vers Borzage

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Étendre la vue Revue du sujet: vers Borzage

Re: vers Borzage

Message par JM » Mer 6 Jan 2016 18:59

JM a écrit:prétention à aborder l'Histoire mais propension à la passer à la moulinette comme chez Tarantino ou d'autres, phobie de la mort (transformée en prétendu désir de vie par quelques admirateurs aveugles),


En revoyant la fin d'"Inglourious Basterds", le massacre des nazis dans le cinéma, j'ai pas pu m'empêcher de penser à l'attentat au bataclan en novembre. Les nazis entassés dans une salle de spectacle comme cibles idéales, les résistants qui tirent à vue avec leurs mitraillettes sans aucun état d'âme, ceux qui se suicident en se faisant sauter avec des bâtons de dynamite attachés aux jambes... étrange retournement.

Re: vers Borzage

Message par casseur » Mer 15 Juil 2015 17:08

C'est peut-être pas l'endroit où en parler, mais le bouquin de GDH m'a pas beaucoup emballé, comme vous avez sans doute pu vous ne douter d'après le post précédent...

Si certains de ses livres récents sont riches d'une réflexion approfondie sur telle ou telle oeuvre, tel ou tel artiste, celui-ci répète, page après page, sans arrêt, le même refrain critique d'un Godard authoritaire. A chaque fois, chapitre après chapitre, GDH revient inlassablement à cela, comme s'il n'avait pas grand chose d'autre à nous dire de nouveau sur JLG. Bien sûr, GDH, en bon chercheur (comprendre au contraire de Godard à qui il reproche en quelque sorte d'être un historien-charlatan avec ses montages binaires simplistes), s'arme d'un bagage considérable, tout ce qui lui est tombé sous la main qui ait été écrit sur le cinéaste, ou par le cinéaste. Ce grand brassage où GDH semble rendre hommage en quelque sorte à tous ceux qui ont écrit sur les films de Godard, sur le dos de l'artiste (qu'ils le critiquent ou pas, on a l'impression que toutes ces notes de bas de page forment une autorité supérieure à l'artiste quant à ce qu'est son cinéma, qui il est), est déplaisant. Le geste se veut certainement plus généreux qu'arrogant, mais il ressemble aussi à une sorte de règlement de compte de l'institution (universitaire, etc.) contre Godard et ses saillies anarchisantes.

Plus grave, GDH joue parfois l'imbécile et la mauvaise foi, comme lorsqu'il reprend Godard sur ses propos en relation avec la photo des Palestiniens obligés de quitter Israël dans "Notre Musique". Mais non, dit-il, les Palestiniens ne vont pas exactement vers la noyade comme le raconte Godard, ce fait n'est pas authentique historiquement, pourquoi le cinéaste dramatise-t-il ainsi exagérément cette photo ? N'importe qui d'un peu censé aura compris que la "noyade" est une manière symbolique de dire le destin du peuple palestinien par la suite, mais GDH, lui, a compris qu'il fallait prendre ces propos au pied de la lettre... Ca rappelle le texte d'Hugo qui figure dans les Histoire(s)...

ils disent
on exagère
oui, on exagère
ce n’est pas en quelques heures
que la ville de Balak
a été exterminée
c’est en quelques jours
on dit deux cents villages brûlés
il n’y en a que quatre vingt dix neuf
ce que vous appelez la peste
n’est que le typhus
toutes les femmes n’ont pas été violées
toutes les filles n’ont pas été vendues
quelques-unes ont échappé
on a châtré les prisonniers
mais on leur a aussi coupé la tête
ce qui amoindrit le fait
l’enfant qu’on dit avoir jeté d’une pique à l’autre
n’a été, en réalité, mis qu’à la pointe d’une baïonnette
et cetera, et cetera
et puis
pourquoi ce peuple s’est-il révolté
pourquoi un troupeau d’hommes
ne se laisserait-il pas posséder
comme un troupeau de bêtes
pourquoi
et cetera et cetera et cetera
cette façon de parler
ajoute à l’horreur
chicaner l’indignation publique
rien de plus misérable
les atténuations aggravent
c’est la subtilité plaidant pour la barbarie


C'est tout à fait ça, en fait, GDH reproche continuellement dans son bouquin à Godard d'exagérer dans ses montages... Il s'enfonce parfois dans ses explications, en particulier dès qu'il est question d'Israël, d'antisémitisme, d'anti-sionisme, certains passages où il tente d'analyser objectivement la position de Godard sont vraiment grotesques (et toujours il garde sous le coude et cite pour se couvrir d'autres observateurs qui reprochent la même chose que lui au cinéaste pour imposer son point de vue : d'Arafat à Narboni - sic).

