Twin Peaks : jamais 2 sans 3

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Re: Twin Peaks : jamais 2 sans 3

Message par Notebad » Mar 26 Juin 2018 17:25

Vous reprendrez bien une petite tasse douçâtre de Lynch !!

Politically, meanwhile, Lynch is all over the map. He voted for Bernie Sanders in the 2016 Democratic primary and thinks – he’s not sure – he voted Libertarian in the presidential election. “I am not really a political person, but I really like the freedom to do what you want to do,” says the persecuted Californian smoker.

He is undecided about Donald Trump. “He could go down as one of the greatest presidents in history because he has disrupted the thing so much. No one is able to counter this guy in an intelligent way.” While Trump may not be doing a good job himself, Lynch thinks, he is opening up a space where other outsiders might. “Our so-called leaders can’t take the country forward, can’t get anything done. Like children, they are. Trump has shown all this.”


https://www.theguardian.com/film/2018/j ... twin-peaks

Re: Twin Peaks : jamais 2 sans 3

Message par JM » Dim 21 Jan 2018 19:14

Roland a écrit:Bonsoir à tous,

Toujours un plaisir de discuter de cinéma, vous pouvez me tutoyer.
Juste à voir la BA de Rey, j'ai plus l'impression d'être dans le territoire de l'inaventure au ralentis, de la quête, comme on pouvait l'observer dans Honor de la Cavalleria que chez Pasolini qui n'était pas un contemplatif, et faisait un cinéma axé dans le réel, ou plutôt refabriqué par la passion du réel. Et puis, Pasolini était un idéologue, chrétien, marxiste, non-réconcilié, homosexuel, en guerre avec une bonne partie de l'intelligentsia italienne de son temps. D'où sa volonté d'outrage, de blasphème et de déchirements.

Après, il semble que Rey soit aussi à inscrire dans cette rébellion par le retrait qui traverse pas mal d'oeuvres récentes, qui refusent de se plier aux accélérations du temps et de l'époque.

L'attention est la forme la plus rare de la générosité vers la différence. (Simone Weil) je cite de mémoire.


Hello Roland, ok tutoyons-nous !

Oui, oui, ma comparaison avec Pasolini était faite avec des pincettes. Je n'ai pas vu le film de Serra ; on pourrait aussi penser à Herzog pour le côté quête de l'absurde justement, mais cela occulterait pour le coup la dimension politique du parcours du personnage (bien que la portée de celle-ci dans la réalité reste finalement obscure à la fin du film, elle ne semble pas dépasser l'utopie non véritablement réalisée car empêchée par la justice fasciste de l'Histoire - en quoi le film, lui, a une véritable portée politique)...

Re: Twin Peaks : jamais 2 sans 3

Message par Roland » Ven 19 Jan 2018 07:16

Bonsoir à tous,

Toujours un plaisir de discuter de cinéma, vous pouvez me tutoyer.
Juste à voir la BA de Rey, j'ai plus l'impression d'être dans le territoire de l'inaventure au ralentis, de la quête, comme on pouvait l'observer dans Honor de la Cavalleria que chez Pasolini qui n'était pas un contemplatif, et faisait un cinéma axé dans le réel, ou plutôt refabriqué par la passion du réel. Et puis, Pasolini était un idéologue, chrétien, marxiste, non-réconcilié, homosexuel, en guerre avec une bonne partie de l'intelligentsia italienne de son temps. D'où sa volonté d'outrage, de blasphème et de déchirements.

Après, il semble que Rey soit aussi à inscrire dans cette rébellion par le retrait qui traverse pas mal d'oeuvres récentes, qui refusent de se plier aux accélérations du temps et de l'époque.

L'attention est la forme la plus rare de la générosité vers la différence. (Simone Weil) je cite de mémoire.

Re: Twin Peaks : jamais 2 sans 3

Message par JM » Jeu 18 Jan 2018 18:47

Chantal a écrit:Je vois que vous parlez de Paso, je vous recommande un film chilien récent qui s'appelle Rey, ou en français Rey, l'histoire du Français qui voulait devenir Roi de Patagonie, mais ce titre est trompeur car il fait plutôt comédie un peu benête, ce qui n'est pas du tout le cas évidemment.

Il y a un peu de Pasolini dans ce film à travers le travail sur les costumes qui évoquent une mythologie lointaine et indéchiffrable, mais enfin c'est dans l'ensemble aussi très singulier et déglingué. Le parcours de ce personnage m'a rappelé certaines pages du bouquin de Scott, Zomia ou l’art de ne pas être gouverné. Même s'il vient pour établir un nouveau royaume, il recherche également la libération des peuples indigènes des Etats alentour. Scott parle dans son livre de ces "messies" qui étaient souvent des embrayeurs pour les mouvements pour échapper aux Etats qui cherchaient à s'aliéner les populations locales.


