Notes sur le 8e CIFF de Nanjing

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Re: Notes sur le 8e CIFF de Nanjing

Messagepar JM » Mar 21 Fév 2012 15:35

Suite à une émission de Taddei où elle était invitée, je suis en train de lire "Repenser la pauvreté" d'E. Duflo et A. V. Banerjee. Je pensais, vu le résumé, que ça pouvait m'aider dans mes recherches personnelles à propos de la grande pauvreté quotidienne rencontrée en Chine. Eh bien non, c'est abominable ce truc. Ca part visiblement de plein de bons sentiments mais j'arrive pas à supporter cette manière pragmatique de tout justifier par des chiffres, des expériences testées ds la population, de tout voir par le petit bout du salaire...la rationalisation pour arriver aux conclusions recherchées est parfois poussée à des limites vraiment absurdes, pour ne pas dire carrément discutables (les critères d'intelligence à la limite d'être justifiés par des thèses racialistes, quand c'est pas "est jugé intelligent qui gagne un salaire de tant ou tant"). De plus les auteurs affirment donner la parole aux pauvres mais le premier témoignage recueilli est là pour être gommé et contrecarré par des études et des schémas. En gros les pauvres ne savent pas ce qu'ils disent, ils n'ont pas assez de recul sur leurs propres vies, certains scientifiques et économistes eux détiennent les vraies causes et solutions.

D'instinct, je dirais que la pauvreté reste à repenser, hors des schémas et des chiffres des économistes.
JM
 

Re: Notes sur le 8e CIFF de Nanjing

Messagepar casseur » Ven 24 Fév 2012 20:56

JM a écrit:Suite à une émission de Taddei où elle était invitée, je suis en train de lire "Repenser la pauvreté" d'E. Duflo et A. V. Banerjee. Je pensais, vu le résumé, que ça pouvait m'aider dans mes recherches personnelles à propos de la grande pauvreté quotidienne rencontrée en Chine. Eh bien non, c'est abominable ce truc. Ca part visiblement de plein de bons sentiments mais j'arrive pas à supporter cette manière pragmatique de tout justifier par des chiffres, des expériences testées ds la population, de tout voir par le petit bout du salaire...la rationalisation pour arriver aux conclusions recherchées est parfois poussée à des limites vraiment absurdes, pour ne pas dire carrément discutables (les critères d'intelligence à la limite d'être justifiés par des thèses racialistes, quand c'est pas "est jugé intelligent qui gagne un salaire de tant ou tant"). De plus les auteurs affirment donner la parole aux pauvres mais le premier témoignage recueilli est là pour être gommé et contrecarré par des études et des schémas. En gros les pauvres ne savent pas ce qu'ils disent, ils n'ont pas assez de recul sur leurs propres vies, certains scientifiques et économistes eux détiennent les vraies causes et solutions.

D'instinct, je dirais que la pauvreté reste à repenser, hors des schémas et des chiffres des économistes.


Alors là je suis bien d'accord avec toi. Ce bouquin c'est de là cochonnerie. Dire qu'il faut être prix Nobel pour écrire des trucs comme ça, ça laisse rêveur. Je sais pas si tu es arrivé à le finir mais moi j'y suis pas arrivé. J'arrive pas à comprendre cette perception du monde.
casseur
 

Re: Notes sur le 8e CIFF de Nanjing

Messagepar casseur » Jeu 1 Mar 2012 18:31

J'y repensais,

ce bouquin, c'est un peu "comment adapter le capitalisme pour que les pauvres soient moins pauvres", tout en occultant le fait évident que ce système d'exploitation économique a besoin d'eux, et précisément dans cet état, pour survivre. On pourrait croire que c'est juste de la naïveté, mais venant d'économistes de renom on peut quand même se demander s'il n'y a pas un tout petit peu d'hypocrisie...
casseur
 

Re: Notes sur le 8e CIFF de Nanjing

Messagepar Sword7 » Jeu 15 Mar 2012 21:29

Of course, this goal is political, apparently coming from a high necessity to show (I think we can say similar things about some Iranian directors, like Samira Makhmalbaf, for example).


Tu n'es pas le seul à regarder vers l'Iran de Chine :

BEIJING, March 14 (Bernama) -- Famed director Jia Zhangke is planning to open his own arthouse movie theatre in Beijing, according to an entry in his microblog quoted by local media Wednesday.

"I went to the eastern part of Beijing to select a site this afternoon. The 100-seat theatre will be built next year," Jia wrote in a Sunday entry on Weibo.com, a popular Chinese microblogging site, Xinhua news agency reports.

