Cinéma chinois, en vrac

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Re: Cinéma chinois, en vrac

Messagepar JM » Lun 8 Déc 2014 17:41

Sword7 a écrit:Quelques news sur les grosses sorties de la fin de l'année en Chine. Mis à part le nouveau Tsui Hark (fin décembre), sort aujourd'hui un nouveau film de John Woo ("The Crossing", en deux parties, la seconde partie sortant au printemps 2015) et mi-décembre sortira le nouveau film de Jiang Wen ("Gone with the Bullets").


Apparemment il y a aussi un nouveau Lou Ye, "Blind Massage", tu confirmes ?
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Re: Cinéma chinois, en vrac

Messagepar Sword7 » Ven 12 Déc 2014 09:18

JM a écrit:
Sword7 a écrit:Quelques news sur les grosses sorties de la fin de l'année en Chine. Mis à part le nouveau Tsui Hark (fin décembre), sort aujourd'hui un nouveau film de John Woo ("The Crossing", en deux parties, la seconde partie sortant au printemps 2015) et mi-décembre sortira le nouveau film de Jiang Wen ("Gone with the Bullets").


Apparemment il y a aussi un nouveau Lou Ye, "Blind Massage", tu confirmes ?


Oui, je te confirme, et chose nouvelle pour Lou Ye, il y a des gens qui sourient sur l'affiche : Image

C'est louche ! :lol:
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Re: Cinéma chinois, en vrac

Messagepar Sword7 » Dim 21 Déc 2014 09:55

Finalement j'ai regardé "East Palace West Palace" de Zhang Yuan (1996), car une fois de plus je me suis fait avoir sur le DVD de "The Golden Era" qui était sans sous-titre contrairement à ce qui était indiqué sur le boîtier ! :roll:

"East Palace West Palace", c'est apparemment le premier film chinois à aborder sans détour l'homosexualité. Mais, ce qui est peut-être plus important et pas nécessairement connecté à l'homosexualité, c'est qu'il est question d'un masochiste recherchant le sadisme à l'intérieur d'un policier dont il est amoureux et qui l'arrête. Celui-ci finit par l'absoudre en lui donnant deux gifles, dans un geste filmé de manière quasi-religieuse. Ca pourrait être une pièce de théâtre, un huis-clos (l'essentiel se déroule à l'intérieur du commissariat du parc, l'homosexuel arrêté par le policier lui raconte son homosexualité avec beaucoup d'ardeur jusqu'à ce qu'il bascule dans le désir de l'autre. J'exagère en disant que le sado-masochisme est plus important que l'homosexualité, car le film, bien qu'immédiatement interdit en Chine et envoyé à l'étranger dans les festivals, à travers le récit de cet homme, apporte un regard éclairant sur l'homosexualité qui l'extrait de la croyance qu'il s'agit d'une maladie mentale - ainsi que l'homosexualité est encore largement perçue en Chine), mais Zhang Yuan manie bien la caméra, ses mouvements font lentement monter le désir (dans le parc : la longue allée vue plusieurs fois en plan fixe avec au bout les lumières rouges du commissariat, la caméra qui se laisse langoureusement glisser sur un tronc avant de rejoindre l'homme qui est appuyé dessus, etc., ensuite, dans le commissariat, les corps des deux hommes sont très bien mis en scène, entre les souvenirs épars).

Le masochisme est évidemment important car il reflète la tendance du peuple chinois à accepter l'autoritarisme politique, à se laisser guider d'une main de fer par les autorités. Le film lui-même reste finalement assez ambigu vis-à-vis de ce masochisme (qu'il rend de manière perverse quasiment désirable aux spectateurs), entre autres parce que tout ce qui renvoie à celui-ci est lié à la Chine traditionnelle et non à la Chine contemporaine (le jardin ancien, l'opéra chinois traditionnel auquel fait référence le jeune homme). Ou alors il signale une filiation de la tyrannie entre la Chine impériale et traditionnelle, et la Chine d'aujourd'hui (via la figure du policier ?).
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Re: Cinéma chinois, en vrac

