Repasser la pauvreté

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Repasser la pauvreté

Messagepar Sword7 » Ven 30 Nov 2012 21:51

JM a écrit:Suite à une émission de Taddei où elle était invitée, je suis en train de lire "Repenser la pauvreté" d'E. Duflo et A. V. Banerjee. Je pensais, vu le résumé, que ça pouvait m'aider dans mes recherches personnelles à propos de la grande pauvreté quotidienne rencontrée en Chine. Eh bien non, c'est abominable ce truc. Ca part visiblement de plein de bons sentiments mais j'arrive pas à supporter cette manière pragmatique de tout justifier par des chiffres, des expériences testées ds la population, de tout voir par le petit bout du salaire...la rationalisation pour arriver aux conclusions recherchées est parfois poussée à des limites vraiment absurdes, pour ne pas dire carrément discutables (les critères d'intelligence à la limite d'être justifiés par des thèses racialistes, quand c'est pas "est jugé intelligent qui gagne un salaire de tant ou tant"). De plus les auteurs affirment donner la parole aux pauvres mais le premier témoignage recueilli est là pour être gommé et contrecarré par des études et des schémas. En gros les pauvres ne savent pas ce qu'ils disent, ils n'ont pas assez de recul sur leurs propres vies, certains scientifiques et économistes eux détiennent les vraies causes et solutions.

D'instinct, je dirais que la pauvreté reste à repenser, hors des schémas et des chiffres des économistes.


casseur a écrit:
JM a écrit:Suite à une émission de Taddei où elle était invitée, je suis en train de lire "Repenser la pauvreté" d'E. Duflo et A. V. Banerjee. Je pensais, vu le résumé, que ça pouvait m'aider dans mes recherches personnelles à propos de la grande pauvreté quotidienne rencontrée en Chine. Eh bien non, c'est abominable ce truc. Ca part visiblement de plein de bons sentiments mais j'arrive pas à supporter cette manière pragmatique de tout justifier par des chiffres, des expériences testées ds la population, de tout voir par le petit bout du salaire...la rationalisation pour arriver aux conclusions recherchées est parfois poussée à des limites vraiment absurdes, pour ne pas dire carrément discutables (les critères d'intelligence à la limite d'être justifiés par des thèses racialistes, quand c'est pas "est jugé intelligent qui gagne un salaire de tant ou tant"). De plus les auteurs affirment donner la parole aux pauvres mais le premier témoignage recueilli est là pour être gommé et contrecarré par des études et des schémas. En gros les pauvres ne savent pas ce qu'ils disent, ils n'ont pas assez de recul sur leurs propres vies, certains scientifiques et économistes eux détiennent les vraies causes et solutions.

D'instinct, je dirais que la pauvreté reste à repenser, hors des schémas et des chiffres des économistes.


Alors là je suis bien d'accord avec toi. Ce bouquin c'est de là cochonnerie. Dire qu'il faut être prix Nobel pour écrire des trucs comme ça, ça laisse rêveur. Je sais pas si tu es arrivé à le finir mais moi j'y suis pas arrivé. J'arrive pas à comprendre cette perception du monde.


casseur a écrit:J'y repensais,

ce bouquin, c'est un peu "comment adapter le capitalisme pour que les pauvres soient moins pauvres", tout en occultant le fait évident que ce système d'exploitation économique a besoin d'eux, et précisément dans cet état, pour survivre. On pourrait croire que c'est juste de la naïveté, mais venant d'économistes de renom on peut quand même se demander s'il n'y a pas un tout petit peu d'hypocrisie...


Sword7 a écrit:
JM a écrit:quand c'est pas "est jugé intelligent qui gagne un salaire de tant ou tant")



Pas terminé ce livre non plus... Comme tu dis, les deux analystes épousent en définitive l'idée majoritairement répandue dans les sociétés de certains pays en voie de développement (je pense aussi à la Chine, mais à mon avis c'est pas la seule) que l'intelligence de la personne qui se trouve devant soi se mesure en fonction de l'argent qu'elle gagne (honnêtement ou pas). Il ne s'agit jamais de sortir de cette logique-là, qui est une construction idéologique purement capitaliste.

On trouve au cinéma une bonne représentation de ce qu'est le "piège de pauvreté" (expliqué dans le bouquin avec des schémas et des exemples) dans "Lola", le film de Mendoza. Sans doute l'aspect sociologique rapidement évoqué dans le texte du site ?!
Sword7
 

Re: Repasser la pauvreté

Messagepar weightwatchers » Mar 4 Déc 2012 16:33

Sword7 a écrit:deux analystes épousent en définitive l'idée majoritairement répandue dans les sociétés de certains pays en voie de développement (je pense aussi à la Chine, mais à mon avis c'est pas la seule) que l'intelligence de la personne qui se trouve devant soi se mesure en fonction de l'argent qu'elle gagne (honnêtement ou p


d'où cela constitue-t-il une particularité des pays en voie de développement ?
weightwatchers
 


Re: Repasser la pauvreté

Messagepar casseur » Jeu 20 Déc 2012 23:21

C'est marrant les premières minutes de "Looper" dans lesquelles le mec apprend à conjuguer le verbe "avoir" en français. Surtout si on fait le lien avec le fait que le réalisateur évoque Godard à propos de la réalisation de son film... le même Godard qui affirme que l'abus de verbe "avoir" a tué le cinéma. J'ai arrêté le film assez rapidement après, fatigué par cette nème reconstitution, tellement caricaturale qu'elle en devient dangereusement banale dans son opposition entre pauvres et riches, de la ville-type du futur et des effets qui se croient tape-à-l'oeil mais qui sont en définitive à bout de souffle (la caméra à l'envers lors du trip)... Et vous ?


