Haut cirque

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Haut cirque

Messagepar Notebad » Sam 15 Déc 2012 21:41

J'ai écrit un petit texte à propos de Parade de Jacques Tati, film à la tendresse et à la tristesse rentrées. Sans connaître vraiment ses autres films ni son parcours en détail, on sent qu'il y a dans ce dernier quelque chose qui passe mal, un sentiment de fin qui le traverse. Le cinéma est très fort pour transmettre ce sentiment-là, je pourrais donner bien d'autres exemples où l'on voit comme ça un auteur exprimer quelque chose de cet ordre, de profondément mélancolique et terminal.

Il y a également un sentiment d'espoir. Tout est dans la fin magnifique, à pleurer (je la regarde souvent depuis quelques semaines), où deux enfants prennent à leur tour possession des ustensiles des artistes alors que le cirque s'est vidé de ses spectateurs et de ses acteurs. Tati semble dire : "la relève est là, dans la jeunesse, et celle-ci est éternelle". Ce dernier mouvement, comme tout ce qui anime le film, relève absolument du politique, le cirque y est dépeint comme le lieu de la démocratie (au bon sens du terme) par excellence. En effet, le cirque de Tati est un "cirque total", la production du spectacle y est présente partout et sans partage : du vestiaire aux gradins, en passant par la scène et les coulisses.

Mais, dans le même mouvement, la musique qui accompagne la séquence a quelque chose de fortement mélancolique et instille aussi un parfum beaucoup plus noir à cette fin. Sans doute est-ce dans la musique que l'auteur s'exprime plutôt sur sa propre œuvre qui s'achève avec ce film, vraisemblablement pas comme il l'aurait voulu, tandis que la caméra qui reste là, dans un ultime moment de relâchement, de récréation, traînant avec les deux enfants en les filmant (à l'opposé de ce que pourrait proposer une caméra de télévision dans un soucis perpétuel d'efficacité, par exemple), donne à nous autres spectateurs-artistes une vision plus ouverte et contrastée sur l'avenir.

Le clown a toujours plusieurs visages dans son coeur.
Notebad
 

Re: Haut cirque

Messagepar JM » Dim 16 Déc 2012 21:54

Salut Notebad,

J'ajoute ici le lien de mon texte sur le film de Rivette, "36 vues du pic St-Loup". Une histoire de cirque également...
JM
 

Re: Haut cirque

Messagepar JM » Lun 17 Déc 2012 21:34

Un autre texte dans lequel il est question de cinéma et de cirque, c'est à propos du film "Middle of the Moment" de Humbert et Penzel :

http://www.spectresducinema.org/?p=244

Mais, j'y pense, dans "Step across the boarder" des mêmes, on suivait Fred Frith dont les pratiques artistiques évoquent les numéros musicaux du cirque de Tati (mélodies à partir d'objets non destinés à cet usage : ballons de baudruche, boîtes de peinture, etc). Chez Tati, quelques trublions viennent aussi désacraliser le grand orchestre.
JM
 

Re: Haut cirque

Messagepar Notebad » Mar 18 Déc 2012 15:59

Merci pour ces textes JM !
Notebad
 

Re: Haut cirque

Messagepar polichinelle » Jeu 18 Juil 2013 15:22

Vu ''3 Ring Circus'' (54) avec le célèbre duo Dean Martin-Jerry Lewis. Le film est signé Joseph Pevney et m'a pas trop plu. Sans doute la faute à une écriture (des gags, des scènes) trop poussive. S'il est normal que tout ne fasse pas rire aux éclats comme dans n'importe quel film de Lewis, il faut accepter une part de ratés, il n'y a en revanche rien qui provoque vraiment des crises de rire soudaines, et là c'est plus grave (à l'image de cette petite fille handicapée que Lewis tente désespérément de faire rire, et qui ne rit finalement que quand le clown pleure de ne pas pouvoir la faire rire - même s'il est trop littéral, c'est certainement le plus beau moment du film qui annonce aussi les projets futurs de Lewis).

Peut-être que d'enfermer les deux ''clowns'' dans un cirque et de faire de Lewis un type qui se rêve en clown au lieu de les laisser graviter, absurdes, dans le monde est finalement une mauvaise idée car moins féconde au niveau des situations de gags. Je crains bien que Pevney et le scénariste ne se soient reposés là-dessus en se disant : ''ah le cirque, c'est bon, cela fait toujours rire et il y aura toujours du spectacle à montrer ! Pas la peine de se casser la tête à trouver de bons gags.'' C'est raté.
polichinelle
 

Re: Haut cirque

Messagepar Notebad » Mar 30 Juil 2013 23:10

Cirque et magie ? Pourquoi pas...

