les nanars (car il est sain de perdre un peu son temps)

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Re: les nanars (car il est sain de perdre un peu son temps)

Messagepar JM » Dim 23 Aoû 2015 09:03

"Le journal d'une femme de chambre" de Jacquot. On se demande bien ce qui a pris Jacquot d'adapter une nième fois à l'écran cette histoire, de plus en début de XIXème siècle (faut dire que le monde contemporain ne l'inspire pas beaucoup plus quand on voit la nullité académique de son film précédent "3 coeurs"). Pour moderniser un poil, il ajoute un gros gode dans la valise d'une bourgeoise, fait parler les femmes de maison comme des directrices des RH, à part ça on a l'impression agaçante de regarder une copie conforme des films des prédécesseurs avec le souci de faire du "bel ouvrage".

Amusant de voir Seydoux jouer Célestine, après "l'affaire" Kechiche elle a visiblement opté pour un film corseté et sans risque.
JM
 

Re: les nanars (car il est sain de perdre un peu son temps)

Messagepar casseur » Sam 3 Oct 2015 23:04

Le dernier Garrel, je pense que je vais arrêter avec ses nouveaux films parce que c'est de pire en pire : mise en scène au rabais (ahh le N&B qui croit éternellement sauver les apparences ! On l'enlève et on tombe sur du téléfilm Arte ou mettons du Jacquot si on est gentil - mais en fait non c'est plutôt méchant), acteurs mauvais réduits à l'état de pantins neurasthéniques, dialogues creux, voix-off insignifiante (mais dite par le fiston qu'il fallait bien caser quelque part !), musique doucereuse, remise une nème fois du thème de l'adultère sur le tapis pour nous dire que le mariage se réalise dans l'épreuve (quelle originalité, "tout ça pour ça" comme dit la fille à la fin !). Ce cinéma rance pue la mort et les passions tristes.

Evidemment, "le meilleur film de Garrel" pour les Cahiers !
casseur
 

Re: les nanars (car il est sain de perdre un peu son temps)

Messagepar casseur » Mer 11 Nov 2015 16:05

"Comme un avion" de et avec Bruno Podalydès. Le cinéaste continue pépère en kayak un cinéma estampillé du label "cinéma de classe moyenne parigotte, de lecteurs assidus de Télérama", et ça marche - au niveau critique, c'est un festival de 4 ou 5 étoiles sur Allociné, même les Cahiers ont adoré (à se demander si Frodon est encore à la direction de la revue)... Hédonisme de papa, regard tendre et amusé sur le consommateur compulsif (ça a toujours le mérite d'être plus sympa que le "Dîner de con"...) aux prises avec la crise de la cinquantaine, mort au coin du bois (si l'on est un bon critique, on doit dire : "mais on sent que quelque chose de tragique et profondément mélancolique guette derrière ce doux amusement de façade et cette insouciance"), rrr zzzz...

La mise en scène est flasque (ailleurs, on compare ça à du Renoir !? :? ), les acteurs jouent en roue libre la plupart du temps. Le seul truc à peu près réussi, c'est la construction du récit (c'est souvent là où Podalydès s'en sort le mieux), l'idée de faire revenir systématiquement le type à son point de départ est amusante (mais il en use et abuse, et c'est trop mou, sans aucun rythme).
casseur
 

Re: les nanars (car il est sain de perdre un peu son temps)

Messagepar JM » Ven 1 Avr 2016 19:59

Chantal a écrit:Je suis la seule à avoir eu l'impression que l'histoire de "La famille bélier" ressemblait en partie à une resucée faisandée de l'épisode central de "Film Socialisme" ?


"Guibord s'en va-t-en guerre" film québécois de Philippe Falardeau (sortie en France en juin) est dans la même veine que "La famille bélier", le même gentillet côté démocratie-petite popote familiale qui pisse pas très loin...
JM
 

Re: les nanars (car il est sain de perdre un peu son temps)

Messagepar casseur » Dim 10 Avr 2016 22:10

"Marguerite & Julien" de Donzelli, soit le cinéma d'auteur français en pleine de villierisation, qui n'a plus rien d'autre à raconter que des histoires d'inceste bourgeois dans un château aux planchers qui craquent et aux portent qui grincent... Avec trois règles en bandoulière :

1/ Il n'y a nulle situation ingrate.

2/ Il faut être un prêtre moraliste (intégré dans le film) pour s'en prendre à ce scénario.

