Badiou et le cinéma, l'amuseur public ?

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Re: Badiou et le cinéma, l'amuseur public ?

Messagepar JM » Mar 5 Fév 2013 10:16

Pornographie de la démocratie

Le texte d'Alain Badiou (*) que nous publions en avant-première est le résumé de la "leçon conclusive" que le philosophe prononcera ce samedi 26 janvier au Grand Amphi de la Sorbonne, à l'issue du forum "l'Année vue par... la philo", une journée de débats organisée par France-Culture en partenariat avec "le Nouvel Observateur".

Consacrée à l'analyse de l'actualité de l'année écoulée à la lumière de la philosophie, cette journée prendra la forme de cinq tables rondes qui aborderont des questions aussi variées que l'industrie, le mariage ou la déception politique et accueilleront notamment Daniel Cohen, Cynthia Fleury, Jacques-Alain Miller, Alain Renaut, Emmanuel Todd... L'accès en sera libre et gratuit, de 9h à 18h15. Voir le programme détaillé et les informations pratiques ici.



Une magnifique pièce de Jean Genet, "le Balcon", confronte le règne des images et le réel de la révolte. On part d'un bordel, d'un lieu clos intégralement consacré aux fantasmes. Genet voit parfaitement que ce qui avère la férocité cachée du pouvoir contemporain est la prolifération de l'obscénité des images.

Dehors, cependant, l'émeute ouvrière gronde, comme elle gronde aujourd'hui, en dehors du bordel occidental, chez les ouvriers des mines d'Afrique du Sud, dans les milliers de révoltes ouvrières en Chine, ou encore dans le "printemps arabe" à sa naissance. Mais aussi dans les foyers où s'entassent, chez nous, les ouvriers venus d'Afrique.

La question profonde du "Balcon", posée à l'émeute incertaine, est alors la suivante : l'émancipation politique peut-elle se soustraire aux images ? La difficulté est que le pouvoir nu, qui se cache derrière la subtile plasticité et la séduisante obscénité des images du monde démocratique et marchand, n'a pas lui-même d'image, il est un réel nu, celui de l'Etat, qui, loin de chercher à nous délivrer des images, en garantit la puissance.
Le bordel des images

Le personnage de la pièce de Genet qui montre sur scène cette puissance sans image de l'image est très normalement le chef de la police. Il est l'emblème du pouvoir nu, parce qu'il est le laissé-pour-compte des images. Personne ne désire le chef de la police, contrairement au grand sportif, au présentateur de télévision, au bienfaiteur professionnel, au politicien démocrate des sommets de l'Etat, au top-modèle ou au milliardaire du show-business, qui sont, eux, les profiteurs du bordel des images.

Le problème central, pour qui veut se soustraire au pouvoir du pouvoir, est de se désencombrer de son enchaînement aux images, et pour cela de savoir qui est le préfet de police de ses convictions les plus intimes. Quel est le ressort subjectif de notre consentement au monde tel qu'il va ? Depuis que l'idée de révolution s'en est absentée, notre monde n'est que le recommencement de la puissance, sous des images consensuelles et pornographiques, de la démocratie marchande.

Mon optimisme est qu'une pensée forte, organisée et populaire, qui ferait face à ce recommencement, peut interrompre le cycle du retour, lequel nous a ramenés à un état des choses - la domination illimitée du capitalisme libéral - voisin de celui des années 40 du XIXe siècle. Détruire notre préfet de police intérieur - notre consentement à l'imagerie du bordel occidental - n'a pas pour noyau actif la critique du capitalisme. Ceux qui se contentent d'une critique de l'économie proposent invariablement un capitalisme régulé et convenable, non pornographique, écologique et toujours plus démocrate. Rien ne sortira de ces chimères.
La nudité poétique du présent

La seule critique dangereuse et radicale, c'est la critique politique en acte de la démocratie. Parce que dans nos pays l'emblème du temps présent, son fétiche, c'est la démocratie. Tant que nous ne saurons pas mener à grande échelle une critique créatrice de la démocratie, nous stagnerons dans le bordel financier des images. Nous serons les serviteurs du couple formé dans la pièce de Genet par la patronne du bordel et le chef de la police : le couple des images consommables et du pouvoir nu.