Curieusement, GDH se retrouve à raviver de manière un peu malsaine une querelle oubliée (voire close) entre Godard et Pasolini (il convoque Pasolini pour lui donner raison dans un duel pourtant assez binaire qui est le prototype de ce qu'il reproche par ailleurs à Godard dans son propre travail). Il se retrouve même plutôt à défendre Pasolini contre Godard (dans un passage il vante de manière indirecte le mérite de PPP comme grand poète littéraire, contre l'absence de poésie écrite de Godard, c'est vraiment vraiment petit), alors même qu'il s'en prend aussi dans un bouquin plus ancien à une facette du cinéaste italien qui ne lui plait pas. M. Didi-Huberman convoque tout le monde comme cela l'arrange dans son petit tribunal. Cela fait sourire de le voir reprocher à Godard ses allusions soi-disant douteuses à Heidegger alors même que par certains aspects (les plus douteux) PPP est bien plus proche du philosophe allemand que Godard (justement dans son rapprochement vers le petit peuple que GDH souligne contre Godard et au crédit de PPP !). Peut-on reprocher à Godard d'avoir dit de Pasolini à une époque qu'il était réactionnaire alors même qu'il l'était en effet par certains aspects ?

Quand GDH bascule dans la deuxième personne du pluriel à un moment donné pour s'adresser directement au cinéaste et le prendre à parti, on a vraiment envie d'arrêter de lire le bouquin. C'est d'une inélégance et d'une goujaterie rare vis-à-vis des lecteurs. On a l'impression de se retrouver au beau milieu d'un règlement de compte personnel, sommés d'accepter la position du chercheur face à Godard. Encore une fois, c'est pas mieux que le forçage des montages critiqués dans le livre.

A propos des forçages, justement, du manque d'ouverture de certains montages de Godard qui lui est reproché, ça m'a rappelé les propos du type qui au début du XXème siècle reprochait au cinéma de pousser les spectateurs dans le dos, de les empêcher de penser... la bonne blague, comme dit Deleuze !

Re: vers Borzage

Message par casseur » Jeu 2 Juil 2015 07:24

casseur a écrit:Regardé un des derniers films de Borzage (58), "China Doll", le cinéaste revient dix ans après son retrait avec un film tout ce qu'il y a de plus rance. Comment imaginer qu'on puisse encore faire des films comme ça en 58, à quelques années seulement des sauvages années 60, un film ouvertement impérialiste, paternaliste, misogyne... beurk. Rien que dans le titre : "La poupée chinoise", tout est dit ! Déjà passablement daté en 58, alors aujourd'hui...


Pour aller un peu moins vite, peut-être que le film n'est pas complètement hors de son époque de tournage. A travers ce personnage de métisse américano-chinoise orpheline, née en Chine, qui rejoint les USA et y est accueillie les bras ouverts en fin de film (même si les plaques militaires du père portées comme un collier pour chien réduisent le geste en lui-même à presque rien, rabattent l'hospitalité sur le fantôme du père bien américain), on tient là peut-être la naissance ou l'embryon du cinéma moderne des années 60, 70 qui revisitera les mythes en tentant, pas vraiment de les démystifier, mais de les remplacer par d'autres plus progressistes et éclairés (vis-à-vis des minorités). Tout le reste du film est, quant à lui, conforme en tous points à la vieille tradition.

Disons le chaînon entre "La prisonnière du désert" (56) de Ford et "Les rôdeurs de la plaine" (60) de Siegel ?

Re: vers Borzage

Message par casseur » Mer 1 Juil 2015 16:10

Regardé un des derniers films de Borzage (58), "China Doll", le cinéaste revient dix ans après son retrait avec un film tout ce qu'il y a de plus rance. Comment imaginer qu'on puisse encore faire des films comme ça en 58, à quelques années seulement des sauvages années 60, un film ouvertement impérialiste, paternaliste, misogyne... beurk. Rien que dans le titre : "La poupée chinoise", tout est dit ! Déjà passablement daté en 58, alors aujourd'hui...

La fin m'a fait penser aux critiques de Didi-Huberman à l'encontre de Godard dans son dernier bouquin sur le cinéaste. Pour faire vite, DH reproche à Godard son dogmatisme passé et présent dû selon lui à sa prise de parti politique Mao dans les années 70. Il revient notamment sur une phrase piochée dans un document sur un film pro-palestinien de l'époque dans lequel Godard, dans un geste ouvertement propagandiste, "rejette" dans sa mise en scène l'enfant israélien comme héritier du sionisme (du moins dit-il qu'il faudrait le filmer autrement que les enfants palestiniens).

