Aux abonnés absents, les romantiques ?

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Re: Aux abonnés absents, les romantiques ?

Messagepar Notebad » Dim 14 Juin 2015 09:25

Notebad a écrit:"The myth of the american sleepover", David Robert Mitchell

Film plutôt anodin et donc difficilement antipathique (fait penser à "Memory Lane" de Hers par certains aspects), dans lequel rien ne dépasse mais assez fragile pour susciter un certain plaisir. Au lieu du mythe des soirées pyjama à l'américaine passé à la loupe grossissante et déformante, on a un film assez naïf, qui n'est justement pas encombré par le "mythe" et ce qu'il a déjà véhiculé auparavant dans les fictions cinématographiques états-uniennes. Exit également une forme de jeunisme et de régression déplacés (le film semble aussi chercher à éviter la culture geek, la raison pourrait se trouver dans ces vieux magazines de cul qui circulent chez les ados et qui pourraient bien être des reliques de l'époque du cinéaste lui-même - ou de son père, ce qui est la même chose ?). Le film s'inscrit donc dans une logique totalement contraire à la plupart des films d'ados de la première décennie du siècle (à l'exception sans doute de GVS). Il aborde les clichés du genre sans se retourner, en oubliant le genre, en leur donnant une nouvelle fraîcheur bienvenue étant donné la situation : les jeunes filles en fleur et garçons au cœur tendre à la recherche du premier baiser sur la bouche avant la fin des vacances d'été.

DR Mitchell se montre donc particulièrement attentionné, cela se ressent dans son traitement des personnages (il a écrit et réalisé le film), ainsi que dans sa mise en scène qui laisse affleurer à la surface des choses, les sens en éveil, la mélancolie de l'été et d'un âge finissant. Beauté de ces deux scènes de contemplation où la caméra vient se rapprocher au plus près des organes des acteurs recevant une vibration émotionnelle et durable : de l'eau du jet pour la pelouse à l'oreille, de l'étoile filante à l'œil. Ces deux instants forment la signature d'un cinéaste à suivre, ils révèlent l'état d'esprit de leur auteur qui irradie l'atmosphère du film tout entier.

On peut tout à fait reprocher au film de se tenir de façon un peu trop rassurante et confortable à l'intérieur d'un périmètre bien déterminé, sans "extérieur", rivé à la topographie communautaire des banlieues pavillonnaires et lotissements à l'américaine.. Cette tradition du "sleepover" est toutefois assez intéressante à analyser du point de vue politique. On pourrait faire un lien avec les grandes coucheries collectives "peace and love" des années 60 en constatant que tout cela est ici, dès le jeune âge, bien sage et plutôt institutionnalisé. En même temps, ne peut-on pas trouver une partie des racines du mouvement "Occupy Wall Street" dans ces regroupements organisés de jeunes qui investissent et s'approprient un lieu (cette fois public et non privé, à l'heure où les logements sont confisqués) pour parler, boire, dormir ensemble ?

Toutefois, dans "The myth of the american sleepover", les jeunes pensent moins à refaire le monde qu'à en attendre ce que leur cœur leur murmure, dans un souffle qu'ils savent probablement éphémère mais éternel.


Bon, voilà, la suite est arrivée avec "It Follows". j'ai vu le film sans savoir qu'il s'agissait du même réalisateur et j'ai bien aimé.

On retrouve une mise en scène vraiment intéressante, le fameux "une idée par plan" (ce qui ne signifie pas essayer d'en foutre plein la vue avec des effets tocs et tapageurs à la manière de Gosling dans "Lost River", par exemple). Les effets ne sont pas appuyés mais servent l'ambiance, les situations, le cadre du film, le propos du film. Jeux nombreux sur la profondeur, le flou et le net, le cadrage, le montage, les mouvements de caméra ou d'objectif, etc. C'est en même temps réussi et pas super maîtrisé, ça sent parfois la série B un peu mal fichue (notamment au niveau du scénario toujours également écrit par le cinéaste) et cette impression est très plaisante. Il me semble que ce film va plus loin encore que le précédent dans sa recherche de solutions cinématographiques à des questions de type scénaristique, et dans ses errances poétiques.

