Les oubliés de HK : Ann Hui

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Re: Ann Hui daily

Messagepar Sword7 » Ven 12 Oct 2012 18:01

En fait je me suis planté, l'appartement n'est pas celui de An'xin mais celui du mec. L'erreur vient du fait qu'il y a, à un moment donné, un raccord pour le moins abrupte. An'xin accueille Yang Rui chez elle après l'avoir blessé, nous le voyons sur le lit, il se réveille et parle avec elle (elle lui dit qu'il est chez elle). Et le plan suivant il se réveille, il est sur son lit, chez lui, et An'xin arrive dans le salon (où il y a les fameux dvd) avec le repas comme si elle était chez elle. C'est plus que curieux comme montage.

Mais c'est finalement assez cohérent que tous ces DVD soient chez lui, et non chez elle. Cette facette de cinéphile (suggérée seulement par cet élément du décors) va bien avec le côté grand bébé sans vécu sérieux du personnage, en opposition avec le background incroyable d'An'xin. Le fait qu'il tombe amoureux d'An'xin, qui est d'une part comparée à la déesse de la miséricorde, et qui d'autre part se compare plutôt elle-même au personnage mythologique de Méduse (pour les morts qu'elle laisse derrière elle), peut aussi être relié à son activité de cinéphile. Elle serait, en quelque sorte, comme une fascinante thérapie pour Yang Rui (totalement inconsciente dans le sens où déjà il voit An'xin comme une fille sage et rangée à qui il va pouvoir raconter et se racheter de ses petites amourettes passées sans intérêt) de la carence d'expérience que connaissent bien les cinéphiles. Elle l'entraine d'ailleurs dans le sillage de ses aventures trépidantes. Est aussi croqué ici un personnage qui vit dans le luxe d'une certaine bourgeoisie chinoise, accompagné du confort culturel qui va avec.
Sword7
 

Re: Ann Hui daily

Messagepar JM » Sam 13 Oct 2012 22:16

Merci Sword7 ! Sinon, tu as un lien pour voir le film d'AH dont tu parles ?
JM
 

Re: Ann Hui daily

Messagepar Sword7 » Lun 15 Oct 2012 16:54

JM a écrit:Merci Sword7 ! Sinon, tu as un lien pour voir le film d'AH dont tu parles ?


OUI !

A télécharger ici avec un logiciel de téléchargement type JD.

sous-titres anglais : http://www.opensubtitles.org/fr/search/imdbid-413515/sublanguageid-all
Sword7
 

Re: Ann Hui daily

Messagepar JM » Mar 20 Nov 2012 17:46

J'ai regardé "Visible Secret" (2001) d'Ann Hui sur le site que tu as proposé Sword7. J'ai pas été emballé...

Le titre du film est joli, mais le "secret visible" n'est autre qu'une plutôt grossière succession de souvenirs fantômes enfouis et oubliés qui refont surface les uns après les autres, de manière un peu anarchique et grandguignolesque. On voit bien ce qui pousse Ann Hui, cinéaste du souvenir, de la transmission intergénérationnelle et d'une certaines mélancolie pour le passé, à s'intéresser aux histoires de fantômes. Le traitement série z humoristique-fantastique-gore abracadabrant semble, par contre, lui aller beaucoup moins bien.

Retranchée derrière le cinéma de genre, la cinéaste se caricature et enquille les séquences à la truelle et de manière détraquée, sans vraiment y croire, sauf à de rares beaux moments où ses thèmes de prédilection refont un instant surface à l'image (une chanson, un plan posé, un regard…) noyés au milieu de la pochade et du je-m'en-foutisme.

Par contre Shu Qi est très mignonne, mais c'est pas vraiment nouveau ! 8-) 8-)

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Re: Ann Hui daily

Messagepar JP » Lun 17 Déc 2012 16:55

JM a écrit:Retranchée derrière le cinéma de genre,


Bonjour,

Je vois mal comment on peut "se retrancher", ou se reposer, derrière un genre, expressions que j'entends assez régulièrement. En raison de l'hétérogénéité des éléments qui le composent, il n'y a pas plus instable que la notion de "genre", donc les remarques supra ne sont pas cohérentes. Ou alors on suppose cohérent qu'une personne choisisse de se planquer derrière un mur plein de trous, ou de se reposer sur un sol en mouvement perpétuel...
JP
 

Re: Ann Hui daily

Messagepar JM » Lun 17 Déc 2012 20:28

JP a écrit:
JM a écrit:Retranchée derrière le cinéma de genre,


Bonjour,

Je vois mal comment on peut "se retrancher", ou se reposer, derrière un genre, expressions que j'entends assez régulièrement. En raison de l'hétérogénéité des éléments qui le composent, il n'y a pas plus instable que la notion de "genre", donc les remarques supra ne sont pas cohérentes. Ou alors on suppose cohérent qu'une personne choisisse de se planquer derrière un mur plein de trous, ou de se reposer sur un sol en mouvement perpétuel...