Cette absence de héros est rare pour un film hollywoodien…

Attention, les ordures ne sont pas forcément plus intéressantes que les héros. En revanche, cette histoire exigeait que le personnage, face à sa “boucle”, ait un dilemme moral qui parle au spectateur. C’est le cas du jeune Joe. Pour l’écrire, j’ai beaucoup pensé à Rick (Humphrey Bogart) dans Casablanca. Comme lui, Joe est isolé et égoïste car le monde autour de lui l’exige : c’est une société sans classe moyenne. On est pauvre ou riche, et il ne veut pas être pauvre. C’est tout.


Est-ce une critique de l’Amérique d’aujourd’hui ?

Ma motivation à réaliser un film n’est jamais idéologique. Après, l’histoire est mon produit et jesuis un produit de mon environnement. S’il y a un commentaire social, c’est une conséquence inconsciente ! (sourire)


[quote]Et, pour la première moitié de Looper, j’ai beaucoup pensé à Godard et l’anarchie joyeuse de À bout de souffle ou de Bande à part…[quote]

http://www.evene.fr/cinema/actualite/rian-johnson-pour-realiser-looper-j-ai-beaucoup-pense-a-god-1264021.php

(sic)
casseur
 

Re: Repasser la pauvreté

Messagepar Notebad » Ven 21 Déc 2012 16:19

casseur a écrit:C'est marrant les premières minutes de "Looper" dans lesquelles le mec apprend à conjuguer le verbe "avoir" en français. Surtout si on fait le lien avec le fait que le réalisateur évoque Godard à propos de la réalisation de son film... le même Godard qui affirme que l'abus de verbe "avoir" a tué le cinéma. J'ai arrêté le film assez rapidement après, fatigué par cette nème reconstitution, tellement caricaturale qu'elle en devient dangereusement banale dans son opposition entre pauvres et riches, de la ville-type du futur et des effets qui se croient tape-à-l'oeil mais qui sont en définitive à bout de souffle (la caméra à l'envers lors du trip)... Et vous ?


Ah ah, bien vu casseur ! :lol:

Je vais aussi "casser" un peu :

Pour le reste ce film est effectivement d'une grande nullité. Caractéristique d'un cinéma hollywoodien d'action complètement en déroute ces dernières années : aucun rythme, des effets éculés, un scénario n'importenawak reposant sur une fausse bonne idée éternellement recyclée (la boucle temporelle - si c'est pas ça, c'est la ligne droite temporelle, voir le dernier film de Niccol), une musique atroce, une diégèse sans une once d'imagination, un acteur qui se regarde en imiter un autre et le second qui semble las d'être encore là, etc, etc.

Sans aller voir ce que la critique en a dit, je suis sûr que le film a été apprécié dans le milieu, dans la mesure où le cinéaste joue à fond la carte du recyclage, étale sa petite culture cinématographique... les critiques français n'aiment rien tant que les cinéastes usiens qui montrent bien qu'ils ne sont pas complètement incultes et ignares, quand bien même leur film ne fait absolument rien de ce savoir sinon un catalogue de références. Ils sont un peu comme ces vieux professeurs fiers de leur sauvageon à qui ils ont réussi à faire dire quelque chose d'appris par coeur sur tel ou tel classique.
Notebad
 

Re: Repasser la pauvreté

Messagepar JM » Dim 30 Déc 2012 18:07

Hello,

"Looper", encore un film d'action us que j'ai raté cette année. Je crois que 2013 est l'année où j'ai regardé le moins de nouveaux films usiens, et en grande partie parce que quasiment rien ne me faisait vraiment envie. Je me suis forcé à regarder le Wes Anderson en sachant déjà ce que j'allais y trouver, et deux trois autres trucs qui m'ont pas plus marqué...

ah si, il y a quand même "Damsels in Distress" qui m'a plu et surpris, dont il y aurait pas mal de choses intéressantes à dire. J'attends d'en avoir vu davantage de Whit Stillman mais il me semble être l'un des rares cinéastes actuels à poursuivre une certaine tradition brillante et smart du cinéma hollywoodien de comédie.


