Spike Lee, ce qu'il en reste

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Spike Lee, ce qu'il en reste

Messagepar scienezma » Dim 17 Fév 2013 21:48

Allez hop, un petit topic Spike Lee...

casseur a écrit:
_ a écrit:c'est pourtant là-bas (et le texte sur Hereafter s'inscrit dans cette continuité), me semble-t-il, que les années 2000 ont été les moins tendres et les plus rigoureuses dans l'analyse des films d'Eastwood.



Que penses-tu de la BA du prochain Spike Lee :



_ a écrit:Mon Dieu !

En HD, les voies du Seigneur ne sont plus impénétrables... eyyyyymen !! :roll:


JM a écrit:Le catéchisme continue... ça me rappelle ce que j'avais écrit à propos de son Miracle at St Anna dans Les spectres :

De la même manière que le tintement des cloches est omniprésent - résonnant des premières secondes de Miracle at St Anna, puis dans Le jour le plus long que regarde Hector Negron devant son téléviseur, jusque dans les derniers plans du film -, les pérégrinations des soldats sur le sol italien sont sans arrêt surplombées par un discours catholique assez étouffe chrétien. Aucune catégorie de personnages, des nazis aux soldats étatsuniens en passant par les partisans n'échappe à la sacro-sainte référence divine, catéchisme lourd et tape-à-l'œil, avec concours du plus grand nombre de crucifix vu en en arrière-plan inclus. Il y a déjà au moins un antécédent à ces bondieuseries dans le cinéma de Lee, il s'agit de la fin de 25th Hour où la version optimiste et fortement connotée par le catholicisme irlandais du père prenait soudainement les commandes du film sans crier gare. Ce choix de point de vue unique dans tout le cœur du film se situant dans le genre du film de guerre s'avère particulièrement déplaisant lorsqu'il efface au passage les clivages politiques internes au conflit.


_ a écrit:Je l'ai regardé jusqu'au bout parce que je n'avais vraiment rien d'autre à faire. C'est, à l'image de la BA, totalement nul. Trois choses à retenir :

- Spike Lee officialise ici son côté cul béni hyper lourdingue (et le final inattendu ne doit surtout pas remettre en question toutes les bondieuseries et les prêches qu'on doit se taper tout le reste du film, tout indique absolument le contraire - il s'agit avant tout d'un chemin de croix). Il assomme par sa pseudo-réflexion sur la religion et les nouvelles technologies, c'est poussif, le principal étant de créer un consensus afin que chacun s'y retrouve et qu'on se quitte sur une bonne entente (le final : je te donne ma croix, tu me donnes ton IPAD).

- Sa mise en scène (si on peut encore user d'un tel mot pour définir le film) est complètement à bout de souffle, du grand grand n'importe quoi du début à la fin, je vois rigoureusement rien à sauver : c'est cadré n'importe comment, les mouvements de caméra sont répétitifs et systématiques (lors des longs prêches notamment), la photo atroce et il se croit obligé au milieu de tout ça de nous balancer deux ou trois effets prétentieux qu'il ressert à chaque coup (et qui ne sont même pas de lui) pour se la jouer auteur.

- Une curieuse manière de faire de la publicité pour Apple dans deux ou trois passages, dont la fin du film qui, elle, est carrément un spot de réclame (hideux) pour la tablette du constructeur. Pensant que la marque avait sans doute financé en partie le film, j'ai regardé le générique final, et, oh surprise, en en-tête de la liste des sponsors (où on retrouve bien sûr Apple) on peut lire "Saints" ??!! C'est probablement une blague ironique, guère plus fine que le contenu du film.

Pour revenir sur "Red Hook Summer", Spike Lee me semble déstabilisé -comme d'autres- par l'avènement de la série TV (il y a d'ailleurs plusieurs clin d'oeil à "The Wire" dans le film qui m'orientent dans cette voie, notamment un passage au commissariat totalement inutile, uniquement là pour qu'on reconnaisse l'acteur de la série et qu'il lâche en fin de séquence son "shiiiiiit !" devenu d'anthologie). Il ne sait visiblement plus ce qu'est un long-métrage (je crois qu'il est lui-même passé par la case série avant de faire ce film, à vérifier). La narration est malade, rien ne fonctionne, il enquille des séquences d'une mollesse insupportable, se répète, pendant deux heures et demie (sic), comme si faire un long-métrage pour lui c'était uniquement se débarrasser des artifices narratifs inhérents aux séries et laisser se dérouler le temps peinard, en filmant et montant totalement en roue libre. Non : il faut du rythme et il n'y en a aucun, et/ou il faut des choses à contempler et il n'y en a aucune, et/ou il faut des choses à raconter et l'histoire tient sur un ticket de métro, et/ou il faut des personnages et il n'y a que des stéréotypes, et/ou il faut de la réflexion et tout est prémâché et sans relief, etc, etc.
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Re: Spike Lee, ce qu'il en reste

