Verhoeven : Piégé

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Verhoeven : Piégé

Messagepar Notebad » Jeu 5 Juin 2014 22:25

"Tricked", projet complètement foireux tourné pour la TV hollandaise par Verhoeven en 2012. C'est sorti directement en DVD avec un bonus qui explique le "concept" du truc. A partir de quelques lignes de scénario de départ, les téléspectateurs envoient leurs idées et écrivent la suite de l'histoire (à raison de 4 min par segment). Comme le dit Verhoeven sans le dire (parce qu'il faut quand même en faire la promo), le projet s'est petit à petit transformé et le cinéaste a repris le scénario en main en laissant de côté les propositions jugées trop farfelues des spectateurs, celles-ci ne correspondant pas à ce qu'il attendait de l'histoire et ne respectant pas les règles classiques du récit qu'il avait lui en tête (avoir une fin au bout de 50 min)... bon gros projet faussement démocratique, où la cohérence et le réalisme sont les arguments massues pour annihiler toutes propositions extérieures de ces pauvres spectateurs trop crétins pour comprendre le principe du jeu.

Finalement le scénario est tout ce qu'il y a de plus passe-partout (cul et fric) et la mise en scène est encore plus laide que celle des derniers De Palma (autre cinéaste sur le retour qui vient tourner des croûtes en Europe).
Notebad
 

Re: Verhoeven : Piégé

Messagepar JM » Sam 7 Juin 2014 17:25

Je crains pas Verhoeven d'habitude, c'est un ancien matheux, comme moi ! ;) j'ai tout un tas de notes sur ses premiers films qui attendent je sais pas quoi dans un coin...

Le projet semblait plutôt aberrant dès le début, non ? Surtout la nécessité de boucler le truc au bout de 50 minutes...
JM
 

Re: Verhoeven : Piégé

Messagepar Notebad » Dim 27 Juil 2014 16:30

J'ai fait mes devoirs de vacances, j'ai regardé le remake de Robocop et revu dans la foulée l'original de Verhoeven pour ne point céder trop facilement à une nostalgie pour un film que je n'ai pas vu depuis des années face à son remake de piètre qualité.

On comprend un peu mieux pourquoi le remake commence, de manière assez ahurissante, dans les rues d'Iran occupées par les soldats étatsuniens qui cherchent à sécuriser le territoire avec leurs robots. Celui de Verhoeven commençait par une émission de TV qui évoquait un risque de conflit nucléaire en Afrique du Sud. On voit dans ce cas pourquoi l'Iran a été remplacé ici par l'Afrique du Sud, on devine ce que les soldats US foutent là, même s'il n'est pas question je crois de nucléaire dans l'émission TV du remake...

Au point de vue éthique, concernant l'idée d'un robot policier qui fasse la loi dans les rues, on peut dire que Verhoeven est absolument favorable à son Robocop. Plusieurs scènes consécutives nous le montre clairement en train de régler leurs comptes à divers criminels (le politique qui séquestre le maire de la ville juste pour avoir une grosse voiture neuve, considéré comme un "terroriste", amuse ; le 11 septembre n'était pas encore passé par là pour donner à la figure du terroriste un autre costume et d'autres visées), et même de gérer le traumatisme des victimes. Le Robocop, ce robot inventé par un petit arriviste (finalement pas si bête), est une réussite incontestable d'autant plus qu'il aurait sa raison d'être (une partie de la ville étant effectivement montrée comme un ramassis de criminels et d'ordures incontrôlables). Seule la grève des policiers pourrait suggérer que quelque chose ne va pas mas les motifs de celle-ci sont peu clairs, et n'importe comment le final le consacre comme grand héros de la police de Détroit. C'est la volonté de pouvoir des hommes (de la société qui gère la police) seule qui cherche à foutre le Robocop en l'air à un moment donné. Le Robot, lui, s'en sort clean. On peut trouver cela bien parce qu'après tout Murphy n'a pas voulu ce qui lui arrive, d'être enfermé dans ce corps métallique, donc le cinéaste lui laisse une chance de ne pas être seulement un jouet à jeter à la corbeille, mais je pense qu'il y avait d'autres moyens plus subtils de transformer le Robocop en héros que de le faire triompher sur tous les criminels du coin...