3/ Faire raconter l'histoire à/par des gosses rend le truc naïf et dédouane de toute complaisance pour la consanguinité rance.
casseur
 

Re: les nanars (car il est sain de perdre un peu son temps)

Messagepar luciole » Mar 12 Avr 2016 11:09

casseur a écrit:"Marguerite & Julien" de Donzelli, soit le cinéma d'auteur français en pleine de villierisation, qui n'a plus rien d'autre à raconter que des histoires d'inceste bourgeois dans un château aux planchers qui craquent et aux portent qui grincent... Avec trois règles en bandoulière :

1/ Il n'y a nulle situation ingrate.

2/ Il faut être un prêtre moraliste (intégré dans le film) pour s'en prendre à ce scénario.

3/ Faire raconter l'histoire à/par des gosses rend le truc naïf et dédouane de toute complaisance pour la consanguinité rance.


Ca me semble assez bien vu, sauf le second point. C'est encore plus gluant que ce que tu dis, car le film épouse en définitive au moins en partie le point de vue du prêtre, Marguerite ne cesse d'ailleurs jamais de croire, jusque dans la traque finale où elle prie devant un calvaire en pleine campagne. Le prêtre est celui qui avait raison depuis le début, qui avait vu que cet amour incestueux allait conduire le frère et la soeur à leur perte et à celle de la famille ... reste au scénario et à la mise en scène de nous convaincre à tout prix que c'est quand même de l'amour fou, du désir.

Par endroits le film m'a rappelé celui de Ferran adaptant Lawrence, "Lady Chatterley", notamment la scène de cul dans les feuilles mortes. C'est complètement petit-bourgeois, genre "flirtons avec le tabou" du bout des doigts, sans trop se mouiller, provoc bon chic bon genre. Ferran c'était dans le rapport de classe, ici c'est dans la structure familiale.
luciole
 

Re: les nanars (car il est sain de perdre un peu son temps)

Messagepar casseur » Mer 13 Avr 2016 17:41

Ouais luciole, tu as raison. Le film se veut passer au-dessus du discours du prêtre en filmant le désir du couple (c'est complètement raté tant tout sonne clichetonneux : jouons à touche-pipi dans le grenier, puis faisons l'amour comme des bêtes dans les feuilles mortes...), mais il valide en même temps son pressentiment comme une condamnation morale finale (et les dernières couillonnades de mise en scène n'y changent rien). Par ailleurs, il n'y a aucune articulation entre le désir amoureux destinal des deux placé dans une sorte de bulle (le conte), et un possible désir ("politique") de sortir des normes (en particulier religieuses) de leur époque qui en fait n'est visible absolument nulle part dans le film (au contraire, la fille reste bien jusqu'au bout "attachée" à Dieu), c'est pourquoi ce film est plutôt très à droite.

En fin de compte c'est pas trop étonnant que ce petit milieu-là s'intéresse à la consanguinité (Bozon convoqué comme d'hab pour faire de la figuration, pas pour cachetonner, non, non, mais juste pour que la réalisatrice s'assure d'une bonne critique dans les Cahiers)...
casseur
 

Re: les nanars (car il est sain de perdre un peu son temps)

Messagepar casseur » Ven 13 Mai 2016 21:58

casseur a écrit:"Comme un avion" de et avec Bruno Podalydès. Le cinéaste continue pépère en kayak un cinéma estampillé du label "cinéma de classe moyenne parigotte, de lecteurs assidus de Télérama", et ça marche - au niveau critique, c'est un festival de 4 ou 5 étoiles sur Allociné, même les Cahiers ont adoré (à se demander si Frodon est encore à la direction de la revue)... Hédonisme de papa, regard tendre et amusé sur le consommateur compulsif (ça a toujours le mérite d'être plus sympa que le "Dîner de con"...) aux prises avec la crise de la cinquantaine, mort au coin du bois (si l'on est un bon critique, on doit dire : "mais on sent que quelque chose de tragique et profondément mélancolique guette derrière ce doux amusement de façade et cette insouciance"), rrr zzzz...

La mise en scène est flasque (ailleurs, on compare ça à du Renoir !? :? ), les acteurs jouent en roue libre la plupart du temps. Le seul truc à peu près réussi, c'est la construction du récit (c'est souvent là où Podalydès s'en sort le mieux), l'idée de faire revenir systématiquement le type à son point de départ est amusante (mais il en use et abuse, et c'est trop mou, sans aucun rythme).


