Cinéma vérouillé (les petits malins)

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Re: Cinéma vérouillé (les petits malins)

Messagepar casseur » Ven 12 Juil 2013 20:02

gerome a écrit:
Franchement je ne vois pas trop ce qu'il fait avec tous ces dispositifs vidéo.


Euh, tu m'as lu ? J'explique justement que ces dispositifs vidéo de notre quotidien sont, pour moi, utilisés par De Palma pour renforcer le climat de paranoïa, de guerre de tous contre tous interne à nos sociétés, sous la couche aseptisée et les transparences (l'architecture de verre des bâtiments, par exemple).


Si, si, je t'ai lu. Comme je te disais, ta défense de BDP me fait penser aux âneries des Cahiers à l'époque de Redacted. Je crois que c'est à partir de ce numéro que j'ai définitivement arrêté de les lire régulièrement d'ailleurs, donc tu vois ils en faudra plus pour me convaincre. Je doute pas qu'eux continuent d'écrire les yeux fermés leurs papiers convaincus sur le génial De Palma...

J'arrive pas à voir BDP comme autre chose qu'un rigolo qui prend pas grand chose au sérieux. Tu parles de Redacted qui filme la guerre dans la poussière mais tout ce qu'il y a dans ce film, ce sont des pièces rapportées de son film sur Vietnam, Outrage. Je sais pas si le mec est allé en Irak, pas pour filmer en tout cas puisque le tournage a eu lieu ailleurs, mais s'il y est allé il n'y a rigoureusement rien vu. Un vietnamien pour lui est un irakien, et un américain est un américain. Tout est déjà joué d'avance. Les clichés sont là aussi, pas seulement sur la France dans Femme Fatale ou je sais pas quoi. Quant à son dernier film, il est bien trop occupé, mi-égrillard mi-fasciné, à tirer les ficelles de son scénario (qui n'intéresse que lui) et de ses pantins féminins pour se préoccuper des abus liberticides de la vidéosurveillance et des conditions de travail des cadres moyens dans les entreprises...
casseur
 

Re: Cinéma vérouillé (les petits malins)

Messagepar gerome » Sam 13 Juil 2013 17:41

casseur a écrit:Les clichés sont là aussi, pas seulement sur la France dans Femme Fatale ou je sais pas quoi.


Pour moi, les clichés énoooormes sur la France et la manière pataude de filmer le pays sont volontaires dans Femme Fatale, ce sont des clins d'oeil aux vieux films noirs hollywoodiens qui se passent en partie en France, dans lesquels il y a toujours des stéréotypes un peu ridicules sur le pays (je pense à ''So dark the night'', par exemple). Il y a d'ailleurs d'autres références plus explicites aux films noirs de série B dans le film...
gerome
 

Re: Cinéma vérouillé (les petits malins)

Messagepar Chantal » Dim 14 Juil 2013 10:11

casseur a écrit: dont sa subtile profondeur serait son absence de profondeur.


Hi casseur,

Ces propos me rappellent les dialogues d'un teen movie que j'aime beaucoup :

Image

Image

;)
Chantal
 

Re: Cinéma vérouillé (les petits malins)

Messagepar Notebad » Dim 14 Juil 2013 14:06

Ghost Town, très sympa ce film, faudrait en parler dans le sujet ''Aux abonnés absents, les romantiques ?'' !!

Le bon sens adolescent !
Notebad
 

Re: Cinéma vérouillé (les petits malins)

Messagepar JM » Mer 21 Aoû 2013 23:50

Texte nul d'Olivier Père sur le dernier BDP et "Femme Fatale", faudrait tout reprendre :

http://www.arte.tv/sites/fr/olivierpere/2012/09/10/femme-fatale-contre-passion-de-brian-de-palma/
JM
 

Re: Cinéma vérouillé (les petits malins)

Messagepar Sword7 » Jeu 28 Nov 2013 09:28

Sword7 a écrit:Salut,

Revu "In the mouth of madness" de Carpenter, je me souvenais que le film m'avait un peu effrayé à l'époque, lorsque j'étais allé le voir en salle à sa sortie. En particulier le seul passage qui m'était resté en mémoire, où on voit le mec sur son vélo avec les cartons qui frottent sur les rayons de ses roues en pleine nuit, au milieu de nulle part... ça ressemblait plus ou moins à des cauchemars récurrents que j'ai pu faire à une époque antérieure au film..