Le film de Padhila pose plus directement les questions éthiques que la création d'un tel robot soulève (surtout au début, avec le débat entre les ''pour'' et les ''contre'', et le fait qu'on ne montre pas une galerie de bonnes actions réalisées par Robocop, celui-ci partant assez rapidement dans sa vendetta personnelle), mais il en devient en même temps plus hypocrite dans la mesure où ce débat tourne court à un moment donné et où (comme chez Verhoeven) les seuls à se dire qu'il faut arrêter ou pas le Robocop sont ceux-là même qui l'ont crée pour des raisons de corruption et de pouvoir (le camp critique glissant alors subrepticement du "personne ne devrait être interpelé par un robot" au "tout le monde devrait pouvoir être interpelé par un robot (y compris les puissants et ceux qui l'ont inventé)").

Sur le plan formel, le Verhoeven gagne évidemment haut la main. Plus nerveuse et sèche, la mise en scène du hollandais se prête mieux à la coquille métallisée et glacée du robot. Dans une station service qui est braquée, un étudiant-caissier lit un livre de géométrie plane. Verhoeven semble justement mettre ''à plat'' la ville qu'il filme, où, dans le regard et le cerveau du Robocop, tout est directement visible, visualisable, rien ne pouvant lui échapper. Toute la partie où Robocop est pris à partie en même temps par les flics et les criminels est bien mieux foutue, on sent beaucoup plus le côté "monstre voué à faire peur qui a peur lui-même'' (la scène où il est mitraillé de toutes parts dans le commissariat, où il rampe, tombe d'étage en étage comme un jouet dont on ne veut plus, est tragique et belle. Dans son mouvement qui entraîne le robot dont personne ne veut, maudit, vers les profondeurs, elle m'a rappelé un peu la fin de "L'étrange créature du lagon noir" d'Arnold), de même que ses interrogations naissantes sur son passé irrémédiablement révolu et disparu dans sa mémoire. Sa part humaine est en même temps plus dissipée, atomisée que dans le remake, mais cette approche est plus intéressante que dans le film de Padhila qui en fait des tonnes dans le pathos familial. Chez Verhoeven, il n'est plus qu'un irrémédiable "faux visage" qui ressemble à une toile tendue que plus rien ne peut faire vibrer et qui a conscience de cette perte (le drame se situe dans la conscience progressivement émergente de cette perte qui engendre une fragilité nouvelle du robot nettoyeur).

Comme la tradition de ce genre de films l'exige, les méchants du premier Robocop sont également beaucoup plus convaincants que dans le remake. On constatera que, face à ce visage tendu et à ce corps d'acier, les matières excrémentielles et organiques (souvent visibles chez Verhoeven, voire en particulier ses premiers films hollandais) sont essentiellement réservées aux méchants (qui ont privé Murphy de son corps) et viennent parfois s'écraser sur les machines : pisse, crachats, gerbes de sang, peau qui fond puis corps éclaté. Le corps humain (ainsi que son mental dans la lutte d'egos des petits chefs de l'entreprise qui gère la police, et le commissariat où les flics à l'ancienne se mettent en grève) révèle ici toutes ses faiblesses face à une machine apparemment inflexible. Apparemment seulement, comme nous l'avons vu. Dans le film de Padhila plus aseptisé, seule une toile de Bacon accrochée derrière le bureau du producteur du Robocop (qui est plus qu'un visage puisqu'on lui a conservé une main, ses poumons, son cerveau, comme le montre une scène assez insoutenable) rappelle l'homme au corps, à la viande, posant au passage la question de la pertinence du cri : "pitié pour Robocop !" ; cri plutôt engendré par la vision du premier film de Verhoeven comme on l'aura compris.

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Notebad
 

Re: Verhoeven : Piégé

Messagepar Notebad » Mar 5 Aoû 2014 15:24

J'ai regardé également "La Mouche" de Cronenberg, sorti un an avant ou après ''Robocop'', je me souviens plus. Si on ajoute Carpenter ("Christine", "The Thing"), et sans doute d'autres encore, il semble qu'il y ait eu dans les années 80 une polarisation du cinéma fantastique/sf sur les grandes questions des rapports entre humains, animaux et machines, via les évolutions technologiques. Le film de Cronenberg ramène l'humain à l'animalité par la technologie, tandis que celui de Verhoeven transforme l'humain en machine, également par celle-ci.

