnant parfois du côté du clip) pour un film punk. On pense pas mal au dernier Jarmush dans la même veine...

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