Selon Mathieu (Amalric)

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Selon Mathieu (Amalric)

Messagepar scienezma » Mar 4 Nov 2014 16:55

Notebad a écrit:Je voulais ajouter quelques notes sur le film d'Amalric dont je parle vite fait dans mon texte au-dessus :

Je ne connais que l'acteur, je n'ai pas vu ses films précédents. J'ai vu à peu près ce que je craignais, cad un film de bon élève, qui se rêve un peu cancre. C'est la vie que voudrait faire passer Amalric dans ses plans, mais ne passe qu'une sorte de parodie de celle-ci. De ce point de vue, son film est terriblement contemporain, ce qui ne semble bien sûr pas avoir alerté le moins du monde la critique. Dans une scène, le personnage joué par le cinéaste arrache de colère les plastiques posés sur les sièges d'une voiture de location. Le film est tout entier à l'image de ce geste, il voudrait toucher à l'intensité de la vie mais le geste reste étriqué, toujours en-deça de celle-ci. Sous le plastique, les sièges restent immaculés et sentent le neuf. Le scénario joue la double-carte du film français qui se rêve un devenir us, et la greffe ne fonctionne pas (exactement pareil que chez Desplechin), on oscille entre l'impression que tout cela est assumé (mais alors où cela mène-t-il ?) et la supposition que la cinéaste ne se rend pas du tout compte de la pesanteur du truc. Je crois que ce film est très symptomatique de ce que certains appellent "impasse de la poésie", "impasse de l'expérience". Les filles sont bien, mais un des problèmes est qu'Amalric c'est complètement laissé entrainé par elles, qu'il fait un film pour elles, et non pas avec elles. C'est déjà mieux que de faire un film sur elles, me direz-vous ! La mise en abyme du film avec ce qui l'a entouré, qui est encouragé par le fait que l'acteur qui joue le chef de la tournée est également le réalisateur du film, est un peu bizarre. Je pense que le cinéaste veut, par ce personnage, faire part de son expérience de tournage avec les filles à l'intérieur même de son film, je sais pas, si c'est le cas ça me parait un peu trop ambitieux (peut-on avoir le recul suffisant pour "écrire" sur son tournage lorsqu'on est en train de s'y coller ? J'ai l'impression qu'il y a quelque chose, disons une méthode, qui ne fonctionne pas bien ici dans les vases communiquant entre vie-art).



Notebad a écrit:C'est un peu le même problème avec "La Chambre Bleue", Amalric réalise un bel objet dans un 4/3 superbement utilisé, aussi bien au niveau du cadrage que de la photo. Mais derrière cette grande beauté plastique, au formalisme quand même un peu froidement étouffant (cf aussi les quelques gestes d'une froide violence de Julien sur sa femme), on peine à voir s'estomper le vieux scénario bourgeois de papa signé Simenon. Amalric a cependant la bonne idée de brouiller, avec sa mise en scène produisant des effets d'étrangeté uniquement tirés du réel, l'omniscience terrifiante du juge et de la police qui semblent absolument tout savoir des allers et venus des personnages et recherchent des causes et explications à chacun de leurs faits et gestes. Les raffinements excessifs et glacés de la mise en scène peuvent se justifier par là et sauvent le film.

En tout cas beaucoup mieux que l'un des films dont il s'inspire visiblement : le laborieux et paresseux avant-dernier film de Truffaut "La femme d'à côté" ! Et bien entendu toujours moins nul que les croûtes adaptées d'Agatha Christie de Bonitzer ou Thomas, ou que le grenouillage chabrolien dans l'univers de Simenon.


lakhdar75 a écrit:
casseur a écrit:Tiens, à propos, si vous voulez voir Amalric jouer à imiter Harvey Keitel, il faut regarder "L'histoire de Richard O", film absolument sans intérêt à part celui-ci.


Bonjour casseur,

Damien Odoul a fait beaucoup mieux, il faut voir "Le souffle" en particulier, film très fort. L'un des gros problèmes de "L'histoire de Richard O", c'est justement Amalric selon moi. Le réalisateur peut très bien se débrouiller avec un acteur inconnu qui donne tout ce qu'il a, comme le jeune gars dans "Le souffle", mais ça marche pas quand c'est une star qui se livre à une performance devant sa caméra, comme Amalric dans son dernier film. Odoul filme pas de la même manière, c'est plus poussif, moins naturel, on sent pas la même symbiose avec l'acteur Amalric qui fait son cirque, qu'avec le jeune chien fou dans "Le Souffle". Le rapport de l'un à l'autre n'est pas le même, dans "Richard O" on voit juste un acteur qui en fait des tonnes et c'est franchement exaspérant, dans "Le Souffle" il y a tout autre chose qui passe, quelque chose d'intense, on oublie l'acteur (en est-ce vraiment un ?) pour se concentrer sur le jeune personnage. C'est peut-être pas l'endroit où en parler plus longuement ?!
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