Je cherche pas trop à mettre un sens derrière ces followers, je ne trouve pas cela forcément utile. Ces hantités sont de nature existentielle, il est visible que la question principale du film est celle du malaise adolescent (encore, décidément !) dans un monde socialement peu rassurant qui lui-même ne peut qu'être source de malaise et d'interrogations (les ruines de l'Amérique dévastée de l'après-crise, que l'on voit dans pas mal de films dernièrement). Il peut être intéressant de constater qu'elles sont toutes blanches mais de différents âges et de différents sexes, comme les ados du film qui y sont confrontés (ados qui sont sensiblement les mêmes que ceux de son film précédent). Elle fonctionnent donc comme un miroir (déformant) de leur propre petit monde dont il ne sont sûrement jamais sortis. Quand ils vont à la piscine, les ados parlent d'une frontière entre le centre et la périphérie de la ville que les parents recommandent aux enfants de ne pas franchir : rétrécissement du contact avec l'Autre qui se ressent directement dans les créatures que leur imaginaire phagocyte. Les poursuivants peuvent apparaitre n'importe où, n'importe quand, sous de nombreuses apparences différentes, mais ils restent dans la clôture de l'imaginaire de ces ados blancs middle-class.

J'ai bien aimé l'idée des followers porteurs de mort qui travaillent leurs proies à l'usure, c'est assez rétro et risqué car cela donne un rythme particulier au film. C'est pas j'apparais, je te tue, il y a un mouvement psychologique souterrain qui broie petit à petit, à petits pas, les proies et les pousse à la faute tôt ou tard ("ils marchent seulement, mais ils ne sont pas bêtes" dit le gars au début, on dirait qu'il parle de monstres de jeux vidéo à ce moment-là d'ailleurs).

DRM semble reprendre le film d'épouvante adolescent là où l'avait laissé Carpenter avec Halloween. Comme dans son précédent film, il prend le genre au premier degré, sans le second degré qui prévaut de nos jours (mais avec quand même quelques clins d'oeil ou emprunts).
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Re: Aux abonnés absents, les romantiques ?

Messagepar _ » Mar 16 Juin 2015 06:22

Notebad a écrit:Il peut être intéressant de constater qu'elles sont toutes blanches mais de différents âges et de différents sexes, comme les ados du film qui y sont confrontés (ados qui sont sensiblement les mêmes que ceux de son film précédent). Elle fonctionnent donc comme un miroir (déformant) de leur propre petit monde dont il ne sont sûrement jamais sortis. Quand ils vont à la piscine, les ados parlent d'une frontière entre le centre et la périphérie de la ville que les parents recommandent aux enfants de ne pas franchir : rétrécissement du contact avec l'Autre qui se ressent directement dans les créatures que leur imaginaire phagocyte. Les poursuivants peuvent apparaitre n'importe où, n'importe quand, sous de nombreuses apparences différentes, mais ils restent dans la clôture de l'imaginaire de ces ados blancs middle-class.


Ce qui m'a quand même un peu gêné c'est qu'on ne voit pas précisément si le cinéaste se place du côté de cette clôture ou s'il essaye vraiment de la remettre en question socialement à travers le film. Dans les entretiens, il parle beaucoup de son enfance heureuse dans ce type de quartier, du cinéma de l'époque qui se passait souvent dans ce type de lieu (Spielberg, Carpenter, etc), donc on peut douter de sa capacité à vraiment souhaiter la sortie de ce petit monde (sinon de manière existentielle, par la mort)... Il y a quelques plans qui me paraissent assez maladroits, qui semblent conforter cette séparation "nous-les autres". Le plan avec les prostituées à la fin, par exemple...

Sinon, c'est vrai que c'est drôlement bien foutu.
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Re: Aux abonnés absents, les romantiques ?

Messagepar Notebad » Jeu 15 Sep 2016 07:33

Dans la même veine que "It Follows", je recommande "I am not a serial killer" de Billy O'Brien. C'est sorti cette années aux USA (et dispo sur le net) mais pas de date prévue en France, et peu de chance que ça sorte ici car le cinéaste est plus ou moins considéré comme faisant de la série B qui ne vaut pas une sortie en salle, apparemment...

C'est moins bien fagoté que les films de David Robert Mitchell, mais on retrouve un cinéaste capable de créer des ambiances avec pas grand chose et qui sait cadrer, qui lorgne aussi du côté des grandes années de Carpenter. Il utilise pas mal le ralenti éthéré pour imprimer une ambiance étrange à certaines séquences... bien sûr, le scénario tient un petit moment et puis s'écroule (un peu comme "It Follows"), jusqu'à basculer dans une dernière partie complètement bâclée et farfelue, mais ce qui importe c'est la mise en scène qui permet au film de rester à peu près agréable à regarder.

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