Messagepar _ » Lun 18 Fév 2013 00:10

T'as séparé Eastwood de Lee !? ;-)

J'oubliais de dire qu'apparait quand même dans le film un motif "social". On y entend par exemple une remarque quelque peu désabusée sur l'Amérique d'Obama, guère différente de celle du précédent : les riches deviennent super-riches et les pauvres super-pauvres. Mais ce constat ne dépasse pas les dires d'un personnage lors d'une discussion localisée. Dans le film rien qui vienne vraiment prendre la mesure du constat, rien qui résiste non plus, sinon les prêches réactionnaires du pasteur qui font feu de tout bois. En revanche, le couple de jeunes symbolise une volonté d'unité gentillette entre l'upper-class et la classe moyenne ou prolétaire. Spike Lee parait nous dire de façon assez caricaturale que la première a ses IPAD pour se protéger de la réalité qui l'entoure, tandis que l'autre a Dieu, mais que les deux peuvent cohabiter.
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Re: Spike Lee, ce qu'il en reste

Messagepar JM » Lun 18 Fév 2013 13:32

Mais quels sont vos films préférés de Spike Lee ?

Moi je garde un très bon souvenir de "Do the right thing", que j'ai vu et revu. J'ai appris des choses avec son Malcolm X à l'époque, mais enfin je crains un peu de le revoir maintenant. J'aime bien aussi "25th Hour", mais le reste ça m'a franchement pas marqué (et je crois avoir vu la grande majorité de sa filmo). "The very black show" était intéressant aussi, il tentait quelque chose, même si ça fonctionnait pas forcément très bien..

Bon, ces quelques impressions personnelles ne sauraient chercher à contester sa place minoritaire (en tant que noir-américain) et donc essentielle dans le cinéma hollywoodien. Ce qui est assez incroyable, c'est qu'il est toujours en position ultra-minoritaire à lors actuel (!), en 2013.

Apparemment il prépare un remake de "Old Boy", ce qui m'étonne pas du tout : il y a dans le dolorisme et la rédemption finale du film de Park Chan-wook quelque chose du discours du prêtre.
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Re: Spike Lee, ce qu'il en reste

Messagepar _ » Lun 18 Fév 2013 18:42

Spike Lee fonctionne un peu comme Herzog finalement au niveau production, il a un pôle mainstream avec les grands studios et un pôle indé (40 ACres & A Mule Filmworks) avec lesquels il jongle. La différence c'est que Herzog consacre surtout le côté indé aux docs, et le côté mainstream à ses fictions, même s'il y a une certaine tendance documentaire chez Spike Lee aussi dans ses prods indés. C'est une manière de procéder légèrement différente des cinéastes qu'on dit (ou disait, avant qu'ils basculent totalement du côté commercial de la force) jongler entre films plus intimistes et films grand public (Burton, Scorsese, etc), mais ce toujours au sein des grands studios hollywoodiens.

"Red Hook Summer" est un de ses petits films qu'il a fait en indé, qui doivent pas coûter beaucoup de ronds. Il en a réalisé pas mal (Comme "The very black show" par exemple) comme ça, j'ai rarement été emballé. Comme tu dis JM, il tente parfois des choses au niveau esthétique ou du moins il tente de laisser un peu de côté la grammaire classique hollywoodienne, mais ça fonctionne pas la plupart du temps. A l'image de ce "Red Hook" qui est vraiment hideux. Je me souviens avoir regardé "She hates me" en VHS avec un copain, le film terminé on s'est regardé en se disant : "c'est quoi ce truc !?", c'était franchement n'importe quoi ! Laid, et pas très fin.
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Re: Spike Lee, ce qu'il en reste

Messagepar JM » Lun 18 Fév 2013 21:49

_ a écrit:Spike Lee fonctionne un peu comme Herzog finalement au niveau production, il a un pôle mainstream avec les grands studios et un pôle indé (40 ACres & A Mule Filmworks) avec lesquels il jongle. La différence c'est que Herzog consacre surtout le côté indé aux docs, et le côté mainstream à ses fictions, même s'il y a une certaine tendance documentaire chez Spike Lee aussi dans ses prods indés. C'est une manière de procéder légèrement différente des cinéastes qu'on dit (ou disait, avant qu'ils basculent totalement du côté commercial de la force) jongler entre films plus intimistes et films grand public (Burton, Scorsese, etc), mais ce toujours au sein des grands studios hollywoodiens.


Oui, peut-être, j'avoue que les histoires de production, qui a donné quoi, ça me dépasse plutôt, c'est trop complexe pour moi et les informations sont pas faciles d'accès...

