Cinéma vérouillé (les petits malins)

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Re: Cinéma vérouillé (les petits malins)

Messagepar Chantal » Mar 8 Avr 2014 07:32

JM a écrit:ce qui n'est finalement rien d'autre qu'une petite bluette amoureuse !).


Un peu tard et je n'ai pas vu ce film, mais je me lance quand même. Le fait que ça ne soit qu'une petite bluette amoureuse ne me paraît pas être, en soi, critiquable. Regarde ''Hiroshima mon amour'', par exemple, ce n'est rien d'autre non plus, et c'est pourtant beaucoup d'autres choses encore ! :roll:
Chantal
 

Re: Cinéma vérouillé (les petits malins)

Messagepar JM » Mar 8 Avr 2014 22:01

Chantal a écrit:
JM a écrit:ce qui n'est finalement rien d'autre qu'une petite bluette amoureuse !).


Un peu tard et je n'ai pas vu ce film, mais je me lance quand même. Le fait que ça ne soit qu'une petite bluette amoureuse ne me paraît pas être, en soi, critiquable. Regarde ''Hiroshima mon amour'', par exemple, ce n'est rien d'autre non plus, et c'est pourtant beaucoup d'autres choses encore ! :roll:


Ben écoute c'est nickel que tu parles du film de Resnais ! Justement dans son film le personnage de Riva a du recul sur cette amourette, plusieurs fois elle dit des paroles qui relativisent son/ses histoire(s) d'amour, je ne me souviens plus des propos exacts mais il y a bien un certain recul sur tout ça. Tandis que chez Kurosawa tout est d'un sérieux de plomb, toute cette petite histoire d'amour et de culpabilité refoulée qui barbote dans les mondes virtuels est bazardée sans nuance, avec un premier degré épais à couper au couteau, comme le brouillard que l'on voit dans le film.
JM
 

Re: Cinéma vérouillé (les petits malins)

Messagepar air force one » Sam 12 Avr 2014 19:58

Kurosawa nous immerge dans un univers composite, où le virtuel et le réel flottent en osmose entre le conscient et l'inconscient des personnages.
La brume qui entoure l'appartement du couple dit l'incertitude d'un Japon qui n'ose vraiment se regarder en face. Lorsque ces brumes se raréfient, apparaissent des ruines qui rappellent celles de Fukushima. Et c'est l'animal préhistorique, croqué par l'expert en mangas et perdu dans les cendres du temps (lol), qui figure le mieux ce Japon pris entre légèreté vitaliste et lourdeur morbide. Son corps pourtant lourd et gonflé comme une baudruche flotte à la surface de l'eau sur la page dessinée, et ce trait enfantin de toute beauté dans la naïveté qu'il contient, perd toutes ces caractéristiques baigné dans le réel et reproduit via la palette numérique du réalisateur. Le grotesque prend le pas sur le reste pour nous offrir un final d'un style assez commun chez Kurosawa. Déjà un peu plus tôt, nous croisions dans l'immeuble du couple pris dans un frêle péril de sa relation (lol), un individu en 3D tout droit sorti d'un jeu vidéo, qui était le produit de l'imaginaire du jeune homme dans le coma. L'inconscient est résolument quelque chose de complexe, et il faut rendre grâce à Kurosawa d'adopter un point de vue totalisant qui nous révèle quelque chose passionnant et qui devrait enchanter les étudiants qui pointent aux Beaux-Arts, à savoir que la production des jeux vidéo n'est que le prolongement de la production des mangas, par d'autres moyens.
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Re: Cinéma vérouillé (les petits malins)

Messagepar Sword7 » Sam 12 Avr 2014 22:26

air force one a écrit:Kurosawa nous immerge dans un univers composite, où le virtuel et le réel flottent en osmose entre le conscient et l'inconscient des personnages.
La brume qui entoure l'appartement du couple dit l'incertitude d'un Japon qui n'ose vraiment se regarder en face. Lorsque ces brumes se raréfient, apparaissent des ruines qui rappellent celles de Fukushima. Et c'est l'animal préhistorique, croqué par l'expert en mangas et perdu dans les cendres du temps (lol), qui figure le mieux ce Japon pris entre légèreté vitaliste et lourdeur morbide. Son corps pourtant lourd et gonflé comme une baudruche flotte à la surface de l'eau sur la page dessinée, et ce trait enfantin de toute beauté dans la naïveté qu'il contient, perd toutes ces caractéristiques baigné dans le réel et reproduit via la palette numérique du réalisateur. Le grotesque prend le pas sur le reste pour nous offrir un final d'un style assez commun chez Kurosawa. Déjà un peu plus tôt, nous croisions dans l'immeuble du couple pris dans un frêle péril de sa relation (lol), un individu en 3D tout droit sorti d'un jeu vidéo, qui était le produit de l'imaginaire du jeune homme dans le coma. L'inconscient est résolument quelque chose de complexe, et il faut rendre grâce à Kurosawa d'adopter un point de vue totalisant qui nous révèle quelque chose passionnant et qui devrait enchanter les étudiants qui pointent aux Beaux-Arts, à savoir que la production des jeux vidéo n'est que le prolongement de la production des mangas, par d'autres moyens.