En fait, le film est assez proche de "Shining", même s'il n'a évidemment pas la même envergure (et sans doute pas la même prétention). Un écrivain est habité par les forces du Mal. Dans le film de Carpenter, cela provoque un déferlement créatif, des livres en série qui annoncent et véhiculent en même temps l'apocalypse chez les lecteurs. Tandis qu'avec Kubrick, cela s'accompagne chez l'écrivain d'un assèchement de l'écriture et d'une perte d'imagination, puis d'un passage à l'acte barbare individuel.

Curieusement, les deux réalisateurs trébuchent sur le fantastique à l'écran. Kubrick est mal à l'aise avec tout ce qui touche à la représentation du Mal, on voit bien qu'il essaye d'en faire le moins possible, mais il ne peut s'épargner quelques scènes totalement Grand-guignolesques. Quant à Carpenter, alors même que son film devrait révéler la puissance évocatrice de l'écriture, il sature son film de vilaines créatures et de bouffonneries malfaisantes dont j'avais tout oublié. Si le scénario pourrait faire penser à du Tourneur (donc du Lewton), un homme rationnel qui bascule dans la folie, le traitement à l'image en est très très éloigné. Il est dommage que Carpenter, plutôt que de développer le côté fantastique du scénario d'une manière assez grossière et ratée (l'histoire de l'église du village en proie à des forces maléfiques car construite sur un lieu maudit fait penser à d'autres de ses films beaucoup plus aboutis et prenants, car sans arrière pensée postmoderniste comme ici), ne se concentre pas davantage sur les basculements réalité/fiction à la manière d'un anneau de moebus (Lynch, Scorsese) plutôt que comme une ligne droite (longue route pour aller à Hobb's End) qui fonce bêtement vers le néant final où réalité et fiction sont atomisées plutôt que confondantes.

Seule une scène essaye vaguement (malgré la volonté du réalisateur probablement) d'échapper à cela. C'est lorsque, vers la fin, la femme lit une page du livre décrivant sans que nous les voyions, les créatures du Mal que voit l'enquêteur. Mais cela ne dure pas, quelques minutes plus tard, une horde répugnante envahie lourdement l'écran à la poursuite du personnage.

Légère hypocrisie de Carpenter qui termine son film avec le personnage basculant définitivement dans la démence en regardant le film du roman alors même que l'on n'a pas vraiment vu que son propre film soit capable de vraiment nous bousculer intérieurement.


Et puis revu "EXistenZ" de Cronenberg hier soir. Le revoir m'a donné la même impression que le film de Carpenter. J'avais plutôt aimé la première fois en restant au niveau de l'histoire, et là j'ai eu l'impression de voir tout le mécanisme malin du film qui permet à Cronenberg d'en arriver là où il veut, et du coup ce que j'ai vu m'a pas trop plu (parce qu'en fait c'est quand même un film qui dénonce de manière classique la contamination de la violence des jeux vidéo dans le réel, qui fait des jeux vidéo - de demain - un truc en même temps organique répugnant et phobique, et une nouvelle croyance collective). Comme dans "In the mouth of darkness", Cronenberg interroge le geste de création de l'artiste (dans le film de Carpenter c'était la littérature, là c'est le jeu vidéo) et ses conséquences sur les "consommateurs" et sur lui-même. Comme Carpenter, Cronenberg joue de manière fort classique avec les spectateurs sur les couches de "monde réel" et de "monde virtuels", c'est là où le bât blesse, car ces passages sont totalement alourdis par le discours de Cronenberg qui est la véritable raison d'être du film (via le personnage de novice "résistant" joué par Jude Law") et qui explique que les mondes du jeu visités et le scénario soient en relation directe avec la conception du jeu vidéo lui-même.

Le cinéaste veut tout mettre dans son film : divertissement, critique des jeux vidéo, critique même de son propre film (le gars qui se plaint à la fin des derniers rebondissements trop rapides et qu'il faudrait modifier)... et au final j'ai l'impression qu'il ne reste que le discours (assez déplaisant) du cinéaste. Mais bon, je sais pas, la première fois j'avais aussi été plus bon public.
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Re: Cinéma vérouillé (les petits malins)

Messagepar JM » Ven 14 Mar 2014 18:09

"Borgman" d'Alex Van Warmerdam (2013) : du cinéma de petit malin, mais déverrouillé, ou bien mieux (et pire) : qui verrouille son absence de sens.

