douce France (chère Europe)

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Re: douce France (chère Europe)

Message par JM » Sam 4 Mai 2019 15:15

Comme certains films récents, la série TV de Dominik Moll "Eden" diffusée sur Arte cette semaine utilise les réfugiés comme «variable d'ajustement» pour élaborer et faire durer une fiction dans laquelle on retrouve toutes sortes de poncifs éculés sur le sujet. Cette naturalisation des réfugiés dans la fiction bourgeoise française (consternant personnage de Testud jouant une jeune entrepreneuse indépendante «créatrice» de camps de réfugiés, dont la fonction n'est jamais interrogée éthiquement par la fiction), comme si l'autre était déjà intégralement connu lorsqu'il arrive sur les plages d'Europe, est typique de ces artistes qui ne voient d'autre horizon pour les réfugiés que de les exploiter opportunément en les intégrant de façon très gênante dans leurs vieilles fictions traditionnelles.

À l'image de ce qui constitue l'arrière-pensée du personnage joué par Testud, le réfugié est ce matériaux humain sur lequel on peut miser car il peut booster le spectacle et lui donner un certain piquant. Le pire étant sans doute que ce discours se présente sans aucun cynisme, en toute bonne conscience et en tout humanisme ! Un Eden pour la fiction dominante ? Assurément !

Re: douce France (chère Europe)

Message par Notebad » Mar 26 Juin 2018 18:01

Le film algérien raté c'est "Harragas" de Merzak Allouache qui date de 2010, donc antérieur à "La Pirogue" qui est une sorte d'"anti-Harragas"...

Re: douce France (chère Europe)

Message par Notebad » Mar 26 Juin 2018 17:49

J'ai regardé hier "La Pirogue" (2012), film sénégalais de Moussa Toure. C'est beaucoup plus réussi qu'un film algérien d'il y a un an ou deux, je me souviens plus du titre, qui avait un peu le même thème mais où le départ retardé vers l'Europe se transformait soudain en polar violent un peu débile et où disparaissait toute trace d'humanité pour laisser place à des personnages totalement stéréotypés (et qui, pour le coup, jouaient très mal). Là on est plus proche de Sissako (ou Renoir), par exemple, le cinéaste "murmure à l'oreille des spectateurs, car crier serait presque honteux" suivant une de ses tournures que j'aime bien.

Il y a un petit florilège de critiques négatives incroyables sur allociné à propos du film :

TF1 News :

"Dommage que "La Pirogue" souffre d'interprétations jamais au niveau et d'un aparté explicatif final qui amoindrit sérieusement la puissance évocatrice de la fiction pure."
-> On a pas dû voir le même film car il n'y a justement aucun aparté final explicatif, tout est sous-entendu et très sobre. Passons sur le concept de "fiction pure" (débarrassée de la représentation documentaire des migrants "impure") plus que douteux, c'est TF1...

Critikat.com :

"Le film se tient le cul entre deux chaises, entre efficacité rythmique du récit de série B d'aventures et pesanteur dommageable de l'intention thématique, mais aussi entre sentiment de perte d'un pays de départ et bonne conscience confortable d'un pays d'accueil."
-> Là on reproche en fait au film de trop évoquer les problèmes des migrants (intention thématique), c'est lourd franchement, et de ne pas assez se concentrer sur l'aspect fun et aventure du film ! Abject, le type s'attendait probablement à voir un Indiana Jones !

Cahiers du cinéma :

"Malgré la tenue de l'ensemble, il faudra probablement un projet plus personnel à Moussa Touré pour que s'exprime dans la fiction la finesse et la fantaisie de sa mise en scène documentaire."
-> Oui, un sujet plus perso serait plus sympa pour que le cinéaste puisse enfin faire dans la fantaisie, parce que c'est bien gentil de vouloir parler des migrants et d'avoir un grand coeur pour les autres, mais rien ne vaut en définitive une petite auto-fiction narcissique et pseudo-documentaire pour atteindre au grand film ! Aussi abject, mais tout à fait digne de Malausa.

Re: douce France (chère Europe)

Message par JM » Sam 20 Aoû 2016 06:51

Un mouvement panoramique, vers la fin de «The Bigger Splash» (2016), évoque bien l'incapacité de la fiction hollywoodienne à tenir compte de la question politique des réfugiés autrement que comme un vague arrière-plan (au pire folklorique et utilitariste, au mieux vaguement bienveillant) à l'intégralité du film.

Le bref mouvement de la caméra reste piloté par le premier plan, c'est-à-dire le dialogue entre deux des principaux personnages en relation directe avec la fiction bourgeoise du film, tandis que nous apercevons à l'arrière plan entre eux deux, dans la profondeur de champ, l'espace clos dans lequel la police a enfermé les migrants fraîchement débarqués en Italie.

De cette conception de la mise en scène, aucune rencontre réelle n'est possible entre le premier plan, dans lequel la bourgeoisie reste parquée dans ses petites névroses, et le second plan, dans lequel les migrants sont définitivement enfermés et exclus deux fois (dans la réalité de la société italienne où ils atterrissent, et dans la fiction même du film).

