Un faux ziz , en attendant Zanzibar

Autour des textes du site

Un faux ziz , en attendant Zanzibar

Messagepar bobby_net » Mar 29 Nov 2011 11:29

Bonjour par ici !

J'ai découvert votre texte sur Tomboy sur votre webzine. Quel titre bizarre !? Avons-nous le droit à quelques explications ? ;)

Ce qui me vint à l'esprit ce furent plutôt d'autres films avec des enfants. Des films venant d'horizons très différents et tous beaucoup plus riches que ce film-ci. J'ai pensé à L'Autre Rive (2004) de David Gordon Green avec également un enfant à l'identité incertaine que le cinéaste avait le bon goût de ne pas placer au centre de son film comme un ET scruté sous toutes les coutures, Yuki et Nina (2009) de Nobuhiro Suwa et Hippolyte Girardot, ou encore Le Bois Lacté (2003) de Christoph Hochhäusler.


Vous pouvez sans doute également ajouter The Girl, un film suédois de Frederik Edfeldt. C'est l'histoire d'une gamine qui vit à la campagne avec ses parents un peu "bobos". Ceux-ci partent en mission humanitaire en Afrique pour l'été et la petite va se retrouver livrée à elle même. Le film raconte, patiemment, son beau parcours initiatique entre les hautes herbes des prés, les jeux et petites bêtises avec les enfants du voisinage et ses recherches iconographiques... il y a quelque chose d'existentiel qui passe entre les images du film, le réalisateur prenant son temps et de la distance, ne filmant pas, comme c'est à la mode aujourd'hui, collé au personnage. Le film se place d'ailleurs d'emblée à une époque plus reculée, dans les années 80.

Image

J'aime bien les cheveux de la fille, dans certains plans on a juste à regarder ses longs cheveux dans le vent (d'ailleurs le garçon venu du ciel en ballon vers la fin les lui recoiffe en y enlevant les noeuds, au moment où elle s'abandonne et se transforme en loque) pour être émerveillés. Certains plans m'ont rappelé la Venus de Botichelli. Déjà il y a quelques semaines j'avais regardé Un Ange à ma table et j'avais été sidéré tout le long du film par les cheveux de Janet Frame, roux et somptueux, qui absorbaient la lumière des plans et polarisaient le regard.

Je n'en dis pas plus, mais regardez le film à l'occasion, il en vaut vraiment la peine, il y a à voir ...

à+

Image

Image
bobby_net
 

Re: Un faux ziz , en attendant Zanzibar

Messagepar _ » Mar 29 Nov 2011 17:42

Hello Bobby,

Merci pour le conseil, je vais essayer de trouver ce film et le regarder a l occasion, ton message fait tres envie ! Beau photogramme avec la fille observant une fourmi sur une brindille : ca me touche.

Pour le titre du texte sur Tomboy, l explication viendra surement bientot, a l occasion d un prochain texte sur un film regarde recemment et qui occupait mon esprit lorsque j ecrivais distraitement sur Tomboy..

donc, a bientot
_
 

Re: Un faux ziz , en attendant Zanzibar

Messagepar bobby_net » Ven 8 Fév 2013 00:28

bobby_net a écrit:Déjà il y a quelques semaines j'avais regardé Un Ange à ma table et j'avais été sidéré tout le long du film par les cheveux de Janet Frame, roux et somptueux, qui absorbaient la lumière des plans et polarisaient le regard.


Bonjour !

Depuis j'ai regardé Bright Star et j'ai pas du tout été emballé de la même façon. Le film se regarde mais c'est quand même très très formaté, Campion tombe dans tous les panneaux de la vie du poète (c'est un biopic sur Keats) adaptée à l'écran : longs plans sur le poète au travail, mal rasé et songeur devant sa feuille blanche, poésies lues et illustrées à l'écran... Dans Un Ange à ma table on sentait une nécessité de tourner le film, la réalisation était parcourue, tendue par une poésie cinématographique propre à Campion, et en même temps au plus juste vis à vis de son personnage à vif. Notamment via un montage sec et haché devenu très terne dans Bright Star. Le film s'étirant, quoique joliment, sur deux trop longues heures, très léchées, durant lesquelles les personnages assez caricaturaux ne connaissent aucune évolution.

