douce France (chère Europe)

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Re: douce France (chère Europe)

Messagepar casseur » Sam 27 Oct 2012 20:13

Expulsions : un record gênant pour Manuel Valls en 2012
Par Ivan Valerio
| 27/10/12 - 11:59

Le nombre d'expulsions en 2012 sera supérieur à celui de 2011. C'est le cabinet de Manuel Valls qui a officialisé l'annonce vendredi à l'AFP. Un nouveau record gênant pour un ministre qui souhaite s'éloigner de la politique du chiffre du précédent locataire de la place Beauvau.

Résultat, Manuel Valls a voulu déminer en plusieurs étapes.


1. Ce chiffre est inférieur aux objectifs du précédent gouvernement.
Claude Guéant, alors ministre de l'Intérieur, visait les 40.000 reconduitesà la frontière en 2012 en cas de réélection de Nicolas Sarkozy. Le chiffre record annoncé par les équipes de Manuel Valls s'élève à 33.000 expulsions.

2. Les reconduites à la frontière sont en baisse.
"Le nombre d'éloignements diminue progressivement depuis mars", fait savoir e cabinet du ministre. Une baisse n'est pas la résultante de consignes, mais découle de l'impossibilité de recourir à la garde à vue pour les sans papiers depuis des décisions de la justice européenne et de la Cour de cassation. Un système de "retenue administrative" de 16 heures "pour vérification d'identité" est actuellement débattu au Parlement pour pallier ce vide juridique.

3. Pas le résultat d'un "objectif chiffré".
Accusé sur sa gauche de mener parfois une politique trop à droite, Manuel Valls fait souligner que ce record n'est pas le résultat "d'un objectif chiffré". Les services de la place Beauvau veulent s'éloigner de l'idée d'une "politique du chiffre". Le ministère souhaite également mettre en avant que "cela ne résulte pas de consignes de la gauche".

4. Un déminage commencé jeudi à l'Assemblée nationale

"Il y a de la part de ce gouvernement, une volonté de mener une politique humaine, juste, mais très ferme sur les reconduites à la frontière", avait lancé Manuel Valls, jeudi devant les parlementaires. Le ministre s'était opposé à une "politique du chiffre qui pèse énormément sur les forces de l'ordre".


http://lelab.europe1.fr/t/expulsions-un-record-genant-pour-manuel-valls-en-2012-5587
casseur
 

Re: douce France (chère Europe)

Messagepar JM » Sam 26 Jan 2013 11:17

Vu le dernier film de Bonitzer, "Cherchez Hortense", c'est nullard... encore un film rance de vieillard. On pense à Resnais, même si ce dernier ne se casse même plus la tête à (se) faire croire qu'il est "de gauche" tout en faisant des fictions de droite. Nous avons là l'une des fictions cinématographiques types réservées aux sans-papiers. D'un côté le sans-papier du populo (Kaurismäki), de l'autre le sans-papier de la bourgeoisie (Bonitzer). Partout le même paternalisme.
JM
 

Re: douce France (chère Europe)

Messagepar vagabong » Jeu 7 Fév 2013 10:46

JM a écrit:Vu le dernier film de Bonitzer, "Cherchez Hortense", c'est nullard... encore un film rance de vieillard. On pense à Resnais, même si ce dernier ne se casse même plus la tête à (se) faire croire qu'il est "de gauche" tout en faisant des fictions de droite. Nous avons là l'une des fictions cinématographiques types réservées aux sans-papiers. D'un côté le sans-papier du populo (Kaurismäki), de l'autre le sans-papier de la bourgeoisie (Bonitzer). Partout le même paternalisme.


Je viens de parcourir ce topic et son dernier message.

Y'a pas de mystère, les films en relation avec les sans-papiers qui correspondent à votre idée du cinéma ne se font pas, ou quasiment pas, de votre côté et c'est logique car vous savez jamais vraiment de quoi vous parler, la démarche reste quasiment toujours ethnocentrée.

Quelques films intéressants à propos de l'exil sud-nord, aux sujets plus amples que la question des sans-papiers : "Clando" de Jean-Marie Teno, "En attendant le bonheur" de Abderrahmane Sissako, les films de Tariq Teguia, ...
vagabong
 

Re: douce France (chère Europe)

Messagepar JM » Jeu 7 Fév 2013 19:14

vagabong a écrit:
JM a écrit:Vu le dernier film de Bonitzer, "Cherchez Hortense", c'est nullard... encore un film rance de vieillard. On pense à Resnais, même si ce dernier ne se casse même plus la tête à (se) faire croire qu'il est "de gauche" tout en faisant des fictions de droite. Nous avons là l'une des fictions cinématographiques types réservées aux sans-papiers. D'un côté le sans-papier du populo (Kaurismäki), de l'autre le sans-papier de la bourgeoisie (Bonitzer). Partout le même paternalisme.