Salut Chantal,

Alors le film t'a aussi évoqué la région ardéchoise montagneuse où tu t'es retirée depuis quelques années !? ;o)

J'ai aussi vu le film à sa sortie, j'ai pensé à Paso mais aussi au cinéma géographiquement plus proche de Glauber Rocha ! Enfin, ce qui est important, c'est que l'on pense à ces autres cinéastes par affinités d'idées, de position, et non, comme c'est devenu le lot hebdomadaire, parce que le cinéaste leur ferait des clins d'oeil culturels appuyés dans son film. Le travail de détérioration de la pellicule m'a beaucoup plu, c'est très punk et ça coïncide bien avec ce dont parle le film, dans un cas comme celui-ci l'archive (véritable ou non) ne peut pas être présentée avec des gants blancs sur un tapis de velours.

Je reviens rapidos sur Lynch pour ajouter que je viens de lire l'entretien avec lui dans les Cahiers de décembre empruntés à la médiathèque. Le gars est toujours aussi hallucinant avec les "idées" de son inconscient qui repoussent toute discussion et sa méditation transcendantale qui va sauver le monde... et les deux gogos des Cahiers gobent tout sans mot dire, en buvant ses paroles ! Il semble pourtant clair à certains moments que les deux partis ne sont pas du tout sur la même...longueur d'onde.

Re: Twin Peaks : jamais 2 sans 3

Message par Chantal » Mer 17 Jan 2018 19:25

Je vois que vous parlez de Paso, je vous recommande un film chilien récent qui s'appelle Rey, ou en français Rey, l'histoire du Français qui voulait devenir Roi de Patagonie, mais ce titre est trompeur car il fait plutôt comédie un peu benête, ce qui n'est pas du tout le cas évidemment.

Il y a un peu de Pasolini dans ce film à travers le travail sur les costumes qui évoquent une mythologie lointaine et indéchiffrable, mais enfin c'est dans l'ensemble aussi très singulier et déglingué. Le parcours de ce personnage m'a rappelé certaines pages du bouquin de Scott, Zomia ou l’art de ne pas être gouverné. Même s'il vient pour établir un nouveau royaume, il recherche également la libération des peuples indigènes des Etats alentour. Scott parle dans son livre de ces "messies" qui étaient souvent des embrayeurs pour les mouvements pour échapper aux Etats qui cherchaient à s'aliéner les populations locales.

Re: Twin Peaks : jamais 2 sans 3

Message par JM » Lun 15 Jan 2018 14:47

Roland a écrit:Est-ce que vous avez vu Midnight Special ? Ca me semble un exemple intéressant de film où le mystère est montré et comment, il y a un échec du voir face au mythe. Surtout à la fin du film, quand l'apparition scientologue du futur devient un idéalisme bizarre.


Oui, je l'ai vu et je dois avouer que je serais incapable d'en faire une longue analyse détaillée car j'ai trouvé cela insupportablement long, prévisible, et creux (et moche sur la fin : le fameux passage à l'"idéalisme bizarre" dont vous parlez sans doute !?), si bien que mon cerveau s'est lentement arrêté de fonctionner devant les images du film que j'ai pourtant regardé jusqu'au bout. N'hésitez pas à donner des précisions qui pourront peut-être "réveiller" mes souvenirs très vagues du film !

D'une façon générale, il y a actuellement à Hollywood un délire médiocre du "trop montrer" et du "trop expliquer" dans le cinéma d'action (et particulièrement de sci-fi ou fantastique) qui est en train de tuer à peu près tout ce qui y bougeait encore un peu et qui appartenait au domaine de la croyance (la 3ème saison de Twin Peaks s'inscrit dans cette tendance d'une certaine manière. Même si elle rajoute du mystère au mystère jusqu'à l'indigestion, elle a aussi pour fonction de préciser certaines choses des deux premières saisons - en particulier le nucléaire où s'originerait le Mal, artéfact scénaristique totalement inutile). Nous en avons déjà parlé plusieurs fois par ici... s'en est terminé du monolithe noir monumental du début de "2001" ou de la petite licorne en papier mystérieuse de la fin de "Blade Runner" ... et comme aujourd'hui, la seule concurrence d'Hollywood est le cinéma commercial chinois qui est d'une nullité absolue (et a beaucoup de chances de le rester encore longtemps), on peut déjà envisager que cela n'annonce vraiment rien de bon pour les décennies à venir...

