Notes sur le 8e CIFF de Nanjing

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Notes sur le 8e CIFF de Nanjing

Messagepar Polichinelle » Ven 4 Nov 2011 11:51

Hello,

Le site du festival avec pas mal de choses, dont les textes traduits en chinois :

http://site.douban.com/129499/

je rajouterai peut-etre plus tard par ici quelques mots sur un ou deux autres films vus a l'occasion du festival..
Polichinelle
 

Re: Notes sur le 8e CIFF de Nanjing

Messagepar Sword7 » Dim 6 Nov 2011 17:21

Salut,

Deux trucs sur l'actu du cine "inde" chinois :

1/ Tu parles du dernier film de Lou Ye dans une de tes notes. J'ai lu en ligne un texte d'Azoury sur le film sur le site de Libe. Texte bizarre, je veux dire son style.. l'impression que son auteur vous crache un glaviot au visage lorsqu'on le lit, je suis pas certain que ce soit une bonne facon d'ecrire sur le cinema, ou d'ecrire tout court..je me figure qu'un type sous coco ou sous speed ecrirait a peu pres pareil..

2/ "Hello, Mr Tree!", le film de Han Jie (ancien collaborateur de Jia Zhang Ke) qui avait deja gagne un truc au dernier festival "officiel" de Shanghai est maintenant en salle en Chine. Le film, une comedie "douce-amere" (sic) est produit par Jia Zhang Ke. Il ne fait plus beaucoup de doute que le cineaste-producteur est maintenant passe de l'autre cote de la barriere, rejoignant le consensus avec les vieux cineastes de la generation precedente. L'affiche du film (formatee comedies locales debiles qui squattent les ecrans du pays) :

Image

:roll:
Sword7
 

Re: Notes sur le 8e CIFF de Nanjing

Messagepar Polichinelle » Lun 7 Nov 2011 17:16

Salut Sword7,

Je pense que je regarderai quand même le film de Han Jie à l'occasion, pour me faire une idée du film plus précise que son atroce affiche..

Après ce festival de Nanjing, je trouve cet article assez pertinent sur la situation actuelle du cinéma indépendant chinois. Il est manifeste, en lisant le livret du festival avec les "bios" des réalisateurs, que la majorité des cinéastes sortent (parfois à peine) des universités d'"audio-visuel" du pays (ou plus rarement de l'étranger). Et si certaines choses, certains tics, reviennent invariablement (ce qui ne manque pas d'agacer, surtout lorsqu'on regarde plusieurs films à la suite, cela saute aux yeux), ça n'est peut-être pas un hasard. Il y a semble-t-il deux choses qui "font école" dans ce milieu, et qui ne sont pas forcément réjouissantes car synonymes d'une certaine forme de "formatage" : l'université et les anciens modèles (Jia Zhang Ke et Lou Ye parfois médiocrement imités). Le cinéma "indépendant" chinois, est-ce finalement surtout des gens qui font fructifier un cursus universitaire cher et très sélectif ? Pourra-t-on faire semblant de s'étonner demain de voir un certain nombre d'entre eux faire comme JZK actuellement, basculer de l'autre côté (du côté "officiel") ? Du reste certains ont déjà (sans même penser au caractère "officiel" des études supérieures) largement un pied de chaque côté.

Sinon j'ai parfois pensé à ce qu'on appelle la "nouvelle nouvelle vague" allemande, composée de cinéastes qui eux aussi, je crois, sont plutôt d'anciens universitaires. Le soin global apporté aux cadres, à la photo, un point de vue "défensif", "sage" et un regard "contemplatif"..
Polichinelle
 

Re: Notes sur le 8e CIFF de Nanjing

Messagepar _ » Lun 7 Nov 2011 18:38

Encore quelques notes sur des films vu au CIFF (en français parce que je suis pas maso lol) :

The Cold Winter - Zheng Kuo

Pas de question à se poser quant à la nature du film : documentaire, fiction ? The Cold Winter (dont le titre est particulièrement mal traduit en anglais) est tout simplement un reportage sur les troubles rencontrés par une communauté d'artistes de Beijing. Un mélange d'images-témoins tournées à l'arrach' lors de manifs, d'happenings ou d'échauffourées, et d'entretiens face caméra avec les acteurs de la situation évoquée.