Certains y voit quand même, je cite :

J'aime bien le début, le côté fantastique, l'aspect aussi sur l'immigration qui nous envahit.


C'est sur Film de Culte, un type, un certain Karloff, qui écrit beaucoup pour le site et aussi ailleurs, j'ai cru comprendre... ça fait peur, plus que Boris, plus que le film, y'a pas d'autre mot. Mais le film en effet, à ne pas se mouiller, invite à ce genre de commentaire débile. Le suspense mollement maintenu tout le long du film autour de ces types, ces ordures, qui sortent de nulle part au début du film et y retournent à la fin, loge dans une sorte d'objectivité surplombante, ricanante, répugnante ("de quel droit dis-tu que ce sont des ordures ? portes-tu un jugement éthique sur eux ?" me répondrais, j'en suis certain, le réalisateur d'un air satisfait de sa petite pirouette). Il s'agit tantôt de s'offusquer des actions immondes de ces personnages, tantôt du comportement des bourgeois qui en sont les victimes.

La plupart des critiques presse apprécient bien évidemment, je sens de plus en plus la supercherie de la critique cinéma, chaque film récent vu m'éloigne un peu plus radicalement de celle-ci, de ses escroqueries majeures. Il est frappant de remarquer que même le jeu d'interrogations qu'appelle le cinéaste, qui est lourdement mis en place dans le film, sur l'identité possible des tueurs, n'intéresse pas les commentateurs du film. Tout le monde s'en fout, on dit que le film est bien, comme si on parlait d'un meuble ou que sais-je. Y'a même plus goût de se prendre au (piètre) jeu, de chercher à comprendre.

On trouve dans ce film un formalisme froid et sans aspérités, qui n'est finalement pas sans évoquer par ex le Kurosawa actuel.. tiens, faut que je regarde son dernier film à celui-là d'ailleurs, non sans une certaine appréhension ...
JM
 

Re: Cinéma vérouillé (les petits malins)

Messagepar Chantal » Dim 16 Mar 2014 09:11

Bonjour,

Moi le film m'a d'abord fait penser à "Canine" de Lanthimos, à un moment donné, et puis après, vite, comme tu dis ça coule à pic, parce que c'est jamais jamais drôle. C'est pas dérangeant dans l'absurde autarcique comme le film de Lanthimos, c'est juste profondément écoeurant de violence gratuite. La mise à nue cruelle de la famille petite-bourgeoise s'opère sur le mode du jeu de massacre perpétré par ces "entités" venues d'on ne sait où, c'est trop commode. Lanthimos faisait éclater la famille de l'intérieur et révélait progressivement la fiction cristallisante du père au sein de celle-ci, ainsi que sa fêlure. Les hommes des bois de ''Borgman'' évitent soigneusement de faire basculer le film dans le politique et ils apportent leur propre fiction de l'extérieur (le conte raconté par leur chef aux enfants), alors même qu'ils semblent chercher à saper une certaine forme de vie, une certaine classe (à l'appel de celle-ci même d'ailleurs). Le film ne raconte finalement rien d'autre que le désir sexuel et meurtrier d'une femme et mère mariée qui veut se débarrasser de son mari qui ne la satisfait plus sur le plan sexuel. Ce désir la pousse à rechercher par tous les moyens à se débarrasser de son mari, à devenir plus salope que lui, et à le remplacer par celui qui s'en sera chargé (des forces du Mal qui s'intéressent plus à ses enfants qu'à elle). C'est on ne peut plus classique comme schéma.
Chantal
 

Re: Cinéma vérouillé (les petits malins)