Jia, winner of the 2006 Venice Film Festival's Golden Lion award for his film called 'Still Life', said the theatre is currently still being designed and is expected to open next year at the earliest.

The director said however that he did not expect to make profits from the theatre.

"In the worst-case scenario, I will use money made elsewhere to compensate for the theatre's losses," he said.

He said the biggest obstacle he faced is the lack of approved art films, particularly imported films.

"I'd like to import more films like Iran's 'A Separation' if the import quota could be relaxed," he said.

Arthouse theatres are scarce in Beijing, with only the Broadway Cinematheque, Ullens Center for Contemporary Art and China Film Archive serving the needs of artistically-inclined moviegoers.

Jia Zhangke, a graduate of the Beijing Film Academy, has been dubbed by critics as a leading figure in China's 'sixth generation' of film directors, who often employ improvisational techniques with non-professional actors to better capture everyday experiences in contemporary China.

-- BERNAMA


http://www.bernama.com/bernama/v6/newsworld.php?id=652191

;)
Sword7
 

Re: Notes sur le 8e CIFF de Nanjing

Messagepar JM » Mar 20 Mar 2012 10:05

Merci pour cette info Sword !

Je ne connais pas les films de Fahradi, j'en ai deux de côté que je regarderais bien à l'occasion.. :)

Actuellement il passe en salle en Chine "Tao jie" ("A simple life") le nouveau film de Ann Hui, une cinéaste hongkongaise dont j'aime beaucoup le peu que je connaisse de ses films (et honteusement ignorée en Europe au profit de bouffons bruyants et pleins d'esbroufe comme Johnnie To). Malheureusement je ne trouve pas de salle qui le diffuse avec des sous-titres anglais...
JM
 

Re: Notes sur le 8e CIFF de Nanjing

Messagepar polichinelle » Mer 28 Mar 2012 16:46

JM a écrit:Actuellement il passe en salle en Chine "Tao jie" ("A simple life") le nouveau film de Ann Hui, une cinéaste hongkongaise dont j'aime beaucoup le peu que je connaisse de ses films (et honteusement ignorée en Europe au profit de bouffons bruyants et pleins d'esbroufe comme Johnnie To). Malheureusement je ne trouve pas de salle qui le diffuse avec des sous-titres anglais...


En attendant les sous-titres de A Simple Life, j'ai trouvé une petite astuce pour voir plein de films rares de Mme Hui, et avec sous-titres ! he he, ça en intéresse d'autres que moi ?
polichinelle
 

Re: Notes sur le 8e CIFF de Nanjing

Messagepar Bruce » Jeu 29 Mar 2012 21:41

J'aime bien les films de Hui parce qu'on y prend souvent le temps de pleurer. Par mimétisme je pleure aussi, mais non, c'est beaucoup plus que du mimétisme. C'est là quelque chose de purement cathartique. Ca fait mal mais ça fait du bien. C'est la vie qui est à pleurer, et en même temps ce sont les pleurs qui me ramènent à la vie.

Même quand Chow Yun Fat pleure dans The postmodern life of my Aunt, même s'il en fait des tonnes, ça reste beau et touchant. L'acteur se trouve confronté à sa propre limite, en même temps qu'à la tristesse passagère et rétrospective de la vie un peu ratée de son personnage. Du "postmodernisme"... et puis, vite, on passe à la joie, donc il n'y a vraiment jamais rien de larmoyant. Le dosage est toujours impeccable, comme dans la vie. Ca n'est d'ailleurs pas un hasard si la "vie" revient souvent dans les titre de ses films (The postmodern life of my Aunt, The way we are, A simple life).
Bruce
 

Re: Notes sur le 8e CIFF de Nanjing

Messagepar soren » Mer 2 Mai 2012 18:58

JM a écrit:Merci pour cette info Sword !

Je ne connais pas les films de Fahradi, j'en ai deux de côté que je regarderais bien à l'occasion.. :)

Actuellement il passe en salle en Chine "Tao jie" ("A simple life") le nouveau film de Ann Hui, une cinéaste hongkongaise dont j'aime beaucoup le peu que je connaisse de ses films (et honteusement ignorée en Europe au profit de bouffons bruyants et pleins d'esbroufe comme Johnnie To). Malheureusement je ne trouve pas de salle qui le diffuse avec des sous-titres anglais...