Chez le premier, c'est un disfonctionnement lors d'une expérimentation (une petite mouche qui vient se glisser dans l'appareil de téléportation et engendre le bug) qui est à l'origine de la transformation, le message se veut donc plutôt alarmiste quant aux évolutions (incontrôlables) de la science (les plaies formées par la puce électronique sur le dos du scientifique, qui se garnissent en premier des poils d'insecte). Chez le second, comme on l'a vu, il n'y a pas véritablement de disfonctionnement du Robocop, bien au contraire la machine composée de restes humains, de mécanique et d'électronique fonctionne parfaitement, si ce n'est qu'elle garde encore une certaine conscience mélancolique de ce qu'elle a perdu du passage de l'humain au robot. Verhoeven parait un peu plus confiant que Cronenberg dans la science.

Les deux monstres trouvent une femme qui s'occupe d'eux jusqu'au bout, alors même que toute reproduction est devenue totalement impossible, ou non souhaitable. Comme deux Pietàs des temps modernes.
Notebad
 

Re: Verhoeven : Piégé

Messagepar Chantal » Mer 13 Aoû 2014 00:28

Notebad a écrit:J'ai regardé également "La Mouche" de Cronenberg, sorti un an avant ou après ''Robocop'', je me souviens plus. Si on ajoute Carpenter ("Christine", "The Thing"), et sans doute d'autres encore, il semble qu'il y ait eu dans les années 80 une polarisation du cinéma fantastique/sf sur les grandes questions des rapports entre humains, animaux et machines, via les évolutions technologiques. Le film de Cronenberg ramène l'humain à l'animalité par la technologie, tandis que celui de Verhoeven transforme l'humain en machine, également par celle-ci.


Bonjour Notebad,

On a déjà pas mal discuté de Carpenter ici (par exemple : http://www.scienezma.com/forum/viewtopic.php?f=2&t=3166). Il me semble que c'est différent de Verhoeven ou Cronenberg dans le sens où il y a toujours une entité maléfique autonome chez Carpenter qui se cache derrière les transformations de la chair ("The Thing"), ou les fusions humain-machine ("Christine"). Avec les deux autres cinéastes on reste strictement du côté de l'humain aux prises avec sa science, sans passage par une tierce figure du Mal qui s'incarne dans autre chose que de l'humain (comme des extraterrestres, par exemple).
Chantal
 

Re: Verhoeven : Piégé

Messagepar Notebad » Sam 16 Aoû 2014 17:21

En effet Chantal, je pense que tu as raison de séparer Carpenter de Cronenberg et Verhoeven. Le deux derniers doivent aussi sûrement être différenciés.

Dans un entretien avec le cinéaste, tiré du bouquin "Paul Verhoeven: beyond flesh and blood" de J-M Bouineau (toujours inédit en français, je crois), il dit que la transformation de Murphy en Robocop est une métaphore de la mort. Pour lui c'est l'histoire d'une résurrection, et il n'hésite pas à évoquer Jésus à ce propos !
Notebad
 

Re: Verhoeven : Piégé

Messagepar JM » Mar 19 Aoû 2014 03:19

A propos de Robocop, Obama n'envoie pas encore les robots mais la garde nationale dans les rues de Ferguson :

Posse Comitatus, Ferguson, Missouri, and Racialized Military Policing
By Paul Street

August 17, 2014

Many United-States-of Americans like to think that they are fortunate to live a nation where the military is prohibited from interference in domestic civil affairs. Thanks is often given to the 1875 Posse Comitatus Act (hereafter “PCA”), commonly seen as prohibiting the use of the US Armed Forces in domestic policing. US citizens are fortunate, the narrative runs, not to face the threat of a military police state – of military rule on their streets. The PCA is credited with keeping the US military out of the business of “executing the laws” (language from the act).