Messagepar JM » Dim 16 Mar 2014 18:42

Chantal a écrit:Bonjour,

Moi le film m'a d'abord fait penser à "Canine" de Lanthimos, à un moment donné, et puis après, vite, comme tu dis ça coule à pic, parce que c'est jamais jamais drôle. C'est pas dérangeant dans l'absurde autarcique comme le film de Lanthimos, c'est juste profondément écoeurant de violence gratuite. La mise à nue cruelle de la famille petite-bourgeoise s'opère sur le mode du jeu de massacre perpétré par ces "entités" venues d'on ne sait où, c'est trop commode. Lanthimos faisait éclater la famille de l'intérieur et révélait progressivement la fiction cristallisante du père au sein de celle-ci, ainsi que sa fêlure. Les hommes des bois de ''Borgman'' évitent soigneusement de faire basculer le film dans le politique et ils apportent leur propre fiction de l'extérieur (le conte raconté par leur chef aux enfants), alors même qu'ils semblent chercher à saper une certaine forme de vie, une certaine classe (à l'appel de celle-ci même d'ailleurs). Le film ne raconte finalement rien d'autre que le désir sexuel et meurtrier d'une femme et mère mariée qui veut se débarrasser de son mari qui ne la satisfait plus sur le plan sexuel. Ce désir la pousse à rechercher par tous les moyens à se débarrasser de son mari, à devenir plus salope que lui, et à le remplacer par celui qui s'en sera chargé (des forces du Mal qui s'intéressent plus à ses enfants qu'à elle). C'est on ne peut plus classique comme schéma.


Oui, je suis d'accord avec tout ce que tu dis. Les tueurs sont clairement des personnages de conte, d'ailleurs le film commence comme un film de genre, un film de vampires, avec les trois types (dont un prêtre et un type avec un pieu) qui préparent leurs armes pour chasser ces tueurs mi-fantastiques mi-réalistes terrés dans leurs trous, dans la forêt... Ils sont réactivés par ceux qui les chassent, et doivent se fixer ailleurs, comme des parasites. La question du racisme est bien soulevée par le film, notamment lors de l'embauche du nouveau jardinier. Ces tueurs connaissent le fond raciste du mari et présentent des types d'origine étrangère pour le boulot. Il s'agit d'un stratagème, ces types sont des leurres qui permettent de pousser le mari à embaucher le tueur comme jardinier et à révéler son racisme. C'est une de ces scènes excessivement roublardes où le stratagème raciste (des tueurs) répond au racisme (du mari). Mais c'est tout le film qui fonctionne comme ça, encore un exemple : le mari qui refuse de faire rentrer chez lui le type démuni au début et le roue de coup (ce que lui réservaient les chasseurs de la forêt qui le poursuivaient pour s'en débarrasser), est en définitive justifié par les actions suivantes de ce même type qui va finalement s'installer dans la propriété grâce à sa femme et va tout détruire autour de lui (y compris le jardinier et sa femme qui n'avaient rien demandé à personne).
JM
 

Re: Cinéma vérouillé (les petits malins)

Messagepar JM » Lun 7 Avr 2014 22:25

JM a écrit:On trouve dans ce film un formalisme froid et sans aspérités, qui n'est finalement pas sans évoquer par ex le Kurosawa actuel.. tiens, faut que je regarde son dernier film à celui-là d'ailleurs, non sans une certaine appréhension ...


Bon ben c'est fait, je viens de regarder "Real", difficilement tenu jusqu'à la fin. Ca s'arrange pas du côté de Kurosawa, mais je ne doute pas un instant qu'on puisse toujours s'improviser poète en prétendant parler du film lol, on pourra aussi se montrer préoccupé par la société japonaise parce qu'il y a trois plans de ruines qui peuvent évoquer le tsunami, Fukushima, ou que sais-je encore... je m'arrête là car le danger de tels films est qu'ils fassent basculer le spectateur dans le même cynisme que celui du réalisateur (faut notamment voir comment la notion de responsabilité est évacuée ! Et quelle haine du réel il véhicule sous ce qui n'est finalement rien d'autre qu'une petite bluette amoureuse !). On peut reprendre mots pour mots ce qu'a écrit Sword7 dans son texte sur Shokuzai il y a quelques mois, tout est dit sur l'évolution de Kurosawa, et donc sur ce dernier film. Twist foireux, image passée au karcher, baudruche philosophique, rengaine du ressentiment...

Quand on pense aux types des Cahiers, qui font tout un foin avec l'anniversaire Bazin, et qui défendent un truc pareil dans leur actualité...
JM
 

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