Moyen-Orient / contre l'oubli

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Re: Moyen-Orient / contre l'oubli

Messagepar casseur » Sam 30 Aoû 2014 17:24

La fille Bonitzer c'est compromise il y a quelques années dans une daube pleine de bons sentiments (enfin qui se prétend telle, cf ci-dessus) sur le conflit Israélo-palestinien. Il s'agit d'"Une bouteille à la mer" de Thierry Binisti, film de cinéma, ou plutôt, devrais-je dire, téléfilm de luxe.

C'est toujours la même soupe, une française qui vit en Israël avec sa famille lance une bouteille à la mer pour découvrir l'inexplicable, comment on peut s'attacher des explosifs et tuer des israéliens. Autant partir d'une situation concon comme celle-ci quand on cherche tout (et surtout à produire de la bonne grosse émotion), sauf à vraiment comprendre, montrer ou expliquer quoi que ce soit... A la jeune étudiante israélienne de chercher à comprendre (l'évidence), de raisonner, et aux palestiniens d'être de grands enfants qui ont besoins de s'éduquer davantage pour pouvoir s'extirper du bourbier de Gaza. Le réalisateur démissionne très vite du terrain politique pour celui des coeurs, tout comme son personnage qu'il envoie en France en fin de film. N'hésitons pas à dire que c'est aussi cela le luxe que peut s'offrir un film réalisé sur la situation du côté de l'oppresseur.

Filmer pour montrer
Secret de tournage sur Une bouteille à la mer

Thierry Binisti a décidé d'adapter le livre de Valérie Zenatti pour montrer que la réalité du pays d’Israël n'est pas seulement réduite à la guerre : "En Israël ou en Cisjordanie, il n’y a pas que la préoccupation politique, même si elle est très présente. Vivre, tomber amoureux, accéder à ses désirs… J’avais envie de montrer cela", affirme le réalisateur.


Tournage sous concessions territoriales
Secret de tournage sur Une bouteille à la mer

Le réalisateur aurait voulu tourner la moitié des séquences en Israël et l’autre moitié à Gaza : "Si on prend une équipe de comédiens et de techniciens en Israël, il est impossible de les faire entrer à Gaza, et inversement", explique-t-il. L'équipe a quand même essayé en demandant au Centre Culturel français de Gaza, mais pour des questions de sécurité (de risque d’enlèvement), Israël ne laisse entrer aucun Israélien à Gaza. Alors, bien que les séquences de Gaza vues de l’extérieur montrent Gaza, celles en intérieur ont été tournées dans des villes arabes israéliennes.


Une docu-fiction ?
Secret de tournage sur Une bouteille à la mer

Certaines séquences du film ne sont pas seulement fictionnelles puisque le réalisateur a utilisé des images d’actualité provenant d’archives diffusées par les médias, notamment sur la grande manifestation commémorant l’anniversaire de la mort de Yitzhak Rabin filmée sur la place des Rois, au milieu de milliers d’Israéliens venus manifester leur désir de paix : "C’est une manière de faire coïncider la fiction avec les faits réels, et de rappeler au spectateur les moments clés du conflit sur la période où se déroule l’histoire", déclare le metteur en scène et scénariste Thierry Binisti.


Hormis le fait que les raisons invoquées pour expliquer que le tournage n'ait pas eu lieu à Gaza sont certainement fausses ou seulement en partie vraies (et le film, tout pacifiste et gentil qu'il soit, ne laisse pas passer l'occasion de se venger d'une certaine manière des problèmes à la production, des probables interdictions des autorités palestiniennes, en ne manquant pas de les représenter comme des brutes épaisses, là où le soldat israélien français est plutôt sympathique, fait son boulot pour protéger des vies), comment peut-on prétendre filmer la réalité dans ces conditions ? Et pourquoi se gargariser, en plus, de faire dans le documentaire parce qu'on a utilisé trois images télévisuelles ? Les mystères des dossiers de comm'...

Tout le contraire de ''Le sel de la mer'' d'Annemarie Jacir.
casseur
 

Re: Moyen-Orient / contre l'oubli

Messagepar casseur » Dim 31 Aoû 2014 12:30

"Inch'Allah", Anaïs Barbeau-Lavalette, 2013

Encore une reconstitution des territoires occupés, cette fois en Jordanie, pour une fiction qui cherche, comme la précédente (peu de choses différencient les deux films du point de vue cinématographique), à expliciter le mécanisme qui pousse à commettre un attentat-suicide à travers le regard d'un personnage étranger (une québécoise médecin qui travaille en Palestine et vit à Jérusalem). La réponse, quoique absolument évidente et qui pourrait sans doute se passer de démonstration, est au moins un peu plus sincère que dans le film de Binisti. Pas difficile, me direz-vous ! Même si la réalisatrice se polarise sur les doutes et les engagements de son alter-ego québecoise prise entre deux camps, elle parvient tout de même à décrire franchement les pertes humaines et les humiliations qui finissent par se retourner violemment contre les bourreaux. Face à la mort inhumaine des réfugiés, nait une certaine prise de position, voire un engagement.

