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Re: sur la toile, le cinéma frappe au hasard

Messagepar JM » Sam 7 Juil 2012 16:12

Je vais d'abord voir le film de Jauffret (même si ça me fait pas du tout envie) et après je te dirai. ;o)

En réalité je suis allé un peu vite, les précurseurs du film choral ce sont un certain nombre d'écrivains. Je lis et relis (passionnément) en ce moment Virginia Woolf, donc je pense à elle, mais il y en certainement beaucoup d'autres. "Mrs Dalloway" est construit exactement de cette manière : on passe d'un personnage à l'autre par l'entremise de rencontres, certains instants sont rejoués suivant le point de vue et les pensées des uns ou des autres. C'est pas différent du tout, d'ailleurs quand je lis je fais des travellings aériens dans ma tête, allant d'un personnage, volant vers un autre, partant vers un troisième...
JM
 

Re: sur la toile, le cinéma frappe au hasard

Messagepar JM » Mer 11 Juil 2012 19:42

Bon, en effet, "Après le sud" est ce qu'on fait de pire dans le genre film choral, pire que les films us les plus lourdingues du genre (quelques mauvais Altman et ses suiveurs)... c'est vraiment du flan ce truc, une caricature de film d'auteur français creux et poseur.

Comparons donc avec Bresson. Par exemple avec "L'Argent" puisqu'il s'agit de deux films qui partent de types anodins qui vont tuer de sang-froid à la fin. Faudra aussi passer par "Elephant" de GVS du coup…

Le film de Jauffret commence d'emblée avec le type qui nettoie sa carabine chez lui. Le cinéaste joue lourdement avec les spectateurs (que va faire le type avec ?) mais c'est pas ça le pire. Le pire c'est que de cette manière, le cinéaste annonce inconsciemment où tend son film avant même que celui-ci commence. Tout est joué dès le départ, la même carabine va servir à tirer sur le jeune à la fin et la boucle est bouclée. Entre les deux il faudra meubler. C'est exactement ce que je disais l'autre jour, les personnages sont condamnés et accablés d'avance, il n'y a pas d'échappatoire (d'ailleurs le type tire sur les jeunes pour profiter en paix de son seul moment d'évasion par la musique).

Ce qui intéresse Bresson, c'est pas ça du tout. Là où Jauffret fait du surplace (en faisant mine de s'agiter avec son dispositif de film choral qui rejoue les évènements deux ou trois fois sans aucune nécessité), Bresson déploie subtilement, c'est bien connu, quelque chose tout au long de son film. C'est ce déploiement, sa puissance, qu'il offre à voir. Certes, ce déploiement est alors implacable et malfaisant, mais il se pose sur le personnage comme (et par l'intermédiaire de la circulation du faux billet) une tique pour ne plus le lâcher. Rien n'est joué dès le départ pour lui. C'est plutôt l'une de ses "victimes" (mais quasiment consentante, on pense ici à tous ces personnages de Bresson qui en viennent à mettre en scène leur propre fin), la vieille femme de la fin attendant la mort, qui incarne cette fatalité, dans son attente de l'assassin qui, outré, la tuera comme son double d'infortune au lieu de se suicider lui-même.

D'accord, le scénario ne fait pas la valeur du film, je ne referai pas l'erreur. Mais quand, ni le scénario (sans aucun intérêt), ni la forme employée pour le raconter ne conviennent, là on peut dire que nous sommes en présence d'un film réellement mauvais. C'est le cas de "Après le sud".



Je ne me souviens pas trop, même si je l'ai revu récemment, mais je crois qu'il y a dans certaines connexions de personnages de "L'Argent", (notamment à la porte de la prison) une ironie grinçante qui n'est pas sans rappeler celle de V. Woolf que j'évoquais l'autre jour. Je pense à ce passage de "Mrs Dalloway" dans lequel PW se trouve dans la rue :

"[…] Des moments comme cela, c'était à vous couper le souffle ; il lui en arrivait un, là, près de la boîte aux lettres devant le British Museum, un de ces moments où tout se rassemble ; cette ambulance ; la vie, la mort. […]"

L'ironie réside dans le fait que le fameux bruit d'ambulance est probablement celui fait par l'engin qui transporte Septimus qui vient de se suicider quelques pages avant. Le fugace désir de vie étant en fait engendré par la mort d'un autre.
JM
 

Re: sur la toile, le cinéma frappe au hasard

Messagepar JM » Mer 11 Juil 2012 19:48

Tout ceci est vraiment brouillon, j'en suis bien conscient, mais j'ai le projet d'écrire plus longuement là-dessus plus tard... il faudrait aussi parler du cas Mendoza... je vais peut-être fusionner plusieurs projets en cours pour faire un seul texte... je ne vous ferai pas croire que je vais réaliser tout ça cet été ! ;o)
JM
 