On pourrait opposer, à ce type de représentation, la troublante rencontre néoréaliste rossellinienne entre la bourgeoise américaine d'«Europe 51» et le peuple ouvrier des quartiers périphériques romains.

Re: douce France (chère Europe)

Message par JM » Sam 19 Mar 2016 09:08

"Mediterranea" de Jonas Carpignano (2015). Le film suit, caméra à l'épaule, le parcours de quelques migrants de l'Afrique à l'Italie. Il est assez honnête pour rester avec les réfugiés jusqu'au bout, sans les juger, sans en faire non plus une espèce de bloc uniforme sur lequel apposer l'étiquette "les migrants", et en réussissant dans le même temps à en préserver le côté bande soudée dans la difficulté. On observe ainsi une familiarité et une solidarité se créer dans l'épreuve, parmi le groupe qui a fui ensemble, même si les chemins des uns et des autres une fois arrivés en Italie varient. C'est à mettre au crédit du film.

Re: douce France (chère Europe)

Message par JM » Lun 18 Jan 2016 22:50

Je viens de terminer de regarder "Dheepan". Que dire, sinon que c'est de la grosse escroquerie ? Une heure de bons sentiments et de "vivre ensemble" pour nous faire patienter, avant ce qui intéresse vraiment Audiard (et qu'on voit arriver gros comme une maison depuis le début) : un déferlement de violence brute et des tripes ! Et puis un dernier retournement final dans la normalité, comme s'il fallait ce carnage (cette purge), pour que la "famille" puisse procréer et vivre enfin soudée et rattachée à "la France normale".

Il est question d'une prise d'otage à la fin (de la femme par le voyou), et c'est bien à cela que nous convie le scénario roublard d'Audiard (en cinéaste petit caïd miteux des salles obscures).

Bon, c'est pas une surprise... par contre la surprise désagréable c'est de découvrir au générique final qu'Héléna Klotz a participé au film comme conseillère artistique, je me demande ce qu'elle est venue faire dans un projet pareil...

Re: douce France (chère Europe)

Message par casseur » Sam 6 Sep 2014 09:04

J'ai regardé "Soleil Ô" de Med Hondo (1969), un pamphlet anti-colonialiste qui évoque le sort réservé aux Africains invités en France pour faire les boulots ingrats dont les français ne veulent plus, dans les années 50 et 60. Humiliations, précarité, exploitation, racisme (décomplexé des patrons dans leur bureau, souterrain des citoyens dans la rue), le personnage principal rencontre tout cela, essaye d'analyser et de comprendre, lui qui, comme tous les autres et ses ancêtres colonisés en Afrique, n'avait rien demandé à l'homme blanc. Sa quête d'explications rationnelles (qu'il obtient et qui sont justement d'une telle rationalité abjecte qu'il ne peut en revenir) le fait au contraire basculer petit à petit dans la démence, jusqu'à l'échappée finale dans la forêt, et le cri qui sort de sa bouche, mais qui est doublé, qui vient aussi d'ailleurs, de celles de tous ses camarades opprimés. Dès le début en Afrique (dans une courte mise en scène du processus colonial), le film est très marqué par le principe de distanciation de Brecht, qu'Hondo a apparemment joué au théâtre avant de se lancer au cinéma.

Hondo jouait déjà chez Godard en 65 (dans "Masculin, Féminin"), mais, beaucoup plus curieux, il est devenu par la suite l'une des personnalités noires du cinéma français les plus connues, quoique restée totalement invisible : il est le doubleur attitré de nombreux acteurs noirs américains très connus (Murphy, Freeman...). Plus curieux encore, étant le doubleur de Murphy qui donne sa voix à l'âne dans "Shrek" dans la version us, c'est également lui qui double l'âne de "Shrek". Difficile d'imaginer plus grand écart entre son premier film évoqué précédemment, et la voix de l'âne de "Shrek" !! :shock:

Si vous trouvez des interviews du gars, cela m'intéresse.

Re: douce France (chère Europe)

Message par polichinelle » Lun 9 Juin 2014 20:27

polichinelle a écrit:
"Golden Door", E. Crialese

Immonde petit film roublard qui joue sur deux tableaux : le premier complètement neuneu qui se joue au niveau des personnages, le second au niveau du metteur en scène qui se place au-dessus de tout ça en "dénonçant" les illusions tout en aillant pris garde au préalable de grossir le trait de celles-ci (en gros les personnages du film sont dupes, mais les spectateurs ne doivent surtout pas l'être).

Le metteur en scène passe des scènes entières à s'endormir sur sa reconstitution historique comme tout mauvais cinéaste à qui on donne des moyens conséquents pour en réaliser une. Absolument aucun sens du récit, le film traîne en longueurs inutiles, on regarde tout ça avec un ennui absolument mortel (il faut se payer deux visites médicales !). Quelle place pour le spectateurs lors de ses scènes interminables de tests sur les immigrants qui arrivent en Amérique ? Aucune : ni du côté des testeurs (sales types) ni du côté des testés (trop benêts, ça n'est pas une découverte on le sait depuis le premier quart d'heure du film).