Salut,

Tu as raison, ça ne tient pas vraiment debout ce genre d'affirmation. D'autant qu'AH quand elle est à son meilleur est également dans un autre genre : le mélodrame. Du coup, c'est sans doute ce genre en particulier, le fantastique, quand même très codifié du point de vue du "fond" (programme qu'elle s'oblige à suivre en partie, même si on sent que ça l'inspire pas des masses sinon sur le mode de la dérision), et qu'elle approche avec une "grammaire" bien peu convaincante au niveau de la forme, qui l'empêche de faire un film vraiment intéressant... ?
JM
 

Re: Les oubliés de HK : Ann Hui

Messagepar Sword7 » Dim 7 Sep 2014 18:37

En attendant (ou pas) l'adaptation 3D de "La Prise de la Montagne du Tigre" par Tsui Hark prévue pour les fêtes de la fin de l'année sur les écrans chinois (teaser ici), sort début octobre pour les congés de la fête nationale le nouveau film d'Ann Hui, "The Golden Era", fresque de quasiment 3 heures sur la vie de Xiao Hong et Xiao Jun, deux écrivains chinois du XXème siècle. La grosse boursouflure académique et lisse est à craindre !
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Re: Les oubliés de HK : Ann Hui

Messagepar Sword7 » Sam 17 Jan 2015 18:08

Bon ben voilà, j'ai vu "The Golden Era". Film de quasiment trois heures, c'est long, très long... Comme on pouvait s'y attendre, c'est un film de qualité : beau cadrage, photo léchée, décors et costumes bien finis, avec une légère touche de "modernité" au milieu (les acteurs qui regardent à quelques occasions les spectateurs par l'intermédiaire de regards-caméra) sans doute pour ne pas oublier la modernité littéraire des écrivains chinois évoqués dans le film (Hui, contrairement à Truffaut, ne résiste tout de même pas à la tentation de faire figurer Lu Xun façon musée Grévin dans son film).

La cinéaste ne donne bien entendu pas beaucoup de clés sur la littérature chinoise de l'époque, ni sur l'époque en elle-même, même si elle semble faire voeu de pédagogie. Le cinéma joue ici surtout comme illustration grossière et figée de la description littéraire classique, nulle écriture cinématographique. Lorsque nous entendons des témoignages face à la caméra, comme dans une émission TV culturelle lambda (modernité passablement éculée quand même, d'où les guillemets précédents), il s'agit essentiellement de suivre une chronologie, d'éclairer les rapports personnels des personnages entre eux, ou de proposer deux versions différentes d'un épisode de la vie des écrivains (prise de distance assez rabougrie avec la légende, quand tout par ailleurs tend vers le portrait doloriste des écrivains en icônes). On retient surtout de Xiao Hong et Xiao Jun leur mélancolie et leur relation amoureuse conflictuelle, c'est ce qui intéresse Ann Hui et autre chose aurait finalement été étonnant. La modernité restituée à l'écran est donc dans le fond purement réactionnaire, simple artefact (à réguler, comme cela est signalé dans une belle scène où Xiao Hong nous regarde soudainement) de nos sociétés contemporaines capitalistes centrées sur l'individu, et en réalité en harmonie totale avec la forme proposée.

Certes, il y a la pauvreté. Mais celle-ci est reconstituée à l'écran de manière si minutieuse et académique, avec tant d'argent et de soin, qu'elle semble comme détachée de la réalité intérieure des personnages, constituant un décorum fatal dans lequel ils évoluent en victimes contrites, agissant toutefois en écrivant, et nous les voyons écrire à l'écran, péniblement, comme si cela était suffisant pour nous faire passer quelque chose de leur écriture...
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Re: Les oubliés de HK : Ann Hui

Messagepar Sword7 » Mar 20 Jan 2015 18:13

Le mélodrame intimiste contemporain ayant pour sujets des gens simples est la spécialité d'Ann Hui, mais ici son mélodrame, se prenant les pieds dans le tapis du biopic hagiographique et historique, devient vite boursouflé et comme une caricature maniérée et vernie de ses meilleurs films (pour le même type de symptômes, voir également "The Grandmaster" de WKW, qui ressort d'ailleurs en salle en janvier en version 3D).

Cette génération de cinéastes hongkongais (les WKW, Woo, Hark, Hui..) est vraisemblablement perdue depuis l'ouverture du marché continental dans laquelle elle s'est finalement engouffrée sans complexe et selon un nivellement par le bas, pourtant après beaucoup de méfiance et de prudence...
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Re: Les oubliés de HK : Ann Hui

Messagepar soren » Jeu 22 Jan 2015 18:31

Sword7 a écrit:Le mélodrame intimiste contemporain ayant pour sujets des gens simples est la spécialité d'Ann Hui, mais ici son mélodrame, se prenant les pieds dans le tapis du biopic hagiographique et historique, devient vite boursouflé et comme une caricature maniérée et vernie de ses meilleurs films (pour le même type de symptômes, voir également "The Grandmaster" de WKW, qui ressort d'ailleurs en salle en janvier en version 3D).

Cette génération de cinéastes hongkongais (les WKW, Woo, Hark, Hui..) est vraisemblablement perdue depuis l'ouverture du marché continental dans laquelle elle s'est finalement engouffrée sans complexe et selon un nivellement par le bas, pourtant après beaucoup de méfiance et de prudence...


J'ai regardé "July Rhapsody" l'autre jour. Le perso principal, prof de littérature, parle de Lu Xun à ses élèves en en vantant la grande modernité, ceux-ci semblent s'en moquer éperdument. Le film tente, par ailleurs, de rattacher la littérature chinoise à la vie contemporaine de ses personnages. Il y parvient parfaitement, sans user d'aucun artifice massif, simplement, loin visiblement de ce que tu décris de son dernier film lourdement didactique dans les milieux littéraires d'antan. C'est dans les petites choses du quotidien, au détour d'un geste ou d'une action au présent, que la rencontre s'opère entre la vie et ce que l'on nomme communément "la grande littérature".
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