On sent que la cinéaste fait souvent des choix de scènes entre le vécu émotionnel personnel et l'histoire de ses personnages, en définitive tiraillée derrière la caméra comme l'est Chloé. C'est généralement tout l'"intérêt", et aussi la grande faiblesse, de ce genre de films qui ne travaillent le local que du dehors et veillent autant que possible à ménager toutes les sensibilités, un jour d'un côté, un jour de l'autre (ainsi que Rand et son cousin le reprochent à Chloé dans le film). Le film de Barbeau-Lavalette semble au moins en prendre conscience, ce qui n'est déjà pas si mal.
casseur
 

Re: Moyen-Orient / contre l'oubli

Messagepar casseur » Sam 1 Nov 2014 16:38

"The color of olives", Carolina Rivas, 2006

Carolina Rivas est mexicaine et réalise, en suivant le quotidien sur une semaine d'une famille de palestiniens bloqués sur le trajet du mur, un film d'une grande simplicité. Pour répondre à la claustration (les israéliens ont laissé la maison à la famille qui refusait de s'en aller, mais ont découpé sa terre en deux avec le mur, ils surveillent et contrôlent tous leurs déplacements et exercent toutes sortent de pressions pour les faire partir), Rivas utilise le découpage et le gros plan. C'est à la fois une politique et une poétique du gros plan, qui rappelle que celui-ci ne rime pas forcément avec voyeurisme. Dans les petits détails matériels, les gestes humains, animaux, cueillis comme les oranges sur les orangers et les olives sur les oliviers, les cartons noirs entre les différents plans qui proposent en sous-titres les propos des membres de la famille, passe la vie malgré tout, la vie quotidienne qui résiste (terme que l'on retrouve dans les propos de la mère) malgré l'horreur de la séquestration à ciel ouvert.

Attention, contrairement à ce que Wikipédia laisse entendre, Carolina Rivas c'est pas elle :

Image
casseur
 

Re: Moyen-Orient / contre l'oubli

Messagepar casseur » Dim 28 Déc 2014 10:02

"Les Citronniers", Eran Riklis, 2008

Ca se passe en Cisjordanie, à la frontière entre Israël et les territoires occupés. Une femme se bat pour garder son verger de citronnier alors que le voisin, ministre Israélien de la défense, tente de le faire arracher.

Que dire ? Bien sûr, c'est un film israélien qui dit qu'il y a des problèmes, que l'Etat exagère, et parfois se comporte mal vis à vis de la population occupée. On reconnait le forçage habituel des films de fiction plan-plan qui se veulent plein de bonne volonté, d'objectivité et recherchent à provoquer le consensus. Comme à l'accoutumé, le scénario est saupoudré de scènes pour montrer avec de gros sabots et de bons vieux clichés qu'aucun côté n'est tout rose. Ici, côté palestinien, c'est d'abord les quelques scènes où des palestiniens jugent la femme, veuve, en raison de ses relations avec son avocat (relations dont le film aurait, soit dit en passant, très bien pu se passer), et puis c'est la scène de l'attentat lors de la fête. Il faut bien montrer qu'il y a des attentats, que tout cet appareil de répression et de contrôle n'est pas uniquement le fait de la paranoïa des israéliens. Donc, on va mettre un attentat vite fait, pour justifier in fine tout le dispositif policier. C'est tellement inséré bizarrement dans le film, comme une obligation, qu'on jurerait que le cinéaste règle à ce moment donné l'un des éléments du cahier des charges du gouvernement israélien.

Il n'y a rien à dire de la mise en scène absolument terne et sans aucun intérêt. Je lis partout que Hiam Abbass est admirable, mais ça n'est pas une actrice que j'apprécie beaucoup, elle a souvent le même rôle un peu agaçant de femme contrite, jouant avec son regard malheureux, et je l'ai jamais encore vu jouer dans un bon film donc je doute de sa capacité à choisir ses rôles et les gens avec qui elle tourne.
casseur
 

Re: Moyen-Orient / contre l'oubli

Messagepar casseur » Ven 20 Mar 2015 19:30

Sword7 a écrit:
casseur a écrit:"Le voyage de James à Jerusalem" de Ra'anan Alexandrowicz (2003)

Un jeune africain ravi de la crèche débarque en Israël pour découvrir la Jérusalem de sa bible et la raconter aux gens de son village. Il passe de la prison, à sans-papier exploité par un patron et son père, gagne pas mal de fric et découvre ce qu'est un centre-commercial, devient lui-même son propre patron d'une petite entreprise d'exploitation de ses camarades, et se fait virer comme un malpropre après avoir été pris en photo avec un flic devant les HLM de Jérusalem (enfin).

