Aux abonnés absents, les romantiques ?

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Aux abonnés absents, les romantiques ?

Messagepar Notebad » Jeu 8 Mar 2012 14:32

"The myth of the american sleepover", David Robert Mitchell

Film plutôt anodin et donc difficilement antipathique (fait penser à "Memory Lane" de Hers par certains aspects), dans lequel rien ne dépasse mais assez fragile pour susciter un certain plaisir. Au lieu du mythe des soirées pyjama à l'américaine passé à la loupe grossissante et déformante, on a un film assez naïf, qui n'est justement pas encombré par le "mythe" et ce qu'il a déjà véhiculé auparavant dans les fictions cinématographiques états-uniennes. Exit également une forme de jeunisme et de régression déplacés (le film semble aussi chercher à éviter la culture geek, la raison pourrait se trouver dans ces vieux magazines de cul qui circulent chez les ados et qui pourraient bien être des reliques de l'époque du cinéaste lui-même - ou de son père, ce qui est la même chose ?). Le film s'inscrit donc dans une logique totalement contraire à la plupart des films d'ados de la première décennie du siècle (à l'exception sans doute de GVS). Il aborde les clichés du genre sans se retourner, en oubliant le genre, en leur donnant une nouvelle fraîcheur bienvenue étant donné la situation : les jeunes filles en fleur et garçons au cœur tendre à la recherche du premier baiser sur la bouche avant la fin des vacances d'été.

DR Mitchell se montre donc particulièrement attentionné, cela se ressent dans son traitement des personnages (il a écrit et réalisé le film), ainsi que dans sa mise en scène qui laisse affleurer à la surface des choses, les sens en éveil, la mélancolie de l'été et d'un âge finissant. Beauté de ces deux scènes de contemplation où la caméra vient se rapprocher au plus près des organes des acteurs recevant une vibration émotionnelle et durable : de l'eau du jet pour la pelouse à l'oreille, de l'étoile filante à l'œil. Ces deux instants forment la signature d'un cinéaste à suivre, ils révèlent l'état d'esprit de leur auteur qui irradie l'atmosphère du film tout entier.

On peut tout à fait reprocher au film de se tenir de façon un peu trop rassurante et confortable à l'intérieur d'un périmètre bien déterminé, sans "extérieur", rivé à la topographie communautaire des banlieues pavillonnaires et lotissements à l'américaine.. Cette tradition du "sleepover" est toutefois assez intéressante à analyser du point de vue politique. On pourrait faire un lien avec les grandes coucheries collectives "peace and love" des années 60 en constatant que tout cela est ici, dès le jeune âge, bien sage et plutôt institutionnalisé. En même temps, ne peut-on pas trouver une partie des racines du mouvement "Occupy Wall Street" dans ces regroupements organisés de jeunes qui investissent et s'approprient un lieu (cette fois public et non privé, à l'heure où les logements sont confisqués) pour parler, boire, dormir ensemble ?

Toutefois, dans "The myth of the american sleepover", les jeunes pensent moins à refaire le monde qu'à en attendre ce que leur cœur leur murmure, dans un souffle qu'ils savent probablement éphémère mais éternel.
Notebad
 

Re: Aux abonnés absents, les romantiques ?

Messagepar _ » Lun 12 Mar 2012 14:26

Bonjour Notebad,

Je vais faire un lien vers ton texte pas mal avec le texte sur "Kaboom" déjà sur le site... ;)
_
 

Re: Aux abonnés absents, les romantiques ?

Messagepar _ » Mar 13 Mar 2012 12:03

_ a écrit:Bonjour Notebad,

Je vais faire un lien vers ton texte pas mal avec le texte sur "Kaboom" déjà sur le site... ;)


C'est fait !
_
 

Re: Aux abonnés absents, les romantiques ?

Messagepar Notebad » Mer 14 Mar 2012 03:04

Salut

Wa, un lien sur Scieneza ! Ma cyberéputation est faite, ça vaut tous les liens facebook ou twitter du monde ce truc-là ! :lol:
Notebad
 

Re: Aux abonnés absents, les romantiques ?

Messagepar Notebad » Mar 12 Fév 2013 14:55

Personne n'a parlé ici du dernier film de Gondry, "The We and The I" ?! Je poste ici mes quelques remarques parce qu'il s'agit aussi d'un film d'ados.

