Repasser la pauvreté

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Re: Repasser la pauvreté

Messagepar lakhdar75 » Ven 25 Jan 2013 20:04

casseur a écrit:J'ai arrêté le film assez rapidement après, fatigué par cette nème reconstitution, tellement caricaturale qu'elle en devient dangereusement banale dans son opposition entre pauvres et riches, de la ville-type du futur


C'est "dangereusement banal" mais surtout franchement affligeant de voir qu'à peu près un siècle après Metropolis, une partie de l'"imaginaire" de sf en est rigoureusement au même point (le dernier film de Niccol fonctionnait aussi là-dessus). Des trucs comme la société de classe (haut-bas) qu'on devrait pourtant avoir laissé derrière nous grâce à l'Histoire sont encore envisageables aujourd'hui projetés dans le futur. C'est peut-être moins cet imaginaire-là qui est à blâmer (sauf comme tu dis dans un film comme Looper dans lequel tout cela est très décomplexé, devient une sorte de routine), que les sociétés dont il est issu.
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Re: Repasser la pauvreté

Messagepar lakhdar75 » Mar 5 Fév 2013 19:19

En plus, dans Looper, il y a toute cette partie assez bizarre dans le Shanghai contemporain. C'est comme un clin d'oeil de très mauvais goût à cette esthétique sf du haut et du bas de la société de classe, de mauvais goût parce que sans aucune perspective critique et pourtant tissé dans le réel contemporain. On en revient au côté "banal" et décomplexé dont parlait casseur.
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Re: Repasser la pauvreté

Messagepar casseur » Jeu 12 Sep 2013 20:05

Sur le sujet de départ du topic, le bouquin de Duflo et les microcrédits, à lire un article dans le numéro du Diplo de septembre. L'auteur décrit très bien en trois lignes les origines du malaise que m'avait laissé le travail de Duflo exposé dans son livre :

L'entrepreneuriat pour principe, le marché pour base, le capitalisme "équitable et durable" pour but : tel est leur credo, incarné par M. Muhammad Yunus, fondateur de la Grameen Bank et Prix Nobel de la paix en 2006
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Re: Repasser la pauvreté

Messagepar casseur » Mar 11 Fév 2014 15:31

Et puis :

Alors oui, pour ce qui est de pleurnicher, la gauche pleurnicheuse ne regarde pas à la dépense lacrymale : inégalités, précarité, déclassement, exclusions, ghettoïsation, chômage même ! rien de ce qui fait souffrir la société française ne lui est étranger. Ca n’est pas qu’ayant bien pleuré le travail soit terminé, d’ailleurs on remplit des pages pour analyser et pour « comprendre ». Mais en omettant systématiquement de chercher les causes dans certaines directions qui ont été fermées par principe, dès le départ – et la clé jetée dans les taillis. Europe, libre-échange, pouvoir du capital financier : les trois idées qui n’ont pas droit de cité, ou bien sur le mode de la plus grande inconséquence, dans cette République des idées.

C’est alors une performance dans son genre que de se pencher si longuement sur les dégâts de la mondialisation sans jamais mettre en cause frontalement la mondialisation. Il est vrai que les contributeurs ont été choisis tout exprès : tous ont pour propriété d’avoir poussé le scrupule méthodologique-disciplinaire au point ultime où leur objet est si bien circonscrit qu’il en est déconnecté de toute détermination macro-structurale. On se penche donc avec une rigueur d’entomologiste sur les inégalités (Camille Peugny), sur les déséquilibres de la fiscalité (Camille Landais, Thomas Piketty et Emmanuel Saez), sur la pauvreté (Esther Duflo), ou même sur « les ravages du nouveau productivisme » (Philippe Askénazy), ce dernier réussissant sur pareil sujet cet exploit de ne pas prononcer une seule fois les mots « actionnaire » ou « rentabilité financière » ! Ainsi le monde est-il découpé en misères séparées et tout est fait pour laisser chacune à sa particularité, c’est-à-dire à son isolement, sans jamais vouloir donner à aucune la valeur d’un symptôme, ni encore moins les réunir en un tableau d’ensemble qui, bien sûr, demanderait à aller voir au-delà, dans la direction d’un système générateur.


http://blog.mondediplo.net/2014-02-07-L ... lement-des
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Re: Repasser la pauvreté

Messagepar casseur » Sam 12 Juil 2014 22:59

lakhdar75 a écrit:
casseur a écrit:J'ai arrêté le film assez rapidement après, fatigué par cette nème reconstitution, tellement caricaturale qu'elle en devient dangereusement banale dans son opposition entre pauvres et riches, de la ville-type du futur


C'est "dangereusement banal" mais surtout franchement affligeant de voir qu'à peu près un siècle après Metropolis, une partie de l'"imaginaire" de sf en est rigoureusement au même point (le dernier film de Niccol fonctionnait aussi là-dessus). Des trucs comme la société de classe (haut-bas) qu'on devrait pourtant avoir laissé derrière nous grâce à l'Histoire sont encore envisageables aujourd'hui projetés dans le futur. C'est peut-être moins cet imaginaire-là qui est à blâmer (sauf comme tu dis dans un film comme Looper dans lequel tout cela est très décomplexé, devient une sorte de routine), que les sociétés dont il est issu.