Le pire moment est vraisemblablement celui où l'amante de Keats lit une lettre (sans doute issue de la vraie correspondance du poète avec son aimée) qu'il lui a écrite et dans laquelle il lui dit : "I have two luxuries to brood over...your Loveliness and the hour of my death." (je laisse en anglais pour que "brood over" garde tout son sens, ses sens). La deuxième chose est simplement ignorée par Campion et pourtant elle est sans nul doute d'une grande importance dans la vie du poète. La mort dans le film n'est que drame, noirceur, tristesse et non "volupté", mais surtout elle semble extérieure au poète (même si elle touche son très proche frère, puis lui-même complètement hors-champ). Il n'y a rien qui vienne attester d'un ressassement ou d'une tentative intérieure de vaincre la mort, aussi forte que la puissance de son amour. Le rapport du poète à celle-ci est esquivé par Campion qui se concentre sur son idylle amoureuse, soit exactement le contraire de ce que dit la fameuse lettre poétique qui ne les séparait pas. Le formatage est aussi là, à mes yeux.
bobby_net
 

Re: Un faux ziz , en attendant Zanzibar

Messagepar scienezma » Ven 8 Fév 2013 13:06

Salut bobby_net,

J'ai ouvert un fil sur Jane Campion avec tes interventions dans l'autre partie du forum. ;)

Image
Avatar de l’utilisateur
scienezma
Administrateur du site
 
Messages: 53
Inscription: Mar 5 Juil 2011 01:36

Re: Un faux ziz , en attendant Zanzibar

Messagepar bobby_net » Sam 9 Fév 2013 00:06

Chouette, on va pouvoir continuer à broder un peu !! 8-)
bobby_net
 

Re: Un faux ziz , en attendant Zanzibar

Messagepar polichinelle » Dim 25 Aoû 2013 15:23

La scène où Lise doit vérifier l'identité sexuelle de Laure renvoie à son film précédent, Naissance des pieuvres. Elle est à rapprocher également du suspense de la scène de baignade : Laure va-t-elle perdre ou non le faux zizi en pâte à modeler qu'elle s'est fabriquée et qui repose dans son maillot de bain (je prie les lecteurs de m'excuser pour mon manque de poésie et d'afféterie dans la description) ?
Flashback :

Ça se passe dans le premier film de Céline Sciamma, Naissance Des Pieuvres, sorti cet été (2007) sur les écrans.

Le problème qui va être abordé ici est ancien, c'est celui du point de vue subjectif du cinéaste, de tout cinéaste. Toute personne qui décide un jour ou l'autre de se saisir d'une caméra et de filmer, a nécessairement déjà été confronté à ce problème : une prise de vue résulte toujours d'un certain nombre de choix, conscients ou pas. Un cinéaste digne de ce nom se doit de penser intelligemment ces choix-là. Cela paraît bête à rappeler, et pourtant.

Je vais maintenant décrire une scène de Naissance Des Pieuvres, ce qui se passe devant et derrière la caméra, afin de donner un exemple bien précis de ce que représente, à mon sens, un choix de prise de vue peu pertinent : [un autre exemple plus récent est proposé avec le film chinois The Cockfighters dans le compte-rendu du 8e CIFF de Nanjing]

Un lent travelling latéral filme une équipe féminine de natation synchronisée. La caméra passe devant les nageuses positionnées debout contre un mur. Les nageuses sont en maillot, un bras pendant contre le corps, l'autre tendu verticalement vers le haut. Une nageuse, deux nageuses, trois nageuses, ainsi de suite jusqu'à la six ou septième. Nous comprenons alors, par une remarque venant hors champ puis un mouvement de pivotement de la caméra, que le point de vue qui nous était offert jusqu'alors était très exactement celui de la personne de l'équipe chargée de vérifier l'épilation parfaite de ces demoiselles. Très exactement parce que ce mouvement de caméra "ciblé" et le choix d'un cadre très resserré sur l'équipe imposent aux spectateurs d'épouser le regard de la caméra (qui n'est autre que celui de la femme chargée de passer les aisselles de l'équipe en revue) et pas un autre. Si le point de vue offert à ce moment-là aux spectateurs ne paraît pas du meilleur goût, il est renforcé par un effet de surprise final qui ne laisse aucun doute sur l'aspect réfléchi et donc d'autant plus regrettable d'un tel choix.

