Le Dieu Néon

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Messagepar Sword7 » Jeu 18 Avr 2013 21:38

Salut,

J'ajoute ici quelques notes à celles déjà publiées sur "Et là-bas, quelle heure est-il ?". Elle concernent la "suite" du film, "Visage" :


Film sur l'héritage de la Nouvelle Vague chez TML. Plus clairement que "Là-bas", dans lequel il y avait encore une sorte de partage (même si des astuces permettaient de faire douter d'où on se trouvait), film curieux, complètement hors-lieux (Paris, Taiwan). Même les scènes en extérieur dans le parc sont comme clôturées par de grandes glaces. Le film est une sorte de huis-clos. Que s'y joue-t-il ? Probablement l'essence du rapport de TML (son acteur fétiche comme alter-ego) avec la NV et plus particulièrement Truffaut. TML livre un film introspectif sur son rapport à la NV et aussi plus globalement sur le cinéma. Au-delà des différences culturelles (scène où Fany Ardent mange les pommes données en offrande à la mère morte).

Scènes improvisées entre Ardent, Baye, Moreau, avec Léaud aussi : scènes ou le dispositif de l'improvisation semble prendre le dessus sur le contenu. Film de deuil, comme "et là-bas", qui approche la notion d'héritage de façon morbide, il y a toujours quelque chose qui coince (contrairement à la plupart des films français de ces dernières années qui ont abordé la question, de Assayas, à Honoré..), de conflictuel (le film s'ouvre sur une grille de cimetière qui bouche tout le cadre et Ardent qui essaye de voir à travers). Il y a chez TML un réel travail du deuil, peut-être parce que celui-ci est lié non seulement à la NV mais aussi au décès de ses proches (ses parents). On reproche au film de s'empêtrer dans son hommage à la NV (Cahiers du cinéma) mais c'est un mauvais reproche, c'est oublier que le film n'est pas un hommage mais qu'il est justement un film travaillé par le deuil (long processus contrairement aux précédent).

TML interroge en particulier le rapport de la NV avec le réel (sauce tomate sur l'acteur dans la baignoire comme sang de Godard, tentation masturbatoire des actrices de cinéma dans cette même scène). Avec ce film ce n'est plus un secret, TML c'est masturbé devant les actrices de Truffaut, ou plutôt devant Léaud (d'où le côté phobique des deux films, rapport solitaire au cinéma, passionnel voire obsessionnel, substitut du réel). Scène homosexuelle avec Amaric sous les branches, comme dans un sexe féminin, celui de la mère. La chanson du "tourbillon de la vie" ("Jules et Jim") revient souvent, mais dans les films de TML c'est justement ce tourbillon qui n'est pas là, qui refuse obstinément de prendre forme, de se développer, et qui manque donc à l'héritage de Truffaut (comme on manque à ses responsabilités), qui fait que TML trace sa voie et que le travail du deuil est finalement résorbé. D'où qu'il puisse le mettre en scène de cette manière-là, car il possède le recul suffisant sur celui-ci.
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Re: Le Dieu Néon

Messagepar Sword7 » Ven 19 Avr 2013 21:27

Tiens, hier soir j'ai revu "Chungking Express" de WKW, c'est toujours à la limite mais finalement ça passe, on voit qu'il en faudrait pas beaucoup pour que ça devienne trop poseur, trop léché, comme ce qu'il fait maintenant. Il a pour lui la jeunesse un peu brouillonne, une envie débordante et nerveuse : franchement la cadence de certains plans n'a rien à envier au cinéma d'action hongkongais de l'époque (à qui ils rendent peut-être bien hommage).

WKW et TML (il y a un peu de ça chez HHH aussi) sont deux grands cinéastes de la solitude (j'avais oublié Tony Leung qui parle aux objets qui l'entourent dans son appart), une solitude qui trouve sans doute sa source dans ces mégalopoles chinoises surpeuplées où rien n'y est pareil qu'ailleurs et où, en même temps, tout y est identique. ..
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Re: Le Dieu Néon

Messagepar casseur » Mar 28 Jan 2014 17:18

Salut Sword

Dans le livre de Haenel dont je parle ailleurs, il y a un passage que je reproduis ici et qui m'a fait pensé au début de ton texte sur le site :

J'ai appuyé sur le bouton de la boîte à gants. La trappe s'ouvre avec une lenteur que j'apprécie. Une lumière bleue s'allume automatiquement. Elle veille sur ma solitude ; en un sens, elle témoigne de ma présence. Etes-vous si sûr d'exister ? Trouvez-vous normal d'être en vie ? Pas moi. Je ne tiens pas mes battements de coeur pour une preuve : exister consiste en autre chose que la consommation des 750 grammes d'oxygène dont un corps a besoin chaque jour. Quant à cette minuscule lueur bleue dans la nuit, elle existe d'une manière irréfutable ; et, en existant, elle me gratifie d'une émotion qui procure à mon existence cette étincelle dont tout semble vouloir la priver.