Beau texte, air force one. ;)
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Re: Cinéma vérouillé (les petits malins)

Messagepar daniele » Dim 13 Avr 2014 17:52

Bonjour air force one, moi j'ai vu ce film et je l'ai trouvé top aussi, de toute façon la parole d'évangile m'avait déjà été donnée par ma petite nièce de douze ans qui l'a vu et qui a adoré, j'étais conquise d'avance. C'est dit et c'était à dire, pour la petite anecdote familiale personnelle. Derrière le rideau du virtuel, on voit la vraie vie des gens véritables sans la voir, et ces deux jeunes sont assez sympathiques et aimables, des personnages qu'on a envie de suivre un bout de chemin dans leur histoire, qui ne sont pas trop déplaisants pour moi. C'est d'ailleurs une belle histoire d'amour gentille et pleine d'aménité, douce et noble, amen. J'ai référencé tous les passages où il y a de l'eau dans le film : dans la chambre de la fille, quand le monstre apparaît, il y en a aussi sur le dessin, à un moment je crois que le garçon boit de l'eau dans une petite bouteille ne plastique aussi, on boit beaucoup de thé ; je ne sais pas encore trop quoi faire de tout ça (peut-être me le direz-vous ?) mais ce travail est passionnant. En même temps le film m'a profondément déplu, car je n'ai pas pris beaucoup de plaisir en le regardant. Je ne veux pas en dire trop de bien non plus. En fait, je ne sais pas du tout quoi en penser et j'aimerais bien que vous me disiez (surtout dans les plus hautes instances de ce forum) si j'ai raison d'aimer ou de détester ce film. Merci d'avance !
daniele
 

Re: Cinéma vérouillé (les petits malins)

Messagepar Guignol Man » Lun 14 Avr 2014 10:40

daniele a écrit:En même temps le film m'a profondément déplu,


Je suis d'accord avec toi, c'est dégoûtant, et je dirais même plus, ça ne vaut pas - sur le même sujet - un petit film inconnu de tous ici et ailleurs qui s'appelle : "Virtual head" et réalisé par un cinéaste qui ne paye pas de mine qui s'appelle Jack Aouanegayne. C'est un véritable chef d'oeuvre passé inaperçu lors de sa sortie il y a deux ans (hélas, et en même temps heureusement, sinon je pourrais pas faire mon intéressant en vous en parlant et en disant n'importe quoi à son propos comme personne ne l'a vu), un film hollywoodien marxiste comme on n'en fait presque plus. Il y a des moments de pur génie, comme cette visualisation avec une caméra de type surveillance à l'intérieur du crâne du personnage (qui voit des fantômes défiler dans les rayons d'un supermarché !). C'est époustouflant formellement et politiquement très très osé.
Guignol Man
 

Re: Cinéma vérouillé (les petits malins)

Messagepar Bortsch » Jeu 17 Avr 2014 16:45

'lo,

Pas encore vu...

Le monde virtuel c'est bien entendu Baudrillard, un philosophe que j'aime pas trop... sur les photos du film que j'ai vu circuler tout est blanc, et le brouillard dont vous parlez, renvoient à "Ecran total".

Sur le dessin des gamins, on peut lire Jean-Luc Nancy, ou Derrida, bien entendu. Derrida lie le dessin à la mémoire et la ruine, il en est question dans le film de KK si j'ai bien compris (ce qui ne fait aucun doute)..

Le Plésiosaure je ne sais pas encore, sûrement Badiou et la vérité des fresques préhistoriques. On lit aussi sur Wiki qu'il est associé au Loch Ness, ce qui lie tout ça au canular, of course.

Pas trouvé d'extraits de textes, mais faites moi confiance, j'ai toujours raison, même quand je plaisante en faisant mine de me la péter.