La vache, faut ajouter "21 nuits avec Pattie" à la liste des films libertins pour quinquas petits-bourgeois cultivés, labellisés Télérama ! Les Larrieu se la jouent franchement nécrophiles avec leur scénario poussif de soixante-huitards déterrant l'aujourd'hui bien inoffensive libération sexuelle dans une odeur de camphre peu ragoutante.
casseur
 

Re: les nanars (car il est sain de perdre un peu son temps)

Messagepar JM » Dim 15 Mai 2016 09:02

casseur a écrit:La vache, faut ajouter "21 nuits avec Pattie" à la liste des films libertins pour quinquas petits-bourgeois cultivés, labellisés Télérama ! Les Larrieu se la jouent franchement nécrophiles avec leur scénario poussif de soixante-huitards déterrant l'aujourd'hui bien inoffensive libération sexuelle dans une odeur de camphre peu ragoutante.


Ahah, tu vois de la libération sexuelle là-dedans toi ? L'horizon de tout ce bazar c'est quand même que bobonne peut retrouver de l'appétit sexuel pour son mari... merci aux Larrieu de réenchanter Youporn, on en a grandement besoin, c'est certainement la plus grande urgence du moment !

On peut, en effet, compter les clins d'oeil au lecteurs de Télérama : la référence au tarot, la référence à Le Clézio (heureusement Lambert Wilson devait pas être disponible, mais on n'y gagne pas au change avec Dussollier), les références musicales, le garçon qui porte un prénom arabe pour faire bien, etc., etc.
JM
 

Re: les nanars (car il est sain de perdre un peu son temps)

Messagepar casseur » Mer 18 Mai 2016 10:03

JM a écrit:
casseur a écrit:La vache, faut ajouter "21 nuits avec Pattie" à la liste des films libertins pour quinquas petits-bourgeois cultivés, labellisés Télérama ! Les Larrieu se la jouent franchement nécrophiles avec leur scénario poussif de soixante-huitards déterrant l'aujourd'hui bien inoffensive libération sexuelle dans une odeur de camphre peu ragoutante.


Ahah, tu vois de la libération sexuelle là-dedans toi ? L'horizon de tout ce bazar c'est quand même que bobonne peut retrouver de l'appétit sexuel pour son mari... merci aux Larrieu de réenchanter Youporn, on en a grandement besoin, c'est certainement la plus grande urgence du moment !


Je regardais l'autre jour "Taking Off" (1971) de Forman, et les histoires de couples petit-bourgeois traditionnels confrontés aux fugues de leurs enfants et qui se découvrent eux-mêmes tentés par les désirs d'émancipation de leurs enfants (drogue, sexe...) pour sortir du carcan de leur vie, m'ont fait penser à ce cinéma rance post-68 qu'on a aujourd'hui en France. Contrairement aux cinéastes évoqués précédemment, Forman laisse percer le désespoir d'une société moderne qui va déjà mal, mais dont cette libération sexuelle qui constitue leur seul horizon d'émancipation accentue encore le malaise. Les réalisateurs français, eux, dont l'ethos est profondément petit-bourgeois, préfèrent se replier sur la mort qui guette (un gimmick), sur de l'individuel, plutôt que sur le social.

Forman a très bien vu que la libération sexuelle était un enjeu qui allait parcourir d'abord les catégories sociales élevées de cette époque, et que plus largement les mouvements d'émancipation et de libération des années 70 allaient aussi bien par la suite servir l'économie capitaliste libérale, notamment via la production culturelle. Avec les commentaires du copain hippie de la fille du couple ("je gagne bcp d'argent en critiquant les mauvaises actions du gouvernement, il faut accepter cette contradiction..."), à la fin du film, on assiste à un retournement total, les parents qui n'auraient jamais imaginé cet aplomb intéressé de leur jeunesse à cheveux longs deviennent les grands naïfs enfantins de l'histoire, et le hippie un calculateur absolument cynique qui prépare son avenir dans une Amérique ultralibérale où le principal est de trouver son créneau commercial.

Il filme tout cela avec une certaine tendresse, plutôt qu'avec cynisme, beaucoup de choses passent par les regards... Les cyniques sont au contraire ces cinéastes français qui assument et font fructifier pleinement leur rôle de fabricants de produits culturels calibrés pour un certain public, comme on produit de la volaille avec un certain label de qualité.
casseur
 

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