Le bouquin s'ouvre sur ces quelques mots :

Vaincre le capitalisme par la marche à pied.
Walter BENJAMIN
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Re: Le Dieu Néon

Messagepar Sword7 » Mer 29 Jan 2014 09:29

Salut casseur,

Beau texte! Le mien n'est vraiment pas à la hauteur de ces envolées littéraires. :oops: Toutefois il me semble qu'il est possible qu'il dise plus ou moins la même chose à un moment ou à un autre. lol

J'ai changé de perchoir depuis que j'avais écrit ce texte, mais je le relis non sans un certain plaisir... ;)
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Re: Le Dieu Néon

Messagepar Sword7 » Mer 5 Fév 2014 23:58

Salut,

Je viens de revoir "The Hole" de TML. Superbe. Comme le dit le cinéaste à propos de lui-même dans les bonus, un film "au bord du désespoir", au bord des années 2000. Je l'avais pas vu depuis sa sortie au ciné en 97, ça faisait très longtemps que j'avais un fort désir de le revoir, mais l'occasion ne s'était pas encore présentée.

J'entretiens un rapport très particulier avec le cinéma chinois depuis quelques temps. Avec TLM, mais aussi bien avec d'autres cinéastes comme Ann Hui, Stanley Kwan.. ça peut aussi passer par certains acteurs ou certaines actrices.. J'ai l'impression d'entrer dans mon appartement loué lorsque je regarde leurs films, mais c'est un sentiment je pense un peu différent de ce que Daney appelait "la maison cinéma". De fait, je suis déjà dans mon appart lorsque je regarde ces films, donc il faudrait plutôt dire que c'est l'extérieur qui s'invite chez moi. Je peux pas dire que ce que je ressente soit dû au fait que j'habite depuis maintenant plusieurs années en Chine, mais je ne tiens pas non plus à exclure totalement cette hypothèse. J'ai l'impression de tout sentir, tout saisir, c'est donc très fort en moi et en même temps apaisant. Se sentir tout à la fois familier et étranger avec ce que l'on vit et l'on voit à travers le film, il faut peut-être cela, cette très séduisante et déchirante hétérogénéité du quotidien. Les écarts se glissent-ils toujours uniquement dans les images, ou sont-ils aussi parfois du côté des spectateurs ?

Je reviens parler du film demain ou un autre jour, je vais me coucher avec mes questions là ! 8-)
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Re: Le Dieu Néon

Messagepar Sword7 » Ven 7 Fév 2014 11:28

J'avais prévu de vous parler longuement du superbe film de TML, de son regard visionnaire (avec 17 années de recul, on peut le dire) sur une Chine qui enchaîne aujourd'hui (en toute discrétion internationale) les problèmes majeurs de virus et de contamination. J'avais également prévu de vous parler de La Création d'Adam, de Shining...

Je vais plutôt vous dire que j'ai regardé hier soir "Le Fossé" de Wang Bing, l'enchaînement (involontaire) me paraît particulièrement intéressant. TML, dans les bonus DVD de son film, dit que "The Hole" décrit une société moderne déshumanisée à l'aube du XXIème siècle, sous l'emprise du mal-vivre vendu par le capitalisme. Effectivement, "The Hole", c'est le capitalisme à visage de catastrophe humaine (dans lequel l'artiste tente quelques percées avec sa modeste caméra). Il y a un "devenir cafard" tragi-comique de l'humain lié au capitalisme dans le film de TML. De même, dans le film de WB qui reconstitue un camp de rééducation des années 60 dans le désert de Gobi en pleine période de famine, il y a un "devenir cafard" de l'humain, mais cette fois-ci lié au communisme chinois de la période Mao.

