La mort lui va si mal

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La mort lui va si mal

Messagepar _ » Ven 30 Déc 2011 10:44

Je viens de passer faire un tour sur le site de Capricci et, coïncidence, je découvre qu'un "essai impitoyable" de Stéphane Bouquet (Clint fucking Eastwood) est prévu pour début 2012. Il est fort à parier que le travail des Spectres du cinéma n'y sera pas mentionné même si c'est pourtant là-bas (et le texte sur Hereafter s'inscrit dans cette continuité), me semble-t-il, que les années 2000 ont été les moins tendres et les plus rigoureuses dans l'analyse des films d'Eastwood. Alors même que Burdeau aux Cahiers du cinéma, par exemple non innocent puisque c'est lui qui dirige Capricci, faisait de la lèche et plaçait définitivement le cinéaste sur son piédestal institutionnel, comme en témoigne entre autre un non-entretien médiocre avec le cinéaste dans les Cdc, dans lequel il le laissait servir sa soupe, lors de la sortie de son diptyque sur la guerre du Pacifique. Gageons que ceci non plus ne sera pas trop évoqué par Bouquet...
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Re: La mort lui va si mal

Messagepar JM » Jeu 5 Jan 2012 17:24

Tiens, je suis tombé sur le best seller d'Ayn Rand en tête de gondole dans une librairie de Shanghai, on se demande bien pourquoi..

Sinon, signaler le dossier Eastwood dans le dernier numéro des Cahiers. Bon, voilà, c'est fait.
JM
 

Re: La mort lui va si mal

Messagepar Chantal » Mer 11 Jan 2012 21:48

http://next.liberation.fr/cinema/010123 ... t-eastwood

Essentiel ?! Franchement, ça ne fait pas envie, mais bon c'est la prose à la truelle d'Azoury, il faut donc laisser une chance au bouquin...
Chantal
 

Re: La mort lui va si mal

Messagepar _ » Mer 4 Avr 2012 11:30

"J Edgar", Clint Eastwood

J'ai été frappé par la laideur des masques de latex vieillissant les visages des acteurs. Il y a quelque chose qui ne colle pas dans ces artefacts, je ne sais pas trop d'où ça vient, peut-être les yeux qui ne s'intègrent pas à la prothèse, mais l'impression laissée n'est absolument pas naturelle. On a l'impression d'avoir affaire à ces monstres, ces goules de trains fantômes, ou de films de série Z. Ils procurent une sensation purement répulsive qui rejoint assez bien l'impression d'écoeurement qui se dégage du film (et en particulier de la dernière partie où les trois petits vieux soudés à l'origine du FBI se délitent au crépuscule de leur "œuvre"). Toujours, donc, la même haine du grand génie pour la vieillesse et la mort. Il est symptomatique que les deux talons d'Achille qu'Eastwood trouve à nous proposer concernant Hoover, soient son homosexualité refoulée et le fait qu'il n'ait jamais été officieusement responsable en personne de l'arrestation d'un grand truand (qu'il n'ait pas été un "cow-boy", comme il est dit dans le film). En lieu et place de toutes les exactions dont il est responsable, c'est donc sa virilité qui est ici visée, et stigmatisée comme faisant honteusement défaut. Hoover n'était pas "un vrai mec", il était "de la jaquette" comme lui dit sa mère. Voilà donc un scénario qui enfonce son clou dans l'abjection. On peut, bien sûr, voir dans ce Hoover, comme dans ses précédents personnages (cf texte sur "Hereafter") une part d'Eastwood lui-même, cet acteur réactionnaire censé représenter la virilité de l'Amérique blanche, qui s'est façonné un mythe, qui a soutenu par le passé des guerres mais sans jamais aller la faire lui-même. Même la relation avec la mère paraît possiblement autobiographique.