Posse Comitatus Act Not All It’s Cracked Up to Be

The narrative should be rethought for at least three reasons. First of all, the PCA is loaded with qualifications and limits that render it far less than a comprehensive ban on the “homeland” use of the military. As the civil libertarian journalist and author Radley Balko explains, the PCA is “commonly misunderstood to bar the president or Congress from using the military to enforce federal or state law. That isn’t quite correct. The law only prevents domestic law enforcement officials from using the military to enforce the law without authority from the president or Congress. It puts no restrictions on the president or Congress.”

US courts have held that the phrase “executing the laws” refers to “hands-on policing”: searching, arresting, and coercing citizens. But the PCA does not bar the military from giving equipment and training to domestic authorities – or from working thereby to cultivate a warrior culture among local, county, and state “peace officers.”

The PCA applies only to Army regulars and federalized National Guardsmen. If Guard units stay under the authority of state governors, the legislation is null.

The PCA does not ban the domestic employment of the military in “hands-on policing” as long as Congress passes a statutory “exception.” There are numerous such exceptions in place, including a “military purpose” allowance. When the Army is used domestically “to achieve a military purpose” and incidentally reinforces civilian policing, it does not violate the act.

And despite the fact that the PCA has been clearly violated many times since its passage, the US Department of Justice has never once prosecuted anyone for violating the legislation.

“Homeland” Military Deployments: A Short History

Second, there is a rich history of the US military being deployed in domestic policing and repression both before and since the PCA. Leading past incidents of military deployment in the “homeland” include:

The use of federal militia to put down the agrarian Whiskey Rebellion in western Pennsylvania in 1794.
Frequent military deployments in the 1850s to enforce the odious Fugitive Slave Act by dispersing abolitionist protests and forcibly returning alleged escapade slaves to bondage.
Repression of nationwide railroad worker strikes in 1877.
Repression of striking workers in Homestead, Pennsylvania in 1892.
Repression of railroad and other workers during the 1894 Pullman Strike.
Repression of striking miners, followed by two years of federal martial law in Coeur d’Alene, Utah, 1899-1901
Repression of striking mineworkers in Ludlow, Colorado, in 1914.
Numerous crushed strikes, occupation of the copper mining regions of Arizona and Montana, and destruction of the International Workers of the World (IWW) during and after World War I (historian Jerry Cooper notes that “unrestrained federal military intervention… substantially slowed unionization for more than a decade.”)
The deployment of the US Army infantry and cavalry (under the direction of US Army chief of staff Douglas MacArthur) to crush the unemployed veterans Bonus Army camp in Washington DC in July 1932.
Repression of protesting Black Americans during the 1943 Detroit race riot.
Repression of protesting Black Americans during the 1965 Los Angeles Watts riot.
Repression of protesting Black Americans during the 1967 Detroit race riot.
Numerous Army National Guard deployments to repress antiwar and urban black protests during the late 1960s and early 1970s.
Repression of protesting Black Americans during the 1992 Los Angeles (Rodney King) riot: the US Army 7th Infantry and the 1st US Marines Division were deployed along with the California Army National Guard

Rise of the Warrior Cop

A third reason not to get too proud of the United States’ purported grand civil-libertarian tradition of keeping the military out of law enforcement is more indirect in nature. As Radley Balko notes in his useful recent book Rise of the Warrior Cop: The Militarization of America’s Police Forces (2013):

“the principle of keeping the US military out of law enforcement [has] remained largely intact. Despite the best efforts of too many politicians, [the] public has still tended to recoil at the idea of putting soldiers on city streets, even for a brief time, much less for day-to-day law enforcement…That’s the good news. The bad news…[is that] we’ve done a poor job, to borrow a bit of martial rhetoric, of guarding our flanks. The biggest threat today…comes from indirect militarization. Instead of allowing our soldiers to serve as cops, we’re turning our cops into soldiers. It’s a threat the Founders didn’t anticipate, that nearly all politicians support, and that much of the public either seems to support or just hasn’t given much attention….No one made a decision to militarize the police in America. The change has come slowly, as a result of a generation of politicians and public officials fanning and exploiting public fears by declaring wars on abstractions like crime, drug use, and terrorism. The resulting policies have made those war metaphors increasingly real” (emphasis added).