Je crois que c'est filmé en DV, c'est filmé avec les pieds j'en suis sûr. Je vois franchement rien à sauver d'un peu intéressant du point de vue de la mise en scène. Ca sent bon l'humanisme paternaliste d'un autre âge (dans la mesure où les bons sentiments du film passent uniquement par des rapports de ce type, visant à rendre "humains" malgré tout les types qui exploitent James). Sans trop se mouiller non plus (il est sympa malgré tout le polo de sport que lui offre la bonne femme qui l'utilise comme esclave à domicile !), on veut nous apprendre qu'Israël est comme partout un endroit où règne l'exploitation de l'homme par l'homme (la critique qui a globalement beaucoup aimé a fait mine de ne pas déjà le savoir et de le découvrir avec ce film !), mais le seul qui ne le savait pas est ce James, personnage fade apparemment sorti tout droit de sa brousse avec son missel - sic.


Intéressante ta description, elle ne me fait pas penser à un film qui existe déjà, mais à un projet de film. Je m'explique. L'autre jour j'ai assisté à une rencontre avec la cinéaste Leïla Kilani lors d'une projection de "Sur la planche" (que je n'ai malheureusement toujours pas pu voir). A la fin, la présentatrice lui a posé la question rituelle de ses projets pour l'avenir, et elle a dit avoir un projet de scénario sur un étranger qui vit en Chine. Ca me fait penser à la description du film que tu as vu. Je ne sais pas pourquoi mais j'ai trouvé cette idée de projet (ou du moins le fait d'en faire état dans ces conditions) un peu opportuniste à ce moment-là. Je me suis demandé si elle n'avait pas dit rigoureusement la même chose en Argentine d'où elle venait pour présenter également son film, en remplaçant Chine par Argentine. Cela va bien avec son discours sur l'universalisme du sujet de son film ("ça se passe en Algérie, mais ça pourrait se passer en Chine, en Argentine, etc."). Il y a dans le cinéma, une sorte d'"internationalisme tiers-mondiste", ne revendiquant rien d'autre que son réalisme et surtout son apolitisme, qui me gonfle un peu, je dois bien dire.


Sinon, j'ai vu le film de Kilani récemment et c'est pas terrible du tout. C'est surtout du point de vue de la mise en scène que ça pêche, c'est tout en caméra tremblée, genre pris sur le vif, de la grosse routine naturaliste quoi. Jamais quoi que ce soit ne se produit à partir de l'image, des plans, les seuls moments un peu intenses proviennent du monologue intérieur ou extériorisé de la jeune fille qui tient le rôle principal sur lequel la cinéaste se repose. Ca vire donc au cinéma écrit, et non à l'écriture cinématographique, où seuls comptent le jeu des acteurs et la récitation de leur texte (autant écouter un bon disque de rap!). Pour le reste, il y a beaucoup trop de longueurs, le film "n'avance pas" dans le sens où il ne dépasse jamais la simple description conventionnelle de la faible alternative usine/magouilles qui se présente aux filles. Une fois que l'on a compris cette alternative à force de scènes en usine, de larcins, de revente de produits volés, on se demande "et après ?".
casseur
 

Re: Moyen-Orient / contre l'oubli

Messagepar casseur » Dim 30 Aoû 2015 23:12

casseur a écrit:"Les Citronniers", Eran Riklis, 2008

Ca se passe en Cisjordanie, à la frontière entre Israël et les territoires occupés. Une femme se bat pour garder son verger de citronnier alors que le voisin, ministre Israélien de la défense, tente de le faire arracher.

Que dire ? Bien sûr, c'est un film israélien qui dit qu'il y a des problèmes, que l'Etat exagère, et parfois se comporte mal vis à vis de la population occupée. On reconnait le forçage habituel des films de fiction plan-plan qui se veulent plein de bonne volonté, d'objectivité et recherchent à provoquer le consensus. Comme à l'accoutumé, le scénario est saupoudré de scènes pour montrer avec de gros sabots et de bons vieux clichés qu'aucun côté n'est tout rose. Ici, côté palestinien, c'est d'abord les quelques scènes où des palestiniens jugent la femme, veuve, en raison de ses relations avec son avocat (relations dont le film aurait, soit dit en passant, très bien pu se passer), et puis c'est la scène de l'attentat lors de la fête. Il faut bien montrer qu'il y a des attentats, que tout cet appareil de répression et de contrôle n'est pas uniquement le fait de la paranoïa des israéliens. Donc, on va mettre un attentat vite fait, pour justifier in fine tout le dispositif policier. C'est tellement inséré bizarrement dans le film, comme une obligation, qu'on jurerait que le cinéaste règle à ce moment donné l'un des éléments du cahier des charges du gouvernement israélien.

