Cinéma chinois, en vrac

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Re: Cinéma chinois, en vrac

Messagepar Sword7 » Dim 25 Juin 2017 09:04

Hao Jie est aujourd’hui l’un des jeunes réalisateurs les plus intéressants et originaux de ce qu’il reste de cinéma indépendant en Chine. Il a tenu un blog jusqu’en avril 2013, qu’il parsemait de réflexions en forme de petits poèmes. Il y disait tourner pour tenter d’exprimer ce qui palpite au plus profond du cœur : l’indicible des sentiments… chacun de ses films semble en être le reflet.


http://www.chinesemovies.com.fr/cineastes_Hao_Jie.htm

Me suis un peu intéressé à ce cinéaste dont Brigitte Duzan dit le plus grand bien sur son site. Encore une fois, la réputation qu'elle essaye de faire passer des films du cinéaste est très largement exagérée. Son premier film, "Single Man" (2010), est pas mal, l'histoire de ce groupe de vieux paysans célibataires cultivateurs de pastèques qui sautent sur tout ce qui bouge est plutôt bien écrite et pas trop mal filmée de manière réaliste, même si sans aucun talent particulier. Le regard est mi-moqueur, mi-tendre.

Ca se gâte après avec "Mei Jie" (2012) qui, dès le début, abuse de flashbacks et de ralentis assommants. Le cinéaste évite de parler des sujets qui fâchent dans ses flashbacks (vive l'ellipse), et on se retrouve comme très souvent avec une vision typique et consensuelle de l'histoire chinoise. On se demande toujours à quoi bon vouloir évoquer l'histoire si c'est pour l'évoquer aussi mal. Ce film déjà plutôt mal écrit et avec une mise en scène aux gros effets médiocres annonce le troisième film (qui sera validé par la censure et entrera dans le circuit commercial) qui est une véritable purge. "My Original Dream" (2015) est une caricature grossière de film d'ados en milieu rural avec bons sentiments et clichés en veux-tu en voilà, tout cela noyé dans une réalisation pataude là-encore alourdie par une musique et des ralentis ridicules.
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Re: Cinéma chinois, en vrac

Messagepar Sword7 » Dim 25 Juin 2017 09:19

Regardé également "Laughing to Die" de Zhang Tao (2016), le film typique du cinéaste qui n'a aucun talent et qui cherche à entrer dans le circuit commercial par la porte "humble du cinéma réaliste" pour faire ensuite de la merde et gagner beaucoup d'argent. C'est filmé de manière "réaliste", comme le cinéma indépendant chinois, mais il n'y a absolument aucun sens du plan, du cadre, ou de quoi que ce soit. C'est du grossier cinéma de singe. Se greffe à cette absence de qualité du réalisateur, un scénario cynique qui se place au-dessus de tout le monde, et qui vise à étaler devant nous la petitesse et l'étroitesse d'esprit des personnages (en prenant un "sujet social" en otage : l'abandon des vieilles personnes par leur famille), soit tout le contraire de l'état d'esprit des cinéastes indépendants chinois de talent dont le travail consiste généralement à rendre justice au réel par l'intermédiaire de la caméra, et non de vomir leur dégoût de celui-ci.

Une rapide recherche m'a donné raison, depuis ce film le cinéaste a enquillé des nanars de genre complètement débiles visant à alimenter le circuit commercial.
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Re: Cinéma chinois, en vrac

Messagepar Invité » Lun 26 Juin 2017 07:02

Sword7 a écrit:
Notebad a écrit:Salut Sword,

Joli montage.

Le cinéma commercial en numérique aurait-il enfin réalisé le grand rêve de nombreuses avant-gardes expérimentales du XXème siècle, à savoir faire définitivement exploser les notions d'espace et de temps à l'écran ?!!? ;)


Ahah, à méditer !

Sinon regardé "I'm not Madam Bovary" de Feng Xiaogang (je vous laisse lire les explications sur le titre et le scénario ici : http://www.chinesemovies.com.fr/films_F ... Bovary.htm)

C'est mieux que son gros film lourdingue sur le tremblement de terre à propos duquel j'avais écrit un texte sur le site il y a quelques années (http://www.scienezma.com/DC/aftershocks). Une fois n'est pas coutume, je rejoins Duzan sur l'originalité des choix formels qui sont surtout justifiés, nous changent du tout venant affreux de la production commerciale chinoise, et vraiment bien utilisés (en particulier la mise en scène à l'intérieur du cadre rond), ça n'a pas été fait n'importe comment. Après je la rejoins aussi pour dire que le film est beaucoup trop long.

Par contre, sur le plan de la satire sociale, je suis beaucoup plus nuancé. Même si apparemment les autorités paniquées ont voulu laisser passer le film en salle en douce, son contenu me paraît rester peu subversif. Certes, il est vaguement question de corruption, d'incompétence des autorités, mais la situation initiale est suffisamment embrouillée pour dédouaner tout ce beau monde en costume. En réalité, la femme s'est mise elle-même dans cette situation (en plus en cherchant à contourner la loi, donc sa responsabilité est doublement en cause : à titre personnel et moral devant la loi) et si la machine bureaucratique patine, c'est parce qu'il n'y a objectivement aucune solution juridique à son problème, avant même le fait que chacun pense à son intérêt personnel (y compris Li Xuelian). Les autorités s'agitent autour d'un problème insoluble, qui se joue essentiellement entre la femme et son (ex) mari. La corruption du fonctionnaire local est comique, le type accepte un bidon d'huile et un canard, quelque chose comme ça, donc ceci tend plutôt à relativiser la corruption qu'à la dénoncer. De même, nous avons une séquence où la femme est "invitée à prendre le thé", expression consacrée pour désigner les interrogatoires aimables de la police pour persuadé les gens de rentrer dans le droit chemin idéologique avant des sanctions beaucoup plus importantes. Ce type de séquence donne plutôt l'impression qu'on cherche à banaliser ce type de procédé de la police dans l'opinion publique, plutôt qu'à le dénoncer réellement.

Je pense que c'est le fait de voir une femme de la campagne aller à Beijing pour formuler sa revendication (quelle qu'elle soit) qui gène les autorités, même si on a fait en sorte que son problème soit en réalité absolument impossible à résoudre par celles-ci.


Ce film sortira en salles en France le 5 juillet.
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