A propos du dernier entretien de JLG ci-dessus, j'aime bien ce qu'il dit à propos du bouquin de Serres, on sent qu'il se place du côté de la déconstruction, de Derrida, contre les thuriféraires du prêt-à-penser contemporain. Pas de doute qu'il aura relu quelques pages de "De la grammatologie" avant de s'attaquer à son film "Adieu au langage"... ;)
JM
 

Re: Repasser la pauvreté

Messagepar Sword7 » Mer 2 Jan 2013 17:27

JM a écrit:Hello,

"Looper", encore un film d'action us que j'ai raté cette année. Je crois que 2013 est l'année où j'ai regardé le moins de nouveaux films usiens, et en grande partie parce que quasiment rien ne me faisait vraiment envie. Je me suis forcé à regarder le Wes Anderson en sachant déjà ce que j'allais y trouver, et deux trois autres trucs qui m'ont pas plus marqué...

ah si, il y a quand même "Damsels in Distress" qui m'a plu et surpris, dont il y aurait pas mal de choses intéressantes à dire. J'attends d'en avoir vu davantage de Whit Stillman mais il me semble être l'un des rares cinéastes actuels à poursuivre une certaine tradition brillante et smart du cinéma hollywoodien de comédie.


Moi j'en regarde encore pas mal que j'achète en DVD pirates dans la rue, en Chine. J'ai l'impression de faire une bonne oeuvre au lieu de les downloader, et que ces blockbusters servent au moins une cause utile. La plupart du temps les films sont nuls, j'en parle même pas...
Sword7
 


Re: Repasser la pauvreté

Messagepar Chantal » Mar 8 Jan 2013 08:45

JM a écrit:
ah si, il y a quand même "Damsels in Distress" qui m'a plu et surpris, dont il y aurait pas mal de choses intéressantes à dire. J'attends d'en avoir vu davantage de Whit Stillman mais il me semble être l'un des rares cinéastes actuels à poursuivre une certaine tradition brillante et smart du cinéma hollywoodien de comédie.


Salut JM,

J'avais regardé "Metropolitan" il y a bien longtemps, j'en garde quelques beaux souvenirs. En particulier un fondu au noir dans une cuisine, à la fin d'une discussion entre deux amants en devenir, qui s'y retrouvent par hasard. C'était la première fois que je voyais un usage aussi doux du fondu au noir, je crois. Délicat et léger comme les sentiments ressentis par les personnages de la scène à ce moment-là. J'avais aimé également l'art du dialogue, indépendamment du classicisme de la réalisation (quoique cela soit à discuter, il y a aussi certaines choses qui relèvent de la modernité comme ce plan lors duquel une fille passe devant la caméra et se regarde très furtivement dedans en se recoiffant, comme si elle s'observait devant un miroir), c'est peut-être cela qui te fait penser à la tradition hollywoodienne. C'est un spectacle, certes bourgeois et aristo, mais où on ne se moque pas des spectateurs, où on ne les prend pas pour des gosses de moins de 16 ans, une certaine "tenue" est exigée (ce qui naturellement n'exclue pas une dose de vulgarité et de régression).

Bon, tout cela n'a pas grand chose à voir avec la pauvreté et Duflo, même si...
Chantal
 

Re: Repasser la pauvreté

Messagepar Chantal » Mer 9 Jan 2013 08:31

Salut JM,

Tu peux pas arracher les propos sur "Metropolitan" aussi rapidement de ce topic pour les replacer ailleurs, à l'écart !! ;)

Il est bien question de pauvreté dans le film de Stillman, via le personnage de Tom (qui es un peu celui qui introduit les spectateurs dans le film). Le jeune homme, au début du film, se réclame du socialisme, des idées de Fourier plus précisément. Ce qui lui vaut quelques moqueries de son nouvel entourage, mais surtout des questions plutôt innocentes à propos des contradictions qui l'animent (entre réel et théorie, pour dire vite). Chacun essaye de comprendre son point de vue, mais aussi de l'influencer, soit en tête à tête, soit lors des discussions en groupe. La conversation avec Nick, qui commence à partir du manteau que porte Tom, est centrale. Il lui explique en gros qu'avant de penser à aider les autres, il faut d'abord penser à s'aider soi-même. Que les pauvres et les exclus à qui il consacre ses études, c'est lui aussi.

Et cette idée fait son petit bonhomme de chemin, si bien que Tom vers la fin du film s'est tellement bien intégré au groupe, qu'il renie dans le taxi les idées de Fourier, de même qu'il se met à préférer aux bonnes critiques de Jane Austin, les bouquin d'Austin eux-mêmes. Ces changements s'opèrent dans la dynamique d'inclusion de Tom dans son nouveau cercle d'ami(e)s, dans son abandon de la solitude. Il n'est pas vraiment question d'arrivisme ici (même si on en parle), c'est un beau hasard qui met Tom sur la route de ses futurs mais éphémères partenaires, ce sont eux qui le prennent sous son aile. Il les rejoint d'abord parce qu'il se sent bien avec eux, il n'y a pas de calcul. Et c'est même lui qui se retrouve à la fin seul avec Charlie, à regretter les belles heures passées ensemble, lorsque le groupe se disperse petit à petit. Plus que les autres, qui n'y voyaient probablement guère plus qu'une routine (le garçon qui dort tout le temps), il a aimé (au sens fort du terme, puisqu'il trouve dans ce groupe l'amour véritable de/pour Audrey) ces moments passés avec la bande de Nick. Et nous aussi.
Chantal
 

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