Je viens de parcourir ce topic et son dernier message.

Y'a pas de mystère, les films en relation avec les sans-papiers qui correspondent à votre idée du cinéma ne se font pas, ou quasiment pas, de votre côté et c'est logique car vous savez jamais vraiment de quoi vous parler, la démarche reste quasiment toujours ethnocentrée.

Quelques films intéressants à propos de l'exil sud-nord, aux sujets plus amples que la question des sans-papiers : "Clando" de Jean-Marie Teno, "En attendant le bonheur" de Abderrahmane Sissako, les films de Tariq Teguia, ...


Bienvenue vagabong,

Je connais ces films que tu cites et qui sont bien sûr autrement plus intéressants que la plupart de ceux dont il est question avant. Cependant il me semble que tout ces films européens "ethnocentrés", comme tu le dis justement, ne sont pas totalement inutiles pour mesurer ce décalage qui existe entre ceux qui immigrent et ceux qui "accueillent". Les préoccupations ne sont d'une manière quasi-générale pas les mêmes, les questions ne se posent pas suivant les mêmes termes, le regard est Autre. On peut comparer (tout en rejetant un certain nombre de choses), je trouve ça pas mal (mais c'est mon côté critique-scientifique) ! ;o)

Klotz et Perceval, dans "La Blessure", ont tenté honnêtement (je veux dire pas comme tout ceux qui, limités, "feignent de") dans leur récit une greffe avec ce que peut être le point de vue des migrants. C'est assez rare et louable, même si ça ne fonctionne pas totalement à mon sens. Je serais curieux aussi de voir les films de Sylvain George.
JM
 

Re: douce France (chère Europe)

Messagepar casseur » Sam 16 Nov 2013 18:47

JM a écrit:Vu le dernier film de Bonitzer, "Cherchez Hortense", c'est nullard... encore un film rance de vieillard. On pense à Resnais, même si ce dernier ne se casse même plus la tête à (se) faire croire qu'il est "de gauche" tout en faisant des fictions de droite. Nous avons là l'une des fictions cinématographiques types réservées aux sans-papiers. D'un côté le sans-papier du populo (Kaurismäki), de l'autre le sans-papier de la bourgeoisie (Bonitzer). Partout le même paternalisme.


Récemment, j'ai regardé "Petites coupures" du même Bonitzer, en fait c'est très mauvais aussi. D'une platitude totale, on enlève les dialogues super écrits et il n'y a quasiment plus rien, du bon vieux cinéma de qualité (le référant est le film noir américain et le vaudeville) qui regarde tout son petit monde de fort haut. Il y a un jeu entre les communistes (entité creuse dans le film) et les autres, ceux qui leurs disent "comment pouvez-vous être communiste après tout ce qui s'est passé ?". C'est censé être drôle, mais ça l'est ni la première, ni la deuxième fois. C'est juste con, comme le personnage principal joué par Auteuil. Le portrait de la France des années 2000 s'arrête là, point. Tu l'as vu JM ?

Et puis pour revenir un peu dans le sujet : "Polisse" de Maiwenn, live from le nouveau Belleville bourgeois et rénové. Je mâcherai pas mes mots, ce film est vraiment merdique et puant. C'est extrêmement putassier et racoleur mais ça fait mine de ne pas l'être (en fait c'est de la pure prétention) via le personnage de photographe que joue la réalisatrice (scène de pseudo auto-critique avec Joeystarr dans la rue). Ou comment prétendre aborder tout un tas de sujets-chauds-d'actualité (pédophilie, sans-papiers, intégrisme, viol, roms, etc.) pour au final se placer douillettement derrière la loi et se contenter d'exposer tous les clichés déjà véhiculés partout ailleurs afin de susciter l'affliction. Ca ressemble quand même beaucoup à un épisode de série policière de France Télévision en plus long, avec le même regard (les flics sont aussi des êtres humains - Joeystarr particulièrement répugnant dans le rôle du flic au grand coeur qui fait passer la pilule -, les coupables restent une ribambelle de faire-valoir, de clichés sur pattes - multiplier les clichés n'a jamais fait disparaître les clichés, ça donne juste une brochette de clichés), l'impression d'avoir déjà vu ça mille fois ailleurs...