Salut Lakhdar et les autres,

De retour sur ce topic après avoir regardé "Le Transperceneige", le dernier film de Joon-ho Bong (qui m'a toujours paru être un cinéaste largement surestimé, ce qui est confirmé ici avec la collection de bonnes critiques que ce gros spectacle boursouflé récolte un peu partout et les conneries qu'on peut lire dessus pour tenter de le défendre, et pas seulement chez les critiques "pro"...). Je reprends grosso-modo ce que je disais au-dessus sans en changer un mot, ça s'applique exactement à ce film qui se passe dans un train habité par une société divisée en deux, et bien sûr à la fin on comprend que l'insurrection de ceux d'en-bas est dirigée par ceux d'en haut, circulez il n'y a rien à voir... Quelle originalité !

Le fait que tout se déroule dans un train rend le truc encore plus débile et absurde que d'habitude (le leader d'une intelligence remarquable continue sa révolte pour lui-même et les trois survivants qui restent encore avec lui), sans issue, artificiel. On traverse les wagons en se demandant quand tout cela va enfin se terminer, ces massacres à répétition, cette complaisance dans les décors saugrenus et luxueux, aussi peaufinés que la crasse et la pauvreté des wagons de queue. Même le cinéaste se fait chier, mais il en rajoute trois tonnes de bobines de bon faiseur pour pas trop le montrer, et s'essaye à faire un peu d'humour dans les tunnels de massacres (mais c'est pas fameux). Faut dire que quand on voit la fin sur le papier (un ours polaire sur une montagne qui regarde une femme et un gamin sortir enfin du train dans leur peaux de bête), ça devait être difficile de garder la foi pour aller jusqu'au bout !
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Re: Repasser la pauvreté

Messagepar scienezma » Dim 13 Juil 2014 10:49

Retrouvé ceci dans un autre topic, à mon avis ça a aussi sa place ici :

JM a écrit:"In time" de Andrew Nicholls

Jamais beaucoup aimé Nicholls. Sous couvert d'être un critique lucide des dérives de notre société, le mec a semble-t-il bien plus que ça, une fascination pour le pouvoir, les types en uniforme…son esthétique léchée et froide, maîtrisée et sans prise, ne trompe pas. Dans "In Time", le capitalisme est censé en prendre un coup mais personne n'y croit vraiment. Et ce dernier plan du film, ridiculement grandiloquent, montre bien qu'au fond, Nicholls a toujours besoin des grosses machines fascistes pour continuer, pour faire avancer sa petite combine. Cynique et sinistre. D'ailleurs, à l'image on voit bien qu'il met beaucoup plus d'application à représenter la société d'en haut que celle du bas qui est totalement foirée. Esthétiquement, le partage est rigoureusement celui des dominants du film. Il ne réalise pas (ou alors il est dans le déni) que son propre film est après tout une grosse machine qui capitalise elle aussi sur le temps (courses poursuite, etc) auprès de ses spectateurs. Gimmick pompeux et stupide (car sans autre but que de délivrer un programme, faisons abstraction du fait qu'il ne tient pas debout) du temps remplaçant l'argent qui cache en définitive les vrais enjeux dévastateurs de l'exploitation du temps dans nos sociétés. Le type même de film hollywoodien qui, sous un vernis progressiste, et de par ce vernis même (question de méthode), est idéologiquement plutôt douteux. Ici, la fable ne sert plus le réel, elle le dessert. Un détail, les acteurs sont tous plus nuls les uns que les autres.
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Re: Repasser la pauvreté

Messagepar JM » Sam 23 Aoû 2014 10:23

lakhdar75 a écrit:En plus, dans Looper, il y a toute cette partie assez bizarre dans le Shanghai contemporain. C'est comme un clin d'oeil de très mauvais goût à cette esthétique sf du haut et du bas de la société de classe, de mauvais goût parce que sans aucune perspective critique et pourtant tissé dans le réel contemporain. On en revient au côté "banal" et décomplexé dont parlait casseur.


idem, mais un peu différemment, pour Spike Jonze qui ne s'embarrasse pas du tout, dans "Her", du bas. Il va tourner son film à Shanghai (censé être LA), parce que LA pourrait ressembler à ça dans le futur si la ville se développait (à mon avis, c'est surtout de la délocalisation de projet, avec réduction de budget, mais bon), et son film assez odieux reste confiné dans les hautes sphères des cadres qui habitent dans des lofts de Pudong au-dessus de la ville, à 6 millions de yuans. Le film est surtout déplaisant, outre son esthétique éthérée de maison de convalescence, parce qu'il se complait dans ce milieu-là pour nous montrer des êtres qui passent leur temps à pleurnicher et à ressasser leur petit spleen de richards ''comme tout le monde", à qui manque l'oeuvre qui les sortira de leur anonymat et de l'impression de n'avoir pas fait grand chose de leur vie (thème de nouveau très à la mode actuellement à Hollywood, crise oblige). Le pauvre Jonze ne voit pas plus loin que le bout du nez de son personnage principal, il est lui-même enfermé dans sa bulle et fait mumuse à l'intérieur.
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