Re: sur la toile, le cinéma frappe au hasard

Messagepar _ » Jeu 12 Juil 2012 18:40

JM a écrit:Tout ceci est vraiment brouillon,


Salut,

Non non, ça va, je vois à peu près ce que tu veux dire mais je ne saisis toujours pas bien en quoi Bresson aime plus la vie que Jauffret. Suivant tes propres dires, "L'argent" est quand même un film profondément mortifère et pessimiste, il me semble ?
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Re: sur la toile, le cinéma frappe au hasard

Messagepar cornichon » Mar 31 Juil 2012 01:01

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"The woodsman and the rain", Shuichi Okita (2011)

Shuichi Okita, en filmant les mésaventures d'un jeune cinéaste paumé qui filme une histoire de zombies de série Z (oh le beau cliché !), réussit une jolie parabole sur le cinéma qui bouscule au passage la séparation entre spectateurs et réalisateur. Voir un homme ordinaire, un bûcheron qui se trouve là par hasard au début du tournage, chavirer tout entier et frénétiquement dans le cinéma jusqu'à en perdre le deuil qui le hantait (quand même via une histoire de zombies), est toujours un bonheur. Tout aussi sympathique est le personnage du jeune metteur en scène et son apparente incapacité à diriger. Traversant le plateau totalement à côté de ses pompes, rêvant lors des repérages, tentant de nuit de fuir son propre tournage, préférant s'asseoir parterre plutôt que dans son fauteuil de directeur de tournage, incapable de prendre une décision sur une prise, toujours mal à l'aise, Koichi a tout de l'anti-auteur.

La rencontre entre le bûcheron et le cinéaste en herbe apportera évidemment la confiance en soi à ce dernier pour finir son film. C'est comme si le bûcheron mettait toute la lourdeur et la charge de responsabilités qui pesaient sur les épaules du jeune réalisateur dans le siège de chef de tournage en bois massif qu'il lui confectionne dans un tronc d'arbre, et qu'alors, Koichi se trouvant libéré de cette pesante charge, parvenait à faire décoller son film tout en douceur. Belle idée. C'est d'ailleurs un plan sur la plage de ce siège (scellant l'amitié entre l'homme des bois et le cinéaste) qui clôt le film, tandis que l'assistant d'un nouveau tournage traverse le plan avec une énorme tête de requin en polystyrène entre ses mains. L'amateurisme de Koichi a définitivement rejoint et trouvé l'artisanat de Katsuhiko.

Shuichi Okita, cinéaste lui-même débutant, filme tout cela sobrement et en prenant son temps (le film dure plus de deux heures) mais sans jamais ennuyer, avec humour, et épaulé par un Koji Yakusho (acteur fétiche de Kiyoshi Kurosawa) qui excelle dans le registre tragi-comique. Il réalise un meta-film qui a le mérite de ne pas se prendre trop au sérieux (pas de grands discours sur le cinéma, mais plutôt une remise en question des hiérarchies établies), d'éviter de jouer au plus malin avec les spectateurs (les situations de tournage du film dans le film sont toujours révélées d'emblée), et de ne faire référence qu'à lui-même (plutôt que de se croire obligé de nous infliger au passage une ribambelle de citations indigeste d'autres films, tel Monte Hellman dans son dernier film "Road to Nowhere").
cornichon
 

Re: sur la toile, le cinéma frappe au hasard

Messagepar JM » Jeu 16 Aoû 2012 00:11

_ a écrit:
JM a écrit:Tout ceci est vraiment brouillon,


Salut,

Non non, ça va, je vois à peu près ce que tu veux dire mais je ne saisis toujours pas bien en quoi Bresson aime plus la vie que Jauffret. Suivant tes propres dires, "L'argent" est quand même un film profondément mortifère et pessimiste, il me semble ?


Salut, excuse pour le retard de ma réponse ;)

Disons pour faire court qu'il y a toujours quelque chose qui passe chez Bresson, et rien dans le film de Jauffret qui est complètement bouché et complètement ficelé comme un filet rôti. Et cette chose-là, c'est la vie.

Sinon regardé "Kinatay" de Mendoza, le film confirme tout le mal que je pense du cinéaste. J'y reviendrai, définitivement...
JM
 

Re: sur la toile, le cinéma frappe au hasard

Messagepar polichinelle » Jeu 4 Oct 2012 12:41

Je suis tombé sur un film de Pierre Léon téléchargeable l'autre jour. "L'Idiot", adaptation d'un passage du livre de Dosto..