Bonjour JM,

D'abord merci beaucoup pour le bon tuyau que tu m'as envoyé pour voir les films d'Ann Hui. ;)

J'ai découvert ces derniers semaines des films extraordinaires grâce à ça. J'ai pas peur de dire que c'est exactement le cinéma dont j'avais besoin actuellement, dans une période difficile de ma vie. Ses films m'accompagnent et me portent. Bruce parle de la vie dans les films de la cinéaste au-dessus, mon expériences de ses films va bien au-delà pour moi, ils fusionnent en quelque sorte avec ma propre vie, rendent ma vie plus supportable. C'est pas rien, c'est simplement beau, comme ses personnages.

Je ne sais pas si tu faisais allusion de façon sous-entendue au machisme bien connu et revendiqué de Johnnie To dans ton message précédent mais effectivement la différence est abyssale avec le fait par exemple qu'Ann Hui évoque frontalement la question du féminisme dans "All about love". Un sujet plutôt osé pour une cinéaste hongkongaise, à la marge d'un cinéma d'action et d'arts martiaux quand même largement dominé par le référent mâle (à l'exception sans doute de WKW). Je me souviens d'une interview de Maggie Cheung dans les cahiers affirmant, assez justement à mon sens, que ce cinéma-là n'avait quasiment aucun rôle féminin intéressant à offrir. C'est tout le contraire chez Ann Hui.
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Re: Notes sur le 8e CIFF de Nanjing

Messagepar _ » Ven 14 Sep 2012 17:17

_ a écrit:Un autre texte sur Love and Bruises, venant des independentelles. J'ai envie de dire que le mieux pour pleurnicher sur la chute ou la mort (artistique) d'un cinéaste c'est d'abord de prétendre de façon péremptoire qu'il aurait atteint des sommets auparavant. Ce qui, concernant Lou Ye, est totalement discutable à moins d'une idéalisation outrancière. "Suzhou River" n'est pas grand chose d'autre qu'un nième exercice de style assez prétentieux lorgnant, sans beaucoup d'inventivité, du côté de la nouvelle vague. "Purple Butterfly", même s'il est beaucoup plus écrit, souffre du même problème de rythme que "Suzhou River", se reposant trop sur son actrice principale. Quant à "Summer Palace", je ne comprends vraiment pas ce qu'on peut trouver d'intéressant à ce film. L'histoire intime glisse sur l'Histoire (opaque) comme un pet sur une toile cirée. Sa première incursion en Europe y est pétrie de clichés et de paresse à s'échapper de poncifs fatigués. "Spring Fever" (même s'il est toujours plombé par un récit décousu) est sans doute plus abouti, moins pacotille, et porté par une urgence à filmer.


Regardé "Love and Bruises". Le film n'est pas complètement raté, loin de là. Il faut bien le regarder jusqu'à la fin car c'est là que quelque chose accroche profondément, je trouve. Ce quelque chose qu'on trouvait déjà dans "Spring Fever". Je vais essayer d'écrire un texte pour le site ... à l'occasion !
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Re: Notes sur le 8e CIFF de Nanjing

Messagepar Notebad » Mar 18 Sep 2012 17:38

Ah oui, tiens, ça m'étonne que tu aies aimé. D'habitude les films avec caméra qui filme à l'arraché, c'est pas trop ton truc il me semble...

Moi je n'ai pas aimé du tout. C'est sans doute plus lié à des questions de personnages que de cinéma proprement dit. J'ai pas été emballé par l'opposition prolo/intello (c'est d'ailleurs beaucoup plus cette opposition-là qui est présente que celle du "choc des cultures France-Chine", dont parle pendant un quart d'heure le type d'Independencia dans son papier. Les conflits entre les deux naissent essentiellement de ce clivage social et pas du tout parce que l'une est chinoise et l'autre français. La preuve : je suis sûr qu'on peut faire exactement le même film avec deux français ou deux chinois.), même si les deux sont censés se rejoindre et se retrouver dans le pieu. Ca me paraît un peu caricatural quand même, et aussi bien peu touchant. Donc si ça l'est pas, je reste à l'extérieur. Et un film d'1h45 qui a pour sujet principal une relation amoureuse dont on reste invariablement à l'extérieur, c'est un peu embêtant.

Ah oui, pas non plus apprécié cette longue et lourde citation du Mépris. Ce qui se jouait en regards, en gestes, en paroles, bref en finesse, dans l'original se transforme en une grosse bouillie bourrine et vulgaire chez Ye. Un vrai gâchis quoi.
Notebad
 

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