Bon, faudra y revenir plus tard sur cette manière tire-larmes qui règle bien vite tous les dossiers de société un peu gênants.
casseur
 

Re: douce France (chère Europe)

Messagepar JM » Dim 17 Nov 2013 19:38

casseur a écrit:
Bon, faudra y revenir plus tard sur cette manière tire-larmes qui règle bien vite tous les dossiers de société un peu gênants.


Salut casseur,

Pas vu le Bonitzer mais vu le Maïwen à l'époque de sa sortie. Totalement d'accord avec toi.

L'histoire des larmes, de ces larmes-là qui jouent avec l'actualité, on en a déjà pas mal parlé ici ou sur le site, c'est ce que Virilio appelle le "communisme des affects" non ? Cela dit le truc de Maïwen c'est précisément de jouer le jeu des larmes et des rires, c'est surtout comme ça qu'elle espère prendre les spectateurs (et se croit originale et au-dessus de tout misérabilisme). C'est le même principe que tous les clichés auxquels elle a recours comme tu l'expliques. Elle utilise l'accumulation (des clichés) ou le jeu des contraires (rires et larmes) en prétendant proposer une forme de nuance aux spectateurs, alors qu'il s'agit en réalité d'astuces grossières pour glisser du prêt-à-penser.
JM
 

Re: douce France (chère Europe)

Messagepar casseur » Mar 28 Jan 2014 16:47

Quelques mots sur un bouquin récent, une fois n'est pas coutume. "Les Renards Pâles" d'Haenel est un roman qui imagine une insurrection parisienne, menée par les sans-papiers. Le livre est constitué de deux parties. Dans la première, un type solitaire raconte comment il a quitté la société pour vivre dans sa voiture et comment il a rencontré les Renards Pâles qui fomentent une insurrection. La seconde est un long, très long, manifeste pour l'insurrection et l'anarchie. La première partie fait illusion un moment, la description de l'état du personnage est pas mal foutue, même si tout est très scolaire (sic) - Haenel faisant du Deleuze et du Debord en le sachant (ce qui est confirmé lourdement dans la seconde partie ou Deleuze est cité plus ou moins explicitement). C'est un peu comme pour le cinéma, lire un romancier (ou voir un cinéaste) réciter son Deleuze parlant de littérature mineure, c'est toujours beaucoup moins intéressant d'un point de vue littéraire que d'observer un artiste qui fait du Deleuze sans le savoir.

La seconde partie est carrément naze. Haenel y brode longuement, sans vergogne, un manifeste caricatural auquel il ne croit pas un instant lui-même, degré zéro de la littérature : le romantisme le plus éculé côtoie des fantasmes rances qui visent à travestir la réalité. Le sentiment qui subsiste après la lecture du bouquin n'est pas que l'esprit de la Commune survit, mais qu'une imitation de celle-ci est d'actualité. Le plus grave est sans doute l'usage systématique du "nous" et du "vous" qui traverse l'ensemble du discours, atrocité littéraire qui vient confirmer l'impression que cette partie du bouquin prêche pour les convaincus ("nous", les insurgés), et ne sera pas lue par les autres ("vous", la réaction).

Pour reprendre ce qui est dit dans la critique du film de Schrader ailleurs, c'est le bouquin typique du petit blanc qui se rêve autre, et qui réquisitionne dans sa fiction les sans-papiers pour être les représentants fantasmés de la révolution dont il rêve. Le discours est assez similaire à celui des mouvements autonomes proches des sans-papiers (on retrouve d'ailleurs un passage sur les empreintes digitales brûlées des migrants, scène qui figure également dans le film de Sylvain George), il vise plutôt à réunir de manière consensuelle les différentes tendances des groupes d'aide qui gravitent autour d'eux, alors que les clivages sont cruciaux.
casseur
 

Re: douce France (chère Europe)

Messagepar polichinelle » Lun 9 Juin 2014 20:27

polichinelle a écrit:
"Golden Door", E. Crialese

Immonde petit film roublard qui joue sur deux tableaux : le premier complètement neuneu qui se joue au niveau des personnages, le second au niveau du metteur en scène qui se place au-dessus de tout ça en "dénonçant" les illusions tout en aillant pris garde au préalable de grossir le trait de celles-ci (en gros les personnages du film sont dupes, mais les spectateurs ne doivent surtout pas l'être).

Le metteur en scène passe des scènes entières à s'endormir sur sa reconstitution historique comme tout mauvais cinéaste à qui on donne des moyens conséquents pour en réaliser une. Absolument aucun sens du récit, le film traîne en longueurs inutiles, on regarde tout ça avec un ennui absolument mortel (il faut se payer deux visites médicales !). Quelle place pour le spectateurs lors de ses scènes interminables de tests sur les immigrants qui arrivent en Amérique ? Aucune : ni du côté des testeurs (sales types) ni du côté des testés (trop benêts, ça n'est pas une découverte on le sait depuis le premier quart d'heure du film).