On retrouve les mêmes images dans les deux films, des individus exténués qui rampent à quatre pattes dans l'obscurité, qui se trainent, s'enfoncent dans des brèches, des trous, pour y mourir. Plus généralement, il y a cette image mentale dans les deux films du repliement sur soi, typique des cloportes écrasés : les pattes qui se resserrent lentement sous la coque, comme pour mourir en disparaissant les membres à l'intérieur d'eux-mêmes. Dans le film de TML, la voisine du dessous au bord de l'aliénation mentale, acculée dans sa solitude extrême, semble toujours plus se replier sur elle-même. Dans le film de WB, il y a ce sentiment que chaque prisonnier a quelque chose contre son voisin de captivité, un sentiment général de suspicion qui règne jusque dans la pire déchéance humaine vécue collectivement. Les prisonniers taxés de "dérive droitière" sont en réalité, dans le film en tout cas, des révolutionnaires qui sont et restent en compétition les uns par rapport aux autres pour savoir qui est plus révolutionnaire que l'autre, et qui dévie ou pas, et ils semblent toujours prêts à se dénoncer les uns les autres à l'intérieur même du camp. Chacun meurt seul dans son sommeil, en pleine nuit glaciale, enterré dans un fossé dans une couverture épaisse dans laquelle le corps sera roulé et transporté au matin vers une tombe de fortune au milieu du désert, d'un trou à l'autre. Quant à leurs gardiens, mieux lotis mais seuls également, on réalise qu'ils pourraient aussi bien être de l'autre côté, pour un oui ou pour un non.
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Re: Le Dieu Néon

Messagepar Sword7 » Ven 21 Mar 2014 17:25

En attendant de pouvoir voir son dernier long, j'ai été ébloui hier soir par le moyen-métrage "Xi You (Journey to the West)" tourné à Marseille et qui a dû passer récemment sur Arte et dont le rip circule sur la toile.

Il y a bien du Benjamin chez TSM, j'y reviendrai... En attendant, je vous offre les mots sur lesquels se termine le film (dans une traduction française sans doute très approximative) :

"Comme des étoiles, un défaut de vision, une lampe,
une illusion magique, des gouttes de rosée, ou une bulle,
un rêve, un éclair ou un nuage,
ainsi devrait-on voir ce qui est conditionné."
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Re: Le Dieu Néon

Messagepar Sword7 » Sam 29 Mar 2014 18:02

En attendant de revenir sur TML, un très bon article sur ce qu'il se passe actuellement à Taiwan qui est largement tu dans les médias occidentaux :

A Taïwan, les étudiants en lutte pour la démocratie

Depuis dix jours, les étudiants taïwanais occupent l’Assemblée législative, à Taipei. Ils luttent pour faire retirer l’accord de libre-échange sur le commerce des services entre la Chine et Taïwan (Cross-Strait Service Trade Agreement, CSSTA). Ils réclament le vote de lois renforçant les mécanismes de contrôle parlementaire de tous les accords signés avec Pékin. Au-delà de la question économique, ce sont la souveraineté de l’île et la défense de sa démocratie que défendent les manifestants.

C’est l’annonce brutale par un député de la majorité de la ratification de cet accord, intervenant après une série de dix-huit autres du même type signés depuis 2008, qui déclenche le mouvement du mardi 18 mars. Les étudiants se rassemblent alors devant l’Assemblée législative. Après une première conférence de presse dans la matinée, puis une seconde dans la soirée, les étudiants investissent l’Assemblée vide — sans rencontrer une intense résistance policière. Ils barricadent les principaux accès, puis organisent la logistique et la communication avec l’extérieur. « Comme beaucoup, c’est par Internet que j’ai appris la nouvelle de cette manifestation. C’est insupportable de voir les principes démocratiques les plus élémentaires à ce point bafoués », s’indigne Hsu Ping-yu, étudiant de Keelung, une ville située au nord de Taipei.

L’accord est d’une portée considérable. Il ouvre soixante-quatre nouveaux secteurs de l’activité économique aux investissements chinois, et permet aux ressortissants de l’autre coté du détroit d’obtenir, pour 15 000 euros, un visa renouvelable de trois ans pour s’installer à Taïwan. Il constitue la deuxième composante du marché commun des deux rives, ouvert le 1er janvier 2011 avec l’entrée en vigueur de l’accord-cadre de coopération économique (ECFA). Il touche des secteurs très sensibles tels que la communication, les médias, la culture, la restauration, l’hôtellerie. Des secteurs qui ont la particularité de recruter aussi bien dans les catégories très qualifiées de la population que dans celles qui ne disposent que d’un niveau élémentaire. Ce qui explique en partie le soutien populaire à ces étudiants issus des meilleures universités.

