La rivière

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La rivière

Messagepar JM » Lun 28 Juil 2014 14:52

Regardé Tanganyika de De Toth, réalisé en 54, soit un an après The Indian Fighter dont il était question ici.

Visite de la jungle organisée, en compagnie d'une bande de blancs qui au début intéressent un peu car ils ont des positions différentes (même si pour la plupart antipathiques), mais dont les points de vue deviennent de plus en plus indifférenciés au fur et à mesure qu'avance le film. Il y a aussi Caïn et Abel rejoué dans la brousse. De Toth mise beaucoup sur les bruitages, les images poulain d'animaux (on a le droit à tout le bestiaire qui fait peur). Tout ça est très daté, et franchement rasoir. Ouf, le grand méchant est un blanc qui dirige une tribu qu'il encourage à tuer et piller. "Bon sentiment'' qui cache quand même mal de forts relents de colonialisme (gentils ou méchants, qui d'autre que des blancs pour commander les noirs ?).

Par rapport au nu de The Indian Fighter, il y a une scène où la femme blanche qui accompagne la caravane doit se dénuder dans un coin, derrière un buisson, et se débarrasse de son corset. Pour se moquer d'elle, de ses manières de grande dame dans la jungle, De Toth filme en même temps des singes qui la regarde se dévêtir de haut, puis lui piquent son corset et s'en vont avec.

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JM
 

Re: La rivière

Messagepar leretour » Mar 29 Juil 2014 14:06

tes images sont toutes moches Jean-Maurice.
leretour
 

Re: La rivière

Messagepar JM » Sam 9 Aoû 2014 16:40

Deux autres films de De Toth, Ramrod (1947), et Riding Shotgun (1954). Le premier est très beau sur le plan formel, noir et blanc, au début je me disais qu'on pourrait presque le regarder sans le son, seulement pour le plaisir de l'image (surtout qu'on n'y comprend franchement pas grand chose le premier quart d'heure), des travellings, du sens du cadre... Le second est moins intéressant, hormis deux ou trois très bons moments, entre autres un pano qui suit les deux types à cheval au loin et retombe sur la diligence abandonnée au premier plan, ou un travail remarquable de mise en scène autour d'un grand miroir.

Dans les films de De Toth, un homme (accessoirement admiré par une jolie femme sage) est souvent au centre de l'histoire, qui essaye de raisonner les êtres autour de lui. En même temps ce personnage est également aux prises à l'intérieur de lui-même avec une part d'irrationnel (la haine et la recherche de vengeance dans Riding Shotgun, l'amour dans Ramrod) qui l'oblige à faire des choses insensées.

Il y a un très beau passage dans Riding Shotgun, où Randolph Scott est bloqué dans un saloon, encerclé par les habitants d'un village qui ont perdu la raison et veulent le lyncher (sous le prétexte d'une histoire de diligence attaquée et d'une histoire de vengeance personnelle, le film traite en fait surtout du basculement dans l'irrationalité de la population dite "civilisée" d'une petite ville, un peu comme dans un film plus récent d'Eastwood dont j'ai oublié le nom). Ils lui tirent dessus de l'extérieur de la boutique avec des fusils et, lui a l'idée, au lieu de tirer sur ses assaillants, de tirer sur la flamme de la bougie qui illumine la pièce où il se trouve pour empêcher les types de le viser. L'extinction de cette bougie dit toute la folie meurtrière qui s'est emparée des habitants et qui le piège (après qu'il se soit piégé lui-même en début de film, en raison de sa soif de vengeance).

Généralement, la vengeance personnelle de ce personnage central (aux prises avec ses démons et ceux des autres), qui prend les traits d'un acte violent, d'un meurtre (bien sûr soi-disant couvert par la légitime défense), reste en fin de film un acte qui relève de la pure formalité pour le personnage. Il n'est pas du tout remis en question par le cinéaste qui, du coup, a tendance à se placer quand même in fine du côté d'une certaine justice expéditive par la violence (pour les "irrécupérables crapules"). C'est très conventionnel, et bien dommage.
JM
 


Re: La rivière

Messagepar JM » Sam 9 Aoû 2014 17:52

Un texte de petit malin sur Ramrod, se moquant des personnages pour une obscure raison, et faisant une fixation rigolarde sur le non féminisme du film (en 47, quelle révélation !, il faut bien ce ton goguenard qui regarde les choses de haut pour les transformer en nouveauté), en renvoyant curieusement dos à dos la "maman attentionnée" et la ''garçonne rebelle''. On image une histoire du cinéma hollywoodiens de l'époque uniquement vue sous cet angle : passionnant !

Effectivement, il y a bien Veronica Lake (cette actrice ne cesse décidément de m'étonner dans ses choix de rôles), femme qui joue de ses charmes pour obtenir ce qu'elle veut, mais c'est pas tout à fait non plus la femme fatale glaciale et monolithique antipathique du cinéma noir. Ici, les motifs de sa vengeance et de sa volonté de pouvoir sont largement explicités, son but semble en partie de se mesurer justement à la violence et aux règles des hommes qui l'entourent, de faire face aux humiliations subies, et elle n'est pas montrée totalement insensible non plus. Bien sûr, Dave qui a essayé pendant tout le film de raisonner les uns et les autres dans le panier de crabe où il a mis les pieds, choisit finalement l'autre femme et Connie se retrouve ''triste sire'' seule dans son nouveau royaume, toujours dans cette logique de De Toth où la raison doit tenter de reprendre le dessus face à la folie (ici du pouvoir).

Le premier plan où Connie rencontre Dave chez elle est assez surprenant. Elle apparaît toute petite face à Dave au premier plan (contrairement à l'idée qu'on se fait généralement de la vamp plantureuse, qui domine du corps et des épaules les hommes), comme un jouet, une poupée, alors même que son rôle est à l'opposée de celui d'une poupée (ou alors d'une "poupée qui fait non"). Mais en effet, dans la suite de la discussion, De Toth inverse cette impression et nous propose des plongées sur McCrea et des contre-plongées sur Lake, la domination de Connie sur Dave étant du coup renforcé par les premières et les dernières images où Lake apparaît beaucoup plus petite que l'homme.

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La fête du slip pour les fétichistes du zoli photogramme, non ?!
JM
 

Re: La rivière

Messagepar leretour » Lun 11 Aoû 2014 04:11

c'est déjà mieux les photogrammes bravo Jean-Maurice.
leretour
 


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