sur le web le ciné frappe au hasard - mais surtout au Japon!

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sur le web le ciné frappe au hasard - mais surtout au Japon!

Messagepar cornichon » Jeu 17 Mai 2012 15:55

Dans les films regardés au gré de mes téléchargements, je viens de regarder à la suite et totalement par hasard plusieurs films qui me paraissent assez proches. J'écris ici quelques mots dessus avant de les oublier, probablement:

"La vie au Ranch" de Sophie Letourneur (2010) : Beaucoup de bruit pour rien. Aussi bizarrement que ça puisse paraître, je me suis demandé si Letourneur faisait pas son "Esquive". Son film ne met-il pas en scène une jeunesse, certes de l'autre côté de l'échiquier social que celle du film de Kechiche, mais tout aussi paumée et désabusée qu'elle ? Le langage (et sa réappropriation) ne joue-t-il pas un peu la même fonction ? Maintenir une certaine forme de cohésion sociale là où il n'y a plus que désert social et relations d'une grande dureté. L'art n'est-il pas, au final (la dernière séquence à Berlin), une tentative de sortie du néant vouée à l'échec pour la fille, comme pour Krimo ?

"Tiny Furniture" de Lena Dunham (2010) : Pareil que dans "La vie au ranch", une fille qui sort difficilement d'une rupture amoureuse, retour chez la mère et la soeur et le noyau d'amis d'enfance, un peu perdue à NY. Le personnage principal est moins antipathique mais certains traits de caractère sont proche (au "parisianisme" snob se substitue le côté "new-yorker"). C'est en gros le même sujet : comment sortir de l'adolescence et basculer dans le monde des adultes, dans l'indépendance. Et c'est bien sûr, en gros, pas beaucoup plus passionnant ni inspiré !

"Des filles en noir" de JP Civeyrac (2010) : Deux filles très proches sont en "rupture scolaire et sociale" (comme on dit). Tentation et tentative de suicide sur fond de passion gothique et de romantisme noir. Le film est sans doute moins intéressant pour ce beau côté suicidaire de ses personnages, que pour l'amitié ambigüe qui existe entre les deux filles (et que celle qui reste décrit comme étant la vraie amitié). Le vampirisme (poussant l'autre jusqu'à l'acte fatal) qu'exerce l'une sur l'autre a presque plus des airs de Mizoguchi que de Bresson. La réalisation est plus intéressante que les deux précédents films, j'ai vraiment cru reconnaître cette patte mizoguchienne dans certains mouvements d'appareil caressants, comme un pinceau sur une toile. Bien sûr, ce que représentent frontalement ces deux filles dans le film, ce néant d'être, c'est précisément ce qui plane au dessus des filles des deux autres films, ce qui est couve sous le bruit (le blabla), le mouvement perpétuel. Comparer la réaction de la fille qui va rendre visite à sa grand-mère mourante à l'hôpital dans "La vie au ranch", et la scène de la fille qui va rendre visite à sa grand-mère à peu près dans le même état dans "Des filles en noir". La première entre-aperçoit sa fin (déprime), quand l'autre au contraire semble déjà complètement débarrassée de cette question, sa mort est derrière elle (joie cynique).
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Re: sur la toile, le cinéma frappe au hasard

Messagepar weightwatchers » Jeu 17 Mai 2012 19:19

super des films de gouines
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Re: sur la toile, le cinéma frappe au hasard

Messagepar cornichon » Ven 18 Mai 2012 08:53

weightwatchers a écrit:super des films de gouines


Tu ne crois pas si bien dire weightwatcher, on peut sans doute affirmer que ces films ont quelque chose à voir avec l'homosexualité féminine. Même s'il n'y a pas de pistes nettes et directes dans ce sens, il en va plutôt d'un refoulement. Ca se dit bien pour ces films dans lesquels des garçons entretiennent des relations d'amitié viriles et quasi-exclusives, donc pourquoi pas ici aussi, il me semble qu'on est exactement ds le même genre de configuration.
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Re: sur la toile, le cinéma frappe au hasard

Messagepar weightwatchers » Lun 21 Mai 2012 16:09

j'ai toujours raison
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Re: sur la toile, le cinéma frappe au hasard

