Retour à To, sur le tard

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Re: Retour à To, sur le tard

Messagepar JM » Mer 29 Oct 2014 17:34

Je relis un vieux numéro des Cahiers de l'époque Frodon avec sa critique de "PTU" de To. Ca se termine comme ça :

Dès lors les tribulations des diverses bandes et escadrons policiers comme du gros flic con dont la perte de l'arme de service déclenche les catastrophes en série tout au long de la nuit apparaissent pour ce qu'elles sont. Des événements climatiques, des chocs thermiques, des éclairs de chaleur et des précipitations sonores, graphiques, narratives. On voit bien le grief qu'un tel cinéma peut encourir, celui de rééditer les piètres exploits de ce qu'on appela naguère le "cinéma visuel". C'est tout le contraire. La pulvérisation de la fiction comme organisation du récit et des formes ne ramène pas tout à la surface, en vitrine, et ne capitalise sur aucun cliché. Au contraire, elle suggère, sans imiter le monde, une profondeur du monde, elle met en scène un insondable très matériel, pas du tout métaphysique, mais avec une intensité ouverte qui font que les films de Johnnie To, par leur formalisme brûlant et décontracté, sont étonnamment émouvants.


Je mets bien au défi n'importe quel spectateur d'absolument n'importe quel film de To de ressentir une quelconque émotion devant l'un d'entre eux !
JM
 

Re: Retour à To, sur le tard

Messagepar Sword7 » Sam 26 Aoû 2017 19:14

"Office" est sorti début août en France mais je l'avais vu en Chine en 2015. To continue sur sa lancée odieusement misogyne et d'un "anti-capitalisme" roublard, comme cela a bien été dit dans les posts précédents et le texte du site qui a lancé la discussion ici.

La seule femme qui réussit à la fin est la fille du patron (ne chercher là absolument aucun second degré) première de la classe et sa femme (qui est clouée sur un lit d'hôpital et ne dit mot, il revient au mâle de décoder ses volontés) ! La matérialiste aux gros seins, la vieille arriviste qui complote, la jeune naïve qui se laisse manipuler sont toutes au final évacuée. L'assainissement du capitalisme et l'ascenseur social passent essentiellement pour To par la famille : effarant.

To enchaîne les plans de grue et les travellings "virtuoses" montés à la va-vite (un plan intéressant de Sophie tentant de marcher dans la rue aux prises avec un typhon la parapluie retourné est par exemple coupé en plein milieu) dans un pseudo décor minimaliste de théâtre moderne : ça bouge certes dans tous les sens mais sans aller jamais nulle part. Quand arrivent les différents placements de produits du film (gros comme des maisons), on comprend bien que cette soi-disant joyeuse critique du capitalisme où les employés peuvent chanter en travaillant (variation moderne du "sifflez en travaillant" : chantez, même pour vous plaindre et non pour vanter les mérites de votre balai, cela fera mieux passer la pilule) ne peut n'importe comment que tourner en rond.
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Re: Retour à To, sur le tard

Messagepar JM » Dim 27 Aoû 2017 08:13

Sword7 a écrit:Je l'ai vu aussi "Loving You". Je veux pas prendre la défense de To, mais il est vrai que les productions d'action HK (et ailleurs ?) offrent quand même rarement des rôles intéressants aux femmes (chez John Woo il n'y en a quasiment pas, et quand il y en a, comme dans "The Killer", c'est quand même bien concon). Le gros problème du film de To c'est que ce dernier se croit obligé (c'est avant tout un choix commercial à mon avis) de faire une romance car c'est un genre qui a ses étoiles à HK, alors qu'il n'a rigoureusement rien à apporter au genre sinon à le "salir" comme tu dis, avec ses gros sabots de mâle. Un contre-exemple que je donnerais, d'un film d'action romantique hongkongais qui fonctionne assez bien en intégrant la dimension mélodramatiques si particulière des films de HK, c'est "My Heart Is That Eternal Rose" de Patrick Tam (j'y reviendrai bientôt par ici).

La dernière scène d'action avec la femme qui accouche en plein milieu est reprise dans un film de Hark récent, "Time and Tide" je crois. C'est intéressant cette propension des cinéastes de HK à souvent mêler la naissance, l'accouchement, avec destruction, mort, chaos de l'action. On retrouve, bien sûr, ça chez John Woo dans "A toute épreuve" qui se passe dans une maternité. Je me demande si ceci est lié à la dualité propre à une forme de pensée chinoise...


Hello l'ami,

Dans le dernier numéro des Cahiers, Chauvin n'évoque évidemment pas du tout la misogynie du film dont tu parles (moi je l'ai pas vu, je regarde plus les films de To depuis un moment). Tout au plus ose-t-il dire, du bout des lèvres pour ne pas ternir la virtuosité de la mise en scène, que la charge contre le capitalisme est convenue. Mais, quelques pages plus loin, Malick en prend plein la poire, son dernier film étant qualifié de misogyne par Tessé.

Attention, je dis pas que Tessé a tort, mais le contraste est comique. Le film de Malick est en effet dans un certain sens misogyne (rien de nouveau), et il y aurait plusieurs choses à ajouter à ce que constate Tessé... Le portrait systématique des femmes en personnages mystérieux et impénétrables (mystères révélés par la voix-off omniprésente qui nous montre bien que ce mystère n'a plus de secret pour le Grand Malick qui connaît les humains comme sa poche), en petites âmes fragiles et vulnérables, est stéréotypé et agaçant au possible, leur attrait pour l'argent et le confort que peut leur apporter les hommes l'est tout autant. Il est effarant de constater qu'on ne voit jamais Faye faire quoi que ce soit : elle est censée être artiste apparemment mais tout au plus y a-t-il un plan où on la voit faire la potiche avec une guitare sur scène (on peut comparer avec le traitement de BV que l'on voit de temps en temps jouer de la guitare, puis à la fin travailler en tant qu'ouvrier)... C'est à peu près du niveau du dernier Jarmush... Pour les autres femmes c'est pareil, leur vie selon Malick semble dévolue à papillonner autour des hommes par amour et/ou par intérêt, à se laisser prendre dans leurs filets pourtant cousus de fil blanc...

Le final du film contraste avec "La balade sauvage". Dans ce dernier, l'utopie amoureuse est (comme c'est souvent le cas) arrêtée en chemin et se révèle intenable sur la durée (on constate que c'était déjà la femme qui foutait tout en l'air). AU contraire, à la fin de son dernier film, Malick semble nous dire que l'amour véritable s'inscrit dans la durée et résiste aux tempêtes du couple. Mais il faut quand même atténuer tout ça, Malick n'a pas fait un grand écart entre hier et aujourd'hui. Ce discours sur l'amour tient d'abord par la mise en avant de la vertu morale (et religieuse) du pardon. Il ne s'agit pas de véritablement tenir sur l'amour, coûte que coûte. Dans cette histoire de couple qui pourrait être issue de n'importe quel tabloïd people (comme ça nous passionne les riches et beaux qui batifolent dans leurs villas !!), chacun peut commettre de petits ou grands écarts, mais au final balle au centre grâce au pardon et à la rédemption (amen). "Expérimenter" (comme le dit plusieurs fois Faye) c'est "bien" (quoique plutôt honteux car on est moraliste ou on ne l'est pas), mais se déterritorialiser n'a pour but que de mieux se reterritorialiser au final. Nous avons au bout du compte un film bâtard et terne, qui derrière ses grands effets de mise en scène censés en foutre plein la vue, ne fait ni l'éloge de la déterritorialisation, ni celui de l'amour absolu et fidèle. Une bouillie recuite d'images et d'idées.
JM
 

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