douce France (chère Europe)

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Re: douce France (chère Europe)

Messagepar JM » Sam 19 Mar 2016 09:08

"Mediterranea" de Jonas Carpignano (2015). Le film suit, caméra à l'épaule, le parcours de quelques migrants de l'Afrique à l'Italie. Il est assez honnête pour rester avec les réfugiés jusqu'au bout, sans les juger, sans en faire non plus une espèce de bloc uniforme sur lequel apposer l'étiquette "les migrants", et en réussissant dans le même temps à en préserver le côté bande soudée dans la difficulté. On observe ainsi une familiarité et une solidarité se créer dans l'épreuve, parmi le groupe qui a fui ensemble, même si les chemins des uns et des autres une fois arrivés en Italie varient. C'est à mettre au crédit du film.
JM
 

Re: douce France (chère Europe)

Messagepar JM » Sam 20 Aoû 2016 06:51

Un mouvement panoramique, vers la fin de «The Bigger Splash» (2016), évoque bien l'incapacité de la fiction hollywoodienne à tenir compte de la question politique des réfugiés autrement que comme un vague arrière-plan (au pire folklorique et utilitariste, au mieux vaguement bienveillant) à l'intégralité du film.

Le bref mouvement de la caméra reste piloté par le premier plan, c'est-à-dire le dialogue entre deux des principaux personnages en relation directe avec la fiction bourgeoise du film, tandis que nous apercevons à l'arrière plan entre eux deux, dans la profondeur de champ, l'espace clos dans lequel la police a enfermé les migrants fraîchement débarqués en Italie.

De cette conception de la mise en scène, aucune rencontre réelle n'est possible entre le premier plan, dans lequel la bourgeoisie reste parquée dans ses petites névroses, et le second plan, dans lequel les migrants sont définitivement enfermés et exclus deux fois (dans la réalité de la société italienne où ils atterrissent, et dans la fiction même du film).

On pourrait opposer, à ce type de représentation, la troublante rencontre néoréaliste rossellinienne entre la bourgeoise américaine d'«Europe 51» et le peuple ouvrier des quartiers périphériques romains.
JM
 

Re: douce France (chère Europe)

Messagepar Notebad » Mar 26 Juin 2018 17:49

J'ai regardé hier "La Pirogue" (2012), film sénégalais de Moussa Toure. C'est beaucoup plus réussi qu'un film algérien d'il y a un an ou deux, je me souviens plus du titre, qui avait un peu le même thème mais où le départ retardé vers l'Europe se transformait soudain en polar violent un peu débile et où disparaissait toute trace d'humanité pour laisser place à des personnages totalement stéréotypés (et qui, pour le coup, jouaient très mal). Là on est plus proche de Sissako (ou Renoir), par exemple, le cinéaste "murmure à l'oreille des spectateurs, car crier serait presque honteux" suivant une de ses tournures que j'aime bien.

Il y a un petit florilège de critiques négatives incroyables sur allociné à propos du film :

TF1 News :

"Dommage que "La Pirogue" souffre d'interprétations jamais au niveau et d'un aparté explicatif final qui amoindrit sérieusement la puissance évocatrice de la fiction pure."
-> On a pas dû voir le même film car il n'y a justement aucun aparté final explicatif, tout est sous-entendu et très sobre. Passons sur le concept de "fiction pure" (débarrassée de la représentation documentaire des migrants "impure") plus que douteux, c'est TF1...

Critikat.com :

"Le film se tient le cul entre deux chaises, entre efficacité rythmique du récit de série B d'aventures et pesanteur dommageable de l'intention thématique, mais aussi entre sentiment de perte d'un pays de départ et bonne conscience confortable d'un pays d'accueil."
-> Là on reproche en fait au film de trop évoquer les problèmes des migrants (intention thématique), c'est lourd franchement, et de ne pas assez se concentrer sur l'aspect fun et aventure du film ! Abject, le type s'attendait probablement à voir un Indiana Jones !

Cahiers du cinéma :

"Malgré la tenue de l'ensemble, il faudra probablement un projet plus personnel à Moussa Touré pour que s'exprime dans la fiction la finesse et la fantaisie de sa mise en scène documentaire."
-> Oui, un sujet plus perso serait plus sympa pour que le cinéaste puisse enfin faire dans la fantaisie, parce que c'est bien gentil de vouloir parler des migrants et d'avoir un grand coeur pour les autres, mais rien ne vaut en définitive une petite auto-fiction narcissique et pseudo-documentaire pour atteindre au grand film ! Aussi abject, mais tout à fait digne de Malausa.
Notebad
 

Re: douce France (chère Europe)

Messagepar Notebad » Mar 26 Juin 2018 18:01

Le film algérien raté c'est "Harragas" de Merzak Allouache qui date de 2010, donc antérieur à "La Pirogue" qui est une sorte d'"anti-Harragas"...
Notebad
 

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