Messagepar Sword7 » Jeu 23 Avr 2015 16:54

Regardé hier soir "Five Deadly Venoms" de Chang Cheh (1978). C'est l'un de ses derniers wuxiapian, un film culte, et comme souvent quand on regarde après coup un film culte, après la vague et la mode, on est déçu ! Je ne vois pas trop ce que le film a d'extraordinaire, si ce n'est l'originalité des différents kungfus pratiqués par les 5 membres de la secte des poisons mortels. Sur 1h40 ça fait long, d'autant qu'il n'y a que très très peu de combats, et entre, de longs tunnels de dialogues et de situations sans intérêt. Tout est filmé de manière uniforme, à grands coups de zooms et de panoramiques, Chang Cheh semble en pilotage automatique de fin de carrière. C'est dommage, par exemple, que la mise en scène ne s'adapte pas du tout à chaque manière différente de combattre...

J'ajoute pour ceux qui ne le sauraient pas, que le wuxiapian de HHH sera à Cannes (avec le nouveau film de JZK) et devrait sortir sur les écrans chinois à la fin de l'année. L'enjeu est de taille pour HHH, nous devons évidemment rester curieux de la manière dont il a pris ce tournant, les expériences récentes similaires d'autres cinéastes chinois, hongkongais ou taiwanais étant plutôt des échecs cuisants de mon point de vue (dans le sens où ils parvenaient à un point de non-retour, basculant du côté du cinéma commercial chinois, avec tout ce que cela implique de compromission au régime de Pékin).
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Re: Cinéma chinois, en vrac

Messagepar Sword7 » Lun 6 Juil 2015 08:51

Derek Yee (cinéaste hongkongais à mon avis peu talentueux, comparé à nombre de ses confrères) a eu l'idée de faire un film ("I am somebody", actuellement sur les écrans chinois) avec de jeunes acteurs non-professionnels sur le milieu du cinéma en Chine continentale comme industrie. L'idée est plutôt sympathique, le décalage du regard du côté des coulisses bienvenu, malheureusement Yee se révèle encore un bien piètre cinéaste qui se contente de filmer platement du dialogue.

On suit une bande de jeunes qui viennent de toute la Chine dans un immense studio du Zhejiang pour "faire du cinéma", et se retrouvent essentiellement parmi les figurants (avec bien sûr une ou deux réussites individuelles dans la profession à la fin). Ca donne quelques situations amusantes au début, à la découverte de ce monde nouveau, puis le film s'empêtre dans les histoires de couple tout ce qu'il y a de plus ordinaires des jeunes par la suite. A la fin, une séquence de danse très rythmée réveille un peu, mais on se demande ce qu'elle fait là au lieu d'être dans une émission TV type "la nouvelle star".

Bien sûr, le cinéaste, dans une séquence interminable et pesante, rappelle doctement aux spectateurs que le métier d'acteur n'est pas non plus donné à tout le monde et que son expérience avec de jeunes acteurs anonymes ne saurait être pris comme paradigme d'une possible démocratisation de la profession (qu'en est-il de sa mise en scène ?). Les "Ohhh" et les "Ahhh" dans la salle de cinéma lorsque apparaît occasionnellement une star en guest à l'écran signalent, de toute évidence, que les spectateurs assis sur leur siège ne sont pas près à cela, qu'ils font toujours la différence entre les deux et que cela leur procure même une certaine jouissance.
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Re: Cinéma chinois, en vrac

Messagepar JM » Dim 27 Sep 2015 08:19

De plus en plus de difficulté à regarder les films récents en entier. Le dernier en date : "The Crossing" de John Woo, regardé une heure sur deux et coupé. Je crois que le film n'est pas sorti en salle en France, il me semble qu'il est d'ailleurs en deux parties mais que la seconde partie n'est pas encore sortie en Chine (probablement à la fin de cette année, Sword7 tu confirmes ?).

Ca sera sans moi parce que le premier est déjà franchement indigeste : d'épaisses et longues tranches de guimauve mollassonnes entre deux tranches de combats. Tout est complaisant, et chaque image semble retravaillée par ordinateur, donnant l'impression troublante d'une sorte de "réalisme déréalisé" de l'Histoire et de l'histoire.
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Re: Cinéma chinois, en vrac

Messagepar Sword7 » Mer 14 Sep 2016 11:25

Regardé hier soir «Paths of The Soul» (Zhang Yang, 2015).