La première partie revient sur le processus d'expropriation par l'Etat des terrains où vivaient les artistes, où ils exposaient à la lisière de la ville, et sur la rébellion de ces derniers pour empêcher cette expropriation. Zheng Kuo, roublard, use d'astuces (de montage partisanes) bien connues qui font le piquant, mais plus souvent l'ennui, de la mauvaise foi militante.

La seconde partie du film se focalise sur l'après expropriation et sur les déchirements internes au sein du groupe d'artistes, à cause d'histoires de gros sous pour le remboursement des dédommagements. Nous découvrons ce qui couvait déjà dans la première partie : une propension à militer pour son petit nombril, certes non sans humour, mais qui cachait mal des intérêts matériels particuliers tout à fait individualistes.

Le reportage qui commençait plutôt comme un brûlot contre l'Etat chinois (et qui est annoncé comme tel), se transforme alors (mais sans plus de subtilité hélas) en une arme redoutable contre les artistes. On imagine aisément un officiel regarder le film et se frotter les main devant ce final qui montre les artistes soi-disant rebelles "comme n'importe quel chinois" (pour reprendre les termes du contestataire et contesté Ai Wei Wei), parfaitement indécents et irresponsables (voire aux méthodes totalitaires) dans leur soif de fric.

Indifféremment, la caméra de Zheng Kuo a enregistré une révolte ainsi qu'un sabordage. Le titre du film en chinois, traduit en français, serait Un Hiver Chaud. La traduction en anglais (The Cold Winter) est grossièrement fausse, mais elle illustre bien qu'en fait d'être "chaud" ou "froid", cet hiver était peut-être comme le film, juste tiède.
_
 

Re: Notes sur le 8e CIFF de Nanjing

Messagepar Polichinelle » Lun 7 Nov 2011 23:00

Lost in Mountain - Gao Zipeng

Le film est tiré d'un fait divers. Un homme part seul marcher dans une forêt à l'Ouest de Beijing, dans une ancienne région minière, et disparaît. Le film raconte la recherche-flânerie de Bie Lei par ses ami(e)s (un peu perdus eux-mêmes).

Comme dans Last Chestnuts, autre film de perte, le cinéaste travaille sa photo dans des teintes sombres. Nombreuses scènes en contre-jour, paysages filmés au crépuscule, la nuit, utilisation de filtres marrons/beiges… Mais ce travail formel est beaucoup plus intéressant que dans le film de Zhao Ye car, associé à d'autres éléments du film, il lui procure une profondeur supplémentaire.

En effet, la recherche du disparu se transforme en errance (étrange suspension du temps du film, à l'image des secours qui attendent tranquillement six mois pour lancer des recherches après celles infructueuses des amis !) dans cette forêt quasiment abandonnée où se trouvent des ruines anciennes (montrées en une succession rapide de plans très brefs), des villages fantômes et surtout les tunnels désaffectés de l'ancienne mine, souterrains et invisibles. Ces derniers représentent une présence menaçante hors champ, qui a conduit les habitants des villages à aller vivre ailleurs de crainte des affaissements de terrain, à l'exception de quelques "survivants" réfractaires.

La forêt filmée par Gao Zipeng a des allures de désolation, d'après le désastre. Tout ce marron et ces couleurs sombres qui envahissent à l'écran la nature alentour sont comme des rémanences des profondeurs tuméfiées de la mine se pulvérisant dans l'atmosphère extérieure. La "contagion" souterraine a comme maudit la forêt et ses habitants, et le sentiment de perte qui en découle accompagne lentement mais irrémédiablement le mouvement de disparition de Bie Lei.
Polichinelle
 

Re: Notes sur le 8e CIFF de Nanjing

Messagepar Polichinelle » Mar 8 Nov 2011 11:50

Old Dog - Pema Tseden

En sortant d'Old Dog, je n'étais pas convaincu. En partie, sans doute par la fin qui m'avait laissé quelque peu perplexe. En en discutant avec d'autres spectateurs plus aptes à dialoguer avec les cinéastes, il semble que Pema Tseden ait voulu choquer avec une fin radicale : sous les pressions des acheteurs potentiels, de ceux qui essayent de s'en débarrasser et des voleurs (et ses propres fils en font partie), le vieux berger finit par tuer le vieux chien qu'il avait toujours voulu garder coûte que coûte avec lui comme symbole de la classe sociale (de chasseurs) de sa famille. C'est une histoire tibétaine, il faut parait-il replacer l'histoire dans son contexte géographique pour en saisir l'importance (de la passion canine).