De quelles sortes d'images désimaginantes avons-nous besoin, nous qui tentons de maintenir ouverte la porte par laquelle on s'évade de la caverne de Platon, du règne démocratique des images sans pensée ? Comment trouver la force de nous évader de l'imagerie contemporaine, et de devenir les communistes d'un nouveau monde ? Comme le dit dans "le Balcon" un des révoltés : "Comment approcher la Liberté, le Peuple, la Vertu, et comment les aimer si on les magnifie ! Si on les rend intouchables ? Il faut les laisser dans leur réalité vivante. Qu'on prépare des poèmes et des images, non qui comblent mais qui énervent."

Préparons donc ces poèmes et ces images qui ne comblent aucun de nos désirs asservis. Préparons la nudité poétique du présent.

Alain Badiou


http://tempsreel.nouvelobs.com/culture/20130124.OBS6607/pornographie-de-la-democratie.html
JM
 

Re: Badiou et le cinéma, l'amuseur public ?

Messagepar casseur » Mar 5 Fév 2013 16:46

Mais dites-moi il est pas si loin que tous ces réacs de droite de la haine des images et de la démocratie le Badiou !
casseur
 

Re: Badiou et le cinéma, l'amuseur public ?

Messagepar JM » Mar 5 Fév 2013 20:25

casseur a écrit:Mais dites-moi il est pas si loin que tous ces réacs de droite de la haine des images et de la démocratie le Badiou !



Oui, avec tout le respect que j'ai pour Badiou, ça c'est le bon vieux goulbi-goulba platonicien servi à la sauce révolutionnaire. Il n'y a que la conclusion qui change mais l'axiome principal (la critique accablée d'une masse abrutie par le règne des images pornographiques qu'on lui sert) est rigoureusement identique à celui d'un Finkielkraut.

Je me demande d'où il tient que les ouvriers révoltés des mines d'Afrique du Sud ne regardent pas "Qui veut gagner des million", et que les insurgés chinois ne regardent pas des séries TV sur CCTV...
JM
 

Re: Badiou et le cinéma, l'amuseur public ?

Messagepar Chantal » Mer 6 Fév 2013 23:11

JM a écrit:Je me demande d'où il tient que les ouvriers révoltés des mines d'Afrique du Sud ne regardent pas "Qui veut gagner des million", et que les insurgés chinois ne regardent pas des séries TV sur CCTV...


Ah oui, eux ils ont les tirs à balles réelles sur les manifestants, l'esclavage salarial, l'état policier, la censure, je pense qu'ils ont un peu autre chose à faire que de s'attaquer à la pornographie des images.

Ca me rappelle ce film de Farocki justement sur la révolution dans la Roumanie de Ceausescu. Il y avait des plans très forts. La destitution des médias d'état de propagande faisait partie du "plan", le truc c'est que les programmes de ces TV n'avaient rien à voir avec ce dont parle Badiou dans son texte, avec ce qu'on voit dans les médias des démocraties occidentales.
Chantal
 

Re: Badiou et le cinéma, l'amuseur public ?

Messagepar lakhdar75 » Ven 8 Fév 2013 22:16

Chantal a écrit:Ca me rappelle ce film de Farocki justement sur la révolution dans la Roumanie de Ceausescu. Il y avait des plans très forts. La destitution des médias d'état de propagande faisait partie du "plan", le truc c'est que les programmes de ces TV n'avaient rien à voir avec ce dont parle Badiou dans son texte, avec ce qu'on voit dans les médias des démocraties occidentales.


J'ai vu ce documentaire, c'est "Vidéogrammes d'une révolution".
lakhdar75
 

Re: Badiou et le cinéma, l'amuseur public ?