Dystopian Scenes: Ferguson as the West Bank

The recent flood of clips and images (on television and online) from the predominantly black and poor St. Louis suburb of Ferguson, Missouri are all too consistent with Balko’s observation. They promise to increase public attention to the problem of police militarization. In response to legitimate black popular anger and protest over yet another fatal shooting of a young black man by a white police officer in the US (an endemic problem in not-so “post-racial” America), predominantly white police from Ferguson, other jurisdictions, and (above all) St. Louis County went into paramilitary and anti-insurgent mode – reminding many viewers of Israel’s repressive tactics in Gaza and the West Bank. The police donned helmets, shields, flak vests, gas masks, and shields, using armored vehicles as they dispersed crowds with tear gas, rubber bullets, and sound cannons. SWAT team members brandished high-powered assault rifles, aiming their deadly military-issue weapons at unarmed fellow civilians.

Apparently the Israel connection is more than mere analogy. According to reporter Rania Khalek at the Website Electronic Intifada:

“Since the killing of 18-year-old Michael Brown by Ferguson police in Missouri last weekend, the people of Ferguson have been subjected to a military-style crackdown by a squadron of local police departments dressed like combat soldiers, prompting residents to liken the conditions on the ground in Ferguson to the Israeli military occupation of Palestine. And who can blame them? The dystopian scenes of paramilitary units in camouflage rampaging through the streets of Ferguson, pointing assault rifles at unarmed residents and launching tear gas into people’s front yards from behind armored personnel carriers (APCs), could easily be mistaken for a Tuesday afternoon in the occupied West Bank….And it’s no coincidence. At least two of the four law enforcement agencies that were deployed in Ferguson up until Thursday evening — the St. Louis County Police Department and the St. Louis Police Department — received training from Israeli security forces in recent years” (emphasis added).

From Warfighter to Crimefighter…and Back

Two Ferguson images I just can’t shake: the picture of a St. Louis County sniper sitting with his state-of-the-art killing machine attached to its elaborate stand like a US Marine pausing between fatal shots in Fallujah; the picture of a young longhaired black man wearing blue jeans, a bright blue t-shirt, sneakers, and a baseball cap with a cloth bag over his left shoulder and both hands in the air while five white para-militaries wearing gas masks move aggressively towards him with assault rifles pointing at his chest and face.

In Ferguson and St. Louis County as in thousands of other jurisdictions across the country, local authorities have received significant amounts of military equipment from the Pentagon. The materials obtained range from pistols and automatic rifles to heavy armored vehicles used in Afghanistan and Iraq. The surplus military disbursements have been coming into local police departments in rising quantities ever since Congress created the “1033” program in the early 1990s. The program’s motto: “From Warfighter to Crimefighter.” The equipment and the training required to use it often come with deadly culture baggage, helping turn local police from civilians engaged in law enforcement to soldiers involved in the control of subjects.

By 2005, Balko reports, 80 percent of US towns with populations between 25,000 and 50,000) had SWAT teams, up from 25 percent in 1980 (the number is certainly close to 100% in cities above 50,000). In 2005 alone, an astonishing 60,000 local SWAT raids (most undertaken to serve a drug warrant) took place across the nation.

It Helps But You Don’t Have to be Black to Face the New Warrior Cops

Across the nation as well as in Ferguson, the militarization of US local police has been a strongly racialized phenomenon. To no small extent, the process was sparked off by white racist reaction to the Black Civil Rights movement and the urban Black uprisings of the 1960s. Warrior-style policing has been fueled ever since by the racially hyper-disparate so-called War on Drugs – the leading force behind the ugly facts that the US is now far and away the world’s leading incarceration state while 1 in 3 black adult males carry the crippling lifelong stigma (what law professor Michelle Alexander has famously termed “the New Jim Crow”) of a felony record.

At the same time, you don’t necessarily have to be Black or Latino to get on the wrong wide of the new military police state. Besides the many Caucasians who have been killed and maimed by local, state, and country drug warriors, predominantly (though not at all exclusively) white US protestors have faced off against significantly militarized local, county, and state police (and mercenary corporate security forces) in Seattle (the WTO protests of 1999, when para-militarized police famously tear-gassed middle class neighborhoods), New York (the Republican National Convention, when the NYPD first rolled the Long Range Acoustic Device [sound cannon - LRAD] for domestic crowd control purposes), St. Paul (the 2008 RNC), Denver (the 2008 Democratic National Convention), Pittsburgh (2009 G8 protests), and Chicago (2012 anti-NATO and anti-plutocracy marches and demonstrations).

