les nanars (car il est sain de perdre un peu son temps)

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Re: les nanars (car il est sain de perdre un peu son temps)

Messagepar Notebad » Sam 22 Mar 2014 23:10

Notebad a écrit:
casseur a écrit:
JM a écrit:il y a toujours des réas qui peuvent débarquer d'on ne sait trop où, et renouveler un minimum le truc.


Note que Adam McKay ne sortait pas tout à fait de nulle part. Il avait déjà réalisé avant d'autres films hilarants comme "Anchorman" en 2004 (produit par Apatow à la bonne époque) sur le milieu des présentateurs TV. On peut pas dire que ça vaille grand chose au niveau mise en scène mais les gags sont bien trouvés et le milieu de la TV ainsi que les codes hollywoodiens sont bien dégommés (excellente baston de rue entre présentateurs concurrents, à la "Gangs of New York"). C'est beaucoup plus sympa et moins puant que la comédie Morning Glory dont il était aussi question à une époque sur le site. Il semble qu'il y ait une suite de "Anchorman" prévue pour cette fin d'année.


Bonjour casseur,

Du coup j'ai téléchargé et regardé Anchorman et ça m'a pas semblé formidable, à l'exception de quelques passages. Il y a quelques gags rigolos mais comme tu dis, niveau mise en scène, ça casse pas des briques. J'ai eu l'impression de voir un vieux film des ZAZ, beaucoup de gags m'ont paru bien réchauffés.


La suite d'Anchorman sortie il y a peu est encore pire que le premier. Avant même de regarder le film, sa durée laissait supposer le pire. En effet, comment imaginer McKay et Ferrell capables de maintenir le rythme et l'humour pendant presque deux heures durant sans que ça retombe comme un gros soufflé au bout d'une heure ?!, c'est malheureusement ce qui arrive. On est dans la redite du premier, en pilotage automatique. Ca fait pas rire du tout (concours de blagues racistes et misogynes), et la mise en scène est sans aucune imagination (loin de The Other guys qui avait quand même un certain panache à vouloir jouer sans complexe dans la cour des grands du cinéma d'action).
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Re: les nanars (car il est sain de perdre un peu son temps)

Messagepar Sword7 » Dim 30 Mar 2014 09:07

Oui, on perd pas son temps ! Voir un mauvais film pour se souvenir d'un bon :

''Hitchcock'' (2013) de Sacha Gervasi est un gros nanar ("tu es en train d'enfler" dit sa femme à Hitch qui lit son journal dans la baignoire) qui nous refait le coup du biopic façon musée grévin. Linklater avait pourtant proposé une voie à suivre il y a quelques années, avec son "Me And Orson Welles", quand il s'agit d'évoquer intelligemment (c'est à dire de biais, plutôt que frontalement) à l'écran la vie et l'oeuvre d'un monstre sacré du cinéma.
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Re: les nanars (car il est sain de perdre un peu son temps)

Messagepar JM » Mar 26 Aoû 2014 23:25

Le dernier Resnais. Je sais pas quel type de vie il faut mener pour aimer ce genre de truc...

C'est étonnant comme, prétextant d'aborder la mort de manière amusée et guillerette, Resnais occulte systématiquement la maladie de ses films, la laissant totalement hors-champ : Georges qu'on ne verra jamais dans ce film, mais aussi on s'en souvient la mère malade et grabataire dans "Coeur", également laissée hors-champ. L'un implique peut-être l'autre. La mort c'est sympatoche, mais sans la maladie : discussion de vieillards en pantoufles autour d'un verre. Cinéma malade, sclérosé, mais sans malade, en un mot : clean.
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Re: les nanars (car il est sain de perdre un peu son temps)

Messagepar JM » Jeu 28 Aoû 2014 12:30

JM a écrit:Le dernier Resnais. Je sais pas quel type de vie il faut mener pour aimer ce genre de truc...

C'est étonnant comme, prétextant d'aborder la mort de manière amusée et guillerette, Resnais occulte systématiquement la maladie de ses films, la laissant totalement hors-champ : Georges qu'on ne verra jamais dans ce film, mais aussi on s'en souvient la mère malade et grabataire dans "Coeur", également laissée hors-champ. L'un implique peut-être l'autre. La mort c'est sympatoche, mais sans la maladie : discussion de vieillards en pantoufles autour d'un verre. Cinéma malade, sclérosé, mais sans malade, en un mot : clean.