Un cheval de Troie de l’unification politique
entre la Chine et Taïwan Retour à la table des matières

« Trente minutes pour un mariage entre deux individus, trente secondes entre deux pays », résume Valjakas Zengrur, aborigène de Taïwan, arrivé du comté de Pingtung, au sud de l’île. Tel est bien l’enjeu spécifique de ce traité : permettre un rattachement de fait de Taïwan à la Chine en se passant du consentement populaire.

La précipitation et l’opacité des négociations sur ce traité est une stratégie. Il s’agit de prendre de vitesse une opinion publique qui, si les discussions s’éternisaient, pourrait trouver de solides arguments pour rejeter ce traité. De fait, depuis le premier jour de l’occupation, les universitaires qui se succèdent sur les différentes plateformes de discussion installées dans les rues entourant le site d’occupation révèlent bien des failles. Ce traité pourrait non seulement précariser les petites et moyennes entreprises, colonne vertébrale de l’économie taïwanaise, mais surtout la souveraineté du pays. Le contenu de cette « boîte noire » comme on l’appelle ici, dépasse donc largement les considérations commerciales.

Occupation et sit-in Retour à la table des matières

L’esthétique bureaucratique des fauteuils rose délavé qui bloquent les issues exprime à elle seule le statut de chambre d’enregistrement qu’a fini par endosser l’Assemblée législative sous les deux mandats du président Ma Ying-Jeou. Le morne marron des boiseries, quant à lui, contraste avec le jaune fluorescent des pancartes griffonnées de slogans qui se sont accumulées au fil des heures sur les parois.

La non-violence a été depuis le début le mot d’ordre de l’action des étudiants. Conscients de leur devoir historique dans le processus de démocratisation de l’île, ils sont avides de débats et de réflexion. « Notre culture politique diffère considérablement de celle de nos aînés, dans la mesure où nous sommes nés après la levée de la loi martiale, donc nous n’avons pas peur du gouvernement. Mais nous avons vu à travers les archives la façon dont un gouvernement autoritaire écrasait toute résistance. Notre tour est venu d’assumer nos responsabilités », explique Lin Feng-ning, titulaire d’un master d’anthropologie du droit de Paris I. « Lorsque les représentants élus du peuple ne portent plus la voix de ceux qui les ont élus, poursuit-elle, ces derniers peuvent en toute légitimité s’engager dans une désobéissance civile, et reprendre le contrôle de ce pouvoir. »

L’occupation de l’Assemblée législative ? « Ca fait dix ans que j’attends ce jour », confie Frederick Chan, jeune travailleur manifestant de la première heure. Car l’occupation ouvre bel et bien une nouvelle ère des luttes sociales qui, pour être très actives, n’avaient pas directement atteint les lieux effectifs du pouvoir, gardés à distance lors des manifestations officielles par des périmètres de sécurité toujours plus larges.

Les rues qui quadrillent le bâtiment offrent jour et nuit, au coeur de la ville, un espace de discussion où peuvent se rendre les salariés après leur journée de travail. Cette occupation au long cours laisse également le temps à des manifestants de toute l’île de se rendre sur place. La solidarité populaire se manifeste par l’arrivée permanente de colis de nourriture ou de produits de première nécessité. Monsieur Huang, Taïwanais d’une soixantaine d’années expatrié au Brésil, profite même de son passage à Taipei pour déposer trente boîtes-repas. Une chercheuse de l’Academia Sinica se fait offrir la course depuis la gare de Taipei par son chauffeur de taxi apprenant qu’elle vient soutenir les manifestants.

Un pouvoir sourd aux aspirations de la jeunesse Retour à la table des matières

Si les manifestants de la première heure, engagés depuis plusieurs années dans les luttes sociales et politiques, peuvent détailler les motifs de leur inquiétude, nombre de ceux qui sont réunis à l’extérieur viennent d’abord s’informer. Ces étudiants ne se laissent pas effrayer par la difficulté des questions posées, et ne demandent qu’à être convaincus par des arguments clairement exposés.