There are limits to the honorary Blackness you will be granted by the militarized police if you are a white protestor in the US today. While you may get tear-gassed, billy-clubbed, shoved to the ground, handcuffed, and briefly imprisoned, it is extremely unlikely that you will be shot dead or choked or tazed to death like hundreds of Black victims of police (and private security) violence each year. The Malcom X Grassroots Movement’s finds that a Black American is killed by a police officer, a security guard, or a self-appointed vigilante guards once every 28 hours (on average) in the US (see MXGM’s study “Operation Ghetto Storm,” at http://mxgm.org/operation-ghetto-storm- ... ck-people/). The Kent State slaughter (of four white antiwar protestors by the Ohio National Guard in May of 1970) remains a great anomaly – a tiny Caucasian taste of the deadly violence that US police have long used and still routinely use against Black Americans on a regular basis.

Which is not to say that a white man cannot get a positive chill down his spine from the nation’s new breed of warrior cops. Having attended and participated in the last protest noted (Chicago 2012), I can personally testify to the positively dystopian feel of seeing unarmed peaceful marchers surrounded by legions of heavily equipped para-militarized Darth Vader-like “local” police from numerous jurisdictions. The officers glower at you from behind plastic face shields, with giant batons in hand while jackbooted commanders survey the scene atop horses. Black police vans speed through the street with recently arrested insurgents. The ever-present police helicopters whir high above, watching every move. Police teams stand nearby with the city’s recently acquired sound cannons, ready to be deployed to ear-splitting effect in case things get “out of control.”

It doesn’t take much to feel like an official Enemy of the State and when you do it doesn’t seem to matter all that much if the spiteful-looking agent of repression is glowering at you from behind a uniform that says “POLICE” or one that reads “ARMY.”

Besides being overrated on its own terms, the Posse Comitatus Act is somewhat beside the point in this Brave New World of militarized policing.

Paul Street’s latest book is They Rule: The 1% v. Democracy (Paradigm, 2014,http://www.paradigmpublishers.com/Books/BookDetail.aspx?productID=367810)


http://zcomm.org/znetarticle/posse-comitatus-ferguson-missouri-and-racialized-military-policing/

In Ferguson and Beyond, Militarism Is a Public Safety Crisis
By David Swanson
Source: Warisacrime.org
August 15, 2014

Peace and justice organizations in St. Louis, Mo. and across the country are calling for collective action this Saturday, August 16, 2014 at 1 p.m. They are proposing “nationwide solidarity actions in support of justice for Mike Brown and the end of police and extrajudicial killings everywhere.” We have been asked to gather at locations where our community members lost their lives at the hands of police and demand justice. And we should all join in.

But “nationwide” and “everywhere” are odd terms to equate when discussing U.S. police militarization. Are we against extrajudicial killings (otherwise known as murder) by U.S. government employees in Pakistan? Yemen? Iraq? The militarization of local police in the U.S. is linked to the militarization of U.S. foreign policy: Bomb (or do nothing.) Just like the U.S. military, and using many of the same weapons, gear and equipment, local police have a similar policy: Shoot. Never mind questions. This is a public safety crisis.

Local police are being militarized as a result of many factors, including:

- A federal government that directs roughly $1 trillion every year into the U.S. military, depriving virtually everything else of needed resources.

- A federal government that still manages to find resources to offer free military-grade weapons to local police in the U.S. and elsewhere.

- Weapons manufacturers that eat up local subsidies and federal contracts while pushing for the U.S. military to unload its weapons on local police as one means of creating the demand for more.

- The use of national security fears to justify the removal of citizens’ rights, gradually informing local police to view the people in their communities as potential terrorists, threats and enemies of law and order.

- The further conflation of military and police through the militarization of borders, military “exercises” in the U.S. and the growth of the drone industry into U.S. skies.