Re: Twin Peaks : jamais 2 sans 3

Message par Roland » Lun 15 Jan 2018 07:31

Oh, je n'ai pas la puissance d'analyse de Rancière, c'est un fantastique philosophe que j'ai lu et que j’apprécie mais je vais me la jouer modeste car je ne maîtrise qu'à demi.
Est-ce que vous avez vu Midnight Special ? Ca me semble un exemple intéressant de film où le mystère est montré et comment, il y a un échec du voir face au mythe. Surtout à la fin du film, quand l'apparition scientologue du futur devient un idéalisme bizarre.

Re: Twin Peaks : jamais 2 sans 3

Message par JM » Dim 14 Jan 2018 15:20

Roland a écrit:Hello JM,

J'ajouterai que même le symbolique demande une narration, qu'il faut faire croire à une logique mystérieuse qui unit les scène.


Hello,

Il me semble que votre point de vue est assez proche de celui de Rancière qui, lorsqu'il analyse le cinéma d'avant-garde des années 20 - qui était censé se défier de toute narration et de tout fil conducteur narratif -, retrouve en fin de compte toujours et encore des processus narratifs ?!

D'accord avec vous pour le reste aussi : il ouvre la boîte visuelle+sonore et ça part dans tous les sens, ça se répand comme une flaque d'eau difficile à circonscrire, et, ce qui est plus gênant, j'ai l'impression de l'entendre goguenard se marrer de nous voir plonger la tête la première dans la flaque qu'il a ainsi formée.

Chez Paso, les trouées d'interrogations sont moins de l'ordre du scénario (contrairement à la 3ème saison de Lynch, cf les 4 pages des Cahiers consacrées à la description laborieuse des nouveaux mystères qu'elle ouvre) que du "sens de la pensée", il me semble.

Re: Twin Peaks : jamais 2 sans 3

Message par Roland » Dim 14 Jan 2018 05:35

Hello JM,

J'ajouterai que même le symbolique demande une narration, qu'il faut faire croire à une logique mystérieuse qui unit les scène. Or Lynch était un génie dans ce domaine de l'incompréhensible qui paraissait faire sens. mais là comme il refuse toute forme de lien causal, ça crée de la sidération au mieux ou du rejet.
Et puis, montrer l'indicible, quelle étrange idée, et lui donner la forme d'un arbre avec un morceau de chair... quelle déception ... alors que dans Mulholland il garde la boîte fermée, ici il l'ouvre et ça fait tour de magie, donc sentiment d'illusion.
Je viens de voir Médée de Pasolini, et pour le coup la fonction symbolique a une vraie architecture, on comprend même si l'explication est lente, et que les motifs sont troués par des interrogations.

Re: Twin Peaks : jamais 2 sans 3

Message par JM » Ven 12 Jan 2018 20:59

Salut Roland,

Concernant les Cahiers, l'affaire est entendue : j'ai eu entre les mains le numéro d'octobre (celui avec Laura Dern en couv) qui était encore consacré à la série de Lynch et il est absolument évident qu'ils se sont servis allègrement de celle-ci pour faire du contenu vite bazardé sur plusieurs numéros, c'est de la fumisterie en poupées russes ! lol Encore une quinzaine de pages où on se répète encore et encore, où on raconte les épisodes, et où on se gargarise de toutes les portes laissées ouvertes par Lynch qui sont autant de trous béants dans le scénario...

D'ailleurs, Chauvin à propos du dernier film de Lav Diaz parle de "film [qui] n’est pas dépourvu de complaisances, la durée des séquences, parfois rédhibitoire, peut faire refluer l’émotion", ce qui est assez déplacé étant donné que la durée de ces fameux plans fait partie de l'approche très singulière du cinéaste tout au long de son oeuvre et n'est pas du tout un effet gratuit tape-à-l'oeil, par contre une fois de plus, contradiction énorme, il ne vient à personne à la rédaction des Cahiers l'idée de signaler que, pour le coup, la série de Lynch se complait largement dans ses effets qui tournent à vide...

Une image nécessite une narration pour l’épauler.


En tout cas, Lynch ne semble pas très à l'aise, comme le cul posé entre deux chaises : nécessité de rester dans le cadre de la série et donc de garder un vague fil narratif, et envie visiblement de sortir des carcans (l'histoire de la série, et le format série en lui-même) pour partir vers des explorations plastiques et visuelles qui se suffiraient presque à elles-mêmes...

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