Ne reste, comme tout le long du film, qu'à regarder tout ça de loin en essayant de ne pas s'endormir. Signalons au passage le même fond de religiosité puant que dans "Respiro".



Sur le même sujet, le film de Gray "The Immigrant" est déjà un peu mieux, sorte de film noir portant sur les fondations, dont le sujet date d'avant la seconde guerre mondiale. Le thème de l'immigration est récurrent dans le film noir où il est souvent question de frontières (territoriales ou psychologiques), entre dans un grand classique comme "Touch of Evil" de Welles. Il y aurait beaucoup à dire là-dessus, en partant du western, du mythe de l'Ouest, naturellement...

"The Immigrant" est ni pire, ni meilleur que les précédents Gray, c'est toujours grosso-modo la même pâte, je dirais... quelques plans intéressants noyés dans du plomb, surtout le dernier (mais quel chemin - laborieux - il aura fallu avant d'y arriver !), ou la chasse dans les égouts qui fait froid dans le dos. C'est marrant qu'au niveau religieux il soit assez proche de Crialese, comme si le sujet ne pouvait être traité qu'avec un rosaire à la main. On sent que Gray ne se force pas pour en faire des tonnes dans l'indécrottable "In God we trust", bien aidé par les grands yeux de chien battu de Cotillard (=contrition puis compassion).
polichinelle
 

Re: douce France (chère Europe)

Messagepar casseur » Sam 6 Sep 2014 09:04

J'ai regardé "Soleil Ô" de Med Hondo (1969), un pamphlet anti-colonialiste qui évoque le sort réservé aux Africains invités en France pour faire les boulots ingrats dont les français ne veulent plus, dans les années 50 et 60. Humiliations, précarité, exploitation, racisme (décomplexé des patrons dans leur bureau, souterrain des citoyens dans la rue), le personnage principal rencontre tout cela, essaye d'analyser et de comprendre, lui qui, comme tous les autres et ses ancêtres colonisés en Afrique, n'avait rien demandé à l'homme blanc. Sa quête d'explications rationnelles (qu'il obtient et qui sont justement d'une telle rationalité abjecte qu'il ne peut en revenir) le fait au contraire basculer petit à petit dans la démence, jusqu'à l'échappée finale dans la forêt, et le cri qui sort de sa bouche, mais qui est doublé, qui vient aussi d'ailleurs, de celles de tous ses camarades opprimés. Dès le début en Afrique (dans une courte mise en scène du processus colonial), le film est très marqué par le principe de distanciation de Brecht, qu'Hondo a apparemment joué au théâtre avant de se lancer au cinéma.

Hondo jouait déjà chez Godard en 65 (dans "Masculin, Féminin"), mais, beaucoup plus curieux, il est devenu par la suite l'une des personnalités noires du cinéma français les plus connues, quoique restée totalement invisible : il est le doubleur attitré de nombreux acteurs noirs américains très connus (Murphy, Freeman...). Plus curieux encore, étant le doubleur de Murphy qui donne sa voix à l'âne dans "Shrek" dans la version us, c'est également lui qui double l'âne de "Shrek". Difficile d'imaginer plus grand écart entre son premier film évoqué précédemment, et la voix de l'âne de "Shrek" !! :shock:

Si vous trouvez des interviews du gars, cela m'intéresse.
casseur
 

Re: douce France (chère Europe)

Messagepar JM » Lun 18 Jan 2016 22:50

Je viens de terminer de regarder "Dheepan". Que dire, sinon que c'est de la grosse escroquerie ? Une heure de bons sentiments et de "vivre ensemble" pour nous faire patienter, avant ce qui intéresse vraiment Audiard (et qu'on voit arriver gros comme une maison depuis le début) : un déferlement de violence brute et des tripes ! Et puis un dernier retournement final dans la normalité, comme s'il fallait ce carnage (cette purge), pour que la "famille" puisse procréer et vivre enfin soudée et rattachée à "la France normale".

Il est question d'une prise d'otage à la fin (de la femme par le voyou), et c'est bien à cela que nous convie le scénario roublard d'Audiard (en cinéaste petit caïd miteux des salles obscures).

Bon, c'est pas une surprise... par contre la surprise désagréable c'est de découvrir au générique final qu'Héléna Klotz a participé au film comme conseillère artistique, je me demande ce qu'elle est venue faire dans un projet pareil...
JM
 

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