Naissance Des Pieuvres ne peut pas se relever d'un tel plan. Le regard intimiste (que celui-ci représente un autre "cas d'école" du cinéma français est un autre problème) que la réalisatrice portait jusqu'alors sur ces jeunes filles, qu'elle souhaitait vraisemblablement nous faire partager, se transforme brusquement en un regard vulgaire et clinique auquel celui des spectateurs n'a d'autre choix que de s'identifier. Céline Sciamma, le film est à l'eau !

Oui, il y a bien quelque chose de clinique dans le regard de Sciamma, qui soudainement se manifeste et met mal à l'aise parce qu'imposé aux spectateurs. Le travelling qui ausculte les aisselles des nageuses du film précédent ou le regard qui plonge dans le slip de Laure dans Tomboy répondent de la même intention : susciter honte et soumission chez les jeunes personnages.


http://www.scienezma.com/DC/tomboy

Tiens, j'ai vu "Paradis Perdu" d'Eve Deboise (2012) la semaine dernière et il y a quelque chose d'un peu similaire. L'intention de la cinéaste est (trop) visiblement de nous faire épouser le point de vue de la fille (dès le début avec la caméra à l'épaule qui la suit) mais en cours de film, une scène nous place au-dessus d'elle, car nous en savons plus qu'elle (que son père retient en otage sa mère dans une cabane non loin de là). A ce moment-là (la scène de la fête d'anniversaire), nous surplombons les personnages de manière glauque, et surtout nous sommes totalement éjectés du film. Cette grossière erreur de point de vue vient du fait que Deboise se désintéresse provisoirement (et on la comprend) de son drame, pour basculer dans le film de genre - thriller. Le truc casse-gueule par excellence, pourtant très prisé ces dernières années par les jeunes cinéastes français, et qu'ils ratent disons 3 fois sur 4...

Le film est globalement nul, dès le début agaçant : trop de tics de mise en scène, d'effets surlignés (le traitement de l'ambiance sonore naturelle envahissante, redondante avec les nombreuses images de la nature), de symboles lourdingues et de poncifs (parfois puants - le sans papier d'abord objet d'exploitation par le travail pour le père, puis objet sexuel pour la fille) ; les acteurs jouent mal... C'est un peu l'histoire de la grenouille qui se prend pour un boeuf. Le travelling final de délivrance de la fille est visiblement la scène clé du film, celle qui nécessite les 1h30 de bourrage de pellicule creuse et poseuse avant, pour jouer la montre. Le film aurait mieux fait de commencer par cette joie et cette libération finales, plutôt que de nous affliger pesamment pendant tout le temps du film. Ca aussi, c'est une tendance du jeune cinéma français de croire qu'un seul beau plan peut faire tout un film. Non, un cinéaste qui passe son temps à broder en restant bien dans le giron de son petit sujet en attendant la fin, ça se voit tout de suite !
polichinelle
 