A la fin du film de Borzage, l'image d'un bébé avec la plaque militaire de son père est mise en insert dans une séquence de bataille de celui-ci contre les ennemis (dans laquelle il va mourir héroïquement). Quelques plans plus loin, le bébé qui a grandi, revient sur le territoire américain avec pour signe de reconnaissance les plaques militaires de son papa. Un bel exemple du fait que le camp impérialiste n'hésitait pas, et n'a jamais hésité, à utiliser les enfants de son pays (de son sang ici) comme symbole pour la propagande militaire. Dans le cadre d'une lutte idéologique camp contre camp, la question esthétique soulevée par Godard est tout ce qu'il y a de plus pertinente, on ne peut le nier.

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Re: vers Borzage

Message par casseur » Sam 26 Juil 2014 01:07

JM a écrit:Ce qui ressemble le plus au dernier Burton dans celui-ci, c'est le côté nostalgique et réac, pour tout dire vieux con, d'une ''certaine époque'', d'un certain "savoir faire" perdu (que WA essaye lui-même de perpétuer de film en film, dans leur confection, dans sa maniaquerie pour les décors, les plans millimétrés, etc.).


On peut dire la même chose de Tarantino... même pas pris la peine de regarder le film d'Anderson, j'en ai rien à foutre.

Re: vers Borzage

Message par JM » Ven 25 Juil 2014 13:42

Vu le film d'Anderson, c'est pire que nul. Monde sous cloche et trognes à la Jeunet, nième problème d'héritage à la con, histoire d'Amour monolithique sortie de n'importe quel conte de fée pour faire frémir le petit coeur fragile des midinettes (ça marche), prétention à aborder l'Histoire mais propension à la passer à la moulinette comme chez Tarantino ou d'autres, phobie de la mort (transformée en prétendu désir de vie par quelques admirateurs aveugles), effet de comique de répétition répété et pas drôle, etc. J'insiste pas, je pense qu'on a déjà réglé le cas WA par ici depuis longtemps et ce film ne fait qu'enfoncer un peu plus le clou...

C'est bien ça, chez le Burton des débuts (plus gothique quand même), la critique louait l'apparition dérangeante et bouleversante de la Mort et de la différence dans un univers propret (Edward aux mains d'argent) et aujourd'hui ses films ressemblent à de gros manèges avec pour fond de commerce ses petits désespoirs d'adolescence. Je vois bien Anderson évoluer de la même manière (avec ce côté finalement très familialiste déjà bien présent, sous la forme mélancolique du petit enfant seul et psychologiquement fragile), on en reparle dans dix ou quinze ans...


http://www.scienezma.com/forum/viewtopic.php?f=2&t=1144&p=2470#p2470

Ce qui ressemble le plus au dernier Burton dans celui-ci, c'est le côté nostalgique et réac, pour tout dire vieux con, d'une ''certaine époque'', d'un certain "savoir faire" perdu (que WA essaye lui-même de perpétuer de film en film, dans leur confection, dans sa maniaquerie pour les décors, les plans millimétrés, etc.).

Autant l'avouer, aujourd'hui je continue pas à regarder des films pour retomber à l'âge des culottes courtes (d'autant que ça m'étonnerait pas que le type soit en définitive un cynique, là encore je vous donne rdv dans quelques années). Chacun son truc...