C'est plutôt du bon Gondry, loin de son essai précédent raté du côté du blockbuster hollywoodien ("The Green Hornet"). Là où son énergie était dévitalisée et totalement lessivée dans la grosse machine hollywoodienne, il retrouve dans un "petit" film comme "The We and The I" toute la spontanéité et la fraîcheur (le fresh) de ses meilleurs films précédents.

La bonne idée principale : se fixer une unité de lieu et de temps très précise (un bus de la ville qui ramène chaque élève chez lui à la sortie du dernier cours de l'année scolaire). Gondry excelle à enregistrer à la volée les multiples actions qui se déroulent dans ce bus, en s'effaçant. Mais là où il est encore plus fort, c'est dans sa manière d'"aérer" son film au montage avec quelques séquences d'horizons narratifs divers (rêve mytho, cascades involontaires, récits de soirées alcoolisées, prouesses sexuelles, etc) mais toutes enregistrées au téléphone portable. S'il existe des manières sioux de travailler avec ces nouvelles formes d'images au cinéma, Gondry en a trouvé une (au même titre qu'un Godard dans "Film Socialisme, par exemple). Rien d'étonnant qu'un type qui vienne du clip (qui a donc un sens encore assez aigu et novateur du montage) réalise cette prouesse. La répétition des images du garçon qui se casse la figure sur le parterre beurré par un camarade, est excellente. Elle s'incruste comme un motif totalement futile mais imparable et impérissable dans la vie de ces jeunes et des spectateurs. Elle figure aussi un certain mode de vie moderne nourrit de répétitions dans lequel s'inscrit l'expérience de ces jeunes (aussi bien au niveau de "la vie de tous les jours", c'est pas un hasard si le film se déroule dans un bus pris quotidiennement, que de l'art). Précisément, la réitération de l'image épuise l'extraordinaire jusqu'à l'user, le consumer dans l'ordinaire. C'est une sorte de revanche méchante et joyeuse sur la banalité elle-même répétitive de la vie, l'expression d'une puissance à faire rendre soi-même gorge à l'extraordinaire après l'avoir fait apparaître, et de maîtriser ainsi l'ordinaire inéluctable de la vie. C'est l'image du diable qui sort par surprise de sa boîte puis qu'on ré-enfonce de force dans sa boîte.

Il y a un réel plaisir à voir la méchanceté adolescente et donc absolument gratuite et sans arrière-pensée (négative ou positive) se propager dans le bus et à l'écran. De ce point de vue, par contre, la fin me paraît un peu décevante. Il faut que Gondry retombe d'une part sur une réflexivité poussive de certains ados sur leur comportement passé ou sur ce qu'ils viennent de vivre, d'autre part qu'il arrive également à faire rentrer in extremis le drame dans son bus. On pourrait dire que plus le bus se vide de ses passagers, plus il s'alourdit, ce qui est dommage.
Notebad
 

Re: Aux abonnés absents, les romantiques ?

Messagepar Alain Badiou » Mar 12 Fév 2013 17:37

Un film un peu bruyant à l'image de la BO, mais cette jeunesse est sympathique et l'Amour perce enfin, en toute fin de film. Restez jusqu'au bout !
Alain Badiou
 

Re: Aux abonnés absents, les romantiques ?

Messagepar JM » Mer 13 Fév 2013 19:14

Notebad a écrit:Personne n'a parlé ici du dernier film de Gondry, "The We and The I" ?! Je poste ici mes quelques remarques parce qu'il s'agit aussi d'un film d'ados.

C'est plutôt du bon Gondry, loin de son essai précédent raté du côté du blockbuster hollywoodien ("The Green Hornet"). Là où son énergie était dévitalisée et totalement lessivée dans la grosse machine hollywoodienne, il retrouve dans un "petit" film comme "The We and The I" toute la spontanéité et la fraîcheur (le fresh) de ses meilleurs films précédents.