Léon semble faire un petit film à sa sauce, dans son coin; "Il se fait plaisir", comme on dit. Difficile de dire grand chose de ce genre de film pour happy-few (grosso-modo : prendre quelques pages intenses d'un classique qu'on aime, avoir l'idée de les adapter à l'écran et appeler les copains pour participer au projet). Gêne surtout d'avoir l'impression d'être dans le même temps dans un petit film bricolé dans son coin, mais aussi avec des acteurs et des personnalités du gratin cinéma, triées sur le volet, qui récitent (parfois mal, comme Eisenzitch) leurs textes devant la caméra de Léon. On a surtout envie de le laisser seul avec son film et le cabotinage de ses invités de marque. Snobisme du critique, snobisme du cinéaste.

Son travail de monteur m'avait pas paru plus sérieux (le court qu'il avait réalisé avec des images d'Ivan le terrible).
polichinelle
 

Re: sur la toile, le cinéma frappe au hasard

Messagepar JM » Sam 13 Oct 2012 10:40

Donovan's Echo, Jim Cliffe

Téléchargé ce film us un peu par hasard. Il est sorti l'an dernier et je pense que ça a fait un flop en salle là-bas, c'est pas sorti en France et pas prévu… en gros on se retrouve devant une nième variation cinéma du type ordinaire qui se découvre (et nous avec) des talents de médium. Le même engouement (décliné sous plusieurs formes différentes) existe aussi du côté des séries TV américaines. Je me souviens que Resnais avait affirmé suivre de près la série "Millennium" à l'époque où il avait tourné "Cœurs" (il a, par exemple, récupéré Mark Snow qui travaillait sur la série pour la musique de ses derniers films), et curieusement on retrouve quelque chose de tout à fait rance entre un film comme celui de Cliffe et ceux du cinéaste français depuis les quinze dernières années. De Shyamalan (Peut-on dire qu'il fut l'initiateur du genre avec son "Sixième Sens" ? Ou, du moins, de sa remise à la mode ?) à Eastwood ("Hereafter"), en passant par "Take Shelter" et bien d'autres films apocalyptiques, revient toujours le même thème christique du type qui : 1/ mène une vie apparemment anonyme, 2/ découvre son talent, 3/ n'est pas cru et passe pour fou, 4/ Avait en réalité raison. S'ajoute généralement à ce parcours du combattant médiumnique quelques élucubrations scientifiques fumeuses, un peu de psychologie de prisunic, une réalisation toute en suspensions du temps énigmatiques et la musique insupportable pleine de points d'interrogation qui va avec, ainsi qu'une grisaille pathologique, voire théologique (culpabilité), figurant la tristesse de ce monde qui court à sa perte, et où les génies sauveurs sont des êtres incompris. On peine à prendre tout cela très au sérieux et à ne pas en rire, d'un rire méchant : sommes-nous donc à ce point perdus et terrassés par la peur pour que l'on nous demande de rechercher notre salut dans un cinéma aussi saint-sulpicien ?
JM
 

Re: sur la toile, le cinéma frappe au hasard

Messagepar cornichon » Sam 8 Déc 2012 22:44

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"Rent-a-cat" de Naoko Ogigami (2012)

Encore un film japonais qui n'est pas sorti en France. C'est dans la veine "Taste of tea", dans le genre "gentil film tout mignon" pour les gens qui aiment les chats et les petites choses d'intérieur ayant un cachet rustique et "trop chou !". On navigue entre les petits plaisir de la vie d'un Philippe Delerm et le bon coeur d'une Amélie Poulain qui voue sa solitude à combler celle des autres... C'est TRES long (presque deux heures) et totalement creux (on pense aussi à Wes Anderson comme possible homologue outre-pacifique), l'effet de répétition du récit est surligné suivant le principe qu'il vaut mieux montrer les grosses ficelles que de tenter vainement de les cacher (ça marche pas non plus), et quelques séquences oniriques peu amusantes ni même inspirées...
cornichon
 

Re: sur la toile, le cinéma frappe au hasard

Messagepar cornichon » Dim 30 Déc 2012 14:17

A l'occasion des fêtes de Noël, j'ai regardé deux westerns en famille. "These Thousand Hills" de R. Fleischer (1959) et "Garden of Evil" de H. Hathaway (1954). Autrement dit, deux films réalisés par de plutôt bons faiseurs hollywoodiens, qui ont même parfois réalisé de très bonnes séries B. Mais je sais pas, sans vraiment rentrer dans les détails, les deux films ne me laissent pas grand chose. Tout au plus un ou deux éléments intéressants dans chacun, rien de plus. Le premier est une fable sur la cupidité humaine, tandis que le second aborde le thème de l'arrivisme dans une Amérique wasp en train de se civiliser. Le programme se déroule tranquillement, sans accroc (il y a des femmes, des braves, des paysages, des méchants - indiens et autre, etc), à mi-chemin entre la simple volonté de raconter une histoire, et celle plus morale d'épingler quelques travers humains... En terme de réalisation, les deux films ont plutôt du mal à se démarquer du tout venant de qualité, du ventre mou de la production hollywoodienne des années 50. La caravane passe...
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