The man who would one day romanticize the Korean and Vietnam wars in "Heartbreak Ridge" (1986) remained stateside as an Army swimming instructor. Like John Wayne, he would eventually approve of the Vietnam War; unlike Wayne, Eastwood "made his endorsement of the war tacit, and refused to be pinned down." But the private lives of all movie stars differ from fairy tale versions concocted for official biographies. McGilligan's revelations of Eastwood's private life, fascinating though they are, would be of only minor interest to film fans if they didn't undermine the carefully constructed Eastwood mythology, a brew so potent that even Clint's mother, in interviews, seems to have sipped from it. (Though, as McGilligan points out, "If Norman Mailer [in a profile in Parade magazine] can be forgiven for swallowing the bunk, mothers above all should be allowed to stretch the truth.") McGilligan reveals, step by step, how an actor of such limited resources--his director in the so-called spaghetti westerns, Sergio Leone, felt that Eastwood "had only two expressions: with or without a hat"--built an image not only as an actor but also as an auteur, culminating in the 1992 Oscar for best picture going to his "Unforgiven."


http://articles.latimes.com/2002/aug/25/books/bk-barra25

Oublions l'aspect personnel du film, et il devient évidemment absolument odieux. Je dirais même plus, c'est justement en tant qu'il tente de nous polariser sur la personnalité d'Hoover-Eastwood qu'il est odieux, car on sent bien que tout ce qui peut choquer à l'inventaire des actes dont fut responsable Hoover dans sa carrière est ici dédouané par sa personnalité, ou justifié par un contexte expurgé de l'époque (système bien connu de défense des atrocités de l'Histoire). Voire évacué puisque, par exemple, les coups de pression exercés sur Bob Kennedy ou Luther King restent apparemment comme des échecs sans effet. La corde sentimentale et dramatique infecte d'Eastwood frappe encore lorsque nous voyons sa mère pleurer devant les informations sur l'enlèvement de l'enfant de Lindbergh. Le film cultive sa noirceur crépusculaire, non parce qu'il trace le portrait d'un homme de l'ombre porté par des intentions mauvaises, mais parce qu'il se veut contemporain. Là est le piège idéologique. Il est tourné à une époque où le président des USA est Noir (comment ne pas y penser lors du dernier entretien avec l'employé Noir qui clôt le livre), où le travail et le sérieux du FBI de l'époque Clinton ont été remis en question suite aux attentats du 11 septembre (comment ne pas y penser à travers la frustration d'un Hoover mourant qui sent que son travail sera réduit à néant après lui). Définitivement, le cinéma d'Eastwood mourra avec les USA, du moins avec la vision ultraréactionnaire qu'il a de ceux-ci. C'est tout le bonheur qu'on lui souhaite.
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Re: La mort lui va si mal

Messagepar soren » Ven 6 Juil 2012 09:17

Dirty Harry est-il devenu démocrate ?

--> http://www.franceinter.fr/emission-pendant-les-travaux-le-cinema-reste-ouvert-dirty-harry-est-il-devenu-democrate

Benoliel revient sucrer les fraises.

Tout cela a été remis en cause des centaines de fois par des gens plus sérieux, au-delà de ces bavardages... je comprends pas pourquoi les types qui défendent encore Eastwood de cette manière n'acceptent pas leurs propres positions et opinions politiques réactionnaires au lieu de tenir à en faire un type progressiste. Défendre Eatwood, c'est bien souvent une opération de mauvaise conscience.

La conclusion c'est quand même que oui, le mec est devenu "démocrate", parce qu'il a tourné Invictus !

...
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Re: La mort lui va si mal

Messagepar _ » Ven 6 Juil 2012 19:42

Cette émission est vraiment pas terrible pour l'instant...

Sinon, à propos d'Eastwood :

“I am certainly not politically affiliated with Mr. Obama,” Eastwood told Fox News Channel on Monday. “I am not supporting any politician at this time.”


http://www.hollywoodreporter.com/news/super-bowl-chrysler-clint-eastwood-Obama-287373

à l'occasion d'une polémique à la con autour d'une pub du superbowl aux USA...
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Re: La mort lui va si mal

Messagepar casseur » Ven 6 Juil 2012 21:51

_ a écrit:c'est pourtant là-bas (et le texte sur Hereafter s'inscrit dans cette continuité), me semble-t-il, que les années 2000 ont été les moins tendres et les plus rigoureuses dans l'analyse des films d'Eastwood.



Que penses-tu de la BA du prochain Spike Lee :

casseur
 

Re: La mort lui va si mal

Messagepar _ » Sam 7 Juil 2012 09:32

Mon Dieu !