La bonne idée principale : se fixer une unité de lieu et de temps très précise (un bus de la ville qui ramène chaque élève chez lui à la sortie du dernier cours de l'année scolaire). Gondry excelle à enregistrer à la volée les multiples actions qui se déroulent dans ce bus, en s'effaçant. Mais là où il est encore plus fort, c'est dans sa manière d'"aérer" son film au montage avec quelques séquences d'horizons narratifs divers (rêve mytho, cascades involontaires, récits de soirées alcoolisées, prouesses sexuelles, etc) mais toutes enregistrées au téléphone portable. S'il existe des manières sioux de travailler avec ces nouvelles formes d'images au cinéma, Gondry en a trouvé une (au même titre qu'un Godard dans "Film Socialisme, par exemple). Rien d'étonnant qu'un type qui vienne du clip (qui a donc un sens encore assez aigu et novateur du montage) réalise cette prouesse. La répétition des images du garçon qui se casse la figure sur le parterre beurré par un camarade, est excellente. Elle s'incruste comme un motif totalement futile mais imparable et impérissable dans la vie de ces jeunes et des spectateurs. Elle figure aussi un certain mode de vie moderne nourrit de répétitions dans lequel s'inscrit l'expérience de ces jeunes (aussi bien au niveau de "la vie de tous les jours", c'est pas un hasard si le film se déroule dans un bus pris quotidiennement, que de l'art). Précisément, la réitération de l'image épuise l'extraordinaire jusqu'à l'user, le consumer dans l'ordinaire. C'est une sorte de revanche méchante et joyeuse sur la banalité elle-même répétitive de la vie, l'expression d'une puissance à faire rendre soi-même gorge à l'extraordinaire après l'avoir fait apparaître, et de maîtriser ainsi l'ordinaire inéluctable de la vie. C'est l'image du diable qui sort par surprise de sa boîte puis qu'on ré-enfonce de force dans sa boîte.

Il y a un réel plaisir à voir la méchanceté adolescente et donc absolument gratuite et sans arrière-pensée (négative ou positive) se propager dans le bus et à l'écran. De ce point de vue, par contre, la fin me paraît un peu décevante. Il faut que Gondry retombe d'une part sur une réflexivité poussive de certains ados sur leur comportement passé ou sur ce qu'ils viennent de vivre, d'autre part qu'il arrive également à faire rentrer in extremis le drame dans son bus. On pourrait dire que plus le bus se vide de ses passagers, plus il s'alourdit, ce qui est dommage.


Je viens de le voir et tu as raison, c'est pas mal. Merci pour le conseil ! Tu pouvais aussi poster ce message dans le topic où on parlait un peu d'Anderson et d'autres trucs. On s'y perd un peu sur ce forum mais c'est pas plus mal, à chacun de tirer des fils ! ;o)

Pour revenir à Anderson, j'aime bien le début avec le petit bus radio téléguidé et surtout comment il finit : écrasé d'un coup sous les roues du vrai bus. Et ensuite c'est parti, on est dans le bus, avec ces ados bigger than life. Ca, pour moi, c'est un vrai pied de nez au petit monde jouet miniature et étriqué d'Anderson (même si c'est sûrement pas dans les intentions de Gondry !). Gondry annonce d'emblée la couleur : je vais pas jouer avec vous pdt deux heures à la poupée ou aux playmobils ! Word !
JM
 

Re: Aux abonnés absents, les romantiques ?

Messagepar weightwatchers » Ven 15 Fév 2013 09:38

JM a écrit:je vais pas jouer avec vous pdt deux heures à la poupée ou aux playmobils !


qu'est ce que t'as contre les playmobils et les poupees ?
weightwatchers
 

Re: Aux abonnés absents, les romantiques ?

Messagepar JM » Sam 16 Fév 2013 10:21

weightwatchers a écrit:qu'est ce que t'as contre les playmobils et les poupees ?


Pas grand chose, finalement. Ca reste un très bon souvenir d'enfance. Je me souviens que j'utilisais les petits sachets tampax bleus de ma mère pour faire des rivières dans ma chambre afin que les indiens puissent utiliser leurs canoé-kayaks, parce que j'avais pas le droit d'y apporter de l'eau ! J'ai découvert les westerns beaucoup plus tard, donc j'y jouais de manière assez progressiste, je crois (mais, pour autant, je n'attends pas de toi une couronne de laurier).
JM
 

Re: Aux abonnés absents, les romantiques ?

Messagepar weightwatchers » Sam 16 Fév 2013 13:40

avoue que tu as aussi joué à la poupée
weightwatchers
 

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