Grigris et autres films africains

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Re: Grigris et autres films africains

Messagepar brass » Ven 23 Mai 2014 21:04

Un film étonnant de Laurent Salgues : "Rêves de poussière" (sortie en salle 2008).

Un paysan nigérien qui fuit son passé se retrouve au Burkina Fasso où il devient orpailleur, travaille dans des conditions épouvantables mais reste vivant, malgré tout.

Le réalisateur est français mais la sensibilité et le regard du film rappellent vraiment ceux que l'on peut rencontrer chez certains des meilleurs cinéastes africains. Très étonnant, on a l'impression d'une copie conforme, comme d'un faux vachement bien exécuté. Encore plus surprenant, avant de réaliser ce premier long métrage de cinéma, Salgues avait essentiellement collaboré à la série TV PJ ! :shock: Peut-être que c'est une erreur de raisonner ainsi, cela donne l'impression qu'il y aurait une sorte d'"essence" du cinéma africain, mais quand même ...

Salgues et son équipe sont très adroits, on ne bascule jamais dans l'esthétisme facile ou la balade folklorique. Toute la mise en scène est réglée autour du personnage principal, mais dans un mouvement très ample et contemplatif, qui donne une respiration fébrile au film, qui évolue au jour le jour avec Mocktar. Il y a beaucoup de très belles choses. J'ai aimé entre autres ce passage au "cinéma" du village. Nous avons d'abord un gros plan sur la comédie musicale indienne qui est diffusée, ces images occupent tout le cadre, puis nous découvrons que le film est projeté seulement sur une petite TV que les spectateurs regardent entassés devant. Belle idée de cinéma et que Salgues se fait du cinéma : rendre les petites émotions en grand (jeu sur la taille des images). Enfin le personnage principal quitte la cour "cinéma" et le son du film le poursuit dans la nuit, dans les ruelles obscures mais encore animées du villages.

Très belle fin aussi, Mocktar qui vient de goûter aux amphétamines, s'en va seul dans le désert, continue sa traversée du désert, disparaît entre les dunes de sable effrayantes de solitude, attirantes de douceur.

La scène où il est assis sur le pas de la porte d'une case et où il regarde une femme vider l'eau qu'elle transporte dans un pot sur sa tête est magnifique aussi. Un long plan nous montre ce qu'il voit : le visage de la femme qui disparaît partiellement derrière la cascade d'eau limpide. Un plan sidérant, d'une rare beauté.

Non, c'est un film vraiment bien, un film de cinéma comme je n'en avais pas vu depuis bien longtemps, je crois.
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Re: Grigris et autres films africains

Messagepar brass » Ven 23 Mai 2014 21:10

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Re: Grigris et autres films africains

Messagepar JM » Sam 24 Mai 2014 19:49

Merci pour ces magnifiques photogrammes brass, ils me parlent.
JM
 

Re: Grigris et autres films africains

Messagepar lakhdar75 » Lun 23 Juin 2014 18:06

Jolis les photogrammes !

Je viens vous parler de deux films d'Afrique du nord :

"Un été à la Goulette", film tunisien de Férid Boughedir, 1996. C'est vraiment pas terrible, une grosse comédie dramatique lourdingue qui fonctionne uniquement sur les clichés locaux (trois familles : l'une juive, l'autre musulman, et la troisième catholique). C'est du cinéma de papa, nostalgique, rance et daté.

"Le Harem de Madame Osmane", film algérien de Nadir Moknèche, 2000. Ce film-là est par contre beaucoup plus intéressant. Portrait en creux de l'Algérie contemporaine, très beaux portraits de femmes. Carmen Maura est géniale, insupportable et magnifique, elle porte le film sur ses épaules en femme d'un certain âge, combattante dans le maquis pendant la guerre puis dans la vie de tous les jours face aux injustices faites aux femmes mariées en Algérie. Autour d'elle gravitent d'autres personnages passionnants, surtout des femmes (la jeune génération), une tension permanente savamment entretenue par Moknèche et ses acteurs. Tension qui est aussi le miroir de l'Algérie des années 90, des couvre-feu, des contrôles de police permanents, de la violence brute et aveugle des intégristes tapis dans l'ombre.

