shame ?

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shame ?

Messagepar _ » Mar 15 Mai 2012 17:44

A un moment donné, dans Shame (Steve McQueen), Brandon reproche à sa soeur de toujours jouer les victimes (dans la scène où il regarde des dessins animés devant la TV en essayant d'exorciser son côté sombre dont il vient de jeter les attributs à la poubelle - substitution de choc si on se souvient de ce qu'écrivait Daney des personnages de dessin animé, et qui est finalement très lié au souci de Brandon). Pourtant, McQueen lui-même ne semble pas en mesure de faire de Brandon autre chose dans le cadre de son film. Il fait de Brandon une victime des femmes (et d'abord de sa "salope" de sœur), toutes tentatrices, aguicheuses, prêtes à baiser, coucher (au plus) après un bon repas.

C'est là que le film bouscule le plus, dans sa description d'un milieu entourant Brandon enveloppé d'une innocence pervertie, plus que dans la lubie du personnage principal en elle-même. Et la fin enfonce le clou. Après sa nuit de perdition, Brandon décide visiblement de ne pas céder à la fille aperçue au début et qu'il revoit dans le métro. Elle le provoque du regard et lorsqu'il décide de ne pas se lever pour la suivre, on croirait presque entendre un odieux et trop saint : "Non, salope, tu n'auras pas ce que tu attends et ce que vous attendez toutes de moi. C'est fini, je ne serai plus le jouet de vos tentations." Brandon est comme victime et otage de ce monde plein de femmes sexuellement très libérées, à la culotte humide, qui n'attendent que son doigt, sa langue ou sa queue. Il n'y a définitivement plus d'idéal féminin vertueux, d'ange blond intouchable comme dans Taxi Driver, et Brandon n'est d'ailleurs pas du tout hanté par la recherche de celui-ci. Il est le jouet des femmes, et vice versa. Sans doute pas pour rien que Brandon évoque les années 60 (moment de la libération sexuelle), et justement avec la femme qu'on pourrait croire comme un double de Betsy. Pourtant, un repas et un café plus loin, malgré ses grands airs, elle aussi se retrouve au plumard à l'hôtel prête à réaliser le fantasme de Brandon (une autre préfère cela sur un parking désert).

Travis trimballait sa misère sexuelle de prolo provincial paumé dans les rues de NY, victime du rejet de femmes prudes qu'il prenait par nécessité pour des couche-toi-là tout en recherchant idéalement (fantasme) une femme prude. De par sa position sociale (provincial, vétéran du Vietnam, prolétaire), il était privé du milieu (respectable, dans lequel gravitait Betsy) auquel il essayait désespérément de se brancher, et qu'il tentait de reproduire dans son propre milieu (délire de la grande pluie qui nettoiera la saleté, imitation du garde du corps, dialogue avec l'homme politique, sauvetage d'Iris…). Le problème de Travis est un problème vertical, une aspiration à l'ascension, entretenue puis détruite par son fantasme amoureux (et qu'il résoudra par son acte final).

Celui de Brandon est de type horizontal, même si on peut penser qu'il s'agit d'une chute (vers les bas-fonds) on peine à y croire vraiment. Chez Brandon, qui évolue par ailleurs dans ce milieu inatteignable à Travis, la misère sexuelle semble là avant même le da recherche d'accès à l'objet du désir dans la réalité, elle ne résulte pas du tout d'une frustration (McQueen s'évertue bien à le montrer). La consommation compulsive de porno n'est pas alimentée par un manque sexuel (exit le puritanisme) mais, au contraire, par un excès et une indifférenciation dans la réalité de ce qui constitue le contenu du porno (sous toutes ses formes, du soft-chic au hard-crad, en passant par les livecam). McQueen nous montre un monde où les mœurs sexuelles dans la réalité ("réalité" est d'ailleurs aujourd'hui un genre en soi du porno) et celles du porno coïncident totalement. A la position de spectateur passif et frustré de Travis, se substitue la position de spectateur hyperactif de Brandon. Pour autant, il est pris dans une sphère close, comme une mouche prisonnière à l'intérieur d'un verre, où inlassablement le porno le renvoie à la réalité et où la réalité le renvoie au porno.

Sa lubie est enracinée et de type purement obsessionnelle (ce qui permet à sa sœur de le renvoyer à leur origine commune, le New Jersey). McQueen joue probablement entre cet enracinement intérieur, cette aliénation, et les déracinements successifs du personnage (de l'Irlande aux USA, puis du NJ à NY). Probablement, on imagine sous les images une fêlure originelle, naturaliste, de type familiale pour que le frère et la sœur soient également "marqués" (les cicatrices de Sissy). Même si l'idée n'est pas fort originale, on y reconnaîtrait le même type de blessure d'enfance que celle à l'origine du combat de Bobby Sands dans Hunger.
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Re: shame ?

Messagepar weightwatchers » Jeu 24 Mai 2012 20:25

la honte c'est le manque d'originlité du titre du sujet, par contre l'avatar est bien
weightwatchers
 

Re: shame ?

Messagepar _ » Sam 31 Mai 2014 18:07

Son dernier film, "12 Years a slave" est affligeant. On dirait du Spielberg, avec deux trois plans un peu plus Arty que l'autre... Y'a vraiment rien à en tirer, c'est le point de vue de McQueen, complètement rivé à son personnage principal (un Noir libre réduit à l'esclavage qui veut retrouver sa liberté), qui est foireux et biaisé dès le début, et ça ne va pas en s'améliorant par la suite. Certains plans sont franchement odieux. Sans parler de la violence complaisante et explicite, je pense au départ de Northup à la fin, qui laisse les autres esclaves derrière avec un petit signe de la main, puis les retrouvailles avec sa famille qui sont d'un sentimentalisme abject et mal venu. Ce final atteste définitivement du principal intérêt de McQueen pour ce personnage en particulier (dont on se demande parfois si MCQueen ne nous laisse pas comprendre que les autres méritent moins sa liberté que lui), et non pour l'esclavage en général (avec le prétexte filou et on ne peut plus conventionnel du scénario fidèlement adapté d'une histoire vraie).
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