D’évidence, le pouvoir en place ne s’est pas préparé à cette exigence intellectuelle. Isolés des citoyens par un système qui leur assure le contrôle des institutions clefs, le premier ministre Jiang Yi-huah comme le président Ma ne semblent pas avoir pris la mesure du mouvement. La teinte paternaliste des propos liminaires de M. Jiang, qui s’est rendu sur les lieux de la manifestation le 21 mars, ne laisse guère d’illusions sur les intentions du gouvernement. Son intervention n’a pas duré dix minutes. Le temps de rejeter en bloc toute forme de négociation et de repartir sous les slogans revendicatifs, comme étourdi par une telle détermination de la foule assise. M. Ma adoptera pourtant la même attitude inflexible lors d’un simulacre de conférence de presse deux jours plus tard, redoublant l’impatience déjà palpable de la population.

Des médias aux ordres Retour à la table des matières

Les étudiants ne sont pas surpris de la couverture sensationnaliste faite par la presse et les télévisions de leur mouvement. « Beaucoup de médias qui couvrent notre mouvement sont financés par des capitaux chinois, donc ils défendent cet accord qui est profitable à la Chine. Ils cherchent à nous discréditer. C’est aussi une des raisons pour lesquelles je combats cet accord qui inclut les secteurs de l’édition et de la communication, car il mettra fin à toute forme d’objectivité. En principe, les médias sont le quatrième pouvoir, mais à Taïwan c’est de moins en moins vrai, tant ils sont contrôlés par les actionnaires du KMT [Guomindang, parti au pouvoir] ou de la Chine populaire », explique Hsu Ting-rui, étudiant de Taichung. Mais la diversion et la désinformation finissent par être contreproductives. C’est flagrant pour les manifestants qui ont fait le déplacement jusqu’à l’Assemblée afin de constater les faits, mais également pour les jeunes déjà rompus à une pratique alternative de l’information. Du reste, l’hostilité de principe de quelques grands médias à ce mouvement de contestation a une histoire : les étudiants formaient déjà l’essentiel des manifestants contre la constitution des conglomérats médiatiques, à l’automne 2012. « Sur nous, l’effet des médias traditionnels est quasi nul », confie Lin Jun-hong, un instituteur de Hsinchu venu à Taipei pour la journée. La maîtrise des réseaux sociaux dans ce pays pionnier de l’informatique permet une large circulation de l’information. Ainsi une étudiante hongkongaise qui a fait le voyage pour participer au mouvement utilise-t-elle son smartphone avec jubilation pour diffuser les nouvelles sur les sites universitaires hongkongais, où sont démentis en temps réel les médias officiels chinois.

Maintenir la pression Retour à la table des matières

Une partie des manifestants estime que l’occupation de l’Assemblée nationale n’est qu’une étape, et qu’il faut continuer d’exercer une pression sur le gouvernement en déclenchant une grève générale ou en étendant la lutte à d’autres espaces. C’est la décision prise par un groupe d’étudiants au soir de l’allocution du président Ma, dimanche 23 mars : la cour du Yuan exécutif, siège du premier ministre, est investie. Puis des étudiants se munissent d’une échelle et atteignent le deuxième étage, et de là redescendent ouvrir les portes à une cinquantaine de personnes qui se pressent dans le hall avant que la police ne bloque l’accès. A l’extérieur, des milliers de manifestants convergent vers le nouveau site d’occupation, tandis qu’un sit-in se met en place dans la cour. Les figures du principal parti d’opposition, le parti progressiste démocratique (DPP, indépendantiste) font leur apparition. La situation se tend considérablement avec l’arrivée massive de gardes mobiles et les premières scènes de répression.

Une violence policière assumée Retour à la table des matières

Frapper d’abord, puis exhorter à faire attention à sa sécurité, telle est la méthode employée. Alors que la police était restée discrète autour de l’Assemblée législative, l’occupation du Yuan exécutif a tourné à la répression violente et à un déploiement policier de grande envergure. Si, devant les caméras des médias, les forces policières manifestent une certaine retenue, la violence se déchaîne dans les rues adjacentes. Frappés au visage, des étudiants sont acheminés en sang vers les hôpitaux du quartier. L’évacuation du hall du Yuan exécutif, occupé dans un grand calme toute la nuit par une cinquantaine d’étudiants assis à même le sol, est décidée à l’aube. Les médias sont d’abord priés de sortir, puis plusieurs vagues de gardes mobiles se déversent depuis le grand escalier et les portes latérales. Un à un, les manifestants sont traînés vers la sortie, recevant quelques coups de pieds des policiers au passage, tandis qu’à l’extérieur les lances à eau dispersent les manifestants réunis dans la cour. Des sit-in se reconstituent dans les rues voisines. A l’aube, le Yuan est sous contrôle des forces de police, qui commencent alors l’évacuation de l’avenue Zhongshan.