On n'entre pas immédiatement et facilement dans le film car Moknèche prend le risque de le faire débuter à cent à l'heure à l'intérieur de la maison de Mme Osmane, où tout y est excentrique voire parfois apparemment inhospitalier (le mauvais caractère de Mme Osmane). Il y a donc un premier mouvement de recul, puis on se laisse littéralement happer par ce groupe de personnages que l'on apprend à comprendre et à connaître petit à petit. Un très beau film, franchement déroutant !
lakhdar75
 

Re: Grigris et autres films africains

Messagepar brass » Mar 24 Juin 2014 07:36

Merci à vous,

Lakhdar, tu n'as pas aussi quelques images du Harem de Mme Osmane ?
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Re: Grigris et autres films africains

Messagepar lakhdar75 » Jeu 26 Juin 2014 18:41

brass a écrit:Merci à vous,

Lakhdar, tu n'as pas aussi quelques images du Harem de Mme Osmane ?


Je ne sais pas faire ça.
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Re: Grigris et autres films africains

Messagepar scienezma » Ven 27 Juin 2014 17:37

lakhdar75 a écrit:
brass a écrit:Merci à vous,

Lakhdar, tu n'as pas aussi quelques images du Harem de Mme Osmane ?


Je ne sais pas faire ça.


Salut,

C'est pourtant très simple ! Tu utilises VLC pour lire ton film et tu cliques sur l'icône appareil photo (en bas à gauche) quand tu veux prendre un photogramme du film. La qualité est pas géniale mais pour mettre sur un forum c'est déjà bien suffisant.
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Re: Grigris et autres films africains

Messagepar lakhdar75 » Ven 4 Juil 2014 18:24

scienezma a écrit:C'est pourtant très simple ! Tu utilises VLC pour lire ton film et tu cliques sur l'icône appareil photo (en bas à gauche) quand tu veux prendre un photogramme du film. La qualité est pas géniale mais pour mettre sur un forum c'est déjà bien suffisant.


Merci scienezma, de toute façon sur un film comme ça c'est le mouvement local et général qui compte, pas très envie de proposer telle ou telle image du film en particulier.
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Re: Grigris et autres films africains

Messagepar Sword7 » Ven 5 Sep 2014 11:35

"The Square" de Jehane Noujaim filme la révolution égyptienne sur la place Tahrir. Si le film "July", dont je parlais ailleurs, montrait l'éveil timide d'un mouvement de contestation de masse sur une journée, "The Square" décrit autre chose, un processus beaucoup plus long. Il documente sur les répétitions, les reprises nécessaires (et parfois difficiles) lorsque qu'un changement apporté par une mobilisation ne satisfait toujours pas la population. On voit ainsi les trois étapes successives de la révolution égyptienne : éviction de Moubarak, puis de l'armée, puis des Frères musulmans. Et à chaque fois, un retour nécessaire dans la rue pour insister auprès des dirigeants, retour de plus en plus violent et meurtrier. Le film souhaite transmettre l'idée très simple (mais fondamentale pour la révolution) proposée par les militants que l'on suit, à savoir que la révolution ne recherche pas le pouvoir, elle cherche au contraire à faire tomber celui-ci, il ne faut pas attendre un homme ou un groupe politique (et/ou religieux) providentiel mais au contraire redouter ceux-ci.

A Tahrir, les jeunes révolutionnaires permanents constituent un observatoire rigoureux, inflexible, aussi bien de ceux qui dirigent le pays, que de leurs propres rangs. Ils donnent, sans arrière-pensée, réalité aux slogans proférés par les courageux manifestants que l'on entend dans les rues de HK, comme du Caire : "Le pouvoir au peuple".


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Re: Grigris et autres films africains

Messagepar casseur » Sam 6 Sep 2014 09:36

Salut Sword,

Il me semble qu'il y a eu pas mal de films sur les événements de la place Tahrir. Nasrallah en a fait un aussi mais je n'ai toujours pas réussi à mettre la main dessus avec des sous-titres !

Sinon, en allant lire la page Wiki de Jehane Noujaim, on trouve des infos un peu... bizarres :

En 2006, Jehane Noujaim fut l'une des oratrices de la conférence TED et fut la récipiendaire du prestigieux Prix TED, qui donne le droit de faire un souhait pour changer le monde (a wish to change the world). Son vœu : une acceptation mondiale de la diversité, médiatisée par la puissance du film. La première étape? Amener les gens à se comprendre les uns les autres


(les conférences TED, c'est un truc privé piloté par les USA, assez louche, où des gens généralement pleins de pognon jouent entre eux aux petits sauveurs du monde), j'avais déjà fait des recherches là-dessus il y a quelques temps après avoir vu un documentaire douteux sur la Palestine réalisé par une femme affiliée à ces conférences.
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