Ce qui me frappe, c'est que je ne me souviens pas avoir été vraiment frappé par ses films les plus connus, mis à part "Do the right thing" : "Mo Better Blues", "Crooklyn", "Clockers", "Jungle Fever", "Summer of Sam". Certains m'ont même profondément barbé.
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Re: Spike Lee, ce qu'il en reste

Messagepar Chantal » Mer 20 Fév 2013 18:22

_ a écrit:Spike Lee fonctionne un peu comme Herzog finalement au niveau production, il a un pôle mainstream avec les grands studios et un pôle indé (40 ACres & A Mule Filmworks) avec lesquels il jongle. La différence c'est que Herzog consacre surtout le côté indé aux docs, et le côté mainstream à ses fictions, même s'il y a une certaine tendance documentaire chez Spike Lee aussi dans ses prods indés.


D'ailleurs Spike Lee a réalisé avec sa société de production deux documentaires sur les conséquences de l'ouragan Katrina en Louisiane : When The Levees Broke : A Requiem in Four Acts en 2006, puis If God Is Willing and Da Creek Don't Rise en 2010... Herzog a aussi filmé la Louisiane sinistrée, mais dans une fiction, son remake de Bad Lieutenant (2009). Même si j'ai pas encore vu les docs de SL, je pense que les préoccupations ne sont pas vraiment les mêmes..
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Re: Spike Lee, ce qu'il en reste

Messagepar _ » Dim 1 Sep 2013 18:48

Ici on peut consulter la liste, signée professeur Lee, des films essentiels pour les jeunes cinéastes ...

J'en vois déjà qui se trémoussent au dernier rang en se demandant à quoi sert une telle liste, dans laquelle, au passage, on trouve grosso modo tout et n'importe quoi.

...

à rien. (sinon peut-être à expliquer la nullité d'un certain nombre de ses films soumis à l'esthétique de quelques grands clâssssique)
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Re: Spike Lee, ce qu'il en reste

Messagepar Chantal » Sam 20 Déc 2014 12:13

Enfin vu le premier film du réalisateur, "Nola Darling n'en fait qu'à sa tête". Le film date de 86, bien sûr Lee y fait un peu sa "nouvelle vague" (y compris "newyorkaise") plus qu'en retard, mais enfin il y a pas mal d'idées amusantes, qu'il récupère souvent ici ou là, c'est le genre de film toujours sympathique à regarder car on a un sentiment de foisonnement et d'inabouti propre aux jeunes oeuvres. En même temps, surtout avec le recul, on y perçoit également déjà que dans l'évolution future du cinéaste cette abondance va se tarir pour se fixer et se reposer, pauser, se transformer avec le temps en un académisme boursouflé ou maniéré jouant sur une ou deux cordes des débuts.

C'est le portrait d'une jeune femme qui garde une part de mystère, à moins que tout soit dit dans le titre : une jeune femme qui n'en fait simplement qu'à sa tête. Le type de personnage toujours intéressant parce qu'il attire les imprévus et les retournements de situation, les ruptures foutoiriques (ce qui correspond généralement assez bien à l'esthétique déployée par un jeune cinéaste ayant quelques prétentions artistiques, comme c'est le cas de Lee à cette époque).
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Re: Spike Lee, ce qu'il en reste

Messagepar Sword7 » Sam 20 Déc 2014 20:19

Chantal a écrit:En même temps, surtout avec le recul, on y perçoit également déjà que dans l'évolution future du cinéaste cette abondance va se tarir pour se fixer et se reposer, pauser, se transformer avec le temps en un académisme boursouflé ou maniéré jouant sur une ou deux cordes des débuts.


Je dirais à peu près la même chose des premiers Wong Kar Wai.

Bon, je vais regarder le dernier film d'Ann Hui que j'ai récupéré en DVD ! ;)
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Re: Spike Lee, ce qu'il en reste

Messagepar _ » Ven 3 Juil 2015 22:02

Spike Lee coule un peu plus avec son dernier film "Da Sweet Blood of Jesus", produit grâce aux dons récoltés sur une plateforme participative si j'ai bien compris. C'est donc un film fauché, mais qui dure quand même 2h car Lee n'a visiblement pas idée de la différence entre qualité et quantité. Il faut faire disparaître le manque de moyens en transformant le truc en grosse croûte académique, que le spectateur en ait pour son argent en terme de longueur de bobine (!), c'est bien sûr le pire choix effectué par le cinéaste.

Des scènes de dialogues nullardes qui durent des plombes et des plombes, une mise en scène anonyme, du grand-guignol qui ne fait jamais peur, du prêchi-prêcha de catéchisme, une bande originale playlist étalée dans le film au petit bonheur la chance... apparemment un remake d'un film de blacksploitation déjà réalisé par un cinéaste afro-américain (Lee n'a même pas le mérite politique de reprendre à son propre compte et de retourner un film autrefois réalisé par un blanc à coup de gros clichés). Ce remake est tellement lisse et indigent à tous les niveaux que l'original de 73 ne devait être que forcément meilleur.

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