Tout cela ne me convainc guère. Qu'un filmage en numérique soit à ce point au service de quelques particularismes archaïques n'a pas forcément de quoi enthousiasmer. Car l'attachement séculaire pour cet espèce de chiens est en somme le problème et la solution du faux enjeu social soulevé par le film. D'autant plus que cette histoire de chien se double de l'histoire familiale, des fils indignes et incapables de donner une descendance à la famille (on se demande d'ailleurs, un moment donné, si le père ne tue pas le chien surtout lâchement par dépit du fait que son fils n'arrive pas à avoir un gosse avec sa femme).

Comment recevoir la fin, cet assassinat, selon moi un peu gratuit, du chien (le berger est filmé longuement alors qu'il tend la laisse de son chien pour le pendre aux barbelés délimitant son pré) ? Comment la recevoir comme un geste radical (suivant le réalisateur) sans s'identifier pleinement au berger qui représente l'ordre archaïque des choses tout le long du film ? Est-ce le seul type de radicalité que l'on puisse attendre et espérer de la part d'un cinéma chinois indépendant apparemment plutôt avare dans ce domaine (au vu des autres films du festival) ?

Il y a, cela dit, de belles choses dans Old Dog. On pourra préférer plus volontiers les quelques scènes sans doute imprévues (le passage d'un troupeau de bêtes qui oblige le personnage à arrêter sa moto sur le côté et à attendre, le mouton passé à l'extérieur du pré et qui essaye de rejoindre le troupeau par différents moyens, l'immensité des prés à perte de vue…), où Pema Tseden laisse tourner la caméra, aux scènes trop porteuses du scénario.
Polichinelle
 

Re: Notes sur le 8e CIFF de Nanjing

Messagepar _ » Mer 16 Nov 2011 09:54

Un autre texte sur Love and Bruises, venant des independentelles. J'ai envie de dire que le mieux pour pleurnicher sur la chute ou la mort (artistique) d'un cinéaste c'est d'abord de prétendre de façon péremptoire qu'il aurait atteint des sommets auparavant. Ce qui, concernant Lou Ye, est totalement discutable à moins d'une idéalisation outrancière. "Suzhou River" n'est pas grand chose d'autre qu'un nième exercice de style assez prétentieux lorgnant, sans beaucoup d'inventivité, du côté de la nouvelle vague. "Purple Butterfly", même s'il est beaucoup plus écrit, souffre du même problème de rythme que "Suzhou River", se reposant trop sur son actrice principale. Quant à "Summer Palace", je ne comprends vraiment pas ce qu'on peut trouver d'intéressant à ce film. L'histoire intime glisse sur l'Histoire (opaque) comme un pet sur une toile cirée. Sa première incursion en Europe y est pétrie de clichés et de paresse à s'échapper de poncifs fatigués. "Spring Fever" (même s'il est toujours plombé par un récit décousu) est sans doute plus abouti, moins pacotille, et porté par une urgence à filmer.
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Re: Notes sur le 8e CIFF de Nanjing

Messagepar Frédérique75 » Lun 21 Nov 2011 16:55

Polichinelle a écrit:Tout cela ne me convainc guère. Qu'un filmage en numérique soit à ce point au service de quelques particularismes archaïques n'a pas forcément de quoi enthousiasmer. Car l'attachement séculaire pour cet espèce de chiens est en somme le problème et la solution du faux enjeu social soulevé par le film. D'autant plus que cette histoire de chien se double de l'histoire familiale, des fils indignes et incapables de donner une descendance à la famille (on se demande d'ailleurs, un moment donné, si le père ne tue pas le chien surtout lâchement par dépit du fait que son fils n'arrive pas à avoir un gosse avec sa femme).


Hello,

Ce que tu dis du film et de sa fin me fait penser à ce passage de Lévi-Strauss dans "Tristes Tropiques" :

L'accord une fois réalisé, l'aigle empaqueté fut jeté sans façon au bord d'un ruisseau, où il semblait inévitable qu'il dût rapidement mourir de faim ou être la proie des fourmis. On n'en parla plus pendant les quinze jours qui suivirent, sauf pour dresser rapidement son acte de décès : "Il est mort, l'aigle." Les deux Kawahib disparurent dans la forêt pour annoncer notre arrivée à leurs familles, et la marche reprit.