Image

Je n'ai pas été très emballé, j'ai trouvé le film un peu long et surtout sans véritable enjeu ou problématique, tout glisse tel les pèlerins priant sur le bitume des routes. C'est très joli, les paysages sont très beaux dans le genre National Geographic, mais j'ai eu du mal à saisir la quête intérieure et spirituelle de ce groupe de pèlerins tibétains en raison sans doute d'une mise en scène trop illustrative, distanciée, et donc pas assez habitée par l'aventure intérieure de ses personnages ... On dirait qu'il y a deux films mais qui ne se rencontrent quasiment jamais, l'un existentiel sur le pèlerinage des personnages qu'il faut constamment deviner, l'autre sur ce qui entoure les personnages et qui ressemble à une longue réclame pour le Tibet et qui prédomine. Beaucoup de "paths" donc, mais pas beaucoup de "soul". Autrement dit un film sur des croyants réalisé par un cinéaste qui ne croit pas, sinon en la toute puissance de la beauté fignolée de ses images figées.
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Re: Cinéma chinois, en vrac

Messagepar Sword7 » Mer 21 Sep 2016 20:36

Il semblerait que le cinéma d'auteur chinois plus "indépendant" commence petit à petit à percer sur les écrans du pays (au moins dans les grandes villes). Après "Kaili Blues" cet été, est sorti en septembre le nouveau très beau film de Yang Chao, "Crosscurrent".

C'est un film superbe, essentiellement nocturne, une longue dérive sur le Chang Jiang (fleuve bleu). On retrouve un couple "perdu" au coeur du film, comme dans "Passages", mais il s'agit d'une variation assez surprenante, quasi-fantastique. C'est parfois un peu difficile à suivre, je mentirais si je disais que j'ai tout compris et qu'il n'y a pas de zone d'ombre dans ce que j'ai vu, le film est parsemé de poésies qui codent la compréhension des images comme dans "Kaili Blues". Par ailleurs, le montage est parfois assez curieux et brouille aussi un peu la compréhension (en général, lorsque les films chinois sont comme ça, c'est que le montage final n'a pas été décidé par le réalisateur..).

Yang Chao s'inscrit dans la succession de la 6ème génération en proposant un savant dosage de matière existentielle et documentaire. La scène du passage du barrage est absolument superbe (voire sublime), du point de vue documentaire comme du point de vue de la fiction, les deux se rejoignent dans cet étroit passage.

Une courte séquence me paraît emblématique du film, lorsque le personnage principal marche à contre-courant des touristes qui visitent les Trois-Gorges, à la manière du film qui ne propose pas les images publicitaires attendues du Chang Jiang mais quelque chose de beaucoup plus profond, totalement en phase poétiquement avec les réflexions intérieures du personnage....

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Re: Cinéma chinois, en vrac

Messagepar Sword7 » Ven 23 Sep 2016 17:32

Une fois n'est pas coutume, voici un lien pour regarder en ligne "Passages" de Yang Chao :

http://www.bilibili.com/video/av4247778/

Le fleuve porteur de "Undercurrent" et sa carte sont trompeurs, car le film ne cesse de zigzaguer d'une rive à l'autre, au gré de ses méandres sinueux, et entre réalité et apparition irréelle. Le très jeune couple de "Passages" suit également un parcours en zigzag, sous forme d'aller-retour indécis, mais beaucoup plus lisible pour les spectateur car totalement inscrit dans la réalité. Ironiquement, ce couple naïf semble se cogner à la dure réalité des rapports sociaux et rebondir inlassablement dans le premier plan, tandis que le cinéaste s'efforce d'augmenter la visibilité des paysages et des lignes de fuite dans la profondeur de champ, offrant un portrait vertigineux de la Chine rurale dans laquelle ils restent englués malgré leurs efforts.
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Re: Cinéma chinois, en vrac

Messagepar Chantal » Sam 24 Sep 2016 21:58

merci pour le film !
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