En HD, les voies du Seigneur ne sont plus impénétrables... eyyyyymen !! :roll:
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Re: La mort lui va si mal

Messagepar JM » Sam 7 Juil 2012 16:32

Le catéchisme continue... ça me rappelle ce que j'avais écrit à propos de son Miracle at St Anna dans Les spectres :

De la même manière que le tintement des cloches est omniprésent - résonnant des premières secondes de Miracle at St Anna, puis dans Le jour le plus long que regarde Hector Negron devant son téléviseur, jusque dans les derniers plans du film -, les pérégrinations des soldats sur le sol italien sont sans arrêt surplombées par un discours catholique assez étouffe chrétien. Aucune catégorie de personnages, des nazis aux soldats étatsuniens en passant par les partisans n'échappe à la sacro-sainte référence divine, catéchisme lourd et tape-à-l'œil, avec concours du plus grand nombre de crucifix vu en en arrière-plan inclus. Il y a déjà au moins un antécédent à ces bondieuseries dans le cinéma de Lee, il s'agit de la fin de 25th Hour où la version optimiste et fortement connotée par le catholicisme irlandais du père prenait soudainement les commandes du film sans crier gare. Ce choix de point de vue unique dans tout le cœur du film se situant dans le genre du film de guerre s'avère particulièrement déplaisant lorsqu'il efface au passage les clivages politiques internes au conflit.
JM
 

Re: La mort lui va si mal

Messagepar Chantal » Jeu 12 Juil 2012 17:36

_ a écrit:Cette émission est vraiment pas terrible pour l'instant...


On dit aux gens : « Parlez ! Parlez ! Allez y parlez ! Exprimez-vous ! » Et voyez .Voyez . C’est terrible le direct. « Allez, exprimez vous directement ! » Directement. Mais ce qu’ils ont à dire, - ça je le dis d’autant plus que je le vis, sauf cas exceptionnel, sauf quand j’ai bien préparé - qu’est ce que vous ou moi, on a à dire ? Sinon précisément les clichés dont on se plaint qu’on nous les impose quand nous ne parlons pas. Et qu’est ce que nous entendons à la radio ? A la télévision ? Qu’est ce que nous voyons de jour en jour ? Et plus que c’est direct, plus que c’est pathétique. On voit des gens, quand on les convie à parler, dire exactement les clichés contre lesquels ils protestaient quand ils disaient : "on m’empêche de parler". C’est en ça ce que je disais, mais enfin, si vous pensez au nombre de situations et de forces sociales qui vous forcent à parler dans la vie. Qui que vous soyez, y compris dans vos rapports d’amour, dans vos rapports les plus personnels.« Dis moi un petit quelque chose ». On comprend tout de suite qu’il n’est possible que d’éprouver, que de sentir, que de voir que des clichés qui sont en nous non moins qu’ailleurs.

Très bien, « parlez, parlez qu’est ce que vous pensez ? Qu’est ce que vous pensez de ça ? » Eh bien je dis : « non, mais écoutez, non, non, non ; arrêtez, c’est pas. Ou bien je vais dire quelque chose et si je me réveille j’aurais une honte absolue. Je vais dire exactement ce qui me faisait marrer quand c’est l’autre qui le disait et je me disais « oh quel con ! ». Je vais dire la même chose parce qu’il n’y a pas deux choses à dire.

Passez à la radio, passez à la télé, vous vous retrouverez crétin. Vous vous retrouverez crétin, pourquoi ? Mais pour quelque chose qui nous dépasse. Il est évident que direct ou pas direct, vous ne pourrez dire que ce que vous abominez, quand vous l’entendez et avec effroi, vous vous direz :"mais c’est moi qui vient de dire ça".

Si bien que la vraie tâche aujourd’hui, c’est précisément arriver à des vacuoles de silence. Arriver à vraiment rompre avec cette espèce de pression sociale, mais à tous les niveaux, qui nous force à parler, qui nous force à donner notre avis. C’est comme dans les concours : « donne ton avis, mais attention, tu gagnes si cet avis coïncide avec l’avis des autres. ». Parfait, c’est la fabrication du cliché et sa transformation de cliché intérieur en extérieur et d’extérieur en intérieur. C’est ça le système.


G. Deleuze
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