Whit Stillman - Noblesse oblige

Discussions

Whit Stillman - Noblesse oblige

Messagepar JM » Mar 8 Jan 2013 19:28

JM a écrit:
ah si, il y a quand même "Damsels in Distress" qui m'a plu et surpris, dont il y aurait pas mal de choses intéressantes à dire. J'attends d'en avoir vu davantage de Whit Stillman mais il me semble être l'un des rares cinéastes actuels à poursuivre une certaine tradition brillante et smart du cinéma hollywoodien de comédie.


Chantal a écrit:Salut JM,

J'avais regardé "Metropolitan" il y a bien longtemps, j'en garde quelques beaux souvenirs. En particulier un fondu au noir dans une cuisine, à la fin d'une discussion entre deux amants en devenir, qui s'y retrouvent par hasard. C'était la première fois que je voyais un usage aussi doux du fondu au noir, je crois. Délicat et léger comme les sentiments ressentis par les personnages de la scène à ce moment-là. J'avais aimé également l'art du dialogue, indépendamment du classicisme de la réalisation (quoique cela soit à discuter, il y a aussi certaines choses qui relèvent de la modernité comme ce plan lors duquel une fille passe devant la caméra et se regarde très furtivement dedans en se recoiffant, comme si elle s'observait devant un miroir), c'est peut-être cela qui te fait penser à la tradition hollywoodienne. C'est un spectacle, certes bourgeois et aristo, mais où on ne se moque pas des spectateurs, où on ne les prend pas pour des gosses de moins de 16 ans, une certaine "tenue" est exigée (ce qui naturellement n'exclue pas une dose de vulgarité et de régression).
JM
 

Re: Whit Stillman - Noblesse oblige

Messagepar JM » Mar 8 Jan 2013 20:36

Bonjour Chantal,

Ah ah, merci pour ton conseil mais j'ai déjà regardé Metropolitan il n'y a pas longtemps, assez curieux après Damsels in Distress (c'est plutôt bon signe). Ce que tu dis est très juste et correspond assez à mon sentiment. J'aime beaucoup dans Metropolitan cette bande de jeunes qui se retrouve à l'approche de Noël et qui éclate finalement aussi vite qu'elle s'est créée. C'est très drôle, léger et savoureux, ce rythme enjoué, ces dialogues (comparer avec l'épaisseur de "La vie au ranch", là on est bien en France, on ne saurait échapper au psycho-drame). Et en même temps, perce quelque chose de grave. Il est beaucoup question de Jane Austin dans le film mais j'ai pensé à Virginia Woolf, Les Vagues, l'histoire d'une bande d'amis qui se disloque avec le temps (sauf que chez Stillman c'est ramassé sur une unité de temps plus courte, seulement quelques jours), un de mes romans préférés. Stillman parvient à rendre palpable ce qu'évoque Woolf dans son bouquin, les imperceptibles jeux d'influence sur les idées, de transfert en amitié, en amour.

Ces ados engoncés dans leurs costumes (il en est pas mal question de costumes justement), qui jouent aux adultes sans y parvenir car encore trop sensibles, sont un spectacle bien plus réjouissant (bien que franchement mélancolique) que les gamineries déguisées d'un Wes Anderson, parce qu'on est dans le monde, même si c'est "le beau monde" (de toute façon celui d'Anderson, qu'il essaye vainement de masquer par des artefacts, n'est pas différent).

Tu parlais du miroir, il y a une autre scène qui utilise un effet de miroir, c'est celle du pub vers la fin, où le garçon pose des questions sur l'avenir à un type au bar. Le type est en face de lui, il est habillé presque pareil (même cravate si je me trompe pas), on dirait le reflet du garçon peut-être 15 ou 20 ans plus tard, hantant toujours les pubs de NY en solitaire, comme s'il parlait à son devenir...
JM
 

Re: Whit Stillman - Noblesse oblige

Messagepar casseur » Mar 5 Fév 2013 16:42

Salut,

J'ai regardé "Damsels in Distress" qui m'a paru assez intéressant pour sa manière de se placer au côté des clichés qu'il véhicule. C'est déjà un peu cliché de dire ça puisqu'il n'y a pas une critique positive de teen movie (c'est le genre auquel ce film appartient) qui ne prétende aujourd'hui que le film dont il rend compte revisite des clichés, d'une part en en ayant conscience, d'autre part en en faisant autre chose. Le cliché a parasité le genre à la marge, dans l'écrit qui l'accompagne.

Maintenant ce constat effectué, il se passe bien quelque chose de supérieur dans ce film. Il y a un jeu incessant, léger et drôle, en particulier dans les dialogues mais enfin on peut en faire une question de mise en scène, qui pose et déplie les clichés les uns après les autres d'une manière tout à fait sérieuse. Il refuse de prendre les clichés dont il part (qui traversent les différents personnages) à la légère, mais cela reste léger. Pas d'outrance. On retrouve un peu ce raffinement, ce tact aristocratique, dont vous parliez au-dessus pour d'autres films. Le film est drôle alors que, sauf en de rares exceptions, il ne se veut pas trop ouvertement drôle. Les personnages ne sont pas des personnages de farces grossières comme dans beaucoup de comédies us de nos jours, ils portent même une part de tragédie en eux, mais leurs dérèglements intérieurs les élèvent au rang de l'humour (et ce sans jeunisme). Il me semble que c'est un peu plus intéressant et sérieux que la majorité des comédies geeks de ces dernières années. La dimension régressive de l'adolescence est quand même présente, par touches, mais n'envahit pas le film.
casseur
 

Re: Whit Stillman - Noblesse oblige

Messagepar JM » Mar 5 Fév 2013 19:46

Hello casseur,

Très heureux de t'avoir donné envie de voir un film de Stillman et peut-être les autres ... ;)

C'est tout à fait ça concernant les clichés. Je trouve que le cinéaste les retourne sur eux-mêmes un peu à la manière dont le destin se joue de la fille qui veut aider ses camarades suicidaires et qui en raison des circonstances bascule elle-même dans la catégorie des personnages en détresse. C'est le principe de l'arroseur arrosé. On retrouve quelque chose comme cela dans Metropolitan aussi. Ce retournement sur eux-mêmes parvient à les annuler tout en les préservant à l'état de trace, ça n'est pas rien.

J'ai vraiment envie d'opposer ce film à l'insondable nullité de celui d'Arakis : Kaboom.
JM
 

Re: Whit Stillman - Noblesse oblige

Messagepar Chantal » Lun 11 Fév 2013 12:10

Trouvé ça sur le net :

Stillman's possible future project: "It's actually a Ska Rocksteady film, pre-Reggae. So the idea would be '62 to '66. I hope it will happen someday -- if everyone recommends this film to their friends."





;)
Chantal
 


Retourner vers l n'y a pas de porte...