Ne reste, comme tout le long du film, qu'à regarder tout ça de loin en essayant de ne pas s'endormir. Signalons au passage le même fond de religiosité puant que dans "Respiro".



Sur le même sujet, le film de Gray "The Immigrant" est déjà un peu mieux, sorte de film noir portant sur les fondations, dont le sujet date d'avant la seconde guerre mondiale. Le thème de l'immigration est récurrent dans le film noir où il est souvent question de frontières (territoriales ou psychologiques), entre dans un grand classique comme "Touch of Evil" de Welles. Il y aurait beaucoup à dire là-dessus, en partant du western, du mythe de l'Ouest, naturellement...

"The Immigrant" est ni pire, ni meilleur que les précédents Gray, c'est toujours grosso-modo la même pâte, je dirais... quelques plans intéressants noyés dans du plomb, surtout le dernier (mais quel chemin - laborieux - il aura fallu avant d'y arriver !), ou la chasse dans les égouts qui fait froid dans le dos. C'est marrant qu'au niveau religieux il soit assez proche de Crialese, comme si le sujet ne pouvait être traité qu'avec un rosaire à la main. On sent que Gray ne se force pas pour en faire des tonnes dans l'indécrottable "In God we trust", bien aidé par les grands yeux de chien battu de Cotillard (=contrition puis compassion).

Re: douce France (chère Europe)

Message par casseur » Mar 28 Jan 2014 16:47

Quelques mots sur un bouquin récent, une fois n'est pas coutume. "Les Renards Pâles" d'Haenel est un roman qui imagine une insurrection parisienne, menée par les sans-papiers. Le livre est constitué de deux parties. Dans la première, un type solitaire raconte comment il a quitté la société pour vivre dans sa voiture et comment il a rencontré les Renards Pâles qui fomentent une insurrection. La seconde est un long, très long, manifeste pour l'insurrection et l'anarchie. La première partie fait illusion un moment, la description de l'état du personnage est pas mal foutue, même si tout est très scolaire (sic) - Haenel faisant du Deleuze et du Debord en le sachant (ce qui est confirmé lourdement dans la seconde partie ou Deleuze est cité plus ou moins explicitement). C'est un peu comme pour le cinéma, lire un romancier (ou voir un cinéaste) réciter son Deleuze parlant de littérature mineure, c'est toujours beaucoup moins intéressant d'un point de vue littéraire que d'observer un artiste qui fait du Deleuze sans le savoir.

La seconde partie est carrément naze. Haenel y brode longuement, sans vergogne, un manifeste caricatural auquel il ne croit pas un instant lui-même, degré zéro de la littérature : le romantisme le plus éculé côtoie des fantasmes rances qui visent à travestir la réalité. Le sentiment qui subsiste après la lecture du bouquin n'est pas que l'esprit de la Commune survit, mais qu'une imitation de celle-ci est d'actualité. Le plus grave est sans doute l'usage systématique du "nous" et du "vous" qui traverse l'ensemble du discours, atrocité littéraire qui vient confirmer l'impression que cette partie du bouquin prêche pour les convaincus ("nous", les insurgés), et ne sera pas lue par les autres ("vous", la réaction).

Pour reprendre ce qui est dit dans la critique du film de Schrader ailleurs, c'est le bouquin typique du petit blanc qui se rêve autre, et qui réquisitionne dans sa fiction les sans-papiers pour être les représentants fantasmés de la révolution dont il rêve. Le discours est assez similaire à celui des mouvements autonomes proches des sans-papiers (on retrouve d'ailleurs un passage sur les empreintes digitales brûlées des migrants, scène qui figure également dans le film de Sylvain George), il vise plutôt à réunir de manière consensuelle les différentes tendances des groupes d'aide qui gravitent autour d'eux, alors que les clivages sont cruciaux.

Re: douce France (chère Europe)

Message par JM » Dim 17 Nov 2013 19:38

casseur a écrit:
Bon, faudra y revenir plus tard sur cette manière tire-larmes qui règle bien vite tous les dossiers de société un peu gênants.


Salut casseur,

Pas vu le Bonitzer mais vu le Maïwen à l'époque de sa sortie. Totalement d'accord avec toi.

L'histoire des larmes, de ces larmes-là qui jouent avec l'actualité, on en a déjà pas mal parlé ici ou sur le site, c'est ce que Virilio appelle le "communisme des affects" non ? Cela dit le truc de Maïwen c'est précisément de jouer le jeu des larmes et des rires, c'est surtout comme ça qu'elle espère prendre les spectateurs (et se croit originale et au-dessus de tout misérabilisme). C'est le même principe que tous les clichés auxquels elle a recours comme tu l'expliques. Elle utilise l'accumulation (des clichés) ou le jeu des contraires (rires et larmes) en prétendant proposer une forme de nuance aux spectateurs, alors qu'il s'agit en réalité d'astuces grossières pour glisser du prêt-à-penser.

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