Le reste plus tard les enfants, si je ne me fais pas bailler en écrivant et si vous le valez bien...
Bortsch
 

Re: Cinéma vérouillé (les petits malins)

Messagepar johnharku » Sam 19 Avr 2014 19:15

Je vois seulement maintenant ces commentaires sur Reel... (faut dire que je lis rarement ce que vous écrivez, car j'ai un peu autre chose de mieux à faire, comme regarder des moitiés de films dans des avions).

Comme je suis spécialiste du Japon, je m'abaisse à perdre deux minutes de mon précieux temps pour vous informer que le film fait référence à Kioto Kurowatamatsu, un mangaka très connu au Japon, il fait partie du courant de dessin Sokusiwa qui n'est autre qu'une branche de ce qu'on appelle communément le Yakibibi. Les planches dessinées dans la jeunesse du garçon, très naïves comme des petites kawaii mignonnes que j'aime bien, font référence à un style très ancien (début de l'ère Mayojitsu), sans doute le plus ancien du manga si j'en crois l'histoire du manga que j'ai lu la semaine dernière, le sumotorika. Elles s'opposent en tout aux planches qu'il dessine dans son coma, qui sont de type kikitumorawa et beaucoup plus modernes. Ma grande culture japonaise et philosophique m'oblige à ajouter, comme j'ai encore quelques minutes avant de prendre mon avion, que Kurosawa déplace la problématique transcendantale du seuil ontologique à l'être des étants de la jeunesse japonaise sur une dérive de type essentialisante des rites shintoistes qui subsument la sphère du réel dans le virtuel, et vice-versa, par le vitalisme d'une conscience qui détruit l'adolescence des personnages en leur adjoignant une idéologie du régime impérial tout en la critiquant. Et puis, air force one a raison, depuis la nuit des temps il me semble qu'on lit et qu'on lira encore, et qu'on a besoin des mondes imaginaires, donc voilà quoi, c'est important à rappeler aussi.
johnharku
 

Re: Cinéma vérouillé (les petits malins)

Messagepar JM » Mar 1 Déc 2015 17:41

JM a écrit:"Borgman" d'Alex Van Warmerdam (2013) : du cinéma de petit malin, mais déverrouillé, ou bien mieux (et pire) : qui verrouille son absence de sens.


Bon, "La Peau de Bax" confirme tout le mal que je pensais de Van Warmerdam, jusqu'à la caricature... un cinéma de formaliste qui se regarde filmer et poser en crâneur son petit jeu de Cluedo à la con, inutile de chercher quoi que ce soit là-dedans (d'ailleurs les critiques maintenant préfèrent dire que c'est juste "jouissif"). C'est complètement creux et décérébré, rien à montrer, rien à raconter, une sorte d'Ozon néerlandais quoi ...
JM
 

Re: Cinéma vérouillé (les petits malins)

Messagepar JM » Mer 23 Déc 2015 08:52

Par ailleurs il y a clairement une filiation entre Van Warmerdam et Lanthimos, ça saute encore aux yeux en regardant quasiment à la suite leurs deux films de cette année. Et les différences que j'évoquais à propos de leurs films précédents sont toujours à peu près présentes, même si le scénario ironique de Lanthimos se rapproche de plus en plus dangereusement du cynisme désabusé d'un Warmerdam.

Chez Lanthimos, peut-être parce que c'est L'Europe du sud (l'Europe du nord mieux portante économiquement peut peut-être encore s'offrir le luxe de distraire le public avec du pur cynisme pour cadres en marketing déconnecté du réel et de toute problématique d'émancipation), il reste encore un fond de résistance, au contraire de la vacuité totale du petit jeu de massacre entre amis qui tourne en rond de Warmerdam. D'abord parce que les personnages principaux résistent avec leurs propres moyens (limités car sans véritable forme de réflexivité) à l'aliénation omniprésente dans quelque groupe qu'ils se trouvent (c'est là peut-être le tour le plus cynique et "petit malin" du film, qui consiste à construire d'emblée deux groupes hétérogènes qui ont des règles autoritaires plus ou moins similaires en piégeant un personnage dedans, mais cela dit probablement quelque chose de la notion de groupe et de communauté, sur ce constat amer on pense plutôt au dernier film de Kelly Reichardt, "Night Moves"), d'autre part parce que la science-fiction de Lanthimos est le présent regardé avec une loupe qui le déforme en le pousse dans ses derniers retranchements absurdes (là où le dernier film du Hollandais était d'une gratuite totale et isolé de tout présent).
JM
 

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