But policing is not the only thing militarized by what President Eisenhower called the “total influence — economic, political, even spiritual” of the military industrial complex. For example, our news is militarized with constant analyses by military and pro-war talking heads. Our entertainment is militarized with shows like The Unit and Band of Brothers. Our education is increasingly militarized as even our grade-school children are sent by underfunded schools to Army bases to learn science, math engineering and technology through the STARBASE Program.

“Unwarranted influence, whether sought or unsought, by the military industrial complex” is not easily opposed while simultaneously maintaining the military industrial complex. When Congress Members lend their support to a new war in Iraq while proposing that the U.S. Post Office and a dozen other decent things not be defunded, they are speaking out of both sides of their mouths. The United States cannot live like other wealthy nations while dumping $1 trillion a year into a killing machine.

The way out of this cycle of militarized madness is to confront, unified and coherent, what Martin Luther King, Jr. called the three “evils”: Racism, extreme materialism and militarism. The issue is not racism, extreme materialism, and what the military does to the local police. Not racism, extreme materialism, and what the military does to weapons testing sites. Not racism, extreme materialism, and what the military does to the people of Honduras, Iraq or Syria. Not any of these partial steps alone, but the whole package of interlocking evils of attitude and mindset must be confronted. Militarism is a tremendous public safety issue.

There is a no-fly-zone over Ferguson, Mo., because people in the U.S. government, from which local police forces take their cues, view the people of the United States increasingly as they view the people of other countries: as best controlled from the air. The War Resisters League noted this view is perpetuated by police militarization programs, such as DoD 1033 and 1122 and the Urban Areas Security Initiative, in which the St. Louis Police participate, that train, equip and arm police departments from Pentagon supplies and directives. In an August 13, 2014 statement of condemnation of the militarized lockdown of Ferguson, Mo., the WRL stated, “…the violence of policing and militarism are inextricably bound. To realize justice and freedom as a condition for peace, we must work together to end police militarization and violence.”

Peace and justice organizations in St. Louis, Mo. are asking communities nationwide to memorialize lives lost to extrajudicial police killings this Saturday at 1 p.m. The WRL is organizing against Urban Shield, an expo of military weapons for police and training event planned for Oakland, Calif., this September 4-8. Find your local organizations or events and join us in demanding, and building, comprehensive public safety policies to end militarism and nurture justice.

David Swanson (@davidcnswanson) is a member of the National Committee of the War Resisters League, core organizer of WorldBeyondWar.org and a PeaceVoice syndicated writer.


http://zcomm.org/znetarticle/in-ferguson-and-beyond-militarism-is-a-public-safety-crisis/
JM
 

Re: Verhoeven : Piégé

Messagepar JM » Mer 20 Mai 2015 22:12

Neill Blomkamp a aussi pondu son Robocop avec "Chappie" (ça commence de manière identique, à la TV - mais l'ironie en moins !). Le film est passé assez inaperçu à sa sortie il me semble, faut bien dire que c'est un peu n'importe quoi et que ça dépasse jamais Robocop sur les "grandes questions" que le robot et l'IA ne manquent pas de soulever (Blomkamp fait surtout mumuse avec ses machines, c'est ça qui le motive).. On part de l'idée acceptée des robots froids qui remplacent les flics dans les rues et qui sont super efficaces, tout le monde est content d'eux (faut dire que Johannesburg s'est transformé en chaos et en royaume de la délinquance !), pour revenir au robot avec une IA qui le rend équivalent à un humain. Alors, toutes les questions humaines (l'éducation, la vie et la mort, etc) se retrouvent intégralement transférées sur le robot. Intérêt zéro. Et au milieu de ça, il y a la version "méchante" et lourde du robot policier, inventée par un militaire pas très cool (mais on se demande quelle est la véritable différence entre son truc et les robots flics créés par le geek qui marchent du tonnerre).

