vers Borzage

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Re: vers Borzage

Messagepar casseur » Mer 15 Juil 2015 17:08

C'est peut-être pas l'endroit où en parler, mais le bouquin de GDH m'a pas beaucoup emballé, comme vous avez sans doute pu vous ne douter d'après le post précédent...

Si certains de ses livres récents sont riches d'une réflexion approfondie sur telle ou telle oeuvre, tel ou tel artiste, celui-ci répète, page après page, sans arrêt, le même refrain critique d'un Godard authoritaire. A chaque fois, chapitre après chapitre, GDH revient inlassablement à cela, comme s'il n'avait pas grand chose d'autre à nous dire de nouveau sur JLG. Bien sûr, GDH, en bon chercheur (comprendre au contraire de Godard à qui il reproche en quelque sorte d'être un historien-charlatan avec ses montages binaires simplistes), s'arme d'un bagage considérable, tout ce qui lui est tombé sous la main qui ait été écrit sur le cinéaste, ou par le cinéaste. Ce grand brassage où GDH semble rendre hommage en quelque sorte à tous ceux qui ont écrit sur les films de Godard, sur le dos de l'artiste (qu'ils le critiquent ou pas, on a l'impression que toutes ces notes de bas de page forment une autorité supérieure à l'artiste quant à ce qu'est son cinéma, qui il est), est déplaisant. Le geste se veut certainement plus généreux qu'arrogant, mais il ressemble aussi à une sorte de règlement de compte de l'institution (universitaire, etc.) contre Godard et ses saillies anarchisantes.

Plus grave, GDH joue parfois l'imbécile et la mauvaise foi, comme lorsqu'il reprend Godard sur ses propos en relation avec la photo des Palestiniens obligés de quitter Israël dans "Notre Musique". Mais non, dit-il, les Palestiniens ne vont pas exactement vers la noyade comme le raconte Godard, ce fait n'est pas authentique historiquement, pourquoi le cinéaste dramatise-t-il ainsi exagérément cette photo ? N'importe qui d'un peu censé aura compris que la "noyade" est une manière symbolique de dire le destin du peuple palestinien par la suite, mais GDH, lui, a compris qu'il fallait prendre ces propos au pied de la lettre... Ca rappelle le texte d'Hugo qui figure dans les Histoire(s)...

ils disent
on exagère
oui, on exagère
ce n’est pas en quelques heures
que la ville de Balak
a été exterminée
c’est en quelques jours
on dit deux cents villages brûlés
il n’y en a que quatre vingt dix neuf
ce que vous appelez la peste
n’est que le typhus
toutes les femmes n’ont pas été violées
toutes les filles n’ont pas été vendues
quelques-unes ont échappé
on a châtré les prisonniers
mais on leur a aussi coupé la tête
ce qui amoindrit le fait
l’enfant qu’on dit avoir jeté d’une pique à l’autre
n’a été, en réalité, mis qu’à la pointe d’une baïonnette
et cetera, et cetera
et puis
pourquoi ce peuple s’est-il révolté
pourquoi un troupeau d’hommes
ne se laisserait-il pas posséder
comme un troupeau de bêtes
pourquoi
et cetera et cetera et cetera
cette façon de parler
ajoute à l’horreur
chicaner l’indignation publique
rien de plus misérable
les atténuations aggravent
c’est la subtilité plaidant pour la barbarie


C'est tout à fait ça, en fait, GDH reproche continuellement dans son bouquin à Godard d'exagérer dans ses montages... Il s'enfonce parfois dans ses explications, en particulier dès qu'il est question d'Israël, d'antisémitisme, d'anti-sionisme, certains passages où il tente d'analyser objectivement la position de Godard sont vraiment grotesques (et toujours il garde sous le coude et cite pour se couvrir d'autres observateurs qui reprochent la même chose que lui au cinéaste pour imposer son point de vue : d'Arafat à Narboni - sic).

Curieusement, GDH se retrouve à raviver de manière un peu malsaine une querelle oubliée (voire close) entre Godard et Pasolini (il convoque Pasolini pour lui donner raison dans un duel pourtant assez binaire qui est le prototype de ce qu'il reproche par ailleurs à Godard dans son propre travail). Il se retrouve même plutôt à défendre Pasolini contre Godard (dans un passage il vante de manière indirecte le mérite de PPP comme grand poète littéraire, contre l'absence de poésie écrite de Godard, c'est vraiment vraiment petit), alors même qu'il s'en prend aussi dans un bouquin plus ancien à une facette du cinéaste italien qui ne lui plait pas. M. Didi-Huberman convoque tout le monde comme cela l'arrange dans son petit tribunal. Cela fait sourire de le voir reprocher à Godard ses allusions soi-disant douteuses à Heidegger alors même que par certains aspects (les plus douteux) PPP est bien plus proche du philosophe allemand que Godard (justement dans son rapprochement vers le petit peuple que GDH souligne contre Godard et au crédit de PPP !). Peut-on reprocher à Godard d'avoir dit de Pasolini à une époque qu'il était réactionnaire alors même qu'il l'était en effet par certains aspects ?

Quand GDH bascule dans la deuxième personne du pluriel à un moment donné pour s'adresser directement au cinéaste et le prendre à parti, on a vraiment envie d'arrêter de lire le bouquin. C'est d'une inélégance et d'une goujaterie rare vis-à-vis des lecteurs. On a l'impression de se retrouver au beau milieu d'un règlement de compte personnel, sommés d'accepter la position du chercheur face à Godard. Encore une fois, c'est pas mieux que le forçage des montages critiqués dans le livre.

A propos des forçages, justement, du manque d'ouverture de certains montages de Godard qui lui est reproché, ça m'a rappelé les propos du type qui au début du XXème siècle reprochait au cinéma de pousser les spectateurs dans le dos, de les empêcher de penser... la bonne blague, comme dit Deleuze !
casseur
 

Re: vers Borzage

Messagepar JM » Mer 6 Jan 2016 18:59

JM a écrit:prétention à aborder l'Histoire mais propension à la passer à la moulinette comme chez Tarantino ou d'autres, phobie de la mort (transformée en prétendu désir de vie par quelques admirateurs aveugles),


En revoyant la fin d'"Inglourious Basterds", le massacre des nazis dans le cinéma, j'ai pas pu m'empêcher de penser à l'attentat au bataclan en novembre. Les nazis entassés dans une salle de spectacle comme cibles idéales, les résistants qui tirent à vue avec leurs mitraillettes sans aucun état d'âme, ceux qui se suicident en se faisant sauter avec des bâtons de dynamite attachés aux jambes... étrange retournement.
JM
 

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