Re: Un faux ziz , en attendant Zanzibar

Messagepar _ » Dim 8 Mar 2015 11:57

« Bande de filles » donne quelquefois envie d'y croire, et puis, à chaque fois le scénario est rattrapé par un truc qui fait tiquer, une manière de refourguer en loucedé tous les clichés récurrents sur la banlieue pour, au final, aboutir à un regard petit-bourgeois blanc de plus sur la banlieue (de ce point de vue là, exactement au même titre par exemple que « La Haine », film par rapport auquel le film de Sciamma serait pourtant parait-il censé s'opposer ?!). Comment ce regard se caractérise-t-il ? Par un habile plaquage des thèses (féministes) et de la morale petite-bourgeoise de la cinéaste, sur les personnages internes au film, quitte à sacrifier son personnage principal qui se retrouve à la fin totalement clivé et sans issue (malgré le bond en avant qu'elle semble effectuer dans la dernière image, qui peut d'ailleurs aussi bien être interprété comme rebond que comme chute fatale). C'est du fantasme plaqué sur de l'enfant, exactement comme dans « Tomboy ». Comme ailleurs dans le film, seules quelques nappes de musique planante proposeront vaguement une résolution des antagonismes ou une ouverture possible (nous sommes toutes Rihanna, sur fond bleu, pour la liberté), une respiration, quand ce n'est pas la dépense dans le sport (au début), ou la danse (au milieu) – sic. Ainsi, les différentes questions de société que soulève le film sont à l'évidence toutes celles émanant d'un regard surplombant et extérieur à la banlieue, celles que l'on retrouve déjà partout posées massivement dans les mots d'ordre des médias vaguement « de gauche » et « progressistes ». Les jeunes filles noires du film ne sont alors que les jouets d'une bonne conscience républicaine qui se fiche pas mal de savoir d'où elles viennent et où elles vont, mais qui prétend connaître tous leurs problèmes étalés dans ce film-catalogue. Non qu'il s'agisse évidemment d'affirmer que le progressisme ne loge pas dans les cités, mais il ne saurait être acceptable comme le fait Sciamma, de cliver en les dépossédant par un regard surplombant et extérieur de leurs propres traditions morales et manières de vivre, par une construction qui va de soi, les individus qui y vivent.

Le personnage principal de la jeune fille est défini uniquement par rapport à ce qu'elle n'est pas ou ne veut pas ou plus être, son personnage fonctionne entièrement sur le mode du « ni, ni, ni ». Elle n'est pas, ne veut pas ou plus être une femme au foyer, une pute, une élève en CAP, une pétasse, une ouvrière, une dealeuse, etc., mais dans le même temps Sciamma aimerait bien visiblement (et un peu hypocritement) qu'elle soit surtout aux yeux des spectateurs presque tout cela en même temps, puisque le film passe deux heures à filmer ce « ni, ni, ni » et s'arrête précisément au moment même où celui-ci conduit la fille dans une impasse ou un rebond qui sera vécu hors-cadre.

Il y a, comme dans chaque film de Sciamma (voir post ci-dessus), quelques « fautes » énormes de point de vue. Dans ce film, je pense à la scène devant la conseillère d'orientation au collège. La caméra est face à la jeune fille, la conseillère qui lui parle en lui conseillant de faire un CAP, est donc hors-cadre à la place des spectateurs. Assigner ce genre de place au spectateur est, au mieux une bévue de débutant, au pire un terrible pied de nez aux spectateurs. Ses films peinent toujours à se relever de telles boulettes.
Avatar de l’utilisateur
_
 
Messages: 66
Inscription: Mar 8 Mai 2012 17:54

Re: Un faux ziz , en attendant Zanzibar

Messagepar JM » Lun 16 Mar 2015 08:39

La scène où on voit les filles se maquiller devant la glace dans les chiottes m'a rappelé une scène de "Zombies" de Klotz et Perceval. Tout est lisse dans cette scène et renvoie plus ou moins directement à la scène de fantasme sur la musique de Rihanna dans la chambre d'hôtel.

Tandis que chez Klotz et Perceval, les filles se refont une beauté alors que défilent des paroles en voix-off qui font remonter de l'Histoire, de la fosse, des souvenirs enfouis et épars d'une extrême violence. Les corps des jeunes femmes sont pris (et non prisonniers) dans les rais épais mais invisible de l'Histoire la plus sombre, il y a lutte avec des spectres. Cette différence rejoint, du reste, ce que tu décris du film de Sciamma, dans le fait que la cinéaste fait tout ce qu'elle peut par ailleurs pour détacher les filles de toute Histoire, de tout contexte historique. Remplacé, par contre, par du sociologique à gogo ! Ce qui nous renvoie aux précisions sur le "consensus journalistique" proposées par Rancière dans son dernier bouquin, et qui peuvent aussi servir pour bon nombre de films de fiction français "réalistes" de ces dernières années :

Les reporters envoyés à la rencontre des habitants pauvres du pays profond doivent ainsi combiner les marqueurs de la réalité individuelle qui avèrent le récit, avec les signifiants de la généralité statistique qui montrent cette réalité cette réalité conforme à ce qu'on sait, conforme à ce qu'elle ne peut pas ne pas être. C'est cette identité du vraisemblable et du nécessaire qui constitue le coeur de ce qu'on appelle consensus.
JM
 


Retourner vers référer ne pas conclure...

cron