Oshima, vivant !

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Re: Oshima, vivant !

Messagepar casseur » Dim 22 Mai 2016 10:38

soren a écrit:Salut,

Bon ben c'est bien ce que je craignais, "An" (ou "Les délices de Tokyo" en français ; sic !) est tout à fait affligeant. On n'est pas totalement dans la veine des films qui passent 1h30 à faire l'apologie du made in japan et de la douceur de vivre du pays à coup de visuel publicitaire, car il y a toujours une composante un peu noire et déprimante dans les films de Kawase (ici un excès de commisération écoeurant), mais bon l'idée de fond c'est quand même celle-là. Il n'y a visiblement rien de plus important ou urgent pour Kawase que de savoir si la pâte de pois rouges de la boutique est industrielle ou bien faite avec amour et patience. Bien sûr, tout cela est symbolique, traduisant l'écart d'état d'esprit des uns et des autres et des générations, mais la recette et la morale récitées avec un sérieux de plomb sont franchement lourdes à digérer !

Les personnages passent leur temps à s'excuser pour leurs fautes commises, mais il est sûr que Kawase, elle, ne s'excuse pas de se regarder filmer (pourtant hyper platement comme un téléfilm, avec des cadres dégueulasses) pendant 2h durant.


Oui, je l'ai vu aussi, et on peut dire que là notre amitié pour Kawase en prend un sacré coup, parce qu'elle cumule avec complaisance dans son dernier film tout ce que nous n'aimons pas d'habitude ici !! :o
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Re: Oshima, vivant !

Messagepar soren » Ven 2 Mar 2018 07:12

Je copie-colle ici un mail envoyé à une amie à propos du dernier film de Kawase ("Vers la lumière") :

Je n'ai pas été très emballé, je trouve les derniers films de la cinéaste quand même beaucoup moins intéressants que ceux qu'elle faisait avant. Je les trouve très poseurs, elle a basculé du côté d'un cinéma d'auteur japonais formaté qui doit faire une certaine durée (longue) et avoir un certain rythme (lent) pour faire couleur locale et "authentique" dans les festivals internationaux. Le problème c'est que, derrière cet étirement, il n'y a pas grand chose d'intéressant sinon un gros chantage à l'émotion et les deux ou trois petites lubies de l'auteure qui reviennent inlassablement de film en film. Kawase a beau faire mine de s'intéresser à certaines catégories de personnes plus ou moins en marge de la société japonaise (ici les aveugles), elle en revient toujours à ses problèmes à elle de pertes familiales qui étaient beaucoup plus intéressants lorsque son cinéma était plus à vif et moins lourdement illustratif.

D'une certaine manière "Vers la lumière" est un peu l'anti-"Good Time" (qui est selon moi l'un des meilleurs films de l'an dernier). A la fin du film des frères Safdie, on voit l'un des frères qui a des problèmes mentaux retrouver un centre de soins après avoir vécu une courte échappée belle avec son frère. Ce retour dans le "care" institutionnel de la société est vécu par les spectateurs comme un retour à l'ordre dramatique, qui tranche brutalement avec la puissance émancipatrice de la vie qui a présidée à l'échappée chaotique précédente. Je trouve le film de Kawase beaucoup trop sage, à travers l'association qui vient en aide aux aveugles en "décrivant les films" (et ses marottes psychologiques personnelles) elle ne libère pas son cinéma et ses personnages mais les emprisonne plutôt dans un cadre qui empêche toute véritable libération, hors des conventions de la société.

Le film m'a rappelé un entretien entre Serge Daney et une spectatrice de cinéma aveugle. Je serais curieux de savoir ce que cette spectatrice penserait du film de Kawase et de cette histoire de "décrire les films" aux aveugles pendant la projection... Je vous envoie le lien de l'émission, c'est à écouter : https://www.franceculture.fr/emissions/ ... -quon-voit

Le film rappelle quand même que décrire un film (pour des aveugles ou pour n'importe qui) est un exercice totalement subjectif, ce qui est important à signaler à l'heure où une certaine critique prétend se rapprocher de l'objectivité en décrivant "bien" (?!) les films plutôt qu'en donnant son avis argumenté sur ceux-ci !
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Re: Oshima, vivant !

Messagepar casseur » Ven 2 Mar 2018 17:13

Le rapprochement avec "Good Time" est amusant. Il me semble qu'on peut surtout rapprocher le film de Kawase du dernier film de Cantet, "L'Atelier". C'est un peu la même idée que ce que tu décris en terme de "croyance" dans les institutions sociales, et la relation entre l'écrivaine et l'ado à la dérive est finalement assez comparable à celle de la femme dont le travail est de décrire les films pour les aveugles avec l'ancien photographe devenu aveugle !
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