les exploiteurs ont la peau dure : blacksploitation

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Re: les exploiteurs ont la peau dure : blacksploitation

Messagepar casseur » Mer 27 Aoû 2014 19:02

La bourgeoisie a peur du militantisme de la femme noire, et pour de bonnes raisons. Les capitalistes savent, bien mieux que nombre de progressistes ne semblent le savoir, qu’une fois que les femmes noires s’engagent dans l’action, le militantisme de l’ensemble des Noirs, et par conséquent de la coalition anti-impérialiste s’en trouve grandement accru.


Vu sous cet angle, ce n’est pas un hasard si la bourgeoisie américaine a accentué son oppression, non seulement des Noirs en général, mais aussi des femmes noires en particulier. Rien ne dévoile mieux la volonté de fascisation dans la nation que l’attitude inhumaine que la bourgeoisie affiche et cultive à l’égard des femmes noires. Le fameux sujet de fierté de l’idéologue des milieux d’affaires, à savoir que les femmes américaines disposent de « la plus grande égalité » qui existe au monde, se révèle au grand jour dans toute son hypocrisie quand on voit que dans de nombreuses parties du monde, en particulier en Union Soviétique, dans les nouvelles Démocraties populaires, et sur la terre auparavant opprimée de Chine, les femmes atteignent de nouveaux sommets en matière d’égalité. Mais par dessus tout, les fanfaronnades de Wall Street rencontrent leurs limites dès qu’il est question des travailleuses noires. Non pas l’égalité, mais l’avilissement et la surexploitation : voilà le sort véritable des femmes noires !


Femmes noires et communisme : mettre fin à une omission - Claudia Jones
casseur
 

Re: les exploiteurs ont la peau dure : blacksploitation

Messagepar JM » Jeu 28 Aoû 2014 12:11

Ce texte de 49 est intéressant, mais il me semble quand même un peu daté par certains aspects.

En ce qui concerne la représentation de la femme noire au cinéma, par exemple :

Ce qui est intrinsèquement lié à la question des débouchés professionnels pour la femme noire, c’est l’oppression spécifique à laquelle elle fait face, en tant que noire, en tant que femme, et en tant que travailleuse. Elle est victime du stéréotype produit par le racisme des Blancs concernant ce que devrait être sa place. Au cinéma, à la radio, et dans la presse, la femme noire n’est pas représentée dans son rôle véritable (personne qui rapporte un salaire à la maison, mère, et protectrice de la famille) mais dans le rôle traditionnel de la « Mama » qui place la satisfaction des besoins des enfants et des familles des autres au dessus des siens. Ce stéréotype traditionnel de la mère esclave noire, qui jusqu’à aujourd’hui apparaît dans les publicités commerciales, doit être combattu et rejeté en tant qu’instrument aux mains des impérialistes pour perpétuer l’idéologie raciste des Blancs selon laquelle les femmes noires sont « arriérées », « inférieures », et sont les « esclaves par nature » des autres.


On reconnait logiquement dans la description de Claudia Jones le type de stéréotype véhiculé par le cinéma hollywoodien jusqu'à la fin des années 50 (et encore aujourd'hui, bien sûr, ici ou là, de manière très très minoritaire). On voit bien dans ce passage que la blacksploitation dont il est question dans ce topic donne, dans les années 70, de toutes autres images de la femme noire américaine aux spectateurs. Une image évoquée précédemment, certainement tout aussi viciée, vicieuse même, mais déjà très différente. Le stéréotype raciste misogyne a basculé d'un seul coup d'une image réactionnaire enchaînée (la "mama") à une image néo-libérale "libre" (la "vigilent", ou la "putain"), servant toujours la même structure idéologique qui n'est autre que le capitalisme. Les raisons sont parfaitement exposées par Claudia Jones dans l'extrait que tu as cité, par contre...
JM
 


Re: les exploiteurs ont la peau dure : blacksploitation

Messagepar Chantal » Dim 7 Sep 2014 15:55

JM a écrit:Les films de Melvin Van Peebles, c'est considéré comme de la blacksploitation? Les deux que je connaisse de lui sont des films nettement engagés pour le coup, très bien foutus, d'où ressort clairement une critique des conditions de vie des noirs-américains dans les années 70, et une étude très fine du racisme ordinaire. Pas grand chose à voir avec ce que vous décrivez.