J'y repense et j'ajoute que le film est d'autant plus malade qu'il est porté par tout un tas de béquilles très grossières : groupe d'acteurs fétiches qui en font des caisses, musique envahissante et insupportable de Snow, décors fluos à prétention moderne, dessins horribles de Blutch...tout cela, bien entendu, étant pour certains le dernier grand et savoureux (sic) récapitulatif des nombreuses anciennes passions de l'auteur sur son lit de mort. En effet, d'une certaine manière, ça a bien la couleur d'un milkshake concocté avec des produits chimiques.
JM
 

Re: les nanars (car il est sain de perdre un peu son temps)

Messagepar Notebad » Mer 3 Sep 2014 10:50

JM a écrit:
JM a écrit:Le dernier Resnais. Je sais pas quel type de vie il faut mener pour aimer ce genre de truc...

C'est étonnant comme, prétextant d'aborder la mort de manière amusée et guillerette, Resnais occulte systématiquement la maladie de ses films, la laissant totalement hors-champ : Georges qu'on ne verra jamais dans ce film, mais aussi on s'en souvient la mère malade et grabataire dans "Coeur", également laissée hors-champ. L'un implique peut-être l'autre. La mort c'est sympatoche, mais sans la maladie : discussion de vieillards en pantoufles autour d'un verre. Cinéma malade, sclérosé, mais sans malade, en un mot : clean.


J'y repense et j'ajoute que le film est d'autant plus malade qu'il est porté par tout un tas de béquilles très grossières : groupe d'acteurs fétiches qui en font des caisses, musique envahissante et insupportable de Snow, décors fluos à prétention moderne, dessins horribles de Blutch...tout cela, bien entendu, étant pour certains le dernier grand et savoureux (sic) récapitulatif des nombreuses anciennes passions de l'auteur sur son lit de mort. En effet, d'une certaine manière, ça a bien la couleur d'un milkshake concocté avec des produits chimiques.


Tu préfères le dernier film de Breillat, avec Huppert dans son lit d'hôpital, puis qui joue avec le plus grand réalisme la paralysie post-AVC pendant une heure et demie ?
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Re: les nanars (car il est sain de perdre un peu son temps)

Messagepar JM » Ven 5 Sep 2014 08:56

Notebad a écrit:
Tu préfères le dernier film de Breillat, avec Huppert dans son lit d'hôpital, puis qui joue avec le plus grand réalisme la paralysie post-AVC pendant une heure et demie ?


Tu plaisantes, je ne suis pas non plus un adepte du cinéma frelaté de Breillat. J'en avais pas vu depuis longtemps mais son dernier, "Abus de faiblesse", est quand même particulièrement jojo dans le genre "je réalise un film mais j'ai rigoureusement rien à raconter, rien à faire passer, et absolument aucune idée de mise en scène". Un beau nanar puisqu'on est dans le topic dédié. Et comme d'hab, cocorico, la critique saute au plafond ! Le ponpon c'est qu'elle se sent obligée de se taper Kool Shen tout le film (et nous avec) alors que c'est un choix de casting absolument catastrophique, un acteur nullissime (contrairement à son compère Joey Starr qui est quand même capable de jouer quelques personnages). Et que l'on ne me fasse pas croire qu'elle l'a pris exprès pour cela car on la voit utiliser tous les trucs possibles et imaginables les plus classiques pour cacher ce problème (notamment nombreux plans de dos lors des discussions, ou polarisation sur Huppert qui en fait des tonnes pour contrebalancer). Pourquoi le garder ? Probablement pour faire parler de son film à sa sortie...


Non, je penserais plutôt à un film comme "Amour" de Haneke, qui, lui, accepte de traiter frontalement de la maladie et de la fin de vie, sans tabou, et qui s'en sort vraiment très bien - avec pour le coup deux acteurs remarquables.
JM
 

Re: les nanars (car il est sain de perdre un peu son temps)

Messagepar JM » Lun 9 Mar 2015 09:51

Le nouveau film de Satrapi qui sort je crois cette semaine, "The Voices".

Mélange mal foutu d'univers de jouet à la Wes Anderson (l'usine rose - oh là là quelle ironie !), de cynisme et d'humour noir à la frères Coen (l'imbécile heureux), de Garfield (les animaux qui "parlent"), et de ce qui est le plus rebattu dans les scénars des séries et films américains de ces 20 dernières années, à savoir l'histoire de serial killer monsieur tout-le-monde complètement timbré (mais au "profil" psychologique toujours identique : traumatisé par papa et maman).