Il n'y a rien à dire de la mise en scène absolument terne et sans aucun intérêt. Je lis partout que Hiam Abbass est admirable, mais ça n'est pas une actrice que j'apprécie beaucoup, elle a souvent le même rôle un peu agaçant de femme contrite, jouant avec son regard malheureux, et je l'ai jamais encore vu jouer dans un bon film donc je doute de sa capacité à choisir ses rôles et les gens avec qui elle tourne.


Bon ben grosso-modo la même chose pour son dernier film, "Mon fils"... c'est quand même vaguement sauvé par moments par une ironie et un second degré ado qui font tourner le film du côté de la comédie un peu grinçante, mais pas suffisamment hélas, le film replonge très vite dans des rails très convenus (notamment avec la mort lente du jeune handicapé)...

La fin est catastrophique, tant du point de vue de la cohérence du scénario que du point de vue même du cinéaste : le jeune arabe israélien, après avoir essuyé dans le film toutes les humiliations liées à sa condition à Jérusalem, finit par se substituer au garçon juif israélien handicapé dont il s'occupait dans le cadre du bénévolat de la fac (et qui était devenu son ami) et qui décède. La voie du salut pour l'arabe passe donc d'abord par l'assistance de l'opprimé aux opprimants, puis par l'identification pure et simple de l'opprimé aux opprimants (le film s'évertuant bien sûr à montrer qu'il ne faut pas penser comme ça, en termes généraux et simplificateurs de "dominés" et de "dominants", d'"opprimés" et d'"opprimants").
casseur
 

Re: Moyen-Orient / contre l'oubli

Messagepar casseur » Sam 12 Mar 2016 08:25

casseur a écrit:Je lis partout que Hiam Abbass est admirable, mais ça n'est pas une actrice que j'apprécie beaucoup, elle a souvent le même rôle un peu agaçant de femme contrite, jouant avec son regard malheureux, et je l'ai jamais encore vu jouer dans un bon film donc je doute de sa capacité à choisir ses rôles et les gens avec qui elle tourne.


J'ai enfin trouvé un film où elle (celle que j'appelle l'Isabelle Huppert du cinéma arabe lol) a un rôle un peu plus intéressant à jouer, c'est un film tunisien de Raja Amari qui s'appelle "Satin Rouge" (2002). Justement, le film commence comme d'habitude, elle a un rôle de mère veuve sèche et désolée au foyer, obligée de s'occuper seule de l'éducation de sa fille à la baguette. Sourcils froncés, regards noirs, visage mutique, et tout... C'est tellement proche d'autres personnages qu'elle a déjà joué qu'au début j'ai cru que j'avais déjà vu le film ! Mais elle va découvrir le cabaret où des femmes dansent toute la nuit et ça va changer sa vie, lui permettre de retrouver le chemin du sourire, de la vie et de l'ouverture aux autres. Ca fait vraiment plaisir de découvrir le corps dansant et les formes généreuses de cette actrice enfin révélés dans un rôle où elle peut être plus extravertie.

La fin est belle aussi, le cinéaste parvient à retomber sur ses pieds sans faire de moralisme ou un retour brutal à la tradition, mais en faisant plutôt du tour que joue la mère à sa fille et son copain un ultime pas de danse, un piège "fatal". Les dernières minutes du film sont assez incroyables, lors du mariage de la fille et de son copain la mère oubliant tout se met soudain à danser sur la scène avec le chanteur, tandis que le jeune couple guindé en arrière plan semble presque gêné, mal à l'aise, comme si la mère s'était libérée et que le nouveau couple (autrefois plus émancipé) récupérait la raideur passée de la mère à travers le rituel social du mariage. C'est subtilement transmis et donc très fort.
casseur
 

Re: Moyen-Orient / contre l'oubli

Messagepar casseur » Dim 24 Juil 2016 16:05

Le Collectif Palestine 69 a annoncé l'arrestation d'une cinquantaine de ses membres ce vendredi soir alors qu'ils terminaient un pique-nique organisé sur les berges du Rhône, à hauteur du pont de la Guillotière. En fin de soirée, seul un militant n'avait pas été relâché.

http://www.lyoncapitale.fr/Journal/Lyon ... tes-a-Lyon
casseur
 

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