Les oubliés de HK : Ann Hui

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Re: Les oubliés de HK : Ann Hui

Messagepar Sword7 » Ven 23 Jan 2015 09:10

soren a écrit:J'ai regardé "July Rhapsody" l'autre jour. Le perso principal, prof de littérature, parle de Lu Xun à ses élèves en en vantant la grande modernité, ceux-ci semblent s'en moquer éperdument. Le film tente, par ailleurs, de rattacher la littérature chinoise à la vie contemporaine de ses personnages. Il y parvient parfaitement, sans user d'aucun artifice massif, simplement, loin visiblement de ce que tu décris de son dernier film lourdement didactique dans les milieux littéraires d'antan. C'est dans les petites choses du quotidien, au détour d'un geste ou d'une action au présent, que la rencontre s'opère entre la vie et ce que l'on nomme communément "la grande littérature".


Salut soren,

Je rappelle qu'il y a un lien en première page de ce topic pour voir le film d'Ann Hui en stream ! ;)
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Re: Les oubliés de HK : Ann Hui

Messagepar Sword7 » Mer 27 Mai 2015 07:36

Sword7 a écrit:Cette génération de cinéastes hongkongais (les WKW, Woo, Hark, Hui..) est vraisemblablement perdue depuis l'ouverture du marché continental dans laquelle elle s'est finalement engouffrée sans complexe et selon un nivellement par le bas, pourtant après beaucoup de méfiance et de prudence...


Je suis peut-être allé un peu vite quand même, car "A simple life" (2011), que j'ai enfin vu en DVD, est un bon film, complètement dans la veine de ce que j'apprécie chez la cinéaste. Et pourtant il a été diffusé sur le marché de Chine continentale. C'est presque curieux car le film fonctionne vraiment à l'économie et est plutôt osé scénaristiquement et aussi esthétiquement dans sa sobriété, nous ne sommes pas du tout face au tout venant du drame commercial et impersonnel tel qu'il abonde sur les écrans chinois.

L'absence de musique est par exemple un parti pris risqué, surtout pour un mélodrame hongkongais. On a déjà dit ici que la musique en était généralement une composante essentielle. C'est un film qui respecte, sans fioritures, le jeu de paroles et de silences entre les individus, les générations, les catégories sociales. Par contre, le film se termine sur une poésie, comme cela est régulièrement le cas chez elle.

On a aussi déjà dit qu'Ann Hui n'est jamais plus à l'aise qu'en tournant à HK, c'est encore le cas ici. Elle connait tous les petits gestes des habitants (je pense par exemple à cette façon de nettoyer ses couverts dans l'eau du thé au resto, comme on le voit discrètement faire par les personnages), tous les fonctionnements de la société locale (la discrète description du fonctionnement des maisons de retraite au coeur de la ville, dirigées comme des mouroirs miteux par des gens peu scrupuleux), toute la cartographie de la ville et son étroitesse (beauté de toute la mise en scène qui cherche des manières de faire passer cette étroitesse et cet étouffement de l'espace dans le plan : réduction du cadre du 16/9ème au 4/3 avec des éléments de premier plan, sentiment de resserrement dû à des contre-plongées qui montre la réduction du ciel par le sommet des buildings...). Avec Ann Hui, HK est comme un village, ce que l'on ressent aussi du reste en se baladant dans les rues de la ville et les marchés au pieds des tours.

Sympathique scène avec Samo Hung, Tsui Hark et Andy Lau (excellent de sobriété - d'abord un peu hautaine, puis bienveillante - dans tout le film, face à une malicieuse Deannie Yip tout aussi excellente !) dans une gargote de Beijing. Les deux cinéastes jouent leur propre "rôle" tandis qu'Andy Lau incarne un producteur de cinéma (célibataire : là-encore, le scénario ne cède absolument rien aux habituelles histoires d'amour forcées des personnages, il restera célibataire tout le film). Ann Hui ramène ces super-stars du côté de l'humain, du populaire, loin des grosses machines spectaculaires qu'ils mettent au point par ailleurs et qui semblent parfois tellement détachées de la réalité, c'est assez plaisant.

Le film frôle plusieurs fois la lourdeur mais l'évite de justesse car il reste en mouvement (d'ailleurs les plans ne sont jamais vraiment fixes, il y a toujours un léger flottement de la caméra). Il faut dire que ce qui entoure le sujet du film (la vieillesse) est casse-gueule à filmer (le monde des maisons de retraite), mais Ann Hui y va frontalement sans chercher à esquiver, c'est courageux, elle parvient en même temps à rendre la tristesse du lieu et aussi l'humanité, une certaine tendresse qui s'en dégage (et les sorties de la maison de retraite sont des trouées de liberté). On est bien loin de la morgue habituelle du naturalisme débraillé à la française qui voue un culte au corps, dont l'un des antidotes pourrait être la sobriété et la modestie créative d'Ann Hui (qui s'intéresse autant aux individus qu'elle filme qu'à ce qui passe entre eux - cela réclame un autre souffle).
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