C'est quasiment jamais drôle, et filmé, monté, écrit n'importe comment. Le film se termine en roue libre, Satrapi ne sait évidemment plus trop quoi faire de son personnage intercalé entre elle et nous les spectateurs. Elle nous demande donc de l'accompagner dans la mort dans un ultime délire religieux qui se termine au paradis avec Jésus, où il sera bien mieux que sur terre (cette échappée finale dans la mort est d'abord prise esthétiquement au sérieux dans la salle de bowling, avant qu'on ne bascule à nouveau dans la grosse farce en arrivant au paradis, il y a dans le film quelque chose de schizophrénique au niveau même de la mise en scène de Satrapi qui nous demande en même temps de croire et de ne pas croire à son personnage qui est tantôt un vrai personnage de cinéma, tantôt une marionnette). Sous l'humour qui se veut décalé, nul véritable décalage, puisqu'on retrouve les idées du genre les plus épaisses et éculées qui soient.

Je me demande si cette fin dansante au paradis, avec toutes les femmes que le type cinglé a tué et Jésus, ne fait pas référence aux trucs qu'on entend sur les promesses faites aux terroristes martyrs islamistes lorsqu'ils rejoindront le paradis... elle rapprocherait ainsi le prototype du sérial-killer américain du prototype du terroriste islamiste...
JM
 

Re: les nanars (car il est sain de perdre un peu son temps)

Messagepar Sword7 » Dim 22 Mar 2015 08:08

Toujours des comédies, deux récentes très mauvaises :

"L'interview qui tue" de Seth Rogen et Evan Goldberg. Ca m'a fait penser au Petit Journal de Canal+ dans l'état d'esprit, ou comment le divertissement "utile" (qui se veut utile) qui fait mine de critiquer le divertissement et l'information se vautre à son tour dans le consensus républicain, la bonne conscience humaniste ethnocentrique, la manipulation et le mensonge tant décriés et "déconstruits" chez les confrères, et tutti quanti. Les délires des clowns de "L'interview qui tue" n'ont, in fine (dans une fin déboulonnant le dictateur coréen particulièrement délirante et fantasmatique, mais qui se prend en même temps complètement au sérieux - dans l'idée que la TV américaine peut ouvrir les yeux du peuple stupide), nulle autre fonction que de rappeler les vertus de la démocratie médiatique à l'américaine, aussi vulgaire, cynique et méprisable soit-elle (suivant le principe qu'on trouve toujours pire que soi, du moins tente-t-on de s'en convaincre - et, si possible, d'en convaincre les autres).

"Les rayures du zèbre" de Benoît Mariage. Là encore, une comédie lamentable qui joue maladroitement avec le feu (avec les clichés les plus éculés) et fait plus que frôler l'abjection. Probablement dans un souci de sauver ses personnages de beaufs blancs (ce qui est plutôt positif en soi), Mariage fait le pire choix possible : après avoir exposé frontalement le cliché en faisant rire (enfin, façon de parler, parce que le film n'est jamais drôle, mais disons qu'il se veut drôle) au second degré sur le dos des personnages, il conforte leur vision en validant par la suite leur point de vue raciste, paternaliste et beauf (en particulier sur l'Afrique et les africains). On se retrouve donc avec un film ouvertement raciste, paternaliste, et beauf. La mort du joueur noir est particulièrement lamentable, elle valide l'idée que "le joueur noir a des jambes pour courir vite et rien dans le cerveau", comme le dit plus tôt son recruteur, mais elle n'est qu'un exemple parmi beaucoup d'autres de l'abjection qui entoure chaque consolidation des clichés - que l'on pense également au rôle immonde attribué aux femmes noires (deux putes qui attendent l'homme blanc providentiel !), à la vision finale de l'Afrique comme éternelle savane, au paternalisme finalement victorieux du recruteur (face à la famille ignoble), etc, etc.
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Re: les nanars (car il est sain de perdre un peu son temps)

Messagepar Chantal » Dim 22 Mar 2015 23:54

Sword7 a écrit:Toujours des comédies, deux récentes très mauvaises :

"L'interview qui tue" de Seth Rogen et Evan Goldberg. Ca m'a fait penser au Petit Journal de Canal+ dans l'état d'esprit, ou comment le divertissement "utile" (qui se veut utile) qui fait mine de critiquer le divertissement et l'information se vautre à son tour dans le consensus républicain, la bonne conscience humaniste ethnocentrique, la manipulation et le mensonge tant décriés et "déconstruits" chez les confrères, et tutti quanti. Les délires des clowns de "L'interview qui tue" n'ont, in fine (dans une fin déboulonnant le dictateur coréen particulièrement délirante et fantasmatique, mais qui se prend en même temps complètement au sérieux - dans l'idée que la TV américaine peut ouvrir les yeux du peuple stupide), nulle autre fonction que de rappeler les vertus de la démocratie médiatique à l'américaine, aussi vulgaire, cynique et méprisable soit-elle (suivant le principe qu'on trouve toujours pire que soi, du moins tente-t-on de s'en convaincre - et, si possible, d'en convaincre les autres).