Messagepar _ » Mer 4 Juil 2012 23:06

J'avais téléchargé un peu au pif un film qui s'appelle "après le sud" (2011) de Jean-Jacques Jauffret, et je viens de regarder ça... Comme souvent après avoir vu le film, j'ai ouvert ma page Notes dans mon traitement de texte. J'ai jeté un bref coup d'oeil dans le miroir qui me fait face au-dessus de mon bureau, la mine désabusée, et j'ai refermé mon traitement de texte. Voilà un film qui travaille tout du long à s'auto-suffire, dont il n'y a rigoureusement rien à dire et penser, et j'en ai déjà trop dit. Qui brique aussi bien sa petite mécanique ne peut avoir que de douteuses intentions...
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Re: sur la toile, le cinéma frappe au hasard

Messagepar bobby_net » Jeu 5 Juil 2012 09:59

_ a écrit:J'avais téléchargé un peu au pif un film qui s'appelle "après le sud" (2011) de Jean-Jacques Jauffret, et je viens de regarder ça... Comme souvent après avoir vu le film, j'ai ouvert ma page Notes dans mon traitement de texte. J'ai jeté un bref coup d'oeil dans le miroir qui me fait face au-dessus de mon bureau, la mine désabusée, et j'ai refermé mon traitement de texte. Voilà un film qui travaille tout du long à s'auto-suffire, dont il n'y a rigoureusement rien à dire et penser, et j'en ai déjà trop dit. Qui brique aussi bien sa petite mécanique ne peut avoir que de douteuses intentions...


J'ai aussi vu ce film à mi-chemin entre Dumont (pour la droite) et les Dardenne (pour la gauche), je crois que c'est ce film qui m'a définitivement dégoûté du principe du "film choral". Après le sud représente en effet le pire de ce dispositif, malheureusement bien souvent utilisé à cet escient : un prétexte pour faire 1h30 de bobine inutile à partir de la plus grande vacuité, doublé d'un déterminisme suffoquant. Dans le film de Jauffret, le climax final est simplement abject, c'est d'ailleurs la musique (additionnée avec les images) qui fait l'abjection de la scène. La préparation de cette scène finale dans les scènes précédentes est, elle, tout à fait odieuse et malhonnête. Sans oublier la dernière boursouflure christique, posée là comme un immonde gâteau à la crème sur une cerise.
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Re: sur la toile, le cinéma frappe au hasard

Messagepar _ » Jeu 5 Juil 2012 19:48

C'est tout à fait ça.

Le vieux tire pas parce qu'il est bourré à la binouze, raciste et arriéré, non non, c'est plus subtil que ça. Au contraire, il tire pour écouter quelques minutes de grande musique classique.

Comment sauter à cloche-pied d'un cliché nauséabond à un autre.
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Re: sur la toile, le cinéma frappe au hasard

Messagepar JM » Jeu 5 Juil 2012 22:13

Salut,

Pour moi, Bresson est un peu le précurseur du "film choral", même si, lui, travaille cela avec économie. Je pense à "L'argent" (1983), mais aussi à "Balthazar" (1966). Chez Bresson c'est justement tout le contraire de la manière de faire de ces cinéastes qui font des "films choral" médiocres. Les points de croisement des trajectoires forment des ondes de choc à la surface des destins (même si celles-ci sont souvent "négatives"). A l'image de sa "méthode" de tournage, rien n'est d'avance figé, tout reste possible. Le mauvais "film choral", c'est le film dont on se dit que celui qui l'a fait doit avoir une piètre idée (close) de la vie, un type qui n'aime pas la vie, qui fait un cinéma sans avenir...
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Re: sur la toile, le cinéma frappe au hasard

Messagepar weightwatchers » Ven 6 Juil 2012 10:16

bobby_net a écrit:J'ai aussi vu ce film à mi-chemin entre Dumont (pour la droite) et les Dardenne (pour la gauche),


droite, gauche, droite, gauche

le match est passionnant
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Re: sur la toile, le cinéma frappe au hasard

Messagepar _ » Ven 6 Juil 2012 19:32

JM a écrit:Salut,

Pour moi, Bresson est un peu le précurseur du "film choral", même si, lui, travaille cela avec économie. Je pense à "L'argent" (1983), mais aussi à "Balthazar" (1966). Chez Bresson c'est justement tout le contraire de la manière de faire de ces cinéastes qui font des "films choral" médiocres. Les points de croisement des trajectoires forment des ondes de choc à la surface des destins (même si celles-ci sont souvent "négatives"). A l'image de sa "méthode" de tournage, rien n'est d'avance figé, tout reste possible. Le mauvais "film choral", c'est le film dont on se dit que celui qui l'a fait doit avoir une piètre idée (close) de la vie, un type qui n'aime pas la vie, qui fait un cinéma sans avenir...


Je sais que tu aimes bien Bresson, mais j'ai du mal à saisir la différence entre Bresson et un film comme "après le sud" ?!
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