Scène observée parmi d’autres le lundi au petit jour, après le repli des étudiants vers l’Assemblée législative : une poignée d’étudiants s’avance en marchant sur le côté droit de l’avenue Zhongshan, déjà quasi vide, en direction du cordon serré de gardes mobiles qui bloquent l’accès au carrefour. Arrivé à son niveau, à la hauteur du Yuan de contrôle (sorte de cour des comptes), un des manifestants en train de fumer une cigarette est brutalement saisi, puis roué de coups de boucliers, côté tranche, par trois policiers. Les coups se poursuivent alors qu’il est déjà à terre. Il est évacué derrière le cordon policier, sans laisser aux personnes sur place la moindre chance d’entrer en contact avec lui pour s’assurer de son identité et de son état de santé.

Bilan catastrophique pour le gouvernement Retour à la table des matières

Par la violence des agressions policières, le gouvernement perd sur tous les plans. En effet, comme l’explique Tsai Hsing-shui, étudiant en quatrième année de droit à l’université de Taïwan qui assure le lien avec les médias étrangers, « la décision d’occuper le Yuan exécutif ne faisait pas l’unanimité chez les étudiants mobilisés, mais la violence déployée pour évacuer les manifestants a convaincu tout le monde que le gouvernement n’hésiterait pas à utiliser la force pour faire taire nos revendications. »

Au lendemain de l’évacuation musclée, le premier ministre fait face à l’ire de sept cents de ses ex-étudiants en science politique de l’université de Taïwan. L’une d’entre eux a même ressorti un de ses anciens articles intitulé « Un dirigeant ne doit pas outrepasser son pouvoir ». Le ridicule frappe aussi lorsque le secrétaire général adjoint du Yuan exécutif, Hsiao Chia-chi, s’offusque auprès des médias de la disparition d’une boîte de gâteaux de son bureau pendant la nuit, alors que le décompte des blessés n’est toujours pas fixé avec certitude.

Le président Ma, par l’intermédiaire de son porte-parole, n’a d’autre choix que d’ouvrir la porte aux négociations avec les étudiants. Ces derniers exigent que les discussions se tiennent au grand jour, et non dans le secret du palais présidentiel. Les revendications restent les mêmes : le retrait du CSSTA, et le vote de lois renforçant les mécanismes de contrôle parlementaire dans tous les accords signés avec la Chine.

Vers une grève générale ? Retour à la table des matières

C’est probablement ce que redoute le plus le gouvernement. Si des mouvements se multiplient déjà dans les universités, ils se font département par département, ou sur une base individuelle. Mais si Ma Ying-jeou ne donnait pas satisfaction, la grève pourrait se généraliser.

Dans la journée de lundi, alors que la foule se reconstitue, toujours plus nombreuse autour de l’Assemblée législative, un artisan plombier, autre métier de service, vient remettre en route le système de ventilation du bâtiment bloqué depuis le début de l’occupation. Un air frais irrigue désormais cette salle où les étudiants écrivent une page d’histoire de la démocratie Taïwanaise.

Jérôme Lanche est assistant de recherche à Kaohsiung, Taïwan.


http://blog.mondediplo.net/2014-03-28-A ... te-pour-la
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Re: Le Dieu Néon

Messagepar JM » Sam 29 Mar 2014 18:46

Salut Sword7, merci pour cet article ! Je n'étais pas du tout au courant de ce qu'il se passait là-bas.

Tu vas écrire un texte à propos du film de TML que tu as vu ?
JM
 

Re: Le Dieu Néon

Messagepar Sword7 » Dim 30 Mar 2014 08:41

JM a écrit:Tu vas écrire un texte à propos du film de TML que tu as vu ?


Salut,

Non, je pense pas, je posterai juste quelques notes ici, j'ai déjà beaucoup de trucs à faire en ce moment.. je me concentre plutôt sur des activités cinéphiles où je peux échanger directement avec d'autres personnes, où il y a un contact réel, de la confiance. Le texte posté sur internet me paraît plus que jamais voué à une traversée du désert, mais j'y reviendrai. Un peu comme toi, non ?
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