Regardé "The Incredible Burt Wonderstone" (2013) d'un certain Don Scardino issu des séries tv us. Film affligeant, d'un cynisme et d'un opportunisme absolument sinistres. Déjà j'aime pas trop les films sur la magie en général, mais là c'est corsé. Le scénario a l'art de se placer en même temps du côté de la magie traditionnelle contre le magicien moderne à la Jackass, et en même temps de puiser in fine dans ce qu'il fait mine de dénoncer, n'assumant même pas jusqu'au bout son point de vue réactionnaire. On a un peu ici en représentation (à travers le couple de magiciens) l'état d'esprit d'un cinéaste comme Tim Burton. Le passage écoeurant chez les pauvres d'un pays du tiers-monde qui n'ont pas le bon goût d'apprécier la K7 de magie qu'on leur distribue et préfèreraient de la nourriture à la place, qui se droguent avec un produit anesthésiant que les deux magiciens utiliseront pour leur spectacle final avec les spectateurs, donne le ton du film : à Las Vegas comme à Hollywood, show must go on, à n'importe quel prix. De quoi dégueuler...
Notebad
 

Re: Haut cirque

Messagepar gerome » Jeu 1 Aoû 2013 17:14

Contrairement au cirque (plutôt présent dans le cinéma du XXème siècle, et souvent montré en déliquescence), la magie est très à la mode au cinéma ces dernières années, particulièrement à Hollywood. Il y a encore un film qui sort cette semaine sur le thème...
gerome
 

Re: Haut cirque

Messagepar JM » Ven 2 Aoû 2013 16:41

gerome a écrit:Contrairement au cirque (plutôt présent dans le cinéma du XXème siècle, et souvent montré en déliquescence), la magie est très à la mode au cinéma ces dernières années, particulièrement à Hollywood. Il y a encore un film qui sort cette semaine sur le thème...


C'est vrai, encore l'autre jour je regardais le dernier film complètement nullard des Podalydès et ça parle aussi de magie, un peu comme le reste du film d'ailleurs, cad parce qu'il faut en parler, parce que c'est visiblement chic d'en parler actuellement quand on fait du cinéma moyen sur et pour la classe moyenne...

Rappelons que c'est Burdeau qui, il y a quelques années de ça alors qu'il était encore aux Cahiers et dans ses cimes "subtils", avait déjà constaté cette recrudescence de la magie dans le cinéma contemporain. Pour s'en réjouir évidemment : s'étant auparavant imbibé d'une grisaille toute hollywoodienne, il lui fallait bien la magie pour retrouver son émerveillement de gosse.
JM
 

Re: Haut cirque

Messagepar Notebad » Ven 2 Aoû 2013 23:15

JM a écrit:cad parce qu'il faut en parler, parce que c'est visiblement chic d'en parler actuellement quand on fait du cinéma moyen sur et pour la classe moyenne...


oui, c'est ça, la magie (on parle bien entendu de la magie farce et attrape là) c'est le truc consensuel et mou par excellence ; c'est gentil et sympathique, amusant, intriguant, totalement apolitique, tant qu'on est captivé par un tour on pense à rien d'autre... si je me souviens bien les Cahiers en avaient parlé à une époque entre autre à propos de quelques scènes de la Question Humaine de Klotz et Perceval.
Notebad
 

Re: Haut cirque

Messagepar JM » Sam 3 Aoû 2013 00:39

Parfaitement. Le critique signe un papier dans le numéro des cdc en septembre 2007 (il y a 6 ans déjà) titré ''Chabrol, Klotz et la magie", à l'époque de "La fille coupée en deux" et "La question humaine". Grâce à toi je suis allé à la cave affronter les araignées et la poussière, et j'ai relu ce papier (bon sang que c'est mauvais ce qu'écrivait Burdeau dans les Cahiers de l'époque !), la magie arrive à la fin :

Et la magie ? Elle est le point commun aux deux films, et l'envers et de ce qu'on vient de décrire : une résolution des rapports entre ancien et nouveau, surface et profondeur. Dans La Fille coupé en deux, l'oncle magicien offre à Gabrielle un vrai corps, in extremis, en la faisant passer sous les dents d'une énorme scie, tandis qu'un son et lumière rhabille les vieilles pierres lyonnaises. Dans La Question humaine, le seul ami de Simon fait disparaître une cigarette allumée dans les plis de son manteau en cachemire. Ces deux films, mais encore Le Prestige, L'Illusionniste, Still Life : la recrudescence de la magie au cinéma réclamerait une étude à part. En attendant, sa présence chez Chabrol et chez Klotz peut se comprendre comme l'envie de briser les maléfices de la dématérialiser (du sexe chez l'un, de l'économie chez l'autre) sans toutefois céder à la trivialité du concret : retrouver un charme qui opère directement dans la matière. La magie serait dès lors aussi l'affirmation plein cadre d'une coopération entre présent et passé : un événement qui arrive à l'image par le plus vieux des enchantements.


Quelques pages plus loin, Renzi termine sa critique d'Harry Potter par :

Magie magie : dans cet escamotage aussi (du politique), l'attention se concentre sur les mains de l'illusionniste.
JM
 

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