Messagepar casseur » Sam 9 Fév 2013 21:07

Nous on a les flashballs, c'est quand même mieux :

http://www.politis.fr/Un-salarie-d-Arcelor-Mittal-perd,20924.html

parfois on se demande qui sont les amuseurs...
casseur
 

Re: Badiou et le cinéma, l'amuseur public ?

Messagepar Chantal » Lun 11 Fév 2013 11:28

casseur a écrit:Nous on a les flashballs, c'est quand même mieux :

http://www.politis.fr/Un-salarie-d-Arcelor-Mittal-perd,20924.html

parfois on se demande qui sont les amuseurs...


Oui, bien sûr casseur. Ce qui m'agace un peu ce sont ces petites phrases sur les émeutes et les révoltes non occidentales que Badiou ne prend même pas le temps de déplier dans leurs singularités propres et leurs conditions événementielles (qui ne sont justement généralement pas tout à fait celles de nos "démocraties"). On dirait de simples faire-valoir de son discours. Tout de suite il se rabat sur cette vieille antienne rancie bien de chez nous qu'est "la pornographie des images occidentales". Ce texte sent la recherche de polémique à plein nez d'un type qui n'a finalement pas grand chose d'intéressant à raconter, qui se croit obligé de ressortir de vieilles idées loup garou, pas forcément fausses, mais qui ont fait leur temps (sous cette forme de dénonciation en tout cas). Les populations sont-elles à ce points abruties qu'elles n'ont pas encore songé à se soulever contre les images pornographiques, là où de fins aristocrates les préviennent pourtant depuis des lustres ?

Badiou est censé réfléchir à l'inertie des luttes occidentales comme il l'annonçait dans un de ses séminaires récents. S'il commence comme ça, c'est plutôt mal parti, je l'invite plutôt à s'interroger sur la raison pour laquelle lui-même, qui représente une certaine gauche radicale, se trouve dans l'obligation de réactiver ce type de discours sur les images... d'analyser aussi, pourquoi pas, dans quel contexte (médiatique) il le réactive.
Chantal
 

Re: Badiou et le cinéma, l'amuseur public ?

Messagepar weightwatchers » Mar 12 Fév 2013 19:01

elle est pas contente la chantal !

rappelle toi qu'avant d'être un polémiste badiou est un activiste sur le terrain et ferme ta gueule

il a un point d'avance sur toi même s'il te fait pas un inventaire de son bilan tout est dans la discretion

en plus il surveille le forum, de tres haut ;)
weightwatchers
 

Re: Badiou et le cinéma, l'amuseur public ?

Messagepar Chantal » Mar 12 Fév 2013 20:22

weightwatchers a écrit:elle est pas contente la chantal !

rappelle toi qu'avant d'être un polémiste badiou est un activiste sur le terrain et ferme ta gueule

il a un point d'avance sur toi même s'il te fait pas un inventaire de son bilan tout est dans la discretion

en plus il surveille le forum, de tres haut ;)


Qu'est-ce qu'il veut le poids plume ? Il se sent plus péter tant il est léger ?

Que Badiou nous explique en quoi consiste concrètement son activisme sur le terrain aujourd'hui (effectivement vaguement signalé par l'interviewer dans la moitié des entretiens avec lui), cela serait plus constructif que son blabla sur la pornographie des images et pourrait donner des idées à celles et ceux qui ne savent que faire.

Je déteste cette posture de ressentiment qui consiste à taire ce qu'on considère comme "faire de bonnes actions" tout en se montrant supérieur aux autres pour cette même raison. Je crois pas que Badiou soit comme ça.

Bref me troue pas le con sinon je vais appeler mes copines et on va te casser les dents !
Chantal
 

Re: Badiou et le cinéma, l'amuseur public ?

Messagepar Alain Badiou » Mar 12 Fév 2013 22:04

Calmez-vous mes amis, je vous en conjure, laissez vos passions au vestiaire et concentrez vous sur le point lumineux que vous voyez face à vous. Je vais compter jusqu'à 5 et à 5 vous allez vous révolter d'une force profonde.
Alain Badiou
 

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