Le plus balourd c'est le côté petit enfant du robot, le cynisme le plus total sur le monde le dispute à la plus grande naïveté, c'est finalement pas si différent de l'état d'esprit de la dernière bouse de Kervern et Delépine avec Houellebecq, en France. Du blockbuster américain au film auteurisant français.
JM
 

Re: Verhoeven : Piégé

Messagepar Notebad » Jeu 21 Mai 2015 18:00

JM a écrit:Neill Blomkamp a aussi pondu son Robocop avec "Chappie" (ça commence de manière identique, à la TV - mais l'ironie en moins !). Le film est passé assez inaperçu à sa sortie il me semble, faut bien dire que c'est un peu n'importe quoi et que ça dépasse jamais Robocop sur les "grandes questions" que le robot et l'IA ne manquent pas de soulever (Blomkamp fait surtout mumuse avec ses machines, c'est ça qui le motive).. On part de l'idée acceptée des robots froids qui remplacent les flics dans les rues et qui sont super efficaces, tout le monde est content d'eux (faut dire que Johannesburg s'est transformé en chaos et en royaume de la délinquance !), pour revenir au robot avec une IA qui le rend équivalent à un humain. Alors, toutes les questions humaines (l'éducation, la vie et la mort, etc) se retrouvent intégralement transférées sur le robot. Intérêt zéro. Et au milieu de ça, il y a la version "méchante" et lourde du robot policier, inventée par un militaire pas très cool (mais on se demande quelle est la véritable différence entre son truc et les robots flics créés par le geek qui marchent du tonnerre).

Le plus balourd c'est le côté petit enfant du robot, le cynisme le plus total sur le monde le dispute à la plus grande naïveté, c'est finalement pas si différent de l'état d'esprit de la dernière bouse de Kervern et Delépine avec Houellebecq, en France. Du blockbuster américain au film auteurisant français.


Et depuis, la police a pas mal tué...

Il me semble que la différence majeure entre "Chappie " et le "Robocop" de Verhoeven, c'est quand même que le second s'intéresse surtout à la question de la mémoire, du souvenir, le Robocop étant composé de restes d'un humain qui ne peut plus revenir en arrière dans son nouveau corps prison en acier. C'est fondamentalement différent du robot du film de Blomkamp, qui lui n'est que robot avec une batterie limitée auquel on greffe un disque dur avec une IA (sa question est donc essentiellement celle de la mort qui guette). C'est pour ça aussi que la problématique de l'humain plaqué sur du robot dont tu parles est complètement naze, ça se résume à de l'"anthropomorphisme" (je sais pas comment on dit quand c'est des robots et pas des animaux) neuneu à la Disney, et c'est carrément revendiqué dans l'esthétique du gang de voyous (presque) sympathiques mais ça ne fait pas mieux passer le truc.

Le film me paraît finalement plus proche de "Wall-E" que de "Robocop", y compris dans cette alliance dont tu parles du naïf et du cynisme absolu (qu'on se souvienne de ce portrait de l'humanité réduite à une bande de mangeurs de pizzas bedonnante !). Les deux activent (très lourdement) l'émotion du spectateur par l'intermédiaire d'un robot humanisé qui peut sauver une société dégénérée et vouée à sa propre perte.
Notebad
 

Re: Verhoeven : Piégé

Messagepar JM » Dim 24 Mai 2015 08:22

Ouais, tu as raison Notebad, je suis allé un peu vite sur ce coup-là ! Merci pour ta correction.

JM a écrit:Le plus balourd c'est le côté petit enfant du robot, le cynisme le plus total sur le monde le dispute à la plus grande naïveté, c'est finalement pas si différent de l'état d'esprit de la dernière bouse de Kervern et Delépine avec Houellebecq, en France. Du blockbuster américain au film auteurisant français.


Ce duo naïveté-cynisme se retrouve dans plein de films récents différents, de différentes manières. C'est aussi bien la fille de Disney à qui on demande de jouer les dévergondées en string dans le film d'Harmony Korine (cette utilisation de l'actrice hors de son contexte habituel, qui se veut radicalement décalée, est déjà un aveu que le metteur en scène croit en une séparation de ce dernier avec le nouveau contexte, qui n'est qu'apparente), ou l'esthétique de certains passages du film de Rodriguez adapté de la BD de Miller, Sin City... Cette alliance a, je crois, souvent quelque chose de fascisant, parce que l'idée qui est derrière c'est celle d'une pureté purement idéalisée (l'enfance comme âge de l'innocence, d'avant la perversion par exemple) ultime sauveuse du règne de la dégénérescence (qui relève également largement du fantasme).
JM
 


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