La critique de "La permission" dans les Cahiers de l'époque :

Melvin van Peebles revendique justement le droit pour un Noir d'être ordinaire, ni plus méchant, ni surtout meilleur que tout autre. Soit. Mais que tous ceux qui entourent le protagoniste soient, eux, caricaturaux et primaires (capitaine forcené, collègues haineux, Français généralement bonhommes), voilà l'ordinaire déjà bien compromis et le film près d'être édifiant. Naïf et roublard, et jouant sur les deux tableaux : ingénuité de celui qui, sans références ni entraves, semble pouvoir tout se permettre, afféteries du même qui sait tout du "jeune cinéma" : jusqu'aux trucs les plus affadis. Très curieusement, l'intrusion, en fin de film, d'un groupe de touristes noires sonne juste, dans le registre de la bonhomie retorse et efficace
Jean NARBONI - #200-201, avril - mai 68 ( le film est unanimement

Rien de très étonnant à cet éreintage finalement, Narboni ne faisant que reprendre le point de vue renoirien de légalité de traitement des personnages et de la lutte contre les clichés (rappelé longuement dans un entretien autour de "La Marseillaise" quelques numéros auparavant), se vengeant également par un mépris évident du refus de van Peebles de claironner ce que son film devrait à la NV (a-t-il refusé un entretien aux Cahiers à l'époque ?!).

Pour les clichés et les représentations stéréotypées des "ennemis" politiques, idéologiques, de classe, on peut dire que Godard en 68, pourtant adulé par les Cahiers, fonctionne de la même manière depuis quelques années déjà dans ses films ("Week-end", etc.), et que le plus propagandiste des Renoir ("La vie est à nous") fonctionne rigoureusement de la même manière. Ajoutons que l'on aurait aimé que Renoir fasse un film sur la condition des immigrés en France, ou même simplement un film représentant l'un d'eux, mais il n'en fut rien : on ne voit quand même pas beaucoup de Noirs dans ses films...
Chantal
 

Re: les exploiteurs ont la peau dure : blacksploitation

Messagepar Karlos » Mer 5 Oct 2016 18:49

J'ai découvert que Zurlini avait réalisé un film inspiré de l'arrestation et de l'assassinat de Lumumba en 68, ça s'appelle "Black Jesus".

Image

Ca fait penser à un titre de film blacksploitation lambda, mais on est bien loin des "valeurs" habituellement véhiculées par ce type de films américains. Zurlini nous propose une figure de leader politique résistant intransigeante mais profondément humaine, faisant clairement de son Lumumba un martyr torturé, puis exécuté, par les colons et les dirigeants locaux (même s'il prend quelques libertés avec la version officielle des faits). Un traitre à sa cause est là aussi (pour pousser la métaphore christique à bout), qui croit avoir la satisfaction de tuer le leader avec un couteau à cran d'arrêt pour vérifier qu'il est mortel, commettant en fait un contre-sens en ne comprenant pas que c'est l'idée que l'homme représente qui est immortelle et non l'homme lui-même. Zurlini ajoute aussi à l'Histoire deux compagnons de cellule : un magnifique Oreste (joué par Franco Citti, acteur fétiche de PPP), pauvre bougre qui a fait tous les pays et les métiers du monde et se prend d'affection pour le leader, et un autre type dont on ne sait rien, qui, au contraire, ne montre que mépris pour ses deux codétenus (mais qui finira quand même de la même façon qu'eux).

C'est osé, je pense que c'est le premier film à évoquer ouvertement le sort réservé à Lumumba, à une époque où tout cela est encore très brûlant. La preuve : le film qui devait être présenté à Cannes en 68 est retiré de la programmation en raison des événements de mai 68. Cela fait réfléchir sur le pseudo contenu politique des films que l'on voit mollement sélectionnés puis primés au festival ces dernières années...
Karlos
 

Re: les exploiteurs ont la peau dure : blacksploitation

Messagepar JM » Sam 13 Mai 2017 15:09

Salut,

Il est temps de parler du cinéma afro-américain actuel par ici il me semble ! Tout le monde aura noté son effervescence depuis le milieu de 2016. Le moment phare de ce changement est probablement moins l'arrivée de Trump au pouvoir, que le boycott des Oscars par des artistes en 2016 pour dénoncer le manque de diversité dans les nominations.

"Get Out" est un très bon film d'horreur sur le racisme persistant dans l'Amérique post-Obama. Comme "Night of the living dead" en 1968 ou "Das Cabinet des Dr. Caligari" en 1920, ce type de films, dans lequel le fantastique et l'irrationnel servent à déstabiliser les spectateurs et leurs certitudes, c'est toujours inscrit dans des périodes historiques politiquement inquiétantes en elles-mêmes, où la démocratie va mal et où menace le fascisme. "Get out" est très bien mené, plus rusé que petit malin, et nous dit, entre les images, que le racisme "inoffensif" n'existe pas, que derrière chaque stéréotype raciste, il y a un meurtre en puissance.

Selon moi, ce type de films est beaucoup plus efficace et intéressant d'un point de vue cinématographique, que le documentaire plan-plan de Raoul Peck sur James Baldwin ("I am not your negro"), ou que la fresque historique ripolinée et édifiante de Nate Parker ("The birth of a nation")...
JM
 

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