L'incident de l'aigle donnait à réfléchir. Plusieurs auteurs anciens relatent que les Tupi élevaient les aigles et les nourrissaient de singes pour les déplumer périodiquement; Rondon avait signalé cet usage chez les Tupi-Kawahib, et d'autres observateurs, chez certaines tribus du Xingu et de l'Araguaya. Il n'était donc pas surprenant qu'un groupe de Tupi-Kawahib l'ait préservé, ni que l'aigle, considéré comme leur propriété la plus précieuse, fût apporté en présent, si nos indigènes avaient vraiment résolu (comme je commençai à le soupçonner et le vérifiai par la suite) de quitter définitivement leur village pour se rallier à la civilisation. Mais cela n'en rendait que plus incompréhensible la décision d'abandonner l'aigle à un pitoyable destin. Pourtant, toute l'histoire de la colonisation, en Amérique du Sud et ailleurs, doit tenir compte de ces renonciations radicales aux valeurs traditionnelles, de ces désagrégations d'un genre de vie où la perte de certains éléments entraîne la dépréciation immédiate de tous les autres, phénomène dont je venais peut-être d'observer un exemple caractéristique.


Je n'ai, bien sûr, pas vu le film dont tu parles mais je trouve que ta critique est très "orientée". Tu as une façon de balayer les "particularismes" locaux - sous prétexte que tu les juges "archaïques" avec tes yeux d'occidental - assez suspecte, non ? Surtout que si j'ai bien compris, ça se passe au Tibet, une région très connotée au niveau "colonialisme" chinois...peut-être que ça n'a rien à voir dans le film ?!

bises quand même ;)
Frédérique75
 

Re: Notes sur le 8e CIFF de Nanjing

Messagepar _ » Mar 22 Nov 2011 17:05

Hello Frédérique,

Oui, cet extrait de CLS est tout à fait pertinent ici, il faut bien l'admettre, au dépend de ce que j'ai écrit du film de Pema Tseden. Il faut sûrement que j'admette que mes propos, qui se veulent eux-mêmes "radicaux", résultent d'un point de vue typiquement "occidental" et visaient à régler un peu vite des questions qui, en fait, me taraudent. En refusant de vénérer des coutumes archaïques locales que je me permets de juger (comme je pourrais aussi bien le faire à propos de résurgences de coutumes du terroir que je jugerais réactionnaires), j'en viens à leur nier une importance quelconque et à les rejeter en bloc. Ou plutôt à refuser d'admettre l'importance négative de leur disparition sur la population locale. Dans le contexte du Tibet, l'acte final du berger sur le chien est peut-être plus politiquement radical qu'il n'y paraît, même si un lien direct avec la colonisation chinoise ne me paraît pas forcément avéré dans le film. Cette image du berger qui tue son chien peut-elle se substituer à ces moines qui continuent de s'immoler par le feu au Tibet ?

Tout cela me pendait au nez en acceptant de répondre à cette invitation à écrire (surtout à chaud) sur les films du festivals. Que dire pour ma défense ?

Dans la mesure du possible, je n'ai pas essayé de gommer d'où venaient mes propos. J'ai tenté de situer aussi clairement que possible l'origine des "attaques" envers certains faits de société constatés dans les films et dans la réalité (en sachant pertinemment que, généralement, les invitations de ce style faites à des étrangers recherchent avec une grande curiosité le point de vue d'ailleurs, un regard "différent", cad appareillé par des idées, un contexte culturel, social différents). Dans le même temps, j'ai également essayé de rapprocher mes critiques de celles formulées par certains intellectuels chinois afin de ne pas séparer mes idées (d'une frange) de celles qui sont véhiculées en Chine. Je redoutais plus que tout, avant d'écrire, de me livrer à un laborieux exercice de "choc des cultures", et pire de me montrer donneur de leçons. J'ai probablement échoué par endroits, fatalement. peut-être qu'une solution aurait été de me placer, comme tu me le proposes, dans la peau d'un anthropologue, ou d'un sociologue. Me contenter de bien décrire (cad surtout pas comme ça) ce que je constatais..
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