Coppola Ring

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Re: Coppola Ring

Messagepar Chantal » Jeu 30 Oct 2014 08:04

JM a écrit:
Chantal a écrit: Allez savoir pourquoi toute la famille Coppola met sa qualité au service et se passionne, pour les ados, la jeunesse (a)dorée de son époque respective ?! Un mystère... et ça peut sans doute le rester.


Peut-on dire que l'ado est une "valeur refuge" pour la famille Coppola ? ;)


Pour peu qu'une valeur puisse être sans valeur, et qu'un refuge soit dépourvu de tout refuge, bien sûr !
Chantal
 

Re: Coppola Ring

Messagepar soren » Sam 27 Déc 2014 10:10

Dans la famille film sur Hollywood, "Maps to the Stars" est assez écoeurant. Cronenberg, qui a quand même bien fait son beurre dans le système hollywoodien commercial depuis un certain nombre d'années, revient ici avec un portrait à charge contre le "milieu". C'est encore différent d'Altman (chez qui se cache toujours une forme d'amitié pour ses personnages malgré son ironie mordante) ou de Lynch (qui prend finalement tout cela assez au sérieux dans "Mulholland Drive" et "Inland Empire", malgré son petit côté pince-sans-rire). Les deux n'ont pas un regard de surplomb (ils s'incluent - eux et leur cinéma - volontiers dans le milieu qu'ils décrivent, cela passe par de l'empathie pour les personnages ou du rêve individuel finalement très Made in Hollywood), tandis que Cronenberg (peut-être parce qu'il est canadien ?) regarde tout ça de très haut et y va à la truelle.

C'est un Hollywood corrompu, décadent, dégénéré, clos sur lui-même jusqu'à la consanguinité, qu'il dépeint, de manière aussi caricaturale que tous ses précédents films (au moins depuis "Spider", qui marquait un basculement surligné et boursouflé de son cinéma du côté de la psychanalyse, comme si le gars faisait mine de découvrir Freud et Jung au début des années 2000..., c'est surtout une recette qui fonctionne toujours très bien). Même la poésie d'Eluard qui chante la Liberté, récitée inlassablement, semble être une échappatoire aliénée dans un monde où toute beauté a disparu, où la seule fuite possible est le suicide et la mort (soit tout le contraire de la ligne de fuite du mec de "Somewhere" de Coppola qui arrivait à la fin à sortir du cercle et trouver une ligne droite pour possiblement s'échapper).

Julianne Moore est filmée de manière absolument hideuse, on se demande comment elle a pu accepter un tel rôle si, comme l'assène le film, les acteurs d'Hollywood sont à ce point narcissiques et tiennent autant à leur image et à leur nom...
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Re: Coppola Ring

Messagepar Chantal » Dim 28 Déc 2014 09:38

soren a écrit:Dans la famille film sur Hollywood, "Maps to the Stars" est assez écoeurant. Cronenberg, qui a quand même bien fait son beurre dans le système hollywoodien commercial depuis un certain nombre d'années, revient ici avec un portrait à charge contre le "milieu". C'est encore différent d'Altman (chez qui se cache toujours une forme d'amitié pour ses personnages malgré son ironie mordante) ou de Lynch (qui prend finalement tout cela assez au sérieux dans "Mulholland Drive" et "Inland Empire", malgré son petit côté pince-sans-rire). Les deux n'ont pas un regard de surplomb (ils s'incluent - eux et leur cinéma - volontiers dans le milieu qu'ils décrivent, cela passe par de l'empathie pour les personnages ou du rêve individuel finalement très Made in Hollywood), tandis que Cronenberg (peut-être parce qu'il est canadien ?) regarde tout ça de très haut et y va à la truelle.

C'est un Hollywood corrompu, décadent, dégénéré, clos sur lui-même jusqu'à la consanguinité, qu'il dépeint, de manière aussi caricaturale que tous ses précédents films (au moins depuis "Spider", qui marquait un basculement surligné et boursouflé de son cinéma du côté de la psychanalyse, comme si le gars faisait mine de découvrir Freud et Jung au début des années 2000..., c'est surtout une recette qui fonctionne toujours très bien). Même la poésie d'Eluard qui chante la Liberté, récitée inlassablement, semble être une échappatoire aliénée dans un monde où toute beauté a disparu, où la seule fuite possible est le suicide et la mort (soit tout le contraire de la ligne de fuite du mec de "Somewhere" de Coppola qui arrivait à la fin à sortir du cercle et trouver une ligne droite pour possiblement s'échapper).

Julianne Moore est filmée de manière absolument hideuse, on se demande comment elle a pu accepter un tel rôle si, comme l'assène le film, les acteurs d'Hollywood sont à ce point narcissiques et tiennent autant à leur image et à leur nom...


En effet, l'approche d'Hollywood par Cronenberg est bien différente de celle des autres cinéastes et elle se rattache assez bien au reste de sa filmo. Le seul point commun avec les autres cinéastes, c'est l'idée du cercle fermé, du "ring". Cronenberg y insert toute la phobie qu'on lui connait dès lors qu'il traite des espaces confinés, avec des individus qui pensent pouvoir s'y reproduire et s'y développer en toute autarcie. Le virus qui vient contaminer la communauté, dans "Maps to the stars", c'est ni plus ni moins que le réel. Refoulé, dénié, dans l'espace de l'industrie du rêve, hors (à coup de comprimés et de drogues, de chirurgie esthétique, de coups de pieds sur sa fille qui revient et qu'on ne veut pas revoir dans les parages, etc.) et sur l'écran ("Bad Babysitter", c'est tout le côté infantilisant et puéril du cinéma hollywoodien qui résonne dans ce titre, le gamin qui est "réellement" étranglé à la fin fait d'ailleurs référence au titre du film en disant à Benjie : "tu n'es pas un gentil babysitter !"), le réel revient toujours comme un diable qui sort hors de sa boîte (via Agatha, la fille rejetée surtout, mais aussi dans des scènes où on voit Havana aux cabinets en train d'essayer de chier, etc). Les psychotropes pris massivement pour échapper au réel, font irrémédiablement et ironiquement retomber ceux qui les prennent dans le cercle d'un réel passé, mal passé, leur donnant des visions (auto-)destructrices et parasitaires des morts dont le deuil n'a pas eu lieu.
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