Re: vers Borzage

Message par casseur » Sam 1 Mar 2014 16:22

Les deux rigolos de France Inter (aka Bou et Thoret) ont déblatéré longuement sur Anderson hier. Ils avaient invité Charles Tesson (de plus en plus inintéressant et vaseux, le pauvre - faut dire que venir à la radio pour défendre Anderson c'est déjà pas vraiment un exploit en soi !) pour discuter avec eux. Ils ont bien essayé de faire un peu semblant au début qu'ils pouvaient très éventuellement avoir de légères réticences devant les films d'Anderson, mais à la fin tout le monde est convaincu et remercie Tesson d'avoir réduit à néant toute poche critique possible à l'égard de son cinéma. Et pourtant, pourtant, comme d'habitude, si l'on écoute attentivement l'émission, jamais les questions qui fâchent n'ont été traitées sérieusement d'un point de vue critique (pour rester dans le sujet, on peut dire qu'on se veut rester là toujours dans une pseudo-objectivité toute institutionnelle et commerciale). On commence par nous dire qu'Anderson a changé, qu'il ne peut aujourd'hui que créer l'unanimité avec son dernier film, qu'il s'attaque enfin au grand sujet (l'Europe de l'entre-deux guerre), et quelques instants après Tesson nous décrit à nouveau tout l'attirail (la camelote) qu'on trouve dans ses autres films et qui est justement sujet à critiques : le petit drame psychologique et familial, la mélancolie douce-amère, le monde clôt sur lui-même sans dehors, la préciosité formelle. Tesson a très soigneusement évité de relever les perches que lui tendait pourtant Thoret sur la clôture de ce cinéma-là, l'inconséquence (politique, entre autre) de ce burlesque, etc. Il n'a quasiment ja-mais été question du fameux "grand sujet" enfin traité, du regard d'Anderson sur tout ça (Bou, comme la critique fait en général pour crédibiliser et donner de la valeur un cinéaste américain, s'est empressé de dégainer les références et influences intellectuelles et artistiques citées par Anderson lui-même, à coups de oh ! et de ah !), on s'est tout de suite reconnecté aux lubies anciennes du cinéaste !

L'émission s'est terminée sur un hommage unanime pour Harold Ramis, tout le monde a loué une fois encore "Un jour sans fin" (quel courage ! - c'est LA comédie américaine que les critiques de tous bords s'arrachent depuis des années)... Ce film est sympathique, mais pour l'avoir revu récemment, seule l'idée de base (qui est une idée de scénario, la mise en scène est parfaitement quelconque) tient pendant la première moitié du film, la dernière partie où le personnage commence à être gentil avec tout le monde est excessivement ennuyeuse et la fin parfaitement indigente. Ramis se montre incapable de terminer son film autrement qu'en suivant les braves canons du consensus hollywoodien. Tesson va jusqu'à prétendre que c'est ce que Resnais a toujours voulu faire dans ses films, sans jamais y arriver aussi bien. Ce qu'il faut pas entendre... Que le cinéaste l'ai éventuellement (je sais pas, pas impossible) dit par modestie est une chose, que la critique le reprenne à son compte en est une autre.

Re: vers Borzage

Message par casseur » Mer 26 Fév 2014 08:52

Précision : "La tempête qui tue", c'est bien sûr "The mortal storm" évoqué ci-dessus.

Re: vers Borzage

Message par casseur » Mer 26 Fév 2014 08:50

Bon, écoutez, je ne sais pas si Anderson a lu ce topic, mais là on est en plein dedans :

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http://www.parismatch.com/Culture/Cinema/Entrez-dans-les-coulisses-de-The-Grand-Budapest-Hotel-550245

Wes Anderson a également cité «La Bonne Fée» de William Wyler, dont l’intrigue se situait à Budapest, «Aimez-moi ce soir» de Rouben Mamoulian, avec Maurice Chevalier, «La Tempête qui tue» de Frank Borzage, film anti-nazi de 1940 avec James Stewart, dont l’action se situe dans une petite ville entourée de montagne. Les protagonistes y fuient l’Allemagne en train et en ski.


Est-ce étonnant ce rapprochement de l'Europe centrale de l'entre-deux guerre de la part d'Anderson, lui qui a toujours filmé des personnages lisses, qui a toujours travaillé la façade plutôt que la profondeur ?

Re: vers Borzage

Message par Chantal » Lun 10 Fév 2014 18:06

Merci pour ces extraits, casseur.

Il comporte en son centre une sorte d’immense hall d’hôtel dont les clients de l’hôtel Adlon n’auraient pas honte de fouler les tapis. C’est le style de la Neue Sachlichkeit (Nouvelle Objectivité) en exagéré, car pour nos masses il faut ce qu’il y a de plus moderne. Le mystère de la Neue Sachlichkeit ne pouvait nulle part s’exposer de façon plus frappante. Car derrière la pseudo-sévérité de l’architecture des halls, on voit grimacer Grinzing. Un pas plus bas, et l’on est plongé dans la sentimentalité la plus débordante. Mais c’est bien là le propre de la Neue Sachlichkeit en général de n’être qu’une façade qui ne cache rien, de ne pas surgir des profondeurs, d’en offrir seulement le simulacre.


Pas étonnée de retrouver dans sa description du réel de la vie berlinoise ce hall d'hôtel immense qui est également au centre de son étude littéraire sur le roman policier, lieu où se croise la véritable condition de l'homme moderne détaché de tout. "Ce qui se présente dans le hall d'hôtel c'est l'identité formelle des personnages, une égalité qui signifie évacuation et non pas accomplissement.''

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