Quand un auteur coule : David Gordon green

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Quand un auteur coule : David Gordon green

Messagepar JM » Mer 10 Fév 2016 16:16

bobby_net a écrit:
bobby_net a écrit:Un film Islandais : "Either Way" de Hafsteinn Gunnar Sigurðsson (2011). Film assez bizarre, tout sec, austère, à l'image des paysages qui entourent les deux personnages principaux, sans aucune imagination. On reste pendant 1h20 au raz des pâquerettes. Les deux types isolés parlent des femmes (absentes du film mais quasi-unique sujet de conversation des rares hommes qui y circulent) : la tienne s'est barrés avec son masseur, c'est dégueulasse. Bon, et toi alors ? Moi je suis dans la louze en ce moment, j'arrive pas à pécho et je dois me branler toutes les nuits. OK. Voilà, c'est grosso-modo ça tout le film. Le réalisateur met un point d'honneur à rester au raz du bitume, de rendre ses deux personnages le plus ordinaires et quelconques possible. C'est marrant un quart d'heure, mais l'absence d'enjeux d'aucune espèce devient vite lourdingue, d'autant que le portrait de ces hommes victimes des femmes qui, absentes, n'ont pas leur mot à dire, parait en définitive plutôt misogyne.


Grosse surprise, je suis tombé par hasard sur un remake de ce film, signé David Gordon Green. Le film doit sortir en France en octobre et s'appelle "Prince avalanche" ou "Prince of Texas" (et il en a déjà tourné un nouveau, "Joe", qui était à Venise). Je suis un peu ce cinéaste qui avait donné des choses pas mal au début des années 2000 mais qui depuis peine à me convaincre. Bref, avec ce nouveau film qui reproduit texto le film islandais, il est évident que DGG est à bout de souffle. Qu'un cinéaste soit obligé d'aller pomper dans le cinéma européen (très récent) de quoi rester à flot de l'autre côté de l'Atlantique est un signe de très mauvaise santé.

La forêt du Texas dévastée par un incendie a remplacé les paysages islandais désertiques, le couple d'acteurs est composé d'un sosie d'Herzog jeune et d'un sosie de Jack Black (probablement déjà pris sur un autre tournage). DGG essaye bien vaguement de connecter son film au transcendantalisme mais sans aucune conviction. il en rajoute un peu dans tous les compartiments : un peu plus de sentiments, un peu plus de symbolisme appuyé (sur la nature)... sans que le film devienne plus "spectaculaire" pour autant. La réalisation, tiède, montre que DGG, comme ses personnages absorbés dans leurs problèmes personnels lorsqu'ils travaillent sur la route, a la tête ailleurs en réalisant. Peut-être était-il déjà dans son film suivant qu'il a dû tourner grosso-modo en même temps, ou juste après.


bobby_net a écrit:
bobby_net a écrit:Peut-être était-il déjà dans son film suivant qu'il a dû tourner grosso-modo en même temps, ou juste après.


Le film suivant c'est donc "Joe", avec un scénario aussi pachidermique que celui de "Prince of Texas" était mince, et que le corps de Nicolas Cage. Ca fait penser à ces romans noirs américains écrits sans beaucoup de talent qui se vendent assez bien actuellement, et qui se caractérisent essentiellement par les adjectifs suivants : noir, sombre, crépusculaire, pessimiste, etc. Suite du Texas profond, cette fois avec des types du cru, que des déglingués de la vie, des sales types qui vivent et font mordre la poussière, avec au milieu un jeune qui essaye de sortir des rails de l'avenir dégueulasse tout tracé pour lui. Et de la viande. Une ou deux femmes aussi, mais franchement on n'en a pas grand chose à foutre, les chiens sont encore ''personnages'' plus intéressants (d'ailleurs l'une d'elles, une pute, se prend pour un chien à un moment donné). Les arbres sont encore là pour assurer, surligner, la symbolique de l'histoire (poison et renaissance) mais ne sont pas remerciés au générique pour leurs bons et loyaux services (un serpent qui passait par là et que Cage ne craignit pas de tenir dans sa main enfonce le clou). On peut définitivement oublier Green...


Dans son dernier film, "Our Brand is Crisis", DGG sombre définitivement. Le film est un prototype de ce que les USA peuvent faire de plus lourd en terme de film sur leur "démocratie". Une "démocratie" et des élections qui patinent, faite dans l'ombre par des communicants sans scrupule et pour des candidats crapuleux et menteurs, certes, mais une démocratie qui mérite encore que l'on mobilise 1h40 pour en décrire les rouages les plus écoeurants (sans qu'on comprenne vraiment pourquoi, le film se termine là où on avait trouvé l'héroïne au début, dégoûtée du système qu'elle alimente et avec lequel elle fait fonctionner son égo). Le choix de situer le film dans un pays d'Amérique Latine (la Bolivie) renforce le côté douteux du truc. L'ingérence du Nord n'est à aucun moment donné vraiment remise en question en tant que telle, et pire, lorsqu'il s'agit de terminer sur un happy end, la conseillère en communication quitte son boulot dégueulasse pour rejoindre la population bolivienne et une ONG ou une association de bienfait qui va tenter de parer aux méfaits de l'état. Autrement dit, on ne sort jamais réellement ni de l'assistanat paternaliste du Nord, ni de son organisation sociale (si les états sont incapables et défaillants - entre autres à cause des directives du FMI -, il faut que des organisations étrangères se substituent sur place à son absence d'action). Enfin, la représentation du peuple est caricaturale au possible, ne reste que l'impression d'électeurs imbéciles et girouettes qui ne comprennent rien et votent comme des crétins et pour se faire avoir au bout du compte par le premier marchand de tapis venu. C'est dans cette représentation du peuple, en cela fidèle à la tradition idéologique hollywoodienne des USA, que le film affirme clairement que la démocratie à sa sauce, malgré tous ses défauts, reste bien l'unique horizon de possibilité souhaitable ou du moins envisageable. C'est cela ou les hordes de casseurs du peuple barbare qui débarquent à la fin du film, aigris par l'arnaque électorale (car dans cette configuration-là, évidemment, seule la petite yankee est dans la mesure de voir la lumière et de rejoindre le côté "éclairé" et "utile" de le lutte)... Avec ses gros sabots, le film essaye vainement de nous faire croire qu'il s'intéresse avec ses personnages à la Bolivie et à ses habitants (Sandra Bullock et son équipe en visite dans un bidonville le temps d'une soirée dansante bien arrosée), en vain. Si les cinéastes us s'intéressaient aux autres et pas qu'à eux-mêmes, cela se saurait !
JM
 

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