"Les rayures du zèbre" de Benoît Mariage. Là encore, une comédie lamentable qui joue maladroitement avec le feu (avec les clichés les plus éculés) et fait plus que frôler l'abjection. Probablement dans un souci de sauver ses personnages de beaufs blancs (ce qui est plutôt positif en soi), Mariage fait le pire choix possible : après avoir exposé frontalement le cliché en faisant rire (enfin, façon de parler, parce que le film n'est jamais drôle, mais disons qu'il se veut drôle) au second degré sur le dos des personnages, il conforte leur vision en validant par la suite leur point de vue raciste, paternaliste et beauf (en particulier sur l'Afrique et les africains). On se retrouve donc avec un film ouvertement raciste, paternaliste, et beauf. La mort du joueur noir est particulièrement lamentable, elle valide l'idée que "le joueur noir a des jambes pour courir vite et rien dans le cerveau", comme le dit plus tôt son recruteur, mais elle n'est qu'un exemple parmi beaucoup d'autres de l'abjection qui entoure chaque consolidation des clichés - que l'on pense également au rôle immonde attribué aux femmes noires (deux putes qui attendent l'homme blanc providentiel !), à la vision finale de l'Afrique comme éternelle savane, au paternalisme finalement victorieux du recruteur (face à la famille ignoble), etc, etc.


Par contre, moi j'ai vu une petite comédie surprenante de 1959 signée d'un des maîtres de la série B fantastique : Jack Arnold ! Ca s'appelle "The Mouse That Roared", c'est super marrant et très bon esprit, même si la mise en scène n'a pas grand chose de formidable. Le ton est très british (le film est d'ailleurs britannique), on pense pas mal aux Monty Python, bien avant leur heure de gloire. Jean Seberg (l'une des jeunes actrices montantes de l'époque, qui sera peu de temps après chez Godard, après Preminger) a un petit rôle peu conséquent, mais surtout Peter Sellers, excellent, joue plusieurs personnages à la fois dans le film (là encore bien avant Kubrick). On se retrouve donc avec un film discret comme une petite souris (qui rugit ?), qui mine de rien semble en avance sur pas mal de choses.

C'est toujours sympathique de voir un américain tirer des flèches contre son propre pays, surtout quand elles sont aussi fines et acérées. Les surprises commencent dès les premières secondes du film, le logo de la Columbia est détourné, la femme qui tient le flambeau est délogée de son socle par une petite souris qui se cache sous sa jupe. Pendant le film, une pancarte moqueuse "Hail Columbia" passe également discrètement dans le champ lors d'une manifestation. L'idée apparemment absurde de la petite principauté qui déclare la guerre aux USA pour être sûre de la perdre immédiatement et s'enrichir avec l'envoi des aides habituelles offertes aux vaincus est d'autant plus comique qu'elle repose sur une base tout ce qu'il y a de plus réelle.

Arnold revient comme toujours à son obsession, la bombe nucléaire, mais sans aucune ironie vis à vis de la thématique qui a irrigué ses films précédents (directement ou pas). Le message de paix est absolument sincère (certains diront "naïf", mais tant pis), et ce film ainsi que ses précédents n'en sont que plus touchants encore.
Chantal
 

Re: les nanars (car il est sain de perdre un peu son temps)

Messagepar casseur » Mer 25 Mar 2015 16:18

Sword7 a écrit:Ca m'a fait penser au Petit Journal de Canal+ dans l'état d'esprit, ou comment le divertissement "utile" (qui se veut utile) qui fait mine de critiquer le divertissement et l'information se vautre à son tour dans le consensus républicain, la bonne conscience humaniste ethnocentrique, la manipulation et le mensonge tant décriés et "déconstruits" chez les confrères, et tutti quanti.


Oui, c'est tout à fait ça ! Ils passent par exemple leur temps à utiliser les images (médiatiques ou officielles) des hommes politiques pour y dénicher le petit truc naturel qui fera rire (ce qui ne peut être que monnaie courante quand on braque 24h/24 ses caméras sur une personne), tout en faisant mine de montrer du doigt la meute journalistique qui accompagne aujourd'hui chaque déplacement des politiques et le système de politique spectacle... Ils participent donc, au même titre que BFMTV, ITV ou qui sais-